AVIS MOTIYÉ, RÉDIGÉ PAR M. DEVERGIE
Ex-posé des faits. — La fille Pincemin, âgée de trente-quatre ans, est domestique chez le sieur Gr'ogneuf, qui a eu des rapports intimes avec elle depuis un an environ.
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Elle aurait soigneusement dissimulé sa grossesse, môme à son maître. Le 10 février 1876, vers les dix heures du matin, elle aurait été prise des douleurs de l'enfantement. Elle fit alors prévenir la femme Le Borgne, qui travaille habituellement dans la maison atm qu'elle eût à faire le ménage à sa place. Mais celle-ci s'aperçut bientôt de la situation, dont la fille Pincemin ne voulut convenir qu au moment môme où l'enfant se présentait. La femme Le Borgne assista alors cette fille dans son accouchement, qui fut peu laborieux et ne dura que vingt minutes environ. Elle reçut l'enfant, coupa et lia le cordon. Presque aussitôt, par suite d'une perte assez abondante, l'accouchée fut prise de faiblesse. La femme Le Borgne déposa alors l'enfant sur le lit de sa mère, à laquelle elle donna des soins. Lorsque celle-ci fut revenue à elle, la femme Le Borgne reprit l'enfant. Le voyant très faible, elle le baptisa et fit part de ce qui venait d'arriver au docteur Grogneuf; elle frictionna la poitrine de l'enfant avec de l'eau-de-vie Celui-ci allait en s'affaibhssant de plus en plus. Les soins furent inutiles, il expira en une demi-heure. La femme Le Borgne, dont la réputation est excellente, affirme que l enfant est mort sur ses genoux. Elle croiin'être pas sortie de la chambre, tant que l'enfant a vécu. Si elle s'est éloignée un instant, pour aller chercher de l'eau au moment où la mère tombait en faiblesse, ce n'a été que pendant un laps de temps très court. En tout cas, l'enfant vivait encore lorsqu'elle est rentrée dans la chambre.
Le sieur Grogneuf n'aurait pas touché l'enfant.
Lorsque le lendemain matin la naissance et la mort de l'enfant ont été déclarées à la municipalité, le maire a reconnu qu'il s'écoulait de la. bouclie un liquide sanguinolent. Cet écoulement n'existait plus au moment des investigations médico-légales.
Le 12 février, c'est-à-dire le lendemain de l'accouchement, un premier examen ne portant que sur l'état extérieur de l'enfant, a été fait par le docteur Haudres. L'enfant était encore rigide. Le 13, le médecin employé aux délégations judiciaires a procédé à l'autopsie.
De ces deux rapports résultent les faits qui suivent :
« L'examen extérieur et l'autopsie de l'enfant ont été faits dans les « meilleures conditions, c'est-à-dire lorsque le corps était à l'abri de <c toute putréfaction capable de modifier en quoi que ce soit l'état du v( corps ou des organes examinés.
« Il n'existait aucune conformation vicieuse soit générale, soit « spéciale du corps et de ses divers organes, de nature à porter at- (( teinte à l'exercice de la vie extra-utérine.
« L'enfant du sexe masculin était bien constitué, il pesait 2 kil. « 22S à 2o0 grammes ; sa longueur était de 45 centimètres ; la tète « ne présentait pas de tumeur sanguine comme on l'observe le plus (( souvent chez les fœtus primipares. La peau est d'un blanc niat, « excepté au milieu du visage où elle est colorée en violet, ainsi
RAPPORTS ET CONSULTATIONS
« qu'au-dovant du cou; les ongles alleignent à peine l'extrémité des « doigts ; il n'existe pas encore de point osseux dans le cartilage « épiphysaire de l'extrémité inférieure des fémurs, ainsi qu'on l'ob- « serve lorsque l'enfant parcourt le neuvième mois de la vie intra- « utérine. Le nomljril n'occupe pas encore la moitié du corps, il est <( un peu plus rapproché des extrémités inférieures.
« L'enfant est né fort, bien constitué, \ivoiniel criantvigouj'eusement « à sa naissance (Rapport de M. Haudet).
« Le visage présente diverses taches d'un rouge sombre, nullece ment parcheminées, disposées sur les ailes du nez et de la bouche « d'une façon tout à fait symétrique, paraissant être le résultat d'une i( pression légère exercée avec les doigts ; de plus, il existe une égra- « tignure sur le nez ; une tache de môme nuance, ayant une origine « semblable, et une à la partie antérieure du cou, avec un peu d'é- « paississement de la peau au niveau du larynx et à gauche, la lan- « gue est tuméfiée et noirâtre (Déposition des experts). De son côté, <c le maire fait observer que, lors de la déclaration du décès del'en- « fant, il avait vu le cadavre, et qu'il avait remarqué qu'il s'écoulait (c de la bouche un liquide sanguinolent et que la femme Le Borgne « avait fait la même remarque pendant la vie de l'enfant. »
Rapprochons maintenant ces phénomènes extérieurs des résultats de l'autopsie.
La coloration rouge du nez et de la lèvre n'a pas donné lieu à une eccJnjmose sous-cutanée, il n'en est pas ainsi de la partie gauche et moyenne du cou; on y constate un léger épanchement sanguin entre les muscles superficiels de cette région.
Le péricarde contient une petite cuillerée à café de sérosité rougeâtre, « les poumons sont d'un blanc rosé et bien développés; la « masse pulmonaire et le cœur plongés ensemble dans l'eau sur- « nagent, le cœur et le thymus mis isolément dans l'eau, vont au « fond du liquide.
« A la surface des poumons, surtout à leur base, se voient des « vésicules pulmonaires inégalement dilatées, et se présentant soit « par groupes, soit isolément; il existe aussi quelques ecchymoses « sous-pleurales à la surface des poumons, ou sous-péricardiques « à la surface du cœur.
« Des lames de tissu pulmonaire, pressées préalablement entre « les doigts et mises dans l'eau, surnageaient.
« Rien de particulier dans les organes contenus dans l'abdomen. »
Biscussion et interprétation des faits. — En ce qui concerne : 1» la fille Pincemin, on peut se demander si elle était primipare; nos présomptions sont en faveur de la négative.
En effet, cette fille dissimule et parvient à cacher sa grossesse
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jusqu'au dernier moment, elle ne l'avoue à la femme Le Borgne qu'à la sorlie de l'enfanl des parties génitales.
L'accoucliement est très l'acile, il s'opère en vingt minutes. L'enfant ne porte aucune trace de la bosse sanguine qui se montre ordinairement à la tôte, surtout lorsqu'il naît d'une femme primipare.
2° En ce qui concerne l'enfant, il ne présente aucun de ces vices de conformation de naissance qui peuvent entraver pu compromettre 1 exercice de la vie extra-utérine.
3° L'enCant est né après huit mois de grossesse, ce que démontrent la longueur du corps, son poids, l'organisation de la peau, celle des angles qui avoisinaient l'extrémité des doigts, l'absence des points osseux dans les cartilages épiphysaires des fémurs.
4° Malgré la naissance prématurée de l'enfant, il a été considéré par l'un des experts comme fort, bien constitué, vivant et criant vigoureusement, au moment de sa naissance, au rapport de la femme Le Borgne. Ces circonstances excluent l'hypothèse d'un état que l'on désigne sous le nom de faiblesse de naissance, état dans lequel la mort survient naturellement, quelque soin que l'on prenne de conserver la vie.
5° C'est dans les conditions indiquées ci-dessus que l'enfant est placé sur le lit de la mère, alors que celle-ci est prise de faiblesse par suite d'une perte de sang. La femme Le Borgne croit s'être absentée à ce moment pour aller chercher de l'eau. Elle retrouve l'enfant encore vivant, le met sur ses genoux, et comme elle est impressionnée par son état de faiblesse et surtout par la faiblesse de la respiration, elle s'empresse de le réchauffer, et elle lui fait des frictions sur la poitrine avec de l'eau-de-vie. A ce moment s'écoule de la bouche de l'enfant un hquide sanguinolent, appréciable encore le lendemain par le maire, qui avait visité l'enfant après la déclaration du décès. Ce n'était donc plus l'enfant vivant et criant vigoureusement, tel que la femme Le Borgne l'avait vu à sa naissance.
6° La femme Le Borgne n'a pas vu sur la figure de traces ou de marques analogues à celles qui ont été supputées le lendemain par l'expert qui a fait l'examen du corps ; elle ne pouvait en voir pendant cette demi-heure durant laquelle la vie s'est entretenue pour cesser ensuite, la circulation du sang existant encore dans la peau à un degré quelconque.
Mais le lendemain et le surlendemain, lorsque la circulation a été complètement arrêtée dans tous les tissus, des colorations bleues se sont montrées autour de la bouche, du nez, au devant du cou, ainsi que l'égratignure du nez, qui a été aperçue par un examen plus parfait.
Le médecin expert près le tribunal énonce ce fait, que ces empreintes colorées étaient disposées symétriquement de telle manière qu'elles représentaient la physionomie de l'empreinte des mains et
des doigts. Et en effet ces empreintes ne pouvaient être que le résultat d'une pression exercée sur le nez, la bouche et le cou. Elles avaient exigé l'emploi d'un ac/cnt assez résistant pour faire naître ces traces. Un mouchoir, un tampon de linge n'eussent pas agi de la même manière. La compression etit été alors uniforme, la surface de l'empreinte eût été uniforme, et même peut-être il ne se fût dessiné d'empreinte qu'après plusieurs jours du décès, lorsque sous l'influence de l'air la peau se serait desséchée et parcheminée, et disséminée sur une surface plus ou moins large, moins pourvue qu'elle aurait été alors du liquide et moins humide que la peau environnante.
Mais ce qui démontre surtout que les empreintes colorées sont le résultat de la pression d'un corps résistant tel que les mains, c'est l'ecchymose que l'on découvre à gauche du larjnx, dans le tissu cellulaire sous-cutané ; ici plus de doutes.
Dans l'hypothèse où cette pression sur la bouche et sur le cou aurait été exercée durant le temps, très court d'ailleurs, où la femme Le Borgne se serait absentée pour aller chercher de l'eau, tout s'explique : d'abord le changement dans l'état de vie de l'enfant, qui très vivant et criant vigoureusement au moment du départ de la femme Le Borgne, est retrouvé encore vivant par elle, mais d'une vie singuUèrement atténuée. En effet, la compression n'avait pas eu assez de durée pour éteindre complètement et sans retour la respiration. L'enfant vivait, il respirait encore, mais d une vie et d'une respiration auxquelles on avait porté atteinte.
Toutefois, la compression avait été assez brusque et assez forte pour amener une asphyxie incomplète, dont on retrouve les j^reuves matérielles à l'ouverture du corps. Ces poumons dilatés, emphysémateux à certains points, et notamment à leur base, ces ecchymoses sous les plèvres et môme sous le péricarde, cet écoulement sanguinolent de la bouche pendant la dernière demi-heure de la ^le, témoignent assez d'efforts instinctifs faits par l'enfant pour réaliser une respiration devenue momentanément impossible par l'occlusion de la bouche et du nez, et la compression du cou.
Aioutez que chez cet enfant la respiration s'était étabhe dune manière complète tout d'abord, il n'y avait pas chez lai, comme chez les enfants qui succombent à la faiblesse de naissance, les traces d'une respiration très imparfaite, qui n'a Heu que dans les sommets des poumoils; ici tout le tissu pulmonaire participait a l entrée de l'air II est môme impossible d'invoquer la décomposition putride pour expliquer la dilatation générale des vésicules pulmonaires puisque l'enfant le lendemain de la mort était en état de rigidité cadavérique, et que le surlendemain, lorsqu'on a procède a l autopsie, le corps était parfaitement conservé. Nous ignorons quelle était alors la température de l'atmosphère, mais ce que nous tenons
INFANTICIDE PAR FRACTURE DU CRANE
à établir, c'est qu'en général la mort par asphyxie est celle qui éloigne le plus le moment de la décomposilion putride. Dans l'espèce, c'est précisément là le genre de mort.
Reste à expliquer une circonstance que l'on pourrait opposer à ces diverses assertions. C'est celle-ci. On pourrait dire : si une main criminelle avait opposé un obstacle aussi absolu et si puissant à la respiration, la mort aurait dû être instantanée. La réponse à cette objection est facile : la femme Le Borgne est restée si peu de temps absente qu'elle ne témoigne de son absence que sous une forme dubitative, la durée de l'interruption de la respiration a donc été très courte; mais la compression du nez, de la bouche et du cou a interrompu complètement la respiration durant un temps donné, qui a suffi pour amener les désordres que l'on a remarqués dans les organes de la respiration, désordres qui dans la. demi-heure suivante ont amené la mort.
Enfin, si la fille Pincemin était alors en état de faiblesse par suite de la perte de sang qui a suivi l'accouchement, elle était incapable, dira-t-on, d'opérer l'étouffement de son enfant. Ceci est une partie de l'accusation qu'il ne nous est pas donné d'aborder. Nous nous bornerons à dire qu'au point de vue médical, la faiblesse résultant de la perte de sang a ses nuances diverses, qui dépendent et de la quantité de sang perdue &i de la résistance de la personne à la perte du sang. Elle peut donc être absolue, c'est-à-dire tout à fait syncopale, avec impuisHuice d'action, ou relative avec toutes ses nuances et ses degrés d'a ffaiblissement.
Conclusion. — L'enfant de la fille Pincemin n'a apporté en naissant aucune conformation vicieuse des organes qui eût pu déterminer la mort.
Il est né après huit mois de la vie intra-utérine. Il est né vivant et fort, relativement au temps de la gestation. La mort a été le fait d'une asphyxie dépendant d'un obstacle apporté à la respiration par une main criminelle. La mort n'a donc pas pu être naturelle.
lufanticide par fracture du crâne.
Observ. XV. — Infanticide par fracture du crâne et suffocation.
Autopsie, le 22 décembre 18B2, de l'enfant nouveau-né de la fille S., sexe féminin; cordon non coupé, rompu à 36 centimètres; corps souillé de boue, desséché.
Face aplatie, nez et lèvres sans déchirure ni excoriation, téguments du crâne dans toute leur étendue soulevés par un épanchement de
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sang coagulé énorme, toute la voûte traversée par des fractures multiples qui parlent des deux pariétaux.
Poumons surnagent, très aérés, à leur surface, et sur le cœur quelques petites ecchymoses purulentes.
Estomac, mucus spumeux.
Point d'ossification des fémurs ; sur le dos, les genoux, les cuisses, nombreuses et profondes ecchymoses.
1° Enfant nouvcau-né à terme vialjle, bien conformé.
2° A vécu et respiré assez longtemps pour que la respiration complète et la déglutition s'opèrent.
3° Mort résultant des fractures du crâne.
4° Ces fractures sont produites par l'écrasement de la tête. Elles ne peuvent en aucune façon être rapportées soit à une chute accidentelle, soit au travail de l'accouchement.
50 De nombreuses contusions, suite de violences, existent sur le
tronc et les hanches. .
6° L'état du poumon, les ecchymoses que nous avons constates a leur surface indiquent que des efforts ont été faits pour étouffer les cris de l'enfant et qu'un commencement d'asphyxie a eu lieu.
Observ. XVI. — Infanticide par fracture du crâne.
Autopsie à Bondy, le 9 avril 1849, du cadavre d'un enfant nouveau-né du sexe féminin, bien constitué ; cordon coupe a 3o centimètres par un instrument peu tranchant.
Point osseux du fémm\
Tète - Épanchement de sang considérable en partie coagule sous les téguments du crâne: double fracture des os du crâne siégeant près de la tempe droite jusqu'à la bosse pariétale et au fommet de la tête près de la suture sagittale ; ces deux fractures son le résultat de violences exercées sur le crâne, elles sont linéaires et accompagnées de chevauchement des fragments osseux. L ^P^^^^ement ex s e L môme temps à l'intérieur du crâne. A ''^'J f^^^^^^^
sure ; pas d'ecchymoses autour de la bouche et de 1 orifice des narines; pas de violences autour du cou.
Les organes thoraciques surnagent; poumons volumineux violacés ; cœur plein de sang coagule.
Viscères abdominaux sains, estomac renfermant du mucus ver dâtre ; gros intestin plein de mécomum :
10 Le cadavre que nous avons eu à examiner est celui d un enlan nouveau-ré du sexe féminin, né à terme, viable et vigoureusement
constitué ;
2° Cet enfant a vécu, il a respiré;
INFANTICIDE PAR FRÀCTURE DU CRANE
3° La mort est le résultai de la double fracture du crùne et de l'épancliement de sang qui l'a suivie;
i° Ces fractures ont été produites par des violences directes, et non par le travail naturel d'un accouchement difficile.
