‹ Étude médico-légale sur l'infanticide [electronic resource]Chapitre 31 sur 50 · LA FEMME PEUT-ELLE ACCOUCHER SANS LE SAVOIR · texte numérisé non relu

LA FEMME PEUT-ELLE ACCOUCHER SANS LE SAVOIR

({u'elle accouchait ou tout au moins qu'elle était accouchée.

Le second cas est plus délicat et se produit dans des conditions complexes. La première qui peutse présentercomme compatihle avec l'inconscience de la femme qui accouche, c'est Félat de maladie, tel qua le coma apoplectique, l'ivresse profonde et prolongée, le narcotisme. Tout le monde connaît le fait de la comtesse de Saint-Céran qui accoucha sans s'en douter pendant le sommeil artificiellement provoqué en vue de soustraire l'enfant, et de s'approprier les hiens dont il pouvait hériter.

Parmi les accidents qui compliquent parfois le travail, il en est qui méritent une place à part au point de vue qui nous occupe : ce sont l'éclampsie et l'hémorrhagie. L'éclampsie est suivie d'un état de stupeur, durant lequel la femme perd toute notion du monde extérieur, toute perception sensoriale et peut fort bien accoucher sans le savoir. Mais c'est là un état fort grave; il est difficile d'admettre que les convulsions éclamptiques n'amènent pas quelque intervention étrangère ; et je ne sais pas bien ce que deviendrait la femme abandonnée à elle-même dans cet état; je sais surtout que l'enfant aurait beaucoup de chance pour mourir avant de naître, et qu'il n'y a guère place ici pour l'infanticide.

Quant à l'hémorrhagie, si elle peut déterminer une syncope assez prolongée pour que la femme évanouie accouche à son insu, il est plus que probable qu'elle ne passera pas inaperçue. Et il y a également de grandes chances pour que la mère et l'enfant succombent. Ce ne sont donc pas là, à vrai dire, des difficultés qui puissent, dans la pratique, embarrasser sérieusement l'expertise médico-légale en matière d'infanticide.

Il ne reste donc que le sommeil, et, sur ce point, je me fais un devoir de citer l'opinion de M. le professeur Paul

Dubois consignée dans une leçon clinique publiée il y a quelques années (1) ;

« Une femme peut-elle accoucher sans le savoir et sans être dans un état pathologique particulier? M. Devergie résout négativement cette question. La femme ne pourrait accoucher sans le savoir qu'en élant alors plongée dans un sommeil profond ; mais M. Devergie dit que le sommeil serait tout de suite interrompu par les douleurs du travail, et, selon lui, une femme qui alléguerait un pareil motif serait sans excuse. Cependant un accoucheur célèbre a pensé que les voies peuvent être assez dilatées, le travail assez rapide, les sensations assez obtuses et la femme plongée dans un sommeil assez profond, pour qu'il ne soit pas impossible qu'elle accouchât sans le savoir.

« Pour ne prendre qu'un exemple entre mille, je citerai le fait d'une primipare de vingt-deux ans, qui entra un samedi à la Clinique sans souffrir beaucoup ; cet état se continua jusqu'au lundi. Le soir de ce jour, elle dormit depuis huit heures jusqu'cà minuit; à celte heure, elle se réveilla, se sentit mouillée et crut qu'elle avait uriné; elle prit un vase de nuit, et, au moment où elle allait uriner, elle sentit quelque chose de gras à la vulve ; l'enfant allait sortir. Ainsi donc, pendant son sommeil des contractions utérines s'étaient montrées; la tête était descendue dans l'excavation pelvienne, et cependant elle était primipare. Le moment le plus pénible de l'accouchement, celui où la tête franchit le col de l'utérus, elle ne l'avait pas senti.

« Dans Montgomery, on trouve deux faits analogues empruntés à deux accoucheurs anglais distingués. L'un d'eux, Douglas, fut appelé auprès d'une femme qui était deja accouchée; cette femme, qui était enceinte, couchait a^'eo une petite fille de -quatre ans; elle fut réveillée par cette

(1) Paul Dubois, Revue clinique hebdomadaire [Gazette des hôpitaux, 1854

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