‹ Étude médico-légale sur l'infanticide [electronic resource]Chapitre 44 sur 50 · RAPPORTS ET CONSULTATIONS · texte numérisé non relu

RAPPORTS ET CONSULTATIONS

Cet enfant a vécu et respiré, et a certainement dû faire entendre des cris.

La mort est le résultat d'une asphyxie par suffocation, et d'un obstacle violent et prolongé apporté à l'enlrée de l'air dans les voies respiratoires.

La suffocation a été produite par une pression exercée à l'aide d'un corps à surface large, et placé sur le ventre, la poitrine et la tête.

La profondeur et l'étendue des lésions constatées dans les organes thoraciques et abdominaux en attestant l'énergique résistance que le nouveau-né a opposée à ces violences, démontrent qu'elles ne résultent pas d'un simple accident, et d'une pression passagère du pied posé par mégarde sur le corps, mais, au contraire, d'un effort puissant et soutenu qu'atteste également la déformation de la tête.

Cette fille a fini par avouer, dans le cours de l'instruction, qu'elle avait tué son enfant en l'étouffant sous le poids d'un tonneau nde.

Observ. V. —Infanticide par suffocation. Enfouissement du corps

vivant dans la cendre.

J'ai pratiqué à la Morgue, le 16 janvier 1854, l'autopsie d'un enfant nouveau-né du sexe féminin, trouvé dans un fossé sur le territoire de la commune d'Ivry.

Enfant très fort, 2 kilogrammes 900 grammes, à terme.

Tout le corps est enduit de cendre. Les narines et les lèvres en sont obstruées, la bouche remplie. On trouve la poussière dans toute la longueur de l'œsophage, et jusque dans l'estomac, où des parcelles de cendre sont mêlées à des mucosités grasses.

Du côté des voies aériennes, la cendre n'a pas pénétré au delà de l'épiglotte. Il n'en existe ni dans la larynx ni dans la trachée où l'on trouve seulement de l'écume sanguinolente.

Les poumons ont été distendus par l'air, la respiration a ete complète. Ils sont volumineux, de couleur rosée médiocrement foncée. Toute leur surface est sillonnée par des plaques emphysémateuses, et tachetées par de nombreuses ecchymoses ponctuées, dissémmees sous la plèvre. La rupture simultanée des vésicules pulmonaires et des vaisseaux superficiels donne un aspect tout particulier aux poumons. Le cœur est volumineux, et ne contient que du sang hquide. Sous le cuir chevelu, on voit un grand nombre d'épanchements circonscrits de sang coagulé. Il n'existe d'ailleurs aucune trace de violence à l'extérieur. Le cordon ombilical n'a pas été coupé, mais rompu et non lié.

Observ. VI. — Infanticide par suffocation. Enfouissement du corps

vivant dans du son.

J'ai pratiqué, le 25 octobre 18o4, l'autopsie de l'enfant de la fille Bazin, trouvé dans un tonneau rempli de son.

Enfant très fort, mâle, 2 kilogrammes 950 grammes 53 centigr., point osseux très développé, cordon non coupé, rompu et non lié, à 35 centimètres de son insertion abdominale. Tout le corps est couvert d'une poussière assez fine qui paraît être du son.

Téguments et os du crâne intacts. On trouve seulement, sous le cuir chevelu de nombreuses extravasations de sang coagulé, très circonscrites, et qui ne résultent pas du travail de l'accouchement.

Les narines et la bouche sont remplies parla poussière qui ne pénètre pas dans les voies digestives au delà de l'isthme du gosier ; lèvres aplaties, sans excoriations.

Organes thoraciques surnageant en totalité. Poumons très volumineux, d'une couleur marbrée. Leur surface présente à la fois de nombreuses ampoules d'emphysème et des ecchymoses sous-pleiirales disséminées et assez profondes, surnageant soit en totaUté, soit par fragments comprimés sous l'eau. La trachée contient une petite quantité de liquide sanguinolent non spumeux, et quelques petits grains de poussière semblables à celle qui enduit le corps.

Le cœur est tout à fait vide.

Les viscères abdominaux sont à l'état normal.

L'estomac ne contient que quelques mucosités teintes de sang.

i° Le cadavre que nous avons examiné est celui d'un enfant nouveau-né, né à terme, violet et très vigoureusement constitué.

2" A vécu et respiré.