Observ. XVII. — Infanticide par fracture du crdne.
Autopsie, le 4 octobre i8î)4, de l'enfant nouveau-né issu de la fille D..., sexe masculin, I kilogramme GO grammes 41 centigrammes ;pas de point osseux dans les fémurs ; cordon arraché au niveau de l'insertion abdominale, adhérent au placenta qui est sain et long de 52 centimètres.
Tête envahie par une putréfaction qui contraste avec la conservation du reste du corps, circonstance qui lient aux lésions profondes dont elle est le siège et à l'infiltration du sang dans les tissus. En effet, d'une part la face est aplatie et comme écrasée ; lèvres, yeux, nez, déformés par des excoriations et des contusions profondes; os du crâne fracturés en tous sens par une forte pression ; épanchement de sang en poche sur le crâne ; pas de trace de ponction de piqûres ou de lésion directe des téguments du crâne.
Organes thoraciques, extraits en totalité de la poitrine, surnagent ; les deux poumons, quoique incomplètement distendus par l'air, en contiennent cependant assez pour surnager, soit en entier, soit par portion et après avoir été comprimés sous l'eau ; le cœur contient un peu de sang liquide.
Viscères abdominaux sains ; estomac vide.
i" Le cadavre est celui d'un enfant nouveau-né parvenu au septième mois de la vie intra-utérine et qui, quoique né avant terme, est peut-être considéré comme n'étant pas viable.
2° Cet enfant a vécu et respiré.
3° La mort est le résultat de l'écrasement de la tête et des violences exercées directement sur le crâne.
Observ. XVIII. — Infanticide par fracture du crâne.
Autopsie, à la Morgue, le 9 mars, de l'enfant nouveau-né de la fille F...
Né à terme; vigoureux : 3 Icilogrammes. Cordon arraché au niveau de son insertion abdominale ; non lié.
A la face, au front, au nez, à la lèvre, six très larges ecchymoses avec parcheinineinent de la peau ; infiltration de sang coagulé dans toute l'épaisseur de la lèvre supérieure. Tête broyée : sang et substance cérébrale épanchés dans une vaste poche formée par le cuir
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chevelu. L'os du cràiic emboîte ces fragments nombreux à droite et à gauche.
Abcès au cou.
Signes de respiration évidente; poumons très pâles avec quelques taches ecchymotiques sous-pleurales, poncluces . Cœur vide ou à peu ' près. Rien dans l'estomac que des mucosités.
Tué par broiement de la tétc ; fracture ne résultant pas d'une chute accidentelle, ainsi que le prouvent l'étendue des désordres, la profondeur des lésions et leur siège à la face et des deux côtés du crâne. Forte pression exercée sur la tête.
Observ. XIX. — Infontidcle. Enfouissement dans le fumier. Fracture
du crâne.
Autopsie à l'hôpital de Lourcine, le 19 juillet 1848, du cadavre d'un enfant nouveau-né, du sexe féminin, provenant de la fille V., inculpée d'infanticide.
Enfant de petites dimensions ; cordon déchiré, imparfaitement Ue. Point épiphysaire à peine apparent du fémur.
Téic. — Fracture des deux pariétaux, à gauche surtout. Epanchement considérable de sang, près de 1 centimètre, coagulé et recouvrant le sommet de la tête et la région temporale gauche, avec ecchymose et excoriation à la bossè frontale de ce côté.
Ecchymoses à la poitrine, au bras gauche: coups d'ongles sur les
avant-bras .
Poitrine. — La bouche renferme une certaine quantité de matière verdâtre provenant du fumier. Pas d'ecchymoses autour de la bouche ni sur les lèvres. Poumons volumineux, surnageant, parsemés à la surface de très nombreuses ecchymoses sous-pleurales, pénétrant dans le tissu pulmonaire, sur lequel eUes tranchent par leur couleur noirâtre. Pas de lésions dans le pharynx.
Cœur volumineux, contenant du sang tout à fait hquide.
Abdomen. — Viscères abdominaux sains : estomac contenant une grande quantité de fumier mêlé de salive aérée. Méconium en partie
rendu au dehors. i • j> f .
i" Le cadavre que nous avons eu à examiner est celui d un entant nouveau-né, du sexe féminin, né au commencement du neu^1eme mois delà vie intra-utérine, ayant vécu et respire.
2° Il présente de nombreuses traces d'ecchymoses; contusions sur
les bras et Sur le tronc. . ... i„
3° La tête a été brisée. Les fractures multiples qui existent sur te crâne ne sont pas le résultat du travail de l'accouchement ou de la chute accidentelle du corps au moment de la délivrance, mais bien de la projection violente de la tète contre une surface dure.
LNFANTICIDE PAR FRACTURE DU CRÂNE
4° La mort est le résultat de l'asphyxie produite par l'occlusion de la bouche et des voies aériennes, au moyen du fumier dans lequel Tenfant a été plongé.
S° La vie et la respiration ont persisté pendant assez longtemps, ainsi que l'indiquent l'état des poumons et la présence dans l'estomac de la salive et du fumier que l'enfant a pu avaler.
Observ. XX. — Infanticide par fracture du crâne. Folie hystérique.
Visite de la dame de K..., le 28 août 1852, et autopsie d'un enfant nouveau-né.
La dame de K..., levée, sans expression de douleur, vêtements en désordre, chemise d'une malpropreté révoltante, jambes nues, entourées seulement d'une jarretière de cuir, pieds chaussés de pantoufles dépareillées et tombant de vétusté, attestant un singuher oubli d'elle-même, dit avoir ignoré sa grossesse et n'avoir reçu aucun avertissement de sa délivrance. Nous constatons chez elle l'existence d'un écoulement sanguin, développement de matrice, gonflement des seins, caractéristiques d'un accouchement tout récent.
Cadavre de nouveau-né du sexe féminin, très volumineux ; cordon ombilical coupé net, à 10 centimètres. Point osseux complètement formé dans les fémurs.
Déformation du crâne ; aplatissement du côté gauche au-dessous de l'œil; sur les ailes du nez, sur les lèvres, des excoriations, des ecchymoses; empreintes d'ongles et de doigts. Ecchymoses sur le haut du bras gauche et sur le dos de la main.
Au-dessous du cuir chevelu, vastes épanchements de sang coagulé qui recouvre toute la surface du crâne. Fracture multiple comprenant le frontal, le pariétal et le temporal gauches, avec écrasement et enfoncement des fragments, avec épanchement dans le crâne.
Organes thoraciques surnageant; poumons très volumineux, crépitants. Pas d'ecchymoses sous-pleurales. Cœur vide et revenu sur lui-même.
Viscères abdominaux sains; estomac distendu par une grande quantité de salive avalée.
Conclusions : \° La dame de K... est tout récemnient accouchée; son état ne s'oppose pas à ce qu'elle soit transférée hors de son domicile.
2» L'enfant nouveau-né, à terme, viable, très vigoureusement constitué. .
3° A vécu et respiré ; vie assez longue pour avoir pu avaler la salive.
4° La mort de cet enfant est le résultat de l'écrasement de la tête et des fractures profondes produites par les violences qui ont été
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exercées sur la UHc. Ces lésions ne peuvent élrc attribuées au travail naturel de l'accouchement, non plus qu'à la chute accidentelle du corps.
Observ. XXI. — Infanticide par fracture du crâne.
Autopsie du cadavre de l'enfant nouveau-né issu de la fille Chardon.
État extérieur. — Le cadavre que nous avons examiné est celui d'un enfant nouveau-né du sexe masculin, du poids de i kilogramme et demi, long de 41 centimètres. Le cordon ombilical a été, non pas coupé, mais rompu à 16 centimètres de son insertion abdominale. Les extrémités des fémurs ne contiennent pas de point osseux encore bien formé. Au coude et au genou, on trouve des ecchymoses profondes, et les apophyses des os sont déchirées.
Tête. — Les téguments du crâne sont soulevés par du sang coagulé, qui forme une couche très épaisse, surtout à droite. Dans ce point existe une fracture très étendue, à fragments multiples, avec déchirure de la dure-mère et issue delà substance cérébrale, occupant tout le pariétal droit.
Foitrine. — Les organes thoraciques, extraits et plongés dans un vase plein d'eau, surnagent en totalité. Les poumons, quoique peu volumineux, sont cependant rosés presque complètement distendus par l'air. Ils ne sont le siège d'aucune lésion.
Abdomen. — Les viscères abdominaux sont à l'état normal. L'estomac est vide.
Conclusions. — De l'examen qui précède, nous concluons que : 1° Le cadavre que nous avons examiné est celui d'un enfant nouveau-né, parvenu au huitième mois de la vie intra-utérine, viable et bien conformé.
2° Cet enfant a vécu et respiré.
3° Il a succombé à une fracture du crâne produite par un coup très violent ou par la chute du corps d'un lieu très élevé.
4° Cette fracture, ainsi que la lésion des membres, ne peut être attribuée, ni aux difficultés du travail, ni à quelques circonstances accidentelles de- l'accouchement.
Observ. XXII. — Infanticide par écrasement de la léle. — Enfant ayant vécu sans avoir respiré.
En vertu d'une commission rogatoire de Cognac (Charente-Inférieure), en date du 10 octobre 1 8 j7, j'ai rédigé la consultation suivante :
INFANTICIDE PAR FRACTURE DU CRANE
Avant d'en aborder la discussion, nous croyons utile de préciser les faits en rappelant succinctement les points principaux qui résultent des constatations faites par M. le docteur Tercinier, tant sur la ;femme C... que sur le cadavre de son enfant. Nous devons dire en ■commençant que les détails consignés dans le rapport de notre honorable confrère sont aussi complets que possible et ne laissent rien à désirer, et que ses descriptions, par leur remarquable netteté et le •cachet d'exactitude qu'elles portent, faciliteront singulièrement la ;tâche qui nous est confiée.
Nous ne nous arrêterons pas à l'examen dont la femme C... a été l'objet, et qui a établi de la manière la plus évidente le fait de sa délivrance récente. 11 n'y a à cet égard aucune difficulté, aucune contestation possible. Nous ne nous occuperons que de ce qui est relatif à l'enfant nouveau-né, issu de cette femme, et nous aurons à rechercher : i° dans quelles conditions d'âge et de développement cet enfant est né ; 2° s'il est sorti vivant du sein de sa mère ; 3° si sa mort est le résultat des causes naturelles, d'un accident ou d'un crime. Les éléments de solution de ces trois questions sont complètement et très exphcitement contenus dans le rapport de M. le docteur Tercinier, et sans avoir pu apprécier par nous-môme l'état matériel du cadavre, nous pouvons néanmoins nous former une opinion très formelle sur les différents points qu'il s'agit d'examiner.
Exposé des faits. — Le corps de l'enfant de la femme C, retiré de la terre où il avait été enfoncé, pesait près de 2 kilogrammes et demi, et n'avait pas moins de 52 centimètres de long ; bien que l'on 'ne trouvât pas encore de point osseux bien formé dans les cartilages épiphysaires des fémurs, mais seulement la vascularité qui précède l'ossification. Le développement était d'ailleurs très avancé et l'enfant avait toutes les apparences de la force. Il n'existait rien de particulier à noter à l'extérieur du corps, si ce n'est le phénomène de la putréfaction déjà très prononcée.
Celle-ci n'avait pas épargné les organes externes. Les poumons notamment étaient le siège d'une infiltration de gaz putride considérables qui les faisaient d'abord sui*nager, ainsi que la masse des viscères thoraciques. Mais, lorsque, par une pression mesurée, le tissu ■divisé des poumons avait été débarrassé de ces gaz^ il se montrait •d'un rouge foncé, non pénétré par l'air et chaque fragment se précipitait rapidement au fond du vase. Les expériences docimasiques faites avec beaucoup de soin et de précision par l'honorable expert ■de Cognac ne peuvent laisser le moindre doute sur l'exactitude des /(résultats qu'il a obtenus.
^ La tête était le siège des lésions les plus graves et les plus caractéristiques. Au premier aspect, elle se montrait aplatie et comme écrasée, les os du crâne étaient fracturés en plusieurs endroits et en fragments multiples, dont l'un avait perforé les téguments et faisait Tardieu. — Infanticide. 90
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saillie à travers le cuir chevelu. Ces fractures, de forme irrégulière, s'olciulanl d'un côté à l'autre du crâne et comprenant les deux pariétaux et les deux temporaux, étaient en outre accompagnées d'un épanchement de sang nettement circonscrit, c'est-à-dire coagulé sur le lieu môme où il s'était extravasé, et d'une infiltration sanguine résistant à des lavages et à des frictions répétés et occupant toute l'épaisseur du cuir chevelu au niveau des fractures.
Appréciation des faits. Discussion des questions qu'ils soulèvent. — Tels sont les points essentiels qu'élahlissent, comme une base solide de discussions, le procès -verbal d'autopsie et les constatations si exactes et si complètes consignées dans le rapport de M. le docteur Tercinier. Nous sommes en mesure à présent d'apprécier les faits et d'en déduire la solution des questions que nous avons posées plus haut.
i ° Dans quelles conditions d'âge et de développement l'enfant issu de la femme C... est-il venu au monde? — Cette question n'a pas pour objet de rechercher si cet enfant est né viable, la viabilité n'étant pas une condition nécessaire de l'infanticide ; mais seulement d'apprécier si les conditions d'âge et de développement dans lesquelles l'enfant est né, étaient de nature à l'empêcher de vivre hors du sein de sa mère et à expUquer sa mort naturelle ; en môme temps qu'elles pouvaient servir de contrôle aux affections de la femme C, touchant l'époque elles circonstances de sa grossesse. Or, les caractères anatomiques que nous avons rappelés établissent de la manière la plus positive que si l'enfant de cette femme n'était pas parvenu tout à fait au terme extrême de la vie intra-utérine, ce que démontre l'absence de points osseux complètement formés dans les extrémités des fémurs, il est certainement né à une époque extrêmement voisine du terme; que sa taille, son poids, l'ensemble de son développement extérieur, ne peuvent laisser de doute à cet égard, et qu'en outre il était dans des conditions de force qui excluent toute idée de mort survenue naturellement par débilité ou par maladie, soit dans le sein de sa mère, soit au moment de la naissance.
2° L'enfant est-il né vivant? — On peut dire d'une manière générale qu'un enfant est né vivant, lorsque l'on trouve dans l'état des organes la preuve anatomique, qu'une des fonctions vitales s'est exercée alors qu'il était déjà sorti du sein de sa mère. Si le plus ordinairement c'est à la fonction de la respiration nouvellement établie chez l'enfant qui vient de naître que l'on demande la preuve de la vie, il faut bien se garder de croire que ce soit là une preuve nécessaire et unique, et que demander si un enfant a vécu, ce soit rechercher s'il a respiré. Il peut arriver en effet que le nouyeau-ne vienne au monde dans un état tel que la respiration tarde a s établir, et pendant un certain temps la vie ne se manifeste chez lui que par le cours non interrompu de la circulation du sang. 11 peut dans cet
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état être tué comme il peut ôtrc rappelé à la vie; et si plus tard on a à rechercher la preuve qu'il était vivant, ce n'est plus dans les poumons, c'est dans les organes de la circulation qu'il sera possible de la retrouver.
Il n'était peut-être pas inutile de rappeler ces principes qui trouvent une application si directe et si frappante dans le cas qui nous occupe. L'état des organes respiratoires chez l'enfant de la femme C..., les expériences docimasiques auxquelles les poumons ont été soumis, démontrent péremptoirement que cet enfant n'a pas respiré. Mais, d'un autre côté, l'épanchement de sang circonscrit, c'està-dire coagulé, qui existait au niveau de la fracture des os du crâne, et l'infiltration de sang également coagulé, puisqu'il résistait au lavage qui occupait le cuir chevelu, prouvent d'une manière irréfragable que ces blessures ont été faites sur l'enfant encore vivant pendant que le sang circulant encore conservait la propriété de se coaguler en sortant des vaisseaux qui le contiennent.
Il reste donc à établir que les blessures constatées n'ont pu être faites qu'après que l'enfant était sorti du sein de sa mère, pour qu'il demeure constant que, bien que n'ayant pas respiré, il est né vivant; j'ajoute que les faits de ce genre, quoique rares, ne sont pas cependant exceptionnels. Signalés d'abord par Ollivler (d'Angers) qui en a fait l'objet d'une étude spéciale, il s'en est déjà offert à moi un certain nombre d'exemples ; et tous offrent avec les caractères observés sur l'enfant de la femme C... la plus complète analogie.
