‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 2)Chapitre 21 sur 88 · ÉPILEPTIQUES · texte numérisé non relu

ÉPILEPTIQUES

la médecine légale un sujet plein de difficultés et de périls.

Elle n’est pas exclusivement constituée par des attaques convulsives intermittentes avec perte subite et complète du sentiment; elle s’accompagne en outre presque constamment d’un affaiblissement, d’une perversion et quelquefois d’une abolition des facultés intellectuelles et morales. Elle débute fréquemment dès l’enfance et se complique alors d’une véritable imbécillité; le mal physique est étroitement lié à l’infirmité morale et à l’impuissance intellectuelle. D’un autre côté lorsqu’elle a duré de longues années sous la forme convulsive ordinaire de haut ou de grand mal, la raison en reçoit une atteinte profonde ; le caractère change et s’aigrit, les facultés s’affaiblissent, la mémoire se perd, et le malade tombe dans un état de véritable démence. Cette dégradation morale se montre parfois beaucoup plus tôt et à une époque assez rapprochée du début de l’épilepsie, surtout chez les jeunes sujets, sans que cela paraisse tenir à la violence des attaques ; car c’est souvent lorsque la maladie reste bornée au petit mal, au simple vertige épileptique, que la démence arrive le plus tôt. Elle est souvent précédée d’accès de délire aigu qui cessent et se reproduisent sous forme de paroxysmes plus ou moins éloignés. La folie épileptique