3° La mort est le résultat delà suffocation, et les poumons portent la trace des efforts énergiques qu'ils ont faits pour vaincre l'obstacle apporté à l'entrée de l'air dans les voies aériennes.

4° Ces lésions ne peuvent être attribuées aux difficultés du travail de l'enfant mort.

Observ. VIT. — Infanticide par suffocation. Enfant enfermé dans

une boite.

Enfant du sexe féminin, né à terme, et bien conformé. Cordon ombihcal coupé, non lié ; coloration générale du corps très pâle. Pas de traces de blessures à l'extérieur.

Tête. — Les téguments et les os du crâne sont intacts. On trouve sous le péricrâne de nombreuses ecchymoses et de petits épanchements de sang coagulé.

La face présente une conformation très remarquable, et tout à fait

TAnoiEO. — Infanticide. 19

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caractéristique. La lèvre inférieure est renversée de haut en bas, et aplatie sur la hauteur. La membrane muqueuse qui en revêt la face interne est comme parcheminée, et porte l'empreinte d'un tissu dont quelques fragments sont môme restés adhérents à la lèvre. L'extrémité de la langue est également comprimée, desséchée et couverte d'un léger duvet. H n'y a d'ailleurs ni excoriations ni ecchymoses.

Au devant du cou est une très légère excoriation sans importance.

Les organes Ihoraciques extraits en totalité et plongés dans un vase d'eau surnagent. Les poumons sont très volumineux, distendus complètement par l'air. Ils sont d'une couleur rosée assez pâle, marbrée et violacée dans quelques points seulement. A leur surface, il existe une vingtaine de petites ecchymoses disséminées sous la plèvre, et un certain nombre de vésicules pulmonaires sont rompues. 11 n'y a d'ailleurs pas de congestion générale des poumons. Le cœur est volumineux, et contient une grande quantité de sang tout à fait liquide.

Viscères abdominaux à l'état normal. L'estomac contient des mucosités spumeuses et verdâtres. Cet enfant, né à terme, a vécu et respiré.

Il a été étouffé par occlusion des voies aériennes opérée a 1 aide d'un linge appliqué sur la bouche, et a succombé à l'asphyxie par suffocation.

Il n'existait aucune autre cause de mort naturelle ou accidentelle. Observ. VIII. — Meurtre par suffocation d'un enfant de quatre jours.

J'ai eu à pratiquer, le 27 février 1855, l'autopsie d'un enfant appartenant à une femme du nom de H..., qui était accouchée a 1 Hotel- Dieu et dont l'enfant avait été trouvé mort auprès d'elle. Cette femme avait déjà, deux ans auparavant, perdu un enfant de la même façon, à l'hôpital Sainte-Marguerite.

Le cadavre, par ses dimensions, par son développement, par son aspect extérieur et la formation complète d'un pouit osseux dans l'épaisseur des cartilages fémoraux, réunissait tous les caractères d'un enfant né à terme. Il n'était pas davantage douteux nue la vie extra-utérine se fût établie et entretenue réguherement : or la dessiccation du cordon ombilical, qui n'étail pas encore détaché, indiquait que cet enfant avait vécu trois ou quatre jours.

Le corps n'offrait à l'extérieur aucune trace de violence, aucune blessure apparente. On remarque seulement une déformation assez marquée du nez, dont l'extrémité est aplatie assez fortement poui qu'on ne puisse rendre aux narines leur disposition naturelle. Le cou et la poitrine ne sont notamment le siège d'aucune lésion exteri euro

Les téguments et les os du crâne sont intacts. Mais on trouve sous

le cuir chevelu, clans le tissu cellulaire péricrânien, un assez grand nombre de petits épanchements de sang coagulé, disséminés à une assez grande distance les uns des autres. Il n'y a d'ailleurs pas de bosse sanguine au sommet, mais seulement une teinte rougeâtre, uniforme, qui répond à une exsudation séro-sanguinolente survenue pendant l'accouchement et en partie disparue, qui, dans tous les cas, est tout à fait distincte des ecchymoses circonscrites et récentes que nous venons d'indiquer. La face et les lèvres offrent une teinte violacée.