3° Quelles sont les causes de la mort de cet enfant? La cause
directe évidente de la mort du nouveau-né, est l'écrasement de la tête et les fractures multiples des os du crâne. Aussi la question qu'il s'agit d'examiner consiste-t-elle en réalité à se demander comment ces blessures ont été produites et si elles sont le résultat du travail de l'accouchement, d'une chute accidentelle ou de violences criminelles. Le doute n'est pas permis; car les fractures survenues dans ces diverses circonstances ont des caractères assez distincts pour n'être pas confondues, surtout dans des cas aussi tranchés que celui qui nous est soumis. Il est certain que dans quelques cas rares la tête de l'enfant, pendant le travail de l'accouchement, éprouvant au passage une pression trop forte, peut subir en un .point un enfoncement ou une fracture ; mais, outre que ce fait ne se rencontre que chez les femmes qui accouchent pour la première fois, ou dans le cas d'une disproportion notable entre le volume de la tête de l'enfant et le diamètre du bassin de la femme, ce qui n'a pas eu lieu pour la femme C. déjà mère deux fois, et dont l'enfant, n'étant pas tout à fait à terme, n'avait pas un développement exagéré, ces fractures survenues durant le travail sont limitées au point du crâne qui répond à la saillie sacro-coxale, et ne présentent jamais ni l'étendue, ni la forme de ces fractures multiples par écrasement de la
téte que l'on rencontre chez le nouveau-né issu de la femme C...
Une chule accidentelle de l'enfant au moment de la naissance, aurait moins encore produit de semblables désordres. L'expérience, en effet, a démontré que lorsqu'un enfant naît vivant, une chute sur la tête, d'une hauteur correspondant à celle des parties de la mère, et limitée par la longueur du cordon, n'entraîne pas de fractures du crâne, en raison de l'élasticité des os et des circonstances qui autorisent la chute.
Les lésions profondes constatées chez l'enfant de la femme Cornet, l'aplatissement de la tôte, les fractures multiples comprenant les deux côtés du crâne, la perforation des téguments par l'un des fragments, tout concourt à démontrer de la manière la plus positive que la tête a été écrasée par une compression très forte, indice certain de violences criminelles.
Examen des conclusions du rapport de M. le docteur Tercinier. — Nous serons bref dans l'examen des conclusions qui terminent le rapport de notre honorable confrère de Cognac, et sur lesquelles on nous demande notre avis. D'autant plus que nous n'avons qu'à^ nous y rallier sans réserve en les rendant seulement plus formelles.
Comme M. le docteur Tercinier, nous admettons que : i« L en/ont de la femme Cornet est né viable : nous avons dit dans quel sens et à quel point de vue il importait d'établir la viabilité. 2« Venfa7it n a pas atteint la fin du neuvième mois de la grossesse : nous ajouterons toutefois qu'il est né à une époque très voisine du terme. 3° Cet enfant n'a pas respiré : ce que démontrent l'état des poumons et les expériences docimasiques. 4° Cet enfant est probablement né vivant. Nous dirons que cela n'est pas seulement probable, mais certam ; les caractères tirés de la coagulation du sang épanché au niveau de la fracture et dans l'épaisseur du cuir chevelu ayant une valeur absolue, et pouvant démontrer que l'enfant était vivant au moment où il a été frappé, d'une manière aussi assurée que la pénétration de l'air dans les poumons et l'établissement de la respiration, o Tout porte à croire que les lésions observées à la téte ont été produites Venfmt vivant encore de la vie intra-utérine, de la vie de circulation lei est, en effet, l'état dans lequel le nouveau-né a été frappe. Sorti nvaAt du sein de sa mère, il a été tué avant que la respiration ait commencé à s'établir chez lui, soit qu'il fût né dans une sorte d eta asphyxique propre aux nouveau-nés, soit que les violences aient suivi immédiatement la naissance et arrêté la vie f'^'^^' ^f pour ainsi dire sur le seuil. 6° Ces lésions rendent compte de la mort de Venfanl: ajoutons qu'elles en sont l'unique cause, q^ehe^^^^^X" tent ni d'une circonstance naturelle, ni d'un accident, et qu elles sont produites par l'écrasement volontaire de la tete. Conclusion générale. - Des faits qui précèdent, de la discussion a
INFANTICIDE PAR FRACTURE DU CRANE
laquelle nous les avons soumis et de l'examen des conclusions du rapport de M. le docteur Tercinier, nous n'hésitons pas à conclure que :
l» L'enfant nouveau-né, issu de la femme C..., est né à une époque très voisine du terme, et vigoureusement constitué. 2° Il est né vivant,
3® La mort est le résultat de l'écrasement de la tôte, qui a eu lieu au moment même où il venait de naître. 4° Les lésions de la tôte sont le résultat de violences criminelles.
Observ. XXIII. — Meurtre d'un enfant âgé de dix-huit jours par fracture du crûjie.
En vertu d'une commission rogatoire de Cosne (Nièvre) du 10 octobre 1857, j'ai rédigé la consultation suivante :
L'enfant de la fille B... était âgé de dix-huit jours : il était fortement constitué ; les seules blessures qu'il présentât existaient à la tête. La région pariétale droite était gonflée et rouge, sans déchirure ni plaie de l'épiderme. Un épanchement considéraljle de sang coagulé recouvrait le sommet et les deux parties latérales ; le péricrâne était décollé et déchiré en plusieurs endroits. Les deux pariétaux, c'est-à-dire les deux côtés de la tête étaient le siège d'une double fracture de forme irrégulière. A l'intérieur du crâne, la dure-mère était déchirée et le cerveau recouvert d'une couche épaisse de sang épanché. Aucune autre blessure n'existait sur le reste du corps; et les viscères thoraciques et abdominaux n'offraient rien à noter. Les intestins en particulier ne présentaient aucune trace d'inflammation ou de maladie quelconque.
Tels sont les faits indiqués dans les rapports de MM. Debaude et Ledroit.
Après les avoir examinés avec la plus sérieuse attention et nous être pénétré de la description très nette qu'ils donnent de la fracture du crâne observée chez l'enfant de la fille B..., nous n'éprouvons aucune difficulté à répondre aux questions qui nous sont soumises en nous attachant uniquement aux caractères anatomiques très tranchés des blessures ci-dessus décrites. Nous aborderons donc sur-lechamp l'examen de chacune des questions posées dans l'ordonnance de M. le juge d'intruction de Cosne.
Première question. — Les lésions qui ont été remarquées à la tête de l'enfant sont- elles certainement antérieures à la mort? — Il ne peut y avoir le moindre doute sur cette première question. Le double épanchement constaté à l'extérieur et à l'intérieur du crâne^ la coagulation du sang épanché sont des phénomènes exclusivement vitaux, qui ne peuvent se rencontrer qu'à la suite de blessures faites sur des individus vivants.
RAPPORTS ET CONSULTATIONS
Deuxième question. — A quelles circonstances iicul-on attribuer les lésio7is de la téle ? Peut-on penser qu'elles ont été le résultat d'un crime ou le résultat d'un accident? — L'élendue des désordres existant à la tôle, le siège, le nombre et la forme des fractures excluent de la manière la plus formelle l'idée d'une chute simple, soit que celle-ci ait eu lieu des bras de la mère ou du haut du berceau. Non seulement, en effet, la tête de l'enfant nouveau-né (et à cet égard l'enfant âgé de dix-huit jours ne diffère pas du nouveau-né) présente une souplesse et une élasticité qui, en diminuant considérablement le danger d'une chute, le préservent le plus souvent de toute fracture du crâne dans des circonstances semblables ; mais encore la fracture survenue par le fait d'une chute môme aggravée par le mouvement de projection d'un berceau, n'aurait pas eu le caractère de fracture comminutive et surtout n'aurait pas intéressé à la fois les deux côtés du crâne, quand un seul devait avoir porté sur le sol. 11 n'y a pas à objecter que la rougeur et le gonflement extérieurs étaient bornés aux téguments du côté droit et que le pariétal gauche a pu se briser par contre-coup ou par la propagation du choc qui a fracturé le pariétal droit. Car, d'une part, la direction delà double fracture n'était pas la môme sur l'un et l'autre pariétal, et d'une autre part les fractures par contre-coup, déjà douteuses chez l'adulte, sont inadmissibles chez le nouveau-né en raison de la conformation même de la tête dont les os non soudés entre eux ne peuvent transmettre le choc qui n'atteint qu'un point de leur surface. Quant à l'absence de lésion apparente des téguments du côté gauche, il suffira de faire observer qu'il est très commun de voir une pression très forte exercée sur une partie, ne laisser aucune trace à l'extérieur, et que d'ailleurs sous le cuir chevelu du môme côté, on trouvait une infiltration et un épanchement de sang non moins considérables que du côté droit.
Mais si tous les caractères des lésions de la tête de l'enfant de la fille B... se réunissent pour exclure l'idée d'une chute simple et d'un choc direct qui aurait porté sur l'un des côtés seulement, ils démontrent de la manière la plus péremptoire l'écrasement du crâne, c'est-à-dire une pression violente agissant à la fois sur les deux côtés de la tête et qui seule peut exphquer la fracture simultanée et multiple des deux pariétaux, la direction et la forme irréguKère de la solution de continuité, les déchirures et le décollement du péricràne et de la dure-mère, l'étendue et l'abondance du double épanchement interne et externe.
Conclusions. — En résumé, de l'exposé des faits qui précèdent, de l'examen et de la discussion des questions qui nous sont soumises, nous n'hésitons pas à conclure que :
1° Les lésions qui ont été remarquées à la tête de l'enfant sont très certainement antérieures à la mort.
2" Elles sont la cause unique et nécessaire de la mort.
INFANTICIDE PAR STRANGULATION. àli
3» Elles ne peuvent être attribuées à un accident, tel que la chute simple de l'enfant des bras de sa mère ou de son berceau, soit qu'il en soit tombé par soa propre mouvement, soit qu'il en ait été précipité.
4° Ces lésions ont été produites par l'écrasement de la tôte et ne permettent guère de douter qu'elles ne soient le résultat de violences criminelles.
lufauticitle par straiig^ulation.
Observ. XXIV. — Infanticide par strangulation.
Le 10 mai 18B3, j'ai fait à la Morgue l'autopsie de l'enfant de la fille C..., accouchée le 2 mai à l'hôpital Saint-Louis.
Cette enfant du sexe féminin, vigoureuse, née à terme depuis sept jours, présente une. cicatrice ombiUcale parfaitement et complètement formée. Un sillon large d'un doigt et demi, et très profond, tourne transversalement autour du cou. Les bords sont violets ; la partie inférieure de la face est très violacée. Il n'y a pas d'ecchymose dans le tissu cellulaire sous-jacent. Le larynx et les branches contiennent une écume rosée très fme et très abondante. Ses poumons sont gorgés de sang; des ecchymoses larges et nombreuses sont disséminées à leur surface ; les cavités droites sont pleines de sang fluide. L'estomac est rempU de lait récemment ingéré.
Cette enfant, née à terme, bien conformée, a vécu huit jours; sa mort est le résultat de la strangulation opérée à l'aide d'un lien fortement serré autour du cou,
Observ. XXV. — Infanticide par slrangulation.
Le 28 avril 1854, j'ai procédé à l'autopsie d'un enfant nouveau-né trouvé sur la voie publique, sans lien autour du cou, à terme viâble, vigoureux, pesant 2 ■''',500. Le cordon a été rompu et non lié.
La région temporale droite présente une infiltration de sang très épais, coagulé, qui s'étend jusque sur le côté du cou. Des ecchymoses sous-cutanées existent en outre au front. De chaque côté du cou, au devant de la poitrine et sur les épaules, on remarque un grand nombre d'ecchymoses et d'excoriations. Deux très larges répondent à la forme de l'extrémité des doigts d'un adul te de chaque côté du cou, La peau y est excoriée, et une profonde infiltration de sang coagulé s'est faite dans les muscles sous-jacents. La docimasie pulmonaire prouve d'une manière non douteuse la respiration. Les poumons volumineux, d'un rose très pâle, sans le moindre engouement, présentent quelques ecchymoses sous-pleurales, très petites et rares
RAPPORTS ET CONSULTATIONS
vers les bords. Quelques-unes sont pointillées et réunies en groupe, de manière à former une plaque uniforme. Le cœur est rempli de sang fluide : l'estomac contient des mucosités teintes de sang.
Cet enfant, né à terme, a vécu et respiré. La mort est le résultat de la strangulation opérée non à l'aide d'un lien, mais avec les mains, qui ont en même temps exercé des violences très graves sur la tête et la poitrine, ainsi que de chaque côté du cou.
Observ. XXVL — Infanticide par strangulation.
J'ai procédé, le 16 mai 1856, à l'autopsie de l'enfant nouveau-né issu de la femme B... L'enfant du sexe masculin, pèse 1'''^, oOO, ne présente pas de points osseux dans les cartilages du fémur. Le corps exhale une odeur fécale. Le cordon a été rompu et non lié, à 15 centimètres de son insertion abdominale.
Sur la face, le tronc, la poitrine, le ventre, vingt longues incisions de profondeur variable, blafardes, sans infiltration sanguine, évidemment postérieures à la mort. Au cou, des excoriations en forme de coups d'ongles et des ecchymoses irrégulières sont disséminées^ autour du larynx. Sous le cuir chevelu, du sang coagulé forme plusieurs épanchements circonscrits : les poumons, volumineux, sont rosés, crépitants ; ils sont le siège d'un emphysème superficiel presque général, sans ecchymose sous-pleurale ; du sang fluide remplit le cœur. Du hquide de la fosse d'aisances a pénétré dans le larynx; l'estomac est vide.
L'enfant, né trois ou quatre semaines avant terme, est né viable et bien conformé, a vécu et respiré. Sa mort est le résultat de la strangulation. Sur le cadavre, de nombreuses et profondes incisions^ et des mutilations incomplètes ont été opérées par un instrument non tranchant. Le corps a été jeté dans une fosse après la mort.
Observ. XXVn. — Infanticide par strangulation.
Le 26 février 1857, j'ai procédé à l'autopsie de l'enfant de la fiUe P...
La putréfaction était assez avancée. La cicatrice ombilicale parfaitement formée ; un point osseux, large de 7 millimètres existe dans les cartilages épiphysaires du fémur. A droite et en arrière du crâne, un vaste épanchement de sang coagulé s'étend jusqu'à l'oreille et à la joue; à gauche, on voit une ecchymose semblable à l'oreille et au cou ; il n'y a pas de fracture des os. Le pariétal droit est enfoncé. Au cou, on remarque un sillon large de 8 à 9 millimètres, transversal, au niveau duquel la peau est parcheminée, et les muscles infiltrés de sang. Le larynx renferme de l'écume fine et rosée. Les poumons,
d'une couleur rosée, n'offrent pas de taches sous-pleurales et seulement quelques vésicules superficielles rompues. Le cœur est plein de sang en partie coagulé, l'estomac est vide.
En résumé, les violences graves à la tôte et à la face résultent d'une forte pression exercée sur ces parties et faite manifestement pendant la vie. La mort a été opérée par strangulation à l'aide d'un lien fortement serré autour du cou.
Observ. XXVIII. — Infanticide pav strangulation, question médico-îégale importante relative au mode de strangulation.
L'affaire que je vais rapporter a donné lieu à une question soulevée par les allégations de l'accusé principal et qui offre un très grand intérêt dans l'histoire de la strangulation. Les termes de la commission qui nous fut donnée par M. le juge d'instruction, en font connaître l'objet et la portée : nous étions invité à nous livrer à de nouvelles investigations dans le but de constater « si l'asphyxie par « compression du col qui, ainsi qu'il appert de notre rapport d'au- « topsie en date du 13 avril 1847, a occasionné la mort de l'enfant « nouveau-né des époux D..., a pu être l'œuvre de la femme D... « au moment où elle tirait son enfant pour hâter sa délivrance et ce « sans intention coupable ne sachant, comme elle le dit, ce qu'elle « faisait. »
Il résulte des allégations de l'accusée « qu'au moment de son ac- « couchement et l'enfant étant au passage, la femme D... auraut « voulu le tirer pour hâter sa délivrance et lui aurait fait sans le sa- « voir du mal à la figure, et que la mort de l'enfant serait le résul- « tat involontaire de ces tractions faites sans intention coupable. »
Nous devons rechercher si les désordres matériels que nous avons constatés, en procédant à l'autopsie du cadavre de l'enfant des inculpés, peuvent être expliqués par les allégations de la femme D..., ou si au contraire la fausseté de ces déclarations ne ressort pas manifestement du caractère de la nature des lésions observées.
