L'ENFANT EST-IL NÉ A TERME
généralement été tué avant d'avoir reçu aucun soin et est resté tout souillé du sang de la mère. L'observation est ingénieuse et le fait est réel : mais s'il a quelque importance au point de vue du traitement qu'a subi l'enfant immédiatement après sa naissance, il n'en a aucune en ce qui touche la délimitation rigoureuse de l'état de nouveau-né. L'enfant sanguinolent c'est l'enfant naissant, ce n'est pas le nouveauné. Les autres caractères physiologiques élargiraient trop le terme, celui-ci le restreint trop.
D'ailleurs, j'insiste de nouveau sur l'incompétence absolue du médecin pour décider la question, et sur l'inutilité d'une plus longue discussion à cet égard. Il est plus simple de s'en rapporter, soit à la loi civile, qui dans certains pays, en Bavière notamment, conserve le titre de nouveau-né à l'enfant qui n'a pas trois jours révolus, ce qui répond aux délais fixés chez nous pour l'inscription à l'état civil; soit à la jurisprudence, qui dans son interprétation souveraine de la loi pénale nous a donné, aux termes de l'ai^êt de cassation de 1835, une définition à la fois très claire et très pratique : « le nouveau-né est l'encc fant au moment où il vient de naître ou dans un temps « très rapproché de celui de la na:issance. » Cette définition est bonne, parce qu'elle n'a rien d'absolu et qu'elle laisse toute latitude à l'appréciation de chaque fait particulier. Et précisément le véritable rôle du médecin expert consiste à chercher et à faire ressortir dans chaque cas particulier les éléments de cette appréciation. C'est à lui qu'il appartient, non de définir le nouveau-né, mais, comme je le disais en commençant, de constituer son identité, en recueillant dans l'examen du cadavre tous les caractères propres à faire connaître dans quelles conditions se présente l'enfant : tel est l'objet des premières questions posées à l'expert.
li'cnfant est'ii né à terme? — Il ne faut pas, commé On le fait trop souvent, substituer à cette question, ou confondre avec elle celle de savoir si l'enfant est né viable. J'ai donné assez longuement, pour qu'il ne soit pas besoin d'y revenir, les raisons qui rendraient cette confusion regrettable. Mais s'il n'est pas nécessaire d'établir que l'enfant qui a péri victime d'un infanticide était viable, il importe beaucoup de savoir s'il est né à terme. 11 y a là, en effet, un double indice considérable, touchant le moment où le crime a été conçu et exécuté, et les circonstances physiques et morales dans lesquelles a dû se trouver la femme qui, parvenue au terme de sa grossesse, n'a pu se tromper sur l'époque de sa délivrance, et ne peut arguer de la surprise et du trouble où l'aurait jetée la naissance avant terme de son enfant. La constatation de l'âge de celui-ci est donc indispensable.
Dans le plus grand nombre des cas celle-ci est facile : le cadavre soumis à l'expertise est intact et le médecin a toute latitude pour explorer les différents organes. Mais dans d'autres cas, par le fait de la décomposition ou de mutilations, il peut arriver que l'examen soit réduit à des fragments plus ou moins incomplets. Parmi ceux-ci, il en est qui n'ont aucune signification, aucune valeur au point de vue de la détermination de l'âge ; d'autres, au contraire, peuvent être très utilement interrogés et fournir à eux seuls des données positives sur le fait d'une naissance à terme. Il y aura lieu d'indiquer successivement les signes généraux ou partiels auxquels il convient de s'attacher dans l'un et l'autre cas.
Je réduirai au strict nécessaire les caractères que présente le corps d'un enfant nouveau-né, né à terme. La pratique n'a que faire de cette énumération stérile de signes accumulés dans les livres et qui pour la plupartembarrassent la science et rebutent la mémoire la plus obéissante.