Les organes thoraciques extraits de la poitrine surnagent dans un vase rempli d'eau, ainsi qu'on devait s'y attendre. Les poumons, dans toute leur étendue, dans toute leur épaisseur, présentent une coloration uniforme d'un rouge lardacé, due à l'accumulation du sang dans leur trame la plus profonde. Mais en outre, à leur surface et notamment sur leur bord libre, et en avant, au niveau de la face médiastine, on voit un certain nombre de petites taches d'un rouge noirâtre, dont les dimensions varient, depuis celles d'une pointe d'aiguille jusqu'à celles d'une grosse tête d'épingle. Elles sont formées par du sang extravasé sous la plèvre. Dans quelques points, les vésicules rompues ont donné lieu à ces emphysèmes interlobulaires. — Le cœur ne contient qu'une petite quantité de sang tout à fait fluide.

Les viscères abdominaux sont sains : l'estomac ne renferme que quelques mucosités mélangées d'air; on n'y trouve pas trace de lait ou de résidu quelconque de la digestion.

En résumé, cet enfant né viable et parfaitement conformé, après avoir vécu quatre jours aveo toutes les apparences de la force et de la santé, est mort étouffé par une pression considérable et assez longtemps continuée, exercée à la fois sur la poitrine et sur la face. L'état des organes respiratoires indique que l'enfant a énergiquement résisté à l'obstacle qui empêchait l'air de pénétrer dans les poumons.

Au moment oii la mort a eu heu, il y avait déjà quelque temps, plus d'une heure, que l'enfant n'avait tété ou pris aucun aUment.

Observ. IX. — Infanticide par suffocation. État remarquable

du cordon.

Autopsie, le 25 mai 1837, de l'enfant nouveau-né de la jeune P., né huit jours auparavant; état de conservation extraordinaire à l'extérieur; quelques meurtrissures au dos et aux lèvres et dans la bouche; cordon très long tourné autour du cou sans le serrer; desséché au point de former un ruban aplati comme du parchemin avec liséré formé par les vaisseaux vides; au milieu du cordon, une

portion non desséchée est molle et en putréfaction ; pas de sillons ni ecchymoses au cou; aplatissement du nez et des lèvres; excorialion à l'exlrémité du nez, dessèchement des lèvres; poumons parsemés de taches sous-pleurales. — Cœur rempli de sang fluide ; estomac moins sanguinolent.

1° Enfant né à terme, sexe féminin, viable et bien conformé.

2° Avait respiré et fait entendre plusieurs cris.

3° Est mort étouffé par une forte pression exercée avec la main sur le nez et sur la bouche et par l'occlusion forcée des voies aériennes.

4° La disposition du cordon tourné autour du cou peut avoir été naturelle, mais n'a en aucune façon contribué à la mort qui est le résultat d'e la suffocation et non de la strangulation.

5° Malgré l'absence des signes extérieurs de la putréfaction et notamment de l'odeur putride, la mort de cet enfant peut remonter à huit jours, et le retard de la décomposition peut s'expliquer par les conditions dans lesquelles le cadavre a pu se trouver placé hermétiquement enveloppé à l'abri du contact de l'air et de l'humidité.

Observ. X. — Infanticide par suffocation. Mutilation du cadavre.

Autopsie, le 13 novembre 1838, d'un enfant trouvé au dépotoir, issu de la fille P... On n'a trouvé dans le tonneau mobile que six fra'-ments : il manque la tête et un pied. — La putréfaction est assez avancée — Le point osseux épiphysaire est bien formé. — Le cordon rompu à 6 centimètres environ. — Le tronc n'est pas ouvert. — Les poumons elles autres viscères sont intacts. - A la surface des poumons on voit des ecchymoses sous-pleurales. — Les fragments ont été grossièrement divisés après la mort à l'aide d'un mstrument

mal tranchant. . , , .

En résumé, le cadavre que nous avons examme est celui d un enfant nouveau-né, né à terme et suivant toute apparence viable et

bien conformé. , . „ , a

Le corps a été mutilé et divisé en plusieurs fragments, dont six seulement ont été retrouvés et parmi lesquels manquent la tete, les organes sexuels et un pied. ^„^^■„„^ Malgré ces mutilations, il est facile de reconnaître que cet entant est né vivant, qu'il a vécu et respiré. .

L'impossibiUté d'examiner la tête et le cou empêche de clctermme l'existence de violences qui auraient pu exister sur le crâne le cou et la face ; mais les constatations que nous faisons sur les poumons nous permettent d'affirmer que l'enfant est mort étouffe e qu un obstacle a été apporté par violences au hbre entretien de la respiration.