Or, s'il n'est pas complètement impossible que dans les derniers instants du travail de l'accouchement, la femme D... ait cherché à saisir la tête de l'enfant au passage dans le but de hâter sa délivrance et qu'elle ait ainsi, sans le vouloir, froissé ou même excorié légèrement la face de son enfant; il est cependant difficile d'admettre que dans la position d'une femme qui accouche et dont le ventre considérablement développé gêne les mouvements, elle ait pu atteindre les parties génitales et saisir la tête de l'enfant ; qu'elle l'ait fait en outre avec assez de force pour déterminer sur le visage des excoriations dont le nombre s'élève à sept.
' Mais le doute n'est plus possible pour les lésions étendues et tout
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à fait caractéristiques qui existent au col. — En effet, rappelons que derrière l'angle de la mâchoire du côté droit nous avons constaté : « 1° deux excoriations parallèles longues de 15 millimètres, prolbn- « des, commençanten hautparuneextrémité effilée se dirigeantassez « obliquement d'arrière en avant et de haut en bas et se terminant « par un bourrelet large et sai'llant; 2° plus en dehors et en haut, « trois petites excoriations dont deux ont une forme demi-circulaire, « k convexité supérieure; 3° deux autres écorchures tout à fait sur les « côtés du col; 4° en avant et à gauche, froissement considérable de « la peau avec excoriations et ecchymoses. »
Ainsi non seulement les lésions occupent circulairement tout le tour du col et sont à la fois nombreuses et très profondes, ce que l'on ne peut comprendre dans l'hypothèse alléguée par la femme de D...; mais de plus la direction des excoriations contredit d'une manière formelle ses déclarations. L'enfant se présentant au passage la tôte en bas, la trace de tractions exercées sur le col pour amener le corps hors de la vulve, devrait être dirigée du cou vers la tôte, c'est-à-dire (en replaçant l'enfant dans sa position naturelle) de bas en haut. C'est précisément le contraire qui a lieu. Les excoriations commencent en haut par une extrémité effilée, et vont en s'élargissant et en creusant la peau de plus en plus de manière à former en avant et en bas un bourrelet saillant. Il est impossible de considérer cette déchirure plus profonde comme le point de départ de l'excoriation, car il était facile de voir sur le cadavre le sens dans lequel étaient refoulés les tissus, et de constater que la déchirure s'arrêtait en bas d'une manière nette et tranchée. Enfin si ces caractères manquaient, il suffirait de faire remarquer la trace parfaitement distincte des ongles, dont la convexité tournée en haut indique de la façon la plus évidente que le col a été saisi de haut en bas et non de bas en haut.
Nous ajouterons encore que l'état des poumons et- de l'estomac constaté par l'autopsie, et qui nous a permis d'établir que l'enfant avait vécu et respiré assez longtemps, ne permet pas davantage d'admettre que la strangulation ait eu lieu au moment où l'enfant était au passage.
En résumé, nous concluons que les lésions qui existaient au col et qui ont occasionné la mort de l'enfant nouveau-né des époux D..., ne peuvent être le résultat des manœuvres exercées par la femme au moment où elle tirait son enfant pour hâter sa déUvrance.
Observ. XXIX. — Infanticide par strangulation et suffocation. Constatation de V accouchement.
En vertu d'une ordonnance de M. Brault, juge d'instruction près
le tribunal de première instance du département de la Seine, en date du 30 mars 1830, nous nous sommes transporté à la maison d'arrêt, où nous a été présentée la fille D..., qui était debout et que nous avons pu examiner dans la salle de visite.
Cette femme est de très haute taille et de vigoureuse constitution. Elle nous dit être accouchée environ quinze jours avant terme, le mercredi 27 courant, vers trois heures de relevée, après trois ou quatre douleurs seulement. Suivant sa version, l'enfant serait alternativement sorti et rentré, et elle aurait été obligée de le saisir par le cou. Elle ajoute qu'il a à peine donné signe de vie et qu'il n'a pas poussé un seul cri. Le délivre, expulsé en môme temps que l'enfant aurait été jeté dans les latrines par la fille D...
L'examen auquel nous la soumettons nous permet de constater les faits suivants: Les parties sexuelles sont le siège d'un écoulement sanguinolent exhalant l'odeur caractéristique des lochies, et assez abondant pour avoir couvert la chemise de taches très étendues. L'ouverture de la vulve est notablement dilatée. Les parois du ventre sont relâchées et plissées. On sent la matrice en partie revenue sur elle-même, mais encore plus volumineuse que dans l'état normal et atteignant la région sus-pubienne. Les seins sont très volumineux, durs et fortement engorgés. Le poals est fréquent; le teint animé.
De l'exposé des faits qui précèdent, nous concluons que :
1° La fille D... est accouchée récemment.
2° L'accouchement ne remonte pas à plus de quatre jours.
Autopsie à la Morgue, l'^'" avril. Enfant du sexe féminin, 3'''', 400, 51 cent. 28 à l'ombilic. Pas de putréfaction. Tète, Il centimètres sur 9. Cordon déchiré à un centimètre et de demi de l'insertion.
Nez aplati; empreinte de pression de chaque côté du nez.
Au cou, peau très rouge, chagrinée. De chaque côté du larynx, ecchymose en forme d'ongle, 3 à gauche, une â droite, tournées en dedans. Infiltration sous-jacente.
Poumons surnageant, volumineux; engouement; taches ecchymosées; cœur contenant du sang noir coagulé; estomac vide, ni aliments, ni salives; matière calcinée en petite quantité; intestins revenus sur eux mêmes.
1° L'enfant nouveau-né, issu de la fille D..., est né à terme, viable et parfaitement conformé.
2° Cet enfant a vécu, il a respiré complètement de manière à ce que l'air ait pénétré la totalité des poumons, et il est incontestable qu'il a dû pousser quelques cris.
3° La mort est le résultat de l'asphyxie par suffocation et strangulation opérée par l'appUcation de la main sur l'ouverture de la bouche et des narines, et par la pression des doigts sur le cou. L'état des poumons indique les efforts que l'enfant a dû faire pour vaincre les obstacles apportés au libre exercice des fonctions respiratoires.
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4° La mort peut remonter à huit jours environ.
E)0 L'enfant a été étouffé très peu de temps après qu'il est venu au monde ; et aucun liquide alimentaire ou autre n'a pénétré dans l'estomac par la déglutition.
60 Les traces de violences constatées au-devant du cou, ne peuvent être le résultat de manœuvres exercées par la femme en travail pour se délivrer elle-même. Leur siège et leur forme sont en opposition formelle avec cette allégation de la fille D...
Observ. XXX. — Infanticide par strangulation.
Autopsie à Belleville, le 3 juillet, du cadavre de l'enfant B... Il était enveloppé dans une serviette étroitement appliquée sur le corps et fixée par plusieurs épingles. Cette circonstance, ainsi que la position à l'abri du contact de l'air, explique le peu de progrès qu'ont fait la décomposition putride et l'espèce de momification qu'il a subie. Les tissus sont en effet desséchés et offrent une couleur brunâtre. Ces organes profonds sont d'ailleurs bien conservés. Cordon rompu, non lié, à 10 centimètres, complètement desséché. Point osseux bien formé dans les cartilages.
Tête enveloppée d'un linge. Téguments et os du crâne intacts. Quelques épanchements.
Cou entouré par un linge roulé et fortement serré, passé sous les aisselles et fixé par un nœud derrière la nuqu^. Ce lien a laissé une profonde empreinte sur le cou qui porte les marques d'une contraction considérable.
Organes thoraciques surnageant. Poumons affaissés, non décomposés. Pas de lésion caractéristique. Cœur vide et flasque.
La fille B... se dit accouchée le 14 juin.
Ventre volumineux, un peu douloureux à la pression. Matrice non complètement revenue, se sent au niveau du pubis. Vulve avec écoulement lochial, léger, sanguinolent. Eraillures récentes. Seins siège de sécrétion laiteuse. Santé non altérée. Physionomie naturelle. Intelligence nette.
1° La fille B... porte les traces d'un accouchement récent; 2" sans qu'il soit possible de déterminer avec certitude le jour auquel remonte l'accouchement, il parait un peu moins éloigné que ne le déclare la fille B... ; 3° l'enfant est du sexe féminin, né à terme et vigoureusement constitué; 4° cet enfant a vécu et respiré; 5° il a été étranglé à l'aide d'un lien serré autour du cou, et sa mort est ma- ^- ifestement le résultat de violences criminelles.
Observ. XXXI. — Strangulation. Corps mutilé. Infanticide.
Autopsie, le 13 novembre 18S8, à la Morgue, d'un cadavre extrait des latrines des halles.
Le corps est coupé en dix-neuf morceaux et est assez bien conservé ; sexe masculin ; cordon coupé net à 8 centimètres. Point osseux des fémurs ; les os et les chairs sont coupés nets comme avec un couperet; la face est divisée en trois, dç manière à laisser intacts le nez et la bouche. On reconnaît que les lèvres sont ecchymosées, ainsi que la langue; les os du crâne sont intacts; le cou froissé, étranglé. Les poumons surnagent; ils sont peu volumineux, peu aérés, rosés et sans ecchymoses sous-pleurales. ^ En résumé. — Enfant nouveau-né, sexe masculin, né à terme, viable et bien conformé ; a vécu et respiré. Il a été étranglé à l'aide d'un lien fortement serré autour du cou. Le cadavre a été divisé en plus de vingt fragments, à l'aide d'un instrument tranchant et lourd, comme un couperet, manié avec beaucoup de force et par une main exercée.
Immerâiou dans les fosses d'aisances.
Observ. XXXII. — Infanticide par immersion dans la fosse d'aisances.
Autopsie à la Morgue, le 26 avril 1849, avec le docteur Charpentier, du cadavre d'un enfant nouveau-né du sexe féminin, du poids de 2 kilogrammes 320 grammes, long de SO centimètres. L'insertion du cordon ombilical se trouve à 2 centimètres au-dessous de la moitié du corps. La tête, de dimensions ordinaires, présente : diamètre bipariétal, 0,09; fronto-occipital 0,H. Le cordon, divisé à 34 centimètres de son insertion abdominale, n'a pas été régulièrement coupé, mais bien déchiré et non lié; la surface du corps est d'une couleur à peu près uniformément verdâtre; laputréfaction n'est cependant pas très avancée. Le cadavre exhale une odeur analogue à celle des fosses d'aisances ; l'extrémité inférieure du fémur présente un point d'ossification parfaitement formé.
Téte. — A la partie antérieure du front, vers la ligne médiane et au niveau de la bosse frontale du côté droit, les téguments du crâne amincis, parcheminés, offrent une coloration brune très foncée ; au-dessous de la peau on trouve, dans ces deux points, une infiltration considérable et un épanchement de sang coagulé. Le péricrâne est en partie décollé, et, un peu au-dessous de la bosse frontale droite, il existe une fracture de l'os frontal, étendue transversalement sur le segment droit de cet os, longue de 3 centimètres,
RAPPORTS ET CONSULTATIONS
présentant un soulèvement et une certaine mobililc des fragments avec un commencement d'éclat de l'os fracturé.
La dure-mère est détachée de la paroi osseuse du crâne, et le sang est épanché à la surface du cerveau. Les téguments et les os du crâne examinés, soit au sommet, soit à la partie postérieure de la tôte, sont tout à fait intacts. La face n'est le siège d'aucune lésion ; le nez n'est pas aplati. L'orifice des narines, le pourtour des lèvres n'offrent pas d'ecchymoses, ni de traces de contusions ou de déchirures.
Poitrine. — Le col ne présente pas non plus d'altérations résultant de violences; les organes thoraciques, détachés en masse et plongés dans un vase rempli d'eau, surnagent. Les poumons sont volumineux, d'une couleur rosée ; on distingue, à leur surface, les divisions des lobules distendus par l'air qui a pénétré abondamment dans l'intérieur des vésicules pulmonaires. Séparés du cœur et du thymus, divisés en petits fragments, fortement comprimés sous l'eau, les poumons surnagent encore. Le cœur ne contient qu'une petite quantité de sang liquide, avec quelques bulles de gaz putride. . Viscères abdominaux sains.
Estomac contenant une notable quantité d'un liquide brun très fétide, ayant une grande analogie avec les matières liquides des fosses d'aisances dans lesquelles le cadavre a été trouvé.
Le gros intestin est distendu par une grande quantité de méco nium.
Conclusions. — 1° Le cadavre que nous avons eu à examiner est celui d'un enfant nouveau-né, du sexe féminin, né à terme et parfaitement conformé.
2° Cet enfant est né viable ; il a vécu et respiré.
3° La inort est le résultat de la submersion dans les fosses d'aisances.
4" Il existait, à la tête, une double ecchymose et une fracture des os du crâne, paraissant résulter d'une forte pression exercée sur la tête pour lui faire franchir l'orifice des latrines. Cette double lésion ne peut résulter ni du travail de l'accouchement ni de la chute accidentelle du corps.
5° Le volume et l'état des poumons, les matières trouvées dans l'estomac où elles ont été introduites par la déglutition, montrent que la vie a dû se prolonger pendant un certain temps, ou au moins pendant cinq ou dix minutes.
6" Le séjour du cadavre dans les fosses d'aisances n'a pas dû dépasser huit ou dix jours.
Visite, à la Conciergerie, de la fille P... Forte et bien constituée ; ne présente en ce moment, malgré l'émotion, aucune altération dans la santé générale. Les seins, qui sont assez peu développés, laissent suinter, lorsqu'on les presse, quelques gouttes de lait jaune
IMMERSION DANS LES FOSSES d'aISANCES.
et assez épais; les parois do ventre sont flasques, la ligue médiane est marquée de l'ombilic au puljis par une raie d'un brun très foncé ; la peau, qui offre une teinte brune beaucoup plus marquée que sur les parties voisines, est le siège de plis et d'éraillures nombreux et récents. En palpant et en déprimant avec force les parois abdominales dans la région hypogaslrique, nous trouvons que la matrice, presque complètement revenue sur elle-même, est encore sensiljle cependant derrière le pubis. Les parties sexuelles n'offrent rien d'insolite, si ce n'est un écoulement peu abondant, dont l'odeur, quoique assez faible, est celle des lochies.
Conclusions. — 1° La fille P... porte les traces d'un accouchement récent qui, conformément à sa déclaration, doit remonter à une quinzaine de jours.
2° Il est impossible d'admettre que cette fille ait pu ignorer sa grossesse, et que, accouchant pour la première fois, dans les circonstances alléguées par elle, elle ait pu être tellement saisie que, malgré elle et à son insu, l'enfant soit tombé dans les lieux d'aisances, sur lesquels elle aurait été assise.
Observ. XXXIII. — Enfant jeté vivant dans la fosse d'aisances. Examen de taches sur les vêtements de la mère.
Autopsie, le il décembre 1857, de l'enfant issu de la fille H..., qui a été jeté vivant dans les latrines, et entendu vagissant dans le tuyau, d'où il a été retiré mort.
Enfant du sexe féminin : 3 kilogrammes S2 centigrammes. Point osseux ; cordon rompu, déchiré vers le milieu de sa longueur, non lié.
Sur les bras, aux genoux et sur le dos, nombreuses excoriations avec ecchymoses sous-jacentes.
Tête, dont le plus grand diamètre est de 11 centimètres, et très aplatie; fracture du pariétal gauche dans toute sa hauteur; épanchement de sang coagulé sous le cuir chevelu.
Organes thoraciques surnageant. Cœur très volumineux, rempli de sang fluide. Poumons incomplètement distendus par l'aù', d'une couleur violacée, avec quelques ecchymoses sous-pleurales.
Estomac remph de salive et de mucosités spumeuses.
1° Le cadavre que nous avons examiné est celui d'un enfant nouveau-né, du sexe féminin, né à terme, viable et très vigoureusement constitué.
2" Cet enfant a vécu et respiré.
3° Il a eu la tête écrasée à son passage à travers le tuyau de conduite des latrines où il a été précipité; et, à cette fracture, qui eût pu à elle seule causer la mort, est venue s'ajouter la suffocation purulente par le manque d'air respirable.
RAPPORTS ET CONSULTATIONS
4" On ne peut attribuer la fracture du crâne aux difficultés du travail de l'accouchement.
5° Les traces de violences qui existent sur le corps sont dues aux frottements qu'il a subis contre les parois du tuyau.
Sur le jupon de la fille H..., deux larges taches à l'extérieur et sur le devant de la jupe ; l'une près de la ceinture, l'autre vers le milieu ûe sa longueur, transversales et larges de 40 centimètres environ.
(Détails de l'examen conformes à la description donnée dans le chapitre précédent.)
Le jupon saisi porte les traces du contact du corps d'un enfant nouveau-né, caractérisé par des taches formées à la fois par du sang •et de la matière qui compose l'enduit fœtal.
Ces taches, par leur siège à l'extérieur de la jupe, par leur forme et leur direction, attestent que le corps a été enveloppé dans le jupon relevé sur lui-même, et non saisi et soutenu avec le dedans du jupon.
Observ. XXXIV. — Infanticide par immersion dans la fosse d'aisances.
Lésions multiples.
Autopsie à la Morgue, le 9 décembre 1862, avec le docteur Racle, d'un enfant du sexe masculin, trouvé dans les latrines de l'hôtel n° 15, rue Notre-Dame-des-Victoires : 55 centimètres, très gros (pas de poids à cause de la mutilation). Point osseux épiphysaire ; cordon arraché à \ 8 centimètres et non lié. Etat parfait de conservation ; cordon frais. Naissance et mort récentes ; mutilation du bras gauche complètement coupé par un couteau mal tranchant; os brisés. A droite, mutilations commencées. Quelques coupures au front et au menton. Cuisse gauche fracturée. Toutes lésions faites après la mort. Poumons très volumineux, rosés ; rares ecchymoses et ruptures vésiculaires. Ecume dans la trachée. Cœur volumineux; quelques taches sous-péricardiques. Au devant du cou, vive rougeur, teinte violacée; deux empreintes d'ongles à gauche. Plus en arrière et vers l'oreille large et profonde ecchymose. A droite, mêmes lésions manifestes. Au devant de la poitrine dans trois travers de doigt, peau violacée, infiltration de sang. Compression énergique du thorax. Téguments et os du crâne intacts; bosse sanguine au sommet. Présentation delà tête. Organes contenus dans l'abdomen, rien à noter. Colonne vertébrale et os du bassin brisés par Qexion forcée et pression très forte. Os brisés en plusieurs fragments. Poumons ; épanchement et infiltration de sang coagulé.
1° Cadavre d'enfant né à terme, viable et vigoureusement constitué. 2° Né vivant, a vécu et respiré complètement. 3° U a subi, immédiatement après la naissance, des violences multipliées, accom-
plies avec une main exercée, et qui ont produit, d'une part, l'écrasement et le broiement des reins et du bassin, de l'autre, la strangulation et la sufTocation auxquelles l'enfant a succombé. 4° Il a été en outre, après sa mort, l'objet de mutilations qui avaient pour but de favoriser la disparition du cadavre. 5° Aucune des nombreuses blessures et lésions constatées ne peut être attribuée, soit aux difficultés du travail de la délivrance, soit à toute autre cause naturelle ou accidentelle .
Observ. XXXV. — Infanticide. Enfant jeté vivant dans la
fosse d'aisances.
Visite, le 25 janvier 1861, dans son garni, rue du Cherche-Midi, 43, de la fille T..., à quatre heures et demie, accouchée à midi. Se disant enceinte de quatre mois, ayant eu ses règles quinze jours avant son arrivée de t.yon à Paris. Baignée de sang; matrice volumineuse, dépassant de plus d'une main au-dessus du pubis. Dit être accouchée sur les latrines que nous visitons et qui forment une auge largement ouverte (elle y est restée plus d'une heure). Elle déclare que tout est paru à la fois. Envoyée à l'hôpital.
Accouchée depuis peu d'heures, à une époque beaucoup plus avancée qu'elle ne le dit.
Autopsie le 27, à la Morgue, de l'enfant retiré de la fosse. Sexe masculin : un kilogramme 9oO grammes, 47 centimètres ; pas encore de point épiphysaire. Enduit sébacé, ongles; cordon déchiré par un visible effort, à 6 centimètres de l'abdomen. Pas de violences extérieures ; rien aux lèvres ni au nez ; docimasie évidente. Poumons très volumieux, aérés, sang noir. Pas d'ecchymoses souspleurales. Cœur plein de sang noir. Estomac contenant, ainsi que l'œsophage, un liquide brun, épais, fétide.
Né viable à un peu plus de huit mois ; vivant, a respiré complètement et assez longtemps; le corps n'a pas été expulsé en même temps que le placenta. Il n'en a été séparé que par la rupture violente du cordon, qui n'a pu céder au seul poids de fenfant, et a été certainement déchiré par un effort direct.
Jeté vivant dans la fosse, où il est mort par le fait de la submersion.
Observ. XXXVI. — Enfant jeté dans une fosse d'aisances, vivant et y ayant respiré plicsieurs heures.
Autopsie à la Morgue, le 6 septembre 1848, du cadavre d'un enfant nouveau-né, du sexe masculin, jeté dans une fosse d'aisances par la fille L... Né à terme, fort, vigoureux : 3 kilogrammes, 58cen- Tardieu. — Infanticide. «■
322 RAPPORTS ET CONSULTATIONS
timètres. Cordon ombilical coupé net, non lié; a vécu et respiré. Poumons violacés; pas d'ecchymoses; cœur vide. Contusions, ecchymoses au-dessus de l'œil gauche, à la pommette, derrière l'oreille du môme côté. Excoriation profonde au genou droit; téte en forme conique. Chevauchement des os pariétaux. Mort par asphyxie par défaut d'air respirable. Contusions par suite de pression du corps à travers un conduit étroit. En résumé, crime d'infanticide.
Interpellé, le 2o juillet, par M. le juge d'instruction Desnoyers sur la question de savoir si la mère a pu croire à la mort de son enfant avant de le jeter dans la fosse, où on l'a entendu crier pendant plusieurs heures, nous repondons qu'il est très peu probable que l'enfant soit venu au monde dans un état de mort apparente parce que le cordon n'ayant pas été lié, l'écoulement de sang aurait dissipé Uasphyxie.
Observ. XXXVII. — Enfant jeté vivant dans la fosse et retiré vivant
après onze, heures.
Autopsie, le 2 août 1859, d'un enfant jeté dans la fosse, d'où il a été retiré vivant après onze heures. Il est mort une heure après. Les poumons présentent une particularité très curieuse. De nombreux lobules sont restés à l'état fœtal et forment des plaques violacées à la surface, entre les parties aérées qui sont pâles. Cela simule des noyaux apoplectiques, mais il n'y a pas trace d'infiltration sanguine ni ecchymose sous-pleurale.
Enfant à terme; cordon rompu et non lié, à 10 centimètres de son insertion abdominale. Estomac renfermant une assez grande quantité de matières Uquides de la fosse d'aisances. Enfant du sexe féminin, à terme, viable et bien conformé; a vécu et respiré. Mort par suite de son séjour prolongé dans la fosse d'aisances et de l'air vicié qu'il y a respiré. La fille L... présente les signes d'un accouchement qui ne remonte pas au delà de trois jours. •
Observ. XXXVIII. — Infanticide, immersion dans la fosse d'aisances. —
Questions médico légales.
J'ai reçu le 8 février 1864, de M. le juge d'instruction Henriquet, la lettre suivante :
« La fille L... est accouchée, le 20 janvier dernier, dans les lieux d'aisances dépendant de l'appartement des époux Montacle, chez lesquels elle servait comme domestique ; il résulte des constatations faites par le commissaire de police que la cuvette de ces lieux est à bascule, c'est.-à-dire ne s'ouvre qu'au moment où l'on est assis sur le siège
et que Vorifice du conduit est assez large pour laisser passer le corps d'un fœlus et peut-ôtre d'un enfant nouveau-nô.
« Le corps de l'enfant de la fille L... n'a pourtant pas glissé jusqu'à la fosse proprement dite, il s'est arrôLé dans le conduit et l'on a dû, par mon ordre, pour le faire descendre dans la fosse et l'y prendre, employer certains moyens, nolanmient un poids assez lourd en plomb qui, entrant dans le conduit, a pressé le cadavre et l'a fait couler.
« Dans ces circonstances, doit-on attribuer les traces de la pression violente qui s'est étendue sur la tête jusqu'à l'orifice des voies respiratoires à un acte volontaire exercé sur cette partie du corps de l'enfant avant son entrée dans le conduit de la fosse d'aisances ?
« Ces traces ne résultent-elles pas plutôt de la compression nécessairement exercée sur le corps, parles parois du conduit trop étroit dans lequel ce corps est engagé ?
« L'inculpée accouchant sur un siège à bascule dont l'orifice est ouvert au moment où l'enfant sort du sein de sa mère, cet enfant peut-il être tombé dans le conduit en quelque sorte naturellement?
« En admettant cette hypothèse, le corps ne devait-il pas être retenu par le cordon ombilical ?
« Je vous serais fort reconnaissant de vouloir bien m'éclairer sur tous ces points qui, dans l'intérêt de la vérité, me paraissent avoir une certaine importance. »
La réponse que j'ai adressée aux questions qui précèdent peut se résumer ainsi :
L'enfant issu de la fille L... n'a pu tomber à travers la lunette par suite de la rupture spontanée du cordon ombilical, qui est fort et bien conformé et quia été déchiré violemment à 8 centimètres.
Les lésions graves et profondes constatées à l'autopsie ne peuvent avoir été produites par les moyens employés pour achever de faire descendre le corps jusque dans la fosse ; le corps était sans doute alors privé de vie et il n'y eût pas eu ecchymoses ; de plus la pression n'eût eu lieu que sur le sommet du crâne et non sur la totalité de la tête.
Ces lésions résultent de la compression de la tête par les parois du tuyau de conduite où le corps de Tenfant encore vivant a été violemment engagé.
La mort ne peut être attribuée qu'à un acte volontaire et criminel.
Observ. XXXIX. — Infanticide par suffocation. Immersion dans la
fosse d'aisances.
Autopsie à la Morgue, le 26 septembre 1862, d'un nouveau-né à terme, sexe féminin, cordon arraché à 18 centimètres.
RAPPORTS ET CONSULTATIONS
Excoriations et ecchymoses très nombreuses et très profondes sur les côtés du cou, de la poitrine, sur les coudes, aux genoux; nez et lèvres très aplatis, excoriés et ecchymosés ; poumons ayant respiré, très emphysémateux, ecchymoses .sous la plèvre et sous le péricarde.
Rien dans l'estomac.
Placenta séparé, retrouvé sain.
Enfant né vivant, mort étouffé et étranglé par des violences criminelles.
A l'occasion de ce fait, je reçus de M. le juge d'instruction de Lurcy la lettre suivante : « Je vous envoie ci-joint le procès-verbal descriptif des lieux d'aisances (affaire G.). — Je suis convaincu que cette fille est accouchée sur les dalles du cabinet, et qu'elle a précipité volontairement son enfant dans le tuyau de descente. Mais elle s'obstine à soutenir qu'étant accroupie sur la lunette, elle est accouchée presque sans s'en douter, et que l'enfant est tombé accidentellement ; elle reconnaît cependant que l'enfant a crié.
« Veuillez donc me faire savoir si les violences constatées ont été exercées directement par une main criminelle, ou si elles auraient pu être le résultat de la seule chute par le tuyau de descente.
« Dans cette dernière hypothèse, l'enfant a-t-il été précipité volontairement, ou a-t-il pu tomber accidentellement? »
Je répondis dans les termes suivants ; Si la fille a pu être surprise par les douleurs, le cordon sain n'a pu se rompre.
Lésions caractéristiques attestant par leur siège, leur nombre, leur nature, l'intervention active et directe de la main. Ce n'est ni au cou, ni sur les narines, ni sur les bras que se seraient imprimées les traces de la chute du corps dans le tuyau. Ces stigmates, rapprochés des altérations des poumons, sont un indice de strangulation et de suffocation.
Ecorchures aux parties saillantes, genoux et coudes, lorsque le corps, non tout à fait privé de vie, a été jeté dans les latrines. Mais ce sont là des lésions secondaires indépendantes de la vraie cause de mort.
1° Les violences constatées et qui ont amené la mort, ont été incontestablement exercées d'une manière directe par une main criminelle.
2° Le corps de l'enfant n'a pu tomber accidentellement dans les latrines, par suite de la rupture spontanée du cordon.
Observ. XL. — Mort par précipitation dans les latrines.
Autopsie à la Morgue, le 24 décembre 1862, du nouveau-né issu de la fille M...
A terme ; cordon rompu à 1 8 centimètres .
A l'extérieur, très nombreuses ecchymoses et excoriations, principalement sur le dos et sur les membres inférieurs, avec sang coagulé, faites pendant la vie, et résultant du frottement sur une surface rude. Au niveau des chevilles, empreinte des doigts qui auraient exercé sur ce point une forte pression.
Téguments et os du crâne intacts ; épanchement sous-péricrânien ; rien au nez, à la bouche ni au cou. Poumons très volumineux, distendus par l'air ; très nombreuses ecchymoses, quelques vésicules rompues. — Né à terme, viable ; a vécu. 11 vivait lorsqu'il a été exposé dans la cuvette des latrines ; les lésions et écorchures dont son corps est couvert ont été produites par la violence avec laquelle il a été jeté, ainsi que par le frottement sur une surface rude. Mort étouffé par défaut d'air respirable, suite de son séjour dans les latrines.
Visite de la fille M... à l'Hôtel-Dieu ; accouchement tout récent: trente-six heures ; matrice non revenue sur elle-même. Est accouchée une première fois, trois ans auparavant.
J'ai visité, avec M. le juge d'instruction, la cuvette des lieux d'aisances : elle formait un cône très étroit et long, très propice à l'étouffement.
Obsekv. XLI. — Infanticide par immersion clans la fosse d'aisances.
Autopsie à la Morgue, le 20 février 18S3, d'un enfant nouveau-né, issu de la fille M...
Enfant nouveau-né, du sexe féminin, né à terme, bien conformé : pas la moindre trace de violences. Putréfaction très avancée ; corps souillé de matières fécales. Cordon rompu et non coupé, à 8 ou 9 centimètres de l'insertion abdominale.
Tête non aplatie, non déformée; pas de fracture, pas de contusion.
Poumons peu distendus par l'air ; bronches remplies de matières fécales. Cœur sain.
Bouche et arrière-gorge remplies de matières fécales. Estomac ne renfermant qu'une petite partie de liquide brun.'
1° Né à terme, viable; bien conformé.
2° A vécu et respiré.
3» Mort asphyxié par submersion dans les fosses d'aisances. 4° Pas de traces de violences.
■Observ. XLII, — Enfant étouffé et jeté dans la fosse d'aisances. —
Fracture du crâne ,
Visite de la fille M... à l'hôpital Beaujon, le 12 mars 18bb. Signes
RAPPORTS ET CONSULTATIONS
évidents d'accouchement récent et à terme, pouvant remonter à cinq ou six jours. Elle dit faussement qu'elle n'était enceinte que de quatre mois et demi.
Enfant nouveau-né, du sexe féminin, née à terme, viable et bien conformée; du poids de 2 kilogrammes et demi. Cordon rompu et non lié, à t9 cenlimètres de l'insertion abdominale. A vécu et respiré; odeur forte de fosses d'aisances. Au front, dessiccation brunâtre de la peau. Sous le cuir chevelu, nombreuses ecchymoses formées par de petits amas de sang coagulé. A l'occiput et aux deux pariétaux, fractures évidemment postérieures à la mort.
Poumons médiocrement voluminueux, offrant un très grand nombre de taches tout à fait noires, réunies en certains points par plaques, et des parties emphysémateuses. La généralité du tissu pulmonaire est rosée et peu congestionnée ; la trachée et les bronches contiennent une très grande quantité d'écume très fine et à peine teinte en rose; le cœur est distendu par du sang fluide. L'estomac est complètement vide ; la mort est le résultat de la suffocation produite par un obstacle apporté violemment à l'entrée de l'air dans les voies aériennes.
Après avoir été étouffé, le corps a été précipité dans la fosse d'aisances, et la tête fortement pressée au point d'être brisée pour traverser l'orifice trop étroit.
Comme des lésions ne pouvant être attribuées au travail naturel ou à quelque accident de l'accouchement.
Observ. XLÏII. — Immersion dans la fosse d'aisances. — Fracture du crâne .
