TROISIÈME PARTIE
DE L’APPRÉCIATION MÉDICO-LÉGALE DANS CHAQUE GENRE DE FOLIE EN PARTICULIER
J’ai bien des fois déjà, dans les parties qui précèdent, énuméré les formes très-diverses, les genres différents de folie : il s’agit ici d’étudier chacun d’eux en particulier, et pour me conformer au principe capital que j’ai formulé dès le début, il faut former et déterminer les groupes dans lesquels pourront être répartis, auxquels pourront être rattachés tous les aliénés. Cette œuvre de classification, qui a été le rêve et l’écueil de tous les auteurs qui ont écrit sur la folie, je n’ai ni la prétention ni heureusement le besoin de l’entreprendre ; du moins le point de vue auquel je dois me placer n’exige en aucune façon une classification nosologique des formes de la folie.
Tous ceux qui font tentée ont échoué devant cette double difficulté que présente la constitution même de ces formes diverses et fondamentales de la folie et qui résulte, d’une part de la nature de la maladie, d’une autre part de l’impossibilité presque absolue d’établir un rapport entre les altérations anatomiques bien définies et des groupes de symptômes déterminés. Quelque réelle que soit la difficulté, il est cependant possible, en restant rigoureusement fidèle aux saines doctrines nosographiques, non-seulement de caractériser les formes de la folie d’après l’ensemble des symptômes, la marche, la durée, la terminaison et les lésions qui peuvent exister ou manquer dans chacune d’elles, mais encore de trouver dans la nature même du délire, la source de certaines dis-
linctions très-naturelles et très-fondées qui peuvent servir à constituer des variétés fort importantes au point de vue pratique, quoique nécessairement subordonnées aux formes primitives. C’est ainsi que je comprends et que j admets les divisions suivantes : 1° la folie commune qui comprend : le délire aigu, 1a, folie maniaque aiguë ou chronique, la folie monomaniaque avec ses variétés mélancolique, religieuse, homicide, suicide, incendiaire, kleptomane, dispsomane, raisonnante ou lucide etc ; et la folie circulaire ou à double forme ; 2° la folie paralytique ; 3° la folie épileptique ; 4° la folie hystérique ; 5° la folie puerpérale 1 et 6n la folie alcoolique.
Mais la médecine légale a d’autres exigences, et c'est à elles que je dois exclusivement me soumettre. Or le double objetqu’il convient de rappeler ici de la constatation de l’état mental est pour elle la détermination de la capacité et de la responsabilité. C’est là ce qui doit dominer l’examen de tout aliéné et servir de fondement aux divers groupes entre lesquels il sera possible de diviser les différents genres de folie. D’après ces principes il est permis de former quatre grandes classes caractérisées : la première par la faiblesse d'esprit d’où résultera l incapacité plus ou moins complète de l'individu; la deuxième par les impulsions instinctives d’où dérivent des actes qui ne sont pas toujours en rapport avec des idées délirantes, mais dans lesquels la volonté inconsciente est dirigée et dominée par une force irrésistible ; la troisième par différentes formes de délires exerçant sur les actes des influences variées ; la quatrième enfin par la simulation de la folie.
Il est dès à présent facile de pressentir, et il demeure bien évident que les limites entre ces différents groupes, si on en excepte le dernier, n'ont rien d’absolu, et que certaines espèces d’aliénations ou une même affection à ses différentes périodes fourniront à la fois à plusieurs d’eutr’eux. Les idiots par exemple etles imbéciles appartiennent à la fois à laclasse des faiblesses d’esprit et à celle des impulsions instinctives. La folie paralytique, à son début, se rangera dans le troisième
DÉMENCE
groupe où la nature du délire exerce une influence marquée sur les actes, et dans la première, lorsqu’elle est arrivée à la démence. Mais cette apparente confusion qui aurait de graves inconvénients dans une classification nosologique, n’a que des avantages en médecine légale où les questions comme les individus se présentent sous des aspects multiples et complexes, et où la réalité des faits pratiques doit passer avant toute considération de méthode et de doctrine. Les développements dans lesquels je vais entrer feront ressortir, je l’espère, l’utilité et les avantages du procédé d'étude que j'ai adopté.