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Je m'attacherai, comme je l'ai toujours fait dans l'enseignement de la médecine légale, à en simplifier l'étude ; et, comme précisément dans le sujet qui m'occupe il existe quelques signes excellents, je ne vois aucune utilité à multiplier des indications secondaires et sans objet. Je ne veux pas oublier que le médecin légiste doit posséder des notions simples, mais sûres, qui lui permettent de se prononcer avec certitude et décision.
Les caractères de l'enfant né à terme sont de trois ordres, et se déduisent : 1° du développement général du corps de l'enfant ; 2° de l'état du tégument externe ; 3" du degré de l'ossification.
a. Le développement général àncoY^s de l'enfant nouveauné ne donne pas à lui seul le caractère de la maturité de l'enfant né à terme ; mais il constitue un élément d'une très grande importance qui, joint aux autres, peut conduire à une démonstration à peu près absolue. H faut le considérer à la fois dans le poids du corps, la taille et les dimensions de certaines parties.
Poids du nouveau-né à terme. Le poids de l'enfant nouveau-né varie nécessairement suivantla force de la constitution ; mais cependant il est contenu dans des limites qui sont très rarement dépassées, et la moyenne peut être exactement donnée et fournir un signe d'une valeur réelle. J'indiquerai à cet égard les résultats d'un nombre considérable d'observations non encore publiées; mais je dois d'abord consigner les chiffres fournis par quelques auteurs. Chaussier (1) donnait une moyenne évidemment trop faible en fixant de 2^500 a 2\750 le poids de l'enfant à terme ; et Elsaesser (2),
(1) Billard, Traité des maladies des enfants 7ioiweau-nés, 3* édit. Paris,
(2) Elsaesser, Du poids et de la taille des enfants nouveau-nés {Henke's Zeilschrifl fur die Staatsarzneikunde, t. IV, n" 42, et Ann. d'hyg. et de méd. lég., 1" série, 184i, t. XXXI, p. 459).
28 DE l'identité du NOUVEAU-NÉ.
peut-être un peu trop élevée, à 3^750. Casper, a\ec la plupart des auteurs modernes (1), adopte le chiffre de S^oOO. Mais ses calculs n'ont porté que sur 247 enfants : 130 garçons, pour lesquels la moyenne s'est élevée à S^Tlô, et 117 filles, du poids moyen de 3'',400.
Ceux que je vais produire et que je dois à l'obligeance et au zèle scientifique de madame Alliot, sage-femme en chef de la Maternité de Paris, comprennent 4104 enfants, 2208 garçons et 1896 filles. Pour tous on s'est assuré avec le plus grand soin qu'ils étaient bien à terme, non seulement par l'ensemble des signes extérieurs, mais encore par les renseignements précis et concordants donnés par les mères touchant la dernière apparition des règles.
Le nombre considérable des observations que résume le tableau précédent donne aux résultats qui en ressortent une valeur plus grande que n'en a eue aucune des statistiques antérieures. Or un premier fait à signaler, c'est que le chiffre le plus élevé des nouveau-nés répond au poids exact de 3 kilog. Mais ce qui est plus significatif, c'est que si l'on additionne le nombre de ceux qui pesaient de 3 kiloî2;. à 3'', 500, on en trouve 2142, c'est-à-dire plus de la moitié ; c'est donc bien exactement à ce chiffre que doit être fixé le poids moyen du nouveau-né, né à terme. 11 est bon d'ajouter que le sexe n'est pas sans influence, et que les garçons pèsent généralement plus que les filles.
(1) On consultera avec fruit les recherches très dignes d'intérêt de M. Bouchaud {De la mort par ina7iition ; Études expérimentales sur In nutrition chez le nouvenu->ié, thèse de Paris, 18G4, n" 141), et de MM. L. Odier et R. Blache [Quelques considérations sur les cajises de la mortalité des nouveau-nés. Paris, 1807).
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Poids de 410i enfn>its nés à terme à la Maternité de Paris.
Poids.
Garçons.
Filles.
Total.
Poids, kil.
Garçons.
Filles.
Total.
kil.
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