Sur réquisition de M. Sallantin, substitut du procureur impérial près le tribunal de la Seine, en date du 26 mars 1856 :
Nous nous sommes transportés, le 27 mars courant, à la Morgue, où, en présence de M. le commissaire de police de la section des Iles, et, après avoir prêté serment entre ses mains, nous avons procédé à l'opération qui nous est confiée.
Le cadavre que nous avons examiné est celui d'un enfant nouveauné, du sexe masculin, du poids de 1650 grammes, présentant un point osseux bien formé dans les cartilages des fémurs; le cordon a été coupé à 5 centimètres et non lié : le corps est dans un bon état de conservation, et la putréfaction est à peine commencée; les téguments du crâne sont largement excoriés. Il existe un vaste épanchement de sang coagulé, au niveau du pariétal, du côté droit, qui présente une fracture étendue, correspondant à une fracture du côté opposé, et résultant d'une forte pression faite pendant que 1 enfant vivait encore. Au-devant du cou, la peau offre une teinte d'un
IMMERSION DANS LES FOSSES d'âISANCES. 327
rou^e livide, qui a l'apparence d'une contusion, mais qui ne s'acconi'pagne pas d'infiltration sanguine dans les tissus sous-jacents, et n'est autre chose qu'une sugillation cadavérique.
Les organes extraits de la poitrine, plongés dans un vase rempli d'eau surnagent, soit en totalité, soit. isolément; les poumons sont distendus par l'air, d'une couleur rosée, sans aucune lésion ; l'estomac est vide. H n'existe aucune autre trace de violences. On voit seulement quelques excoriations sur les genoux et sur la poitrine.
De l'examen qui précède nous concluons que :
l" Le cadavre que nous avons examiné est celui d'un enfant nouveau-né, du sexe masculin, né à terme, viable et bien conformé; 2° cet enfant a vécu et respiré ; 3" la mort est le résultat d'une fracture du crâne déterminée par une forte pression qui a aplati la tête, probablement au moment du passage à travers l'orifice étroit d'un
tuyau de latrines.
2° L'accouchement de la fille l^... n'a pu avoir heu dans les conditions et avec les circonstances que celle-ci a déclarées.
3° L'état des parties sexuelles d'une femme ne permet pas de décider, dix jours après la délivrance, si elle est accouchée ou non d'un enfant à terme ; l'examen du corps du nouveau-né démontre qu'il était bien à terme.
4° La rupture du cordon ombiUcal indique que l'issue du fœtus et de ses annexes n'a pas eu lieu simultanément et de façon à ce que le tout soit tombé à la fois directement dans la fosse.
5° Cette rupture faite, soit au moment de la délivrance, soit après, suppose des efforts et des tractions qui ne paraissent que très difficilement compatibles avec l'infirmité dont la fille R... est atteinte, et qui, dans tous les cas, sont inadmissiljles dans les conditions oii elle dit s'être trouvée placée au moment de l'accouchement.
Obsekv. XLIV. — Enfant jeté vivant dans la fosse. — Cordon lié. — Circonstance capitale.
Enfant jeté vivant dans une fosse d'aisances, retiré vivant, mort le soir.
Le 13 décembre 1861, visite delà mère à Lariboisière ; accouchement récent; autopsie de l'enfant né à terme.
Le cordon a été coupé et lié régulièrement, mais sans doute après l'extraction de la fosse ; je ne l'ai pas vu à ce moment. Circonstance capitale.
Quelques excoriations.
Poumons mi-partie à l'état fœtal et pénétrés par l'air.
Mort résultant de l'étabhssement incomplet de la respiration, qui a été violemment entravée par le séjour dans l'atmosphère irrespirable d'une fosse d'aisances.
RAPPORTS ET CONSULTATIONS
Observ. XLV. ~ Immersion dans la fosse d'aisances. — Fracture
du crâne.
Autopsie à la Morgue, le H février 18o4, d'un enfant nouveau-né trouvé au dépotoir de la Villette.
Enfant du sexe féminin, née à terme, vial)le et bien conformée ; a vécu et respiré ; le cordon ombilical a été rompu, non coupé et non lié; putréfaction très avancée, odeur de fèces.
A la surface, sur le bras gauche, sur la paroi de la poitrine, aux genoux, de nombreuses cl larges ecchymoses ; sang coagulé avec excoriations, résultat de frottement.
Tôte écrasée, face aplatie, crâne fracturé en éclats nombreux, de dimensions variables et de forme irrégulière. Sang coagulé sous le cuir chevelu et entre les os fracturés. Docimasie complète. Poumons très volumineux, très pâles, très crépitants, sans engouement à la base. Cœur contient un peu de sang coagulé; dans l'estomac, liquide roussâtre exhalé par la putréfaction 3 pas de fèces ni autre liquide avalé.
La mort est le résultat des fractures multiples du crâne et des contusions nombreuses produites par le passage forcé du corps à travers le tuyau de conduite dans une fosse d'aisances.
Observ. XLVI. — Enfant jeté vivant dans la fosse d'aisances. —
Fracture du crâne.
Autopsie, le 6 décembre 1839, de l'enfant de la fille Varet, né à terme, bien constitué ; cordon rompu non lié à 26 centimètres, pas de putréfaction, odeur fécale.
Tête fortement aplatie ; sur le front, petites excoriations sous le cuir chevelu, vaste épanchement coagulé ; double fracture des pariétaux par écrasement ; pas de violences au cou et à la bouche ; poumons surnagent, très volumineux, engoués à la base, sans ecchymose ; sang noir et visqueux ; matières de la fosse dans l'estomac ; a vécu et respiré d'une manière complète.
Le front et l'aplatissement du crâne attestent que la tête a subi une forte pression et un véritable écrasement sans doute au passage des latrines, mais non dans le travail de l'accouchement.
L'enfant respirait encore lorsqu'il est tombé dans la fosse où il devait nécessairement succomber tant par suite de la double fracture que par le séjour dans l'atmosphère viciée de la fosse.
Observ. XLVII. — Infanticide par strangulation. — Immersion dans
la fosse d'aisances.
Autopsie, le 27 mai 18C1, de l'enfant nouveau-né de la fille Montgcllard .
Enfant du sexe masculin, 48 centimètres. Point osseux commençant à paraître. Cordon coupé manifestement avec un instrument tranchant, à 17 centimètres. Corps bien conservé, odeur de matières, grande quantité de ces matières dans la bouche, ne dépassant pas l'arrière- gorge. Il n'y en a ni dans l'œsophage, ni dansl'estomac, ni dans les voies aériennes.
A l'extérieur, au-devant du cou, de chaque côté du larynx, de très petites empreintes linéaires, très peu apparentes, mais répondant à des ecchymoses situées dans le tissu sous-jacent et parfaitement caractérisées; écume sanguinolente dans le larynx.
Poumons très volumineux parsemés de très nombreuses vésicules rompues, et dans leur épaisseur il existe des quantités circonscrites; sang fluide dans le cœur, mucosités abondantes dans l'estomac.
Enfant né un peu avant terme, viable et bien conformé; né vivant, a vécu et respiré; étranglé avant d'être jeté dans la fosse.
Observ. XLVIII. — Immersion dans la fosse d'aisances. — Fractures du crâne. — Questions médico-légales.
Autopsie de l'enfant de la fille K.. ., le 5 mai 1859 ; visite de la mère à l'Hôtel-Dieu. Tombé dans une fosse à orifice de 15 centimètres.
Enfant à terme, volumineux ; cordon adhérent au placenta ; aux épaules, au coude, aux genoux, larges et nombreuses excoriations avec infiltration de sang coagulé.
Tête déformée, aplatie, 13 centimètres de diamètre. Pariétaux écrasés, vaste épanchement de sang. Rien aux poumons qui ont respiré. Estomac vide.
Fille, accouchement récent, pas d'enfant avant,, l'accouchement remonte au 29-30 avril.
Enfant à terme, viable, vigoureux, a vécu et respiré.
Mort par écrasement de la tête.
Les traces de violences qui existent non seulement sur le crâne, mais sur les saillies du corps, attestent la violence qui a été nécessaire pour lui faire traverser le tuyau de conduite.
Impossible d'admettre que l'enfant ait gUssé sans que la fille s'en soit aperçue.
RAPPORTS ET CONSULTATIONS
Observ. XLIX. — Enfant étouffé, jeté dans les latrines, — Fractures du crâne.
Autopsie, le 22 mai 1833, de l'enfant de la fille Truss, masculin, 2'',750; cordon déchiré à 16 centimètres. Odeur fétide putréfiée.
Téte couleur brun verdâtre. Nez et lèvres aplatis. Excoriations sur la peau, les coudes et les cuisses, postérieures à la mort. Os du crâne fracturés au niveau du pariétal gauche.
Poumons peu volumineux quoique pénétrés par l'air, présentant à leur surface un très grand nombre de très petites taches ecchymotiques.
Cœur, sang liquide.
Viscères abdominaux, sains. Estomac renfermant du mucus spumeux. Gros intestin distendu par du méconium .
1° L'enfant de la fille Truss, né à une époque voisine du terme; viable et bien conformé ;
2" A vécu et respiré ;
3° Mort résultant de l'asphyxie par suffocation, et de l'obstacle apporté violemment à l'entrée de l'air dans les voies aériennes ;
4° Après que l'enfant a été étouffé, la tète a été écrasée et le corps jeté dans la fosse d'aisances. L'écrasement de la tête peut avoir eu lieu par suite du passage à travers de l'orifice trop étroit des latrines. Les fractures ne sont pas le fait du travail de l'accouchement.
Observ. L. — Enfant jeté vivant dcms la fosse d'aisances.
Autopsie, le 18 janvier 1850 : poids 2'', S50, long. 32 cent, dont 31 à l'ombilical, diamètres 11 cent, fronto-occipit., 9 i/2 biparités. Cordon déchiré, non coupé, non lié; pas de putréfaction; couleur normale; odeur fécale.
1° Le cordon est celui d'un enfant nouveau-né du sexe masculin, né à terme et bien conformé ;
2° Cet enfant est né viable, il a vécu et respiré ;
3° La mort de cet enfant est le résultat de l'asphyxie par submersion dans une fosse d'aisances ;
4" L'aplatissement de la tête, les ecchymoses situées aux parties les plus saillantes du crâne, montrent qu'une pression assez forte a dû être exercée sur la tête pour lui faire franchir la lunette des Ueux d'aisances, et que la chute du corps dans la fosse n'est pas accidentelle ;
5° 11 n'est pas moins évident, d'après l'état des poumons et du cœur et la présence des matières fécales dans l'estomac, que l'enfant a été jeté vivant dans la fosse d'aisances.
Observ. LI. — Tentative d'infanticide. — Enfant jeté dans un égout
et retiré vivant.
Visite, le 30 mai 1855, à la Briche, de la fille Boudier et de son enfant nouveau-né qu'elle a jeté dans un égout d'où on l'a retiré vivant le 27 mai.
1° L'enfant n'est pas né tout à fait à terme, mais à 8 mois 1/2, et dans tous les cas parfaitement viable.
2° La conformation et les dimensions de l'enfant n'étaient pas de nature à rendre l'accouchement plus difficile, mais le travail d'une première délivrance ne permet pas de penser que l'enfant ait pu s'échapper du sein de sa mère sans que celle-ci pût le retenir.
3° La position assise dans laquelle la fille B... prétend avoir été saisie des douleurs de l'enfantement n'eût pas permis la délivrance et surtout la délivrance pour ainsi dire inaperçue de cette fille.
4° Le cordon ombilical a été manifestement cassé en deux endroits (près de l'ombihc et près du placenta) par suite d'une violence exercée au moment de la naissance, et ne s'est pas rompu sous le poids du corps de l'enfant.
5° Il n'existe sur le corps de l'enfant aucune trace de violences; il est très vivant et dans un excellent état.
6° La fille B... présente, le 30 mai, les signes d'un accouchement récent qui peut remonter à trois jours et dont les suites sont régulières.
7° Elle ne porte aucune trace appréciable d'accouchements antérieurs.
8° Son état, à moins de comphcations ultérieures qu'il est impossible de prévoir, permet de penser qu'elle pourra être transportée à Paris dans cinq ou six jours .
lufauticide par submersion.
Observ. lu. — Suffocation et submersion.
Autopsie, le 3 octobre 1853, d'un enfant nouveau-né issu de la fille Prat, trouvé dans le canal de l'Ourcq, bien conformé, à terme. Cordon coupé à 3 centimètres, non lié, le sang a coulé sur le ventre et les cuisses ; cordon desséché, mais pas de cicatrice formée. Putréfaction, couleur verdâtre générale, détachement de l'épiderme au cou. Peau des mains et des pieds blanche, ridée.
Tête volumineuse. Aplatissement du nez et des lèvres; autour des des narines et de la bouche, trois petites excoriations en forme d'ongles. Côté droit du crâne et de la face parcheminé. Tégument forte-
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ment pressé. Contact assez rude pour avoir enlevé l'épiderme. Quelques plis semblent indiquer l'emploi d'un linge rude. Pas de fractures.
Organes thoraciques surnagent. Dans toute l'étendue des poumons, rupture des vésicules les plus superficielles et de petites ecchvmoses disséminées à leur surface, double indice des fortes inspirations par lesquelles l'enfant nouveau-né a résisté aux obstacles qui gênaient le libre établissement des fonctions respiratoires. Trachée, un peu d'écume.
Estomac distendu par une grande quantité d'eau rôussâtre sans mélange de lait ou de matières alimentaires.
• Gros intestin rempli de méconium. Intestin grôle complexe revenu sur lui-même.
i° Nouveau-né, né à terme, viable, bien conformé;
2° A vécu et respiré ;
3° Des tentatives violentes ont été faites pour étouffer cet enfant par l'occlusion forcée des narines et de la bouche;
4° D'après l'état de l'estomac et des poumons, il se pourrait que le corps a été jeté à l'eau vivant, que l'asphyxie fût complète et la mort fût le résultat de cette double suffocation et submersion ;
5° La mort a eu lieu dans les premiers moments qui ont suivi la naissance, sans que l'enfant ait reçu aucun soin, ni aucune nourriture ;
6° Le séjour du corps dans l'eau a été de sept ou huit jours environ.
Les éclaircissements demandés par M. le juge d'instruction Perrin m'ont conduit à ajouter qu'il n'y avait pas de doute sur la vie intrautérine: qu'il n'y avait pas eu d'étouffement au passage, où l'enfant n'était resté que d'une demi-heure à trois quarts d'heure; que les lésions étaient manifestement faites pendant la vie; qu'il n'est pas certain que l'enfant respirait encore quand il a été jeté à l'eau. L'état déjà avancé de la putréfaction et la connexité des lésions ont pu, en l'absence de tous renseignements recueillis au moment de l'autopsie, nous faire considérer comme possible une double cause d'asphNTcie. La seule chose positive et manifestement démontrée, c'est que l'enfant est mort par asphyxie, et que des violences ont été exercées sur le nouveau-né vivant; qu'il peut enfin, d'après le degré de putréfaction, s'être écoulé quatre ou cinq jours entre la mort et le moment où le corps a été jeté à l'eau.
Observ. LUI. — Infanticide par suffocation. — Prétendu accouchement
dans le bain.
La fille Kremer (Marguerite), inculpée d'infanticide, prétend qu'elle a mis au monde son enfant pendant qu'elle était dans le bain. M. le docteur Tardieu, commis le 20 juillet pour faire l'autopsie
INFANTICIDE PAR ASPHYXIE. 233
du corps de cet enfant, est prié de s'expliquer, dans son rapport, sur la vérité de cette déclaration.
Autopsie à la Morgue, le 21 juillet, de l'enfant de la fille Kremer.
Né à terme, très grosse tôte; cordon coupé avec des ciseaux très net, à 0 centimètres.
Rien à l'extérieur. Corps taché de sang, n'a pas été dans l'eau.
Poumons volumineux pénétrés par l'air. Taches ecchymotiques et ruptures vésiculaires à la surface. Sang fluide dans le cœur.
Pas d'eau dans les poumons ni dans l'estomac.
Né à terme, viable, bien conformé.
Né vivant, a vécu et respiré.
Mort étouffé par un obstacle apporté à la continuation régulière de la respiration.
La mort ne peut être attribuée'ni à un accident, ni aux difficultés du travail de l'accouchement, elle est certainement le résultat d'un crime.
Visite, à la Charité, le 24 juillet, de la femme, très pâle, ayant perdu beaucoup, accouchée le 18 courant; primipare. Il est absolument inexact qu'elle soit accouchée avant terme, dans le bain, d'un enfant mort, et que le cordon se soit rompu : ces diverses allégations sont formellement contredites par l'état dans lequel nous avons trouvé l'enfant.
Observ. XIV.
Plusieurs infanticides attribués à la même femme avaient été dans l'arrondissement de Ghâteaulin (Finistère) l'objet d'une instruction et de rapports dressés par divers médecins experts. Dans ces rapports, des opinions quelquefois contradictoires se sont produites et les conclusions qui en ont été tirées offrent des divergences, M. le juge d'instruction du tribunal de première instance de Giiâteaulin a cru devoir, en 1873, donner à la Société de médecine légale de Paris, commission pour examiner les divers rapports des médecins experts et exprimer son avis motivé sur les questions posées par lui. Nous reproduirons le rapport lu par M. Devilliers à la Société de médecine légale après l'avoir fait précéder de l'exposé des faits.
Exposé des faits. — Dans la nuit du 28 au 29 mars 1864, Marguerite Bernard, qui était restée couchée toute la journée du 28, accoucha d'un enfant du sexe mascuUn.
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Marguerite avait toujours nié sa grossesse et elle chercha à dissimuler son accouchement.
Dans son interrogatoire, elle déclara que cet accouchement n'avait été précédé ni de crises, ni de vives douleurs ; en effet, elle avait répondu à sa maîtresse qui, vers minuit, était allée lui offrir ses secours, qu'elle n'en avait nul besoin ; et son maître qui avait veillé toute la nuit ainsi qu'un autre domestique dans une pièce voisine, pour surveiller ses agissements, ne l'avait entendue proférer aucune plainte.
Elle a ajouté que son enfant était venu au bout de six mois de grossesse seulement; — qu'après avoir coupé, avec son couteau, le cordon ombilical et avoir conservé l'enfant quelque temps auprès d'elle, voyant qu'il ne remuait, ni ne criait, convaincue qu'il était mort, elle l'avait enveloppé d'un drap et placé sous le traversin de son lit. — Le corps fut découvert le matin, étendu à plat-ventre sur la paille formant le fond de la couche. — La couette était inondée de sang.
Vers quatre heures du matin, Marguerite était sortie un instant de la maison et s'était remise au lit. — Elle se leva vers sept heures et vint s'asseoir auprès du foyer. — C'est à ce moment qu'on fit des recherches et qu'on trouva l'enfant.
L'inculpée dut alors avouer sa faute.
Le placenta ne fut expulsé que dans la matinée par les soins de M. David, officier de santé, qui, en présence du juge de paix, procéda ensuite aux constatations consignées dans son rapport (n° 1).
Après ces constatations externes, l'enfant enveloppé d'un linge fut déposé dans une armoire fermée et scellée, du 29 au 30 mars. — Le 30 mars, il fut soumis à l'autopsie en présence de M. le juge d'instruction ; M. David déclara (2'^ rapport) que la mort de l'enfant avait été naturelle.
Une ordonnance de non-lieu fut rendue en l'état.
Un lundi du mois de jans ier 1868, la fille Bernard, dont les règles avaient disparu depuis plusieurs mois et que tout le monde considérait comme enceinte, bien qu'elle ne voulût point avouer sa grossesse, se dit indisposée. — Elle se mit au lit de bonne heure dans la soirée, et lorsque la servante qui couchait habituellement avec elle vint pour partager son lit, elle la repoussa sous prétexte qu'elle souffrait beaucoup. La servante dut se retirer. — Le lendemain et d'assez bon matin, on vit Marguerite sortir emportant un paquet dans son tablier ; peu après elle rentra, mais sans ce paquet. Son lit fut visité; les draps ne portaient aucune trace de sang; mais la couette qu'elle avait pris soin de retourner, en était inondée.
Peu de jours après, le maire, avisé de ces circonstances, constata les mêmes traces d'accouchement. — La maîtresse de l'inculpée examina ses seins, et sans rechercher si elle avait du lait, lui dit
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qu'ils n'étaient pas ceux d'une fille vierge. Mais la sage-femme chargée de visiter Marguerite Bernard, ayant affirmé qu'elle n'était pas accouchée et que le sang répandu par elle pouvait être le résultat d'un flux menstruel très abondant, occasionné par une interruption des règles, la justice ne fut pas informée.
Quelques mois plus tard, en mai 1868, la maîtresse delà fille Bernard découvrit dans un talus, sous des pierres et du gazon, le cadavre putréfié d'un enfant nouveau-né. — Ce cadavre, qui était enveloppé d'un linge, fut par ses soins déposé dans le fossé, au pied du talus, et recouvert d'un peu de terre et d'une grosse pierre. — La justice n'en fut pas davantage avertie.
Toutes les investigations faites pour retrouver des vestiges du corps, dans la journée du 9 novembre 1872, ont été infructueuses.
— Mais, d'une part, l'endroit de la sépulture n'avait peut-être pas été désigné d'une manière assez précise ; d'autre part, dès le mois d'octobre 1868, certaines réparations avaient été faites à ce fossé, placé d'ailleurs sur le versant très abrupte d'une colline.
Dans le courant de 1871, tous les habitants de la commune de Locmaria remarquèrent que l'inculpée, alors domestique auMouhnd'Argent, prenait un embonpoint excessif et qu'elle avait toutes les allures d'une femme enceinte. — Vers la fin de septembre, cet embonpoint disparut subitement. La conviction générale fut qu'elle était accouchée ; mais le cadavre de l'enfant ne fut pas découvert.
La justice ne fut pas informée.
Dans le courant de 1872, Marguerite, qui habitait encore le Moulin-d'Argent, présenta de nouveau tous les signes extérieurs d'une grossesse. — On n'a pu savoir rien de certain quant à la régularité de ses menstrues. — Tout ce que Ion a pu apprendre, c'est qu'eUe s'est aUtée quelques heures, le 30 septembre, sous prétexte de fièvre.
— Après ce jour, tous ceux qui la virent remarquèrent que sa taille avait diminué d'ampleur.
Le 10 octobre, entre huit et neuf heures du matin, le cadavre d'un enfant nouveau-né fut aperçu flottant sur la rivière d'Aulnes, un peu au-dessus du Moulin-Neuf, sis à un kilomètre environ en' aval du Moulin-d'Argent. — Le placenta adhérait encore au cordon ombilical. Le cadavre passant sous la roue du moulin alla, à 20 ou 30 mètres plus bas, atterrir sur une petite île. Dans les efforts faits pour le retirer, le placenta se détacha et fut entraîné par le courant. — Le cadavre fut aussitôt recouvert d'un panier, puis, sur l'ordre du maire, mis à sec sur la berge et placé sous un petit tonneau. - Le lendemain 11, vers dix heures du matin, le docteur Grenet procéda à son examen et ensuite à l'autopsie (1) en présence du juge de paix (Voyez son rapport du 20 octobre).
(1) Cette autopsie, faite avec des soins minutieux, dura environ trois
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Lorsqu'au cours de son autopsie (le 11 octobre, entre dix heures et une lieurc), le docteur Grenet eut détaché les poumons, il les pressa entre ses doigts, les lava à l'eau fraîche à plusieurs reprises, puis les jeta dans un vase rempli d'eau, oij réunis au cœur, ils surnagèrent. — Il les sépara ensuite du cœur, les coupa par morceaux qu'il pressa successivement et les plongea dans l'eau, où ils continuèrent à surnager. — Ces expériences faites, il mit les poumons dans un bocal rempli d'eau fraîche et les transporta de la sorte au bourg de PouUaouën. — Là (vers quatre heures du soir), il remplaça l'eau par de l'eau-de-vie de cabaret k 36 degrés environ. — Le tout fut scellé et porté à Carhaix. — Le même jour, à six heures du soir, les poumons flottaient dans l'alcool.
C'est également le il octobre que Marguerite Bernard fut visitée par le docteur Grenet.
M. le docteur Dubuisson, commis par nous, le 12 octobre au soir, procéda, dans la matinée du 13, à de nouvelles constatations. — 11 les fit en présence de son confrère, dont le rapport n'était pas encore déposé et qui débattit avec lui son opinion.
A la suite de ce débat, les conclusions que M. le docteur Grenet nous avait communiquées de vive voix nous ont paru se modifier sur quelques points et devenir moins affirmatives. — Nous croyons même trouver, dans son rapport, des traces- de concessions faites à son contradicteur.
La fille Bernard a été de nouveau visitée par les deux médecins le 13, à huit heures du matin ; puis les poumons extraits de l'eau-de-'sie ont été, devant nous, soumis à l'expérience docimasique. — Les morceaux entiers des poumons ont surnagé, divisés avec le scalpel et pressés avec la main, les parties externes ont surnagé, mais les parties centrales ont coulé au bout de quelques minutes.
Ce môme dimanche 13, à onze heures, nous avons fait exhumer l'enfant, et M. Dubuisson, en présence du docteur Grenet, a recommencé l'autopsie (Voyez le rapport Dubuisson).
L'atmosphère était, dans les journées des 10, 11, 12, 13 octobre, chargée d'électricité. 11 régnait un vent du nord-ouest assez violent avec alternative de pluie et de grêle.
Fait en notre cabinet, le 9 décembre 1872.
Le juge d'instruction, A. de Langothère.
heures ; aussitôt après, le menuisier confectionna sur les lieux mêmes un petit cerceuil en bois. — Le docteur Grenet, après avoir réuni les débris du cadavre, les enveloppa dans un morceau de vieille toile, ficela le tout et le déposa dans le cerceuil, qui fut immédiatement cloué et porté à bras au cimetière de Poullaouën, situé à 3 kil. 500 du moulin. L'enfant fut inhume, vers quatre heures du soir, dans une fosse de O-, 80 au plus de profondeur
A. DE Langothère, juge d'instruction.
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Première question. — Si Venfant dont Marguerite Bernard est accouchée le 26 mars ISQi a vécu, et à quel genre de mort a-t-il succombé?
Cet enfant, du sexe masculin, selon les termes du rapport de l'expert M. David, est grand, bien constitué, il a des cheveux noirs et épais, son poids est de 3 kil. 500 gr. ; il a évacué du méconium. Ces détails indiquent déjà qu'il est né à terme ou très près du terme de la grossesse, contrairement aux assertions de l'accusée, qui prétend être accouchée à six mois.
Malgré le peu de voussure de la poitrine, le petit volume des poumons, la place restreinte qu'ils occupent dans la poitrine, leur coloration couleur de foie, l'absence de crépitation sous les doigts, les expériences docimasiques décrites par l'expert d'une manière suffisamment précise, indiquent que la respiration a eu lieu, mais d'une manière incomplète. En effet, les poumons plongés dans l'eau, soit avec le cœur et le thymus, soit séparés de ces derniers organes, surnagent ainsi que les fragments de ces poumons qui crépitent peu sous l'incision et ne laissent échapper qu'une petite quantité de sang. Ces fragments, à l'exception de trois appartenant soit à la base, soit au sommet de ces organes, surnagent encore après avoir ■été pressés entre les doigts; ils ont donc évidemment respiré, et il est impossible d'invoquer ici une cause étrangère de cette surnatation des fragments de poumons, telle qu'un commencement de putréfaction. Les épreuves docimasiques sont donc décisives et permettent de répondre que l'enfant de la fille Marguerite B..., né à terme, a respiré, mais d'une manière imparfaite. 11 a donc vécu de la vie extra-utérine. Nous sommes d'accord sur ce point et avec les conclusions du premier expert, M. David, et avec celles du deuxième expert, le docteur Bijon, qui a été chargé de donner son opinion sur les divers rapports relatifs à cette affaire.
A quel genre de mort Venfant a-t-il succombé? Tels sont les termes de la seconde partie de la première question.
D'après le rapport du premier expert : « On n'aperçoit sur le corps « aucune trace de violence extérieure ; les paupières, les yeux, le <i nez qui laisse couler un liquide jaunâtre, sont, dit-il, dans l'état ■« normal ; la bouche, le fond de sa cavité et le pharynx ne pré- « sentent aucune trace de lésion ; la peau du cou ne fait voir ni dans <c son tissu, ni dans les tissus sous-jacents, aucune marque de « compression ou de strangulation ; » il n'est question ni d'empreinte des ongles ni de celle de liens. Cependant, deux circonstances de l'aspect extérieur frappent tout d'abord : c'est l'état du cordon ombilical adhèrent à l'ombilic, cordon qui a été coupé par l'accusée elle-même, avec un couteau, à 40 centimètres environ de l'anneau ombilical et qui a été laissé sans lien ; puis c'est « l'extrême mobilité «Jdes 03 du crâne qui chevauchent facilement les uns sur les autres, Tardieu. — Infanticide. 9o
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« sans présenter à l'extérieur de la tôte de traces de contusions, « d'ecchymoses ou de plaies. »
L'absence de ligature sur le cordon pouvait laisser supposer que l'enfant a pu périr par hémorrhagie. Mais, le cordon a été coupé à 40 centimètres de l'anneau, et l'on sait que dans ce cas l'écoulement sanguin par les artères ombilicales se modère et s'arrête très vite, surtout lorsque la respiration est incomplète. Puis, la présence d'une notable quantité de sang dans le cœur et les vaisseaux éloigne toute idée de mort par hémorrhagie : telle est aussi l'opinion du premier expert, M. David.
Quant à l'état du crâne, dont les os jouissent d'une extrême mobilité, on a vu que l'expert n'a trouvé par la dissection -< aucune « ecchymose, ni lésion dans l'épaisseur du cuir chevelu, mais une u large infiltration séro-sanguine du tissu cellulaire à la partie pos- « térieure et supérieure du pariétal droit, et une autre moins pro- « noncée à la réunion du sommet de l'occipital avec les pariétaux », lésions qu'il attribue au travail de l'accouchement. Cet épanchement était suspéri-crânien, car l'auteur ajoute que « le périoste est sain et « adhérent dans toute son étendue, et que la dure-mère ne présente « aucune trace de décollement ou d'épanchement » ; mais il trouve en outre « la substance cérébrale très molle et tellement diffluente » que, dans une lettre particulière au juge d'instruction, il dit « qu'elle s'étale en s'aplatissant comme une bouillie dans une assiette » ; il ajoute « qu'il existe entre les lobes cérébraux un épanchement assez considérable de seng », qu'il attribue, il est vrai, en grande partie à l'ouverture du sinus longitudinal supérieur pendant la dissection, et enfin « que les vaisseaux du cervelet sont très apparents -jmais que l'on <c ne trouve aucune trace de fracture à la base ni aux os du crâne. »
A quelles causes peut-on attribuer cet état insolite des os du crâne et de la substance cérébrale chez un enfant né à terme? Cet état était-il antérieur à l'accouchement? A-t-il pu se produire pendant un accouchement naturel? Est-il le résultat d'un accouchement laborieux, ou bien enfin a-t-il été produit artificiellement? Telles sont les questions que l'on peut se poser.
L'expert, M. David, croit, en l'absence de lésions extérieures apparentes, que la mort de l'enfant a dû être causée par « l'état patho- « logique du cerveau et par le chevauchement des os du crâne pen- (c dant le travail de l'accouchement ». En cherchant quel est l'état pathologique du cerveau qui aurait pu produire un semblable résultat, nous ne trouvons guère que l'hydrocéphalie; mais la description que l'on donne des os du crâne n'indique rien qui puisse se rapporter à la forme, à la disposition, à la structure de ces os dans cette maladie ; et d'ailleurs, s'il avait existé dans le crâne une accumulation notable de sérosité, une hydropisie, on en aurait certainement retrouvé les traces quelque part.
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On sait, en effet, que dans l'accouchement d'un hydrocéphale, s'il n'y a pas de rupture, soit naturelle, soit artificielle, des enveloppes du cerveau au moment de l'engagement de la tôte à travers la filière du bassin, le liquide filtre et s'épanche soit dans le tissu cellulaire du cou ou de la poitrine, soit dans les cavités pleurales, soit dans le canal vertébral, etc. Rien n'indique qu'ici ce résultat ne soit produit. Si une autre maladie antérieure avait produit ce ramollissement, on aurait trouvé à la substance cérébrale une coloration particulière, des traces d'inflammation, etc., qui n'existent pas.