La section du corps a eu lieu après la mort avec un instrument peu tranchant et d'une manière qui n'indique aucune habileté opératoire, aucun dessein autre que de faciliter la disparition du cadavre.

Tôle découverte le 30 novembre, dans la plaine de Montmartre.

Bien en rapport par ses dimensions, la forme de la section du cou et la décomposition avancée, avec le cadavre de l'enfant Paquelin.

Os du crâne peu fracturé, mais séparé et laissant couler la matière cérébrale: rien sur le cuir chevelu.

A la face, de chaque côté des ailes du nez, infiltrations de sang coagulé s'étendant jusque dans l'épaisseur de la lèvre supérieure. Rien à noter de l'intérieur de la bouche.

Ces traces de compression robuste confirment mes précédentes constatations et la conclusion que nous en avons tirée touchant la cause de la mort de l'enfant de la fille Paquehn, qui a succombé à la suffocation produite par l'occlusion forcée des voies respiratoires.

Observ. XI. - Infanticide par suffocation à l'aide d'un tampon de

papier dans la bouche.

Autopsie, le 3 juin 18oo, à la Morgue, d'un enfant presque à terme huit mois et demi. — Retiré d'une fosse d'aisances et de la bouche duquel on a retiré un tampon de papier.

Enfant de petite taille, du poids de 2 kilogrammes. — Putréfaction peu avancée, peut-être cinq à six jours dans la fosse. — Cordon non coupé. Placenta adhérent. — Pas de violences au cou. Excoriations cadavériques aux genoux et au-devant des jambes. Bouche déformée. Lèvres distendues et déprimées. — Poumons très volumineux ayant respiré, couleur rouge livide pâle. Très nombreuses taches sôus-pleurales caractéristiques. — Cœur, beaucoup de sang fluide. Dans l'estomac sang décomposé. — Rien autre.

Mort par suffocation à l'aide de l'occlusion forcée des voies aériennes.

Avait cessé de vivre lorsqu'il a été précipité dans la fosse, où il n'a dû séjourner que quelques jours seulement.

Observ. XII. — Infanticide par suffocation et strangulation.

Autopsie à la Morgue, le 17 janvier 1864-, de l'enfant de la jeune G. trouvé le 14 janvier dans un puits.

Nouveau-né à terme, vigoureusement constitué. Enduit sébacé encore abondant à la tôte et sur le corps.

RAPPORTS ET CONSULTATIONS

Cordon coupé net à 26 centimètres de l'insertion abdominale.

Au-devant du cou et de la poitrine plusieurs ecchymoses en forme d impressions digitales.

Poumons très volumineux. — Nombreuses ruptures vésiculaircs et ecchymoses sous-pleurales. — Cœur, sang fluide.

Estomac contenant seulement quelques mucosités, pas du tout d'eau.

Né vivant, a vécu et respiré.

Étranglé et étouffé par pression violente exercée avec la main sur le cou cl sur la poitrine ; ni accident, ni difficultés de la délivrance ; corps jeté dans le puits privé de vie.

Observ. XIII. — Infanticide par enfouissement dans du poussier de

charbon.

Autopsie de l'enfant de la fille F..., né à terme, du sexe féminin; cordon hé; poussier de charbon sur la face et dans le nez, l'œsophage et l'estomac, pas dans la trachée.

Poumons très volumineux, rouge foncé; taches noires, apoplectiques sur les reins, gonflement et ecchymose des pieds.

Moi^t résultant de la suffocation opérée par l'obstruction des voies aériennes au moyen de la poussière de charbon et par une forte pression exercée sur la bouche et sur le nez.

Trace de violences indiquant les efforts faits pour assurer Uétouffement de l'enfant.

Observ. XIV. — Infanticide (Rapport par Alph. Devergie).

M. Fraboulet, juge d'instruction à Saint-Brieuc, a adressé en 1876 à M. Gallard une réquisition ou ordonnance par laquelle il commet les membres de la commission permanente de la Société de médecine légale à l'effet d'examiner les faits exposés dans une notice concernant la fille Pincemin, résidant à Quessoy (Côtes-du-Nord), incidpée d'infanticide, et de résoudre la question suivante :

« Bien que les docteurs qui ont fait les constatations, aient affirmé « qu'une main criminelle a donné la mort à l'enfant nouveau-né de « la fille Pincemin, est-il cependant possible, en raison des faits <c exposés, d'admettre que cette mort ait été naturelle ? »

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