La deuxième hypothèse est soutenable jusqu'à un certain point. Dans certains cas, en effet, les os du crâne peuvent, après l'accouchement naturel, présenter une assez grande mobilité, môme chez un enfant à terme expulsé facilement en raison môme de cette mobilité des os; mais c'est là une disposition complètement exceptionnelle chez un enfant d'apparence robuste, à terme, et pesant 3 kil. 500 gr. D'ailleurs comment expliquer, dans cette hypothèse, non pas seulement l'extrême mollesse de la substance cérébrale, mais surtout l'épanchement sanguin assez considérable trouvé entre les lobes cérébraux et la congestion des vaisseaux du cervelet? Cela est impossible. Si au contraire l'accouchement, tout en étant naturel, a été long, pénible, on devrait retrouver des traces plus accentuées, qu'elles'nelesont, des difficultés de l'engagement et de l'expulsion de la tête. Il y manque plusieurs caractères essentiels. Ainsi, l'infiltration considérable et persistante de l'épaisseur du cuir chevelu, la coloration brune ou violette qu'il offre en général dans les accouchements prolongés pendant lesquels la tête est retenue soit par la lenteur des douleurs, soit par une étroitesse du bassin. Dans ces cas, la tumeur du cuir chevelu est fort apparente après l'expulsion, l'infiltration occupe une partie de l'épaisseur du cuir chevelu, et alors même que les sutures sont larges et les os peu épais, cette infiltration enlève à ceux-ci une certaine mobilité. Ce n'est que dans les Cas oîi plusieurs applications de forceps irrégulières ont dû être faites pour terminer l'accouchement que cette mobilité persiste.
Tel n'a pas été l'accouchement de la fille Bernard, qui est accouchée seule, clandestinement, et qui, si elle a eu un travail de plusieurs heures de durée, n'a pas dû souffrir beaucoup, puisque les personnes qui veillaient dans la chambre voisine pour surveiller ses agissements ne l'ont pas entendue pousser une seule plainte.
Si nous ne découvrons la cause de la mort de l'enfant trouvé sur la paillasse du Ut de la fille Bernard, le 28 mars 1864, ni dans les traces d'une maladie antérieure du cerveau, ni dans les accidents d'un accouchement naturel, ni dans des caractères qui puissent faire admettre qu'il y a eu longueur et difficulté du travail de l'accouchement, nous sommes conduits à conclure que la mort de cet enfant né à terme et qui a vécu, n'a pas été naturelle et qu'il existe
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de fortes présomptions en faveur d'une action violente dirigée sur la tôle et sans doute aussi sur la poitrine pour empêcher l'enfant de respirer et de pousser des cris. Ce qui vient encore en aide à cette supposition, c'est la rcplétion des cavités du cœur et des vaisseaux par du sang, semblant indiquer une asphyxie. Nous nous rangerons donc plutôt à l'opinion du deuxième expert, le docteur Bijon, qui croit que la mort a été déterminée par la compression en masse de la tête et sans doute de la poitrine. Mais nous ne saurions rien affirmer à cet égard.
Deuxième question. — Si V enfant découvert dans la rivière d'Aulne, le iO octobre 1872, a vécu, et quelle est la cause de sa mort?
Disons tout d'abord que le rapport du docteur Grenet, premier expert nommé dans celte affaire, et que celui du docteur Bijon, chargé de donner son avis sur les opinions contradictoires du docteur Grenet et du docteur Dubuisson, deuxième expert, sont dressés avec un soin que l'on désirerait rencontrer dans beaucoup d'autres documents de celte nature, et que les détails qu'ils donnent peuvent nous aider piussamment.
La description des poumons et les épreuves hydrostatiques montrent des organes qui présentent l'apparence de poumons ayant respiré : « ils flottent sur l'eau soit avec le cœur et le thymus, soit « séparés de ces organes, soit divisés par fragments... ». Ils présentent bien la teinte rosée caractéristique de poumons remplis d'air, et la pression exercée sur le tissu pulmonaire la blanchit, voilà bien les caractères de la respiration, mais elle est incomplète, car l'expert constate en même temps que « les parties profondes du tissu pul- « monaire étaient plus foncées en couleur que la périphérie ». Une seule objection peut être faite, c'est que ces poumons ont pu, à la suite du séjour prolongé du cadavre dans l'eau, subir un commencement de putréfaction à laquelle il faudrait attribuer le développement des bulles nombreuses observées sur les bords des poumons et peut-être dans l'intérieur de ces organes. Bien que l'on sache que les poumons sont, de tous les organes, ceux qui subissent les derniers les effets de la putréfaction, dans les cas ordinaires, il n'en est pas de môme pour les poumons d'un cadavre qui a séjourné un certain nombre de jours dans l'eau et qui est ensuite exposé à l'air. Dans ce dernier cas, en effet, on voit les poumons montrer au bout de quelques heures des signes de putréfaction gazeuse. Aussi serionsnous contraints de faire quelques réserves sur l'établissement d'un commencement de respiration chez l'enfant dont il est question, si le rapport de l'expert ne nous affirmait pas que des fragments de poumons détachés et plongés dans l'eau ont surnagé après avoir été exprimés fortement entre les doigts; signes caractéristiques d'une pénétration profonde de l'air respiré dans les cellules pulmonaires.
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Nous ne pouvons tenir compte ici des opinions émises à ce sujet dans le rapport du deuxième expert, le docteur Dubuisson, qui s'est trouvé placé dans de trop mauvaises conditions pour juger sainement de l'état des poumons qu'il a examinés après leur immersion pendant près de quarante-huit heures dans l'eau-de-vie, et qui alors les a vus gagner le fond du vase. Tout le monde sait que l'alcool rend les tissus plus denses et modifie leur pesanteur spécifique au bout de quelques heures de son contact. Nous croyons donc avec le premier expert, le docteur Grenet, et avec le docteur Bijon, qui a analysé les deux rapports contradictoires, que la respiration avait commencé à s'établir chez l'enfant trouvé dans la rivière d'Aulne, le 10 octobre 1872, enfant du sexe féminin qui offrait tous les caractères d'un enfant né à terme ou près du terme, car il pesait 3 kil. 125 gr., et son corps avait 50 centimètres de longueur.
Quelle est la cause de sa nmi?
Le corps de cet enfant ne présentait aucune trace de blessure ni aucune difFormité, et lorsqu'il a été retiré de la rivière, le cordon avec le placenta adhéraient entiers à l'ombilic. La tête ayant le volume de celle d'un enfant à terme n'offre pas d'indices de tumeur sanguine ni de contusion. Le méconium se retrouvait dans le côlon et il ne s'en était pas échappé au dehors.
Donc et selon toute probabilité, l'accouchement a dû se faire avec facilité, et ce n'est pas dans cet acte qu'il faut.chercher les causes de la mort. Ce n'est pas non plus par hémorrhagie du cordon ombilical, comme a pu le croire le premier expert, qui n'avait vu que le bout de cordon déchiré adhérant à l'ombilic, et qui ignorait que ce cordon se fût brisé au moment où l'on retirait le cadavre de l'eau. Cet enfant enfin a-t-il été asphyxié avant sa submersion dans l'eau ou par suite de cette même submersion? Le premier et le troisième experts ont pensé que l'emphysème et la coloration bleuâtre du cou, des parois postéro-latérales du thorax et vers les deux flancs, devaient être le résultat d'une compression exercée sur les parties supérieures de la poitrine au moment de la naissance. Mais on peut objecter à cette manière de voir que le cadavre de l'enfant qui semble avoir séjourné près d'une quinzaine de jours dans l'eau, « car le cadavre « est recouvert presque entièrement d'une couche jaune verdâtre de « végétation ficoïde qui ne s'élève-qu'avec l'épiderme, les ongles des « pieds se détachent avec facilité, » etc., présente les marques évidentes d'un commencement de putréfaction, avancée sans doute par la tenipérature douce et l'état orageux de l'atmosphère. On sait que si, à l'air hbre, celle-ci débute par les parois de l'abdomen, chez les noyés, au contraire, c'est par les parties supérieures du corps, à la poitrine, au cou et à la face.
Ce serait donc se hasarder beaucoup que d'affirmer que la mort a été occasionnée chez l'enfant par la compression des parties supé-
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rieures de la poilrine et du cou. Mais ce qui ressort d'une manière évidente des dclails contenus dans le rapport du premier expert : c'est que « à la première pression sur le thorax, il sort par les « narines une petite quantité d'écume sanguinolente, que la lanrjue « est interposée entre les deux mâchoires, que si les cavités du cœur sont « vides ainsi que la plupart des vaisseaux » (dont sans doute le sang a été chassé par la putréfaction gazeuse en voie de développement), l'expert constate « qu'une couche liquide de sang noir violacé colore les « parois intra-ventriculaires. »
Puis, le rapport du deuxième expert qui a examiné les poumons après leur immersion dans l'eau-de-vie, note qu'ils présentaient « une couleur gris rougeâtre presque uniforme avec quel'/ues plaques « un peu plus foncées; qu'à la coupe le tissu était rouge, compact, « rappelant le tissu du foie, etc. ». Voilà bien une réixnion de signes qui doivent faire admettre que l'enfant dont il est question a corn mencé à respirer et qu'il est mort par asphyxie.
Mais à quel genre d'asphyxie a succombé cet enfant? Est-ce à l'asphyxie produite par la submersion dans l'eau de la rivière? .
Parmi les détails- que nous cherchons dans le rapport du premier expert, nous n'en trouvons aucun qui puisse rappeler les signes de la submersion. Ainsi on ne rencontre d'écume « ni dans les voies « aériennes, ni dans le pharynx; l'estomac distendu par des gaz est « rosé et vide de tout aliment ou corps étranger », il ne contient pas d'eau et si, à côté de l'absence des signes de submersion nous plaçons ceux que nous avons indiqués plus haut, « écume sanguino- « lente sortant par les narines, interposition de la langue entre les «■ deux mâchoires, etc.. » et qui sont caractéristiques d'une asphyxie violente, nous serons bien obhgés de pencher vers l'opinion des experts qui croient que l'asphyxie a eu lieu avant la submersion; mais nous ne pouvons rien préciser sur la cause de cette asphyxie.
Troisième question. — S'il résulte des visites que Marguerite Bernard a subies les ii et \ 3 octobre 1872, qu'elle était, à ces dates, récemment accouchée?
Le premier expert, docteur Grenet, dit en effet :
« La partie postérieure et inférieure de la chemise de la fille Berce nard était légèrement maculée de jaune et il y avait une goutte de « liquide épais et jaunâtre à la fourchette du vagin... Nous avons « été frappé de la mollesse du ventre et des nombreuses éraillures « de la peau, surtout dans les deux flancs, et du silloii plus foncé « remontant du pubis vers l'ombilic...
« En déprimant légèrement les deux bords de la commissure pos- « térieure des grandes lèvres, nous avons produit une petite déchi- « rure qui a saigné (les tissus étaient donc encore assez fragiles à « cette région, après la distension qu'ils avaient subie récemment, « pour se déchirer aussi facilement). Le museau de tanche est déchiré
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« en travers et l'on peut y introduire l'index et le médius ensemble; en « réitérant cette introduction, je retire, à deux reprises, sur les deux « doigts, une quantité notable de mucosités sanguinolentes... En palpant le bas-ventre, nous trouvons l'utérus gros comme un gros « œuf d'oie dépassant le pubis et paraissant sensible à la pression... «Les seins sont mous et ticdes; nous avons, par la pression à la « base du mamelon, fait sortir un liquide d'abord séreux, puis tout à u fait lactescent en quantité considérable et s'accroissant à la pres- «sion... » Voilà une réunion de signes qui sont concluants et indiquent un accouchement datant de dix à quinze jours environ.
Ces mêmes détails se retrouvent, liiais interprétés dans un autre sens, au courant du rapport du deuxième expert, le docteur Dubuisson, qui a examiné l'accusée deux jours après. Celui-ci môme ajoute quelques détails caractéristiques : « La peau du front a une teinte « brune s'arrêtant brusquement au niveau des points d'implantation « des cheveux (c'est évidemment le masque des femmes enceintes). « L'aréole des seins est large et foncée, la pression en fait sortir du «lait séreux goutte à goutte et non en jet. Même apparence de la «peau de l'abdomen. Mais," aujourd'hui, le col de l'utérus est un « peu dur, il admet l'extrémité du doigt et l'oriflce supérieur du col « est fermé. » En effet, le premier examen, assez long et pendant lequel l'expert a introduit à deux reprises ses deux doigts dans la cavité de l'utérus, a dû irriter cet organe, et amener le résultat constaté par le deuxième expert qui trouve aussi l'utérus assez gros, car il estime « sa longueur à 7 ou 8 centimètres et sa largeur à 4 ou H. « Le col laisse suinter un peu de sang dont on retrouve les traces « sur le linge de la femme. )>
Quoique ce deuxième expert soit arrivé à des conclusions différentes de celles de son prédécesseur, il pense sans rien pouvoir affirmer que l'état de l'utérus se rapporte à la période menstruelle, et qu'il hésite sur la date de l'accouchement, lequel doit avoir eu lieu il y a deux ou trois mois, date pouvant être plus éloignée ou plus rapprochée (à une quinzaine de jours).
Les divers signes sus-indiqués sont pour nous la preuve certaine que la fille Bernard était accouchée récemment; et, d'après la présence du lait dans les seins, lait qui avait disparu deux mois plus tard; d'après l'apparence des parties génitales externes, leur sensibilité, la facihté avec laquelle la fourchette s'est éraillée; d'après aussi la largeur de l'orifice utérin qui a permis, dans le premier examen, l'introduction facile de deux doigts à travers l'orifice interne ; d'après la couleur de l'écoulement lochial jaunâtre; d'après enfin le volume de l'utérus, nous nous rapprocherions assez du terme de quinze jours indiqué par le premier expert, si môme nous n'abrégions pas un peu ce terme.
Quatrième question. — Si de Vètat de Marguerite Bernard, leW oc-
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tobre 1 872 et de l'état du cadavre découvert la veille, il résulte que cet enfant puisse médicalement lui être attribué ?
Nous avons dit que l'état des seins et celui de l'utérus et des parties génitales constatés par le premier expert permettaient dépenser que la fille Bernard avait dû accoucher dix à quinze jours environ ayant celui où elle a été examinée pour la première fois ; nous avons dit pourquoi nous ne pouvions tenir compte des résultats de l'examen du deuxième expert, M. Dubuisson. Nous avons été portés à penser aussi que le corps de l'enfant trouvé dans la rivière d'Aulne, pouvait y avoir séjourné une quinzaine de jours environ, celle dernière opinion résultant de l'état môme du petit cadavre, de la coloralion particulière de la peau, de l'état des ongles des pieds qui se détachaient avec facilité, de l'emphysème, enfin des parties supérieures du corps ; ces divers phénomènes ayant dû, en effet, être un pea accélérés par la saison douce, la tiédeur et l'état orageux de l'atmosphère. Rien ne s'oppose donc à ce que l'on puisse rattacher l'état du petit cadavre à celui de la fille Bernard, et présumer que l'enfant, trouvé le 10 octobre dans la rivière d'Aulne, était le résultat de l'accouchement de cette fille. Mais il estimpossible, médicalement parlant, d'affirmer que ces deux faits soient connexes étaient entre eux une liaison réelle et intime.
CiNQuiÈMR QUESTION. — Enfin, SI Marguerite Bernard, dont la constitution et la conformation ont été l'objet d'un examen spécial, le 4 décembre 1872, a à la suite de quatre grossesses successives et d'accouchements qui, ainsi qu'il résulte de l'instruction, n'ont été suivis d'aucune indisposition, ne donner le jour qu'à des enfants mort-nés ?
Les divers détails donnés sur l'état physique de la fille Bernard la représentent comme une femme de forte constitution, bien membrée, à épaules et à poitrine bien développées, avec un bassin large, régulièrement conformé; ses jambes sont droites, bien plantées; son tempérament est mixte (Rapport de l'expert, docteur Bijon) ; il n'est nulle part question que cette fille ait éprouvé quelque maladie grave, qu'elle offre les traces d'une affection organique, etc. . . Son premier, comme les autres accouchements, ont été faciles et n'ont été accompagnés ou suivis d'aucun accident. Le premier accouchement, dont on a été témoin, a donné le jour à un enfant offrant tous les attributs d'un enfant à terme. Il n'y a donc aucun motif pour supposer que cette fille ne puisse accoucher que d'enfants mort- nés.
Conclusions. — i° Les deux enfants dont il est question dans les divers rapports d'experts, celui du 28 mars 1864 et celui du 10 octobre 1872, sont nés à terme et ils ont vécu de la vie extra-utérine.
2° Il est présumable que la mort de l'enfant de 1864 a été non naturelle et que cet enfant a succombé à une asphyxie.
3° L'asphyxie offre beaucoup plus de certitude pour l'enfant de 1872, soit que cette asphyxie ait eu lieu dans l'eau delà rivière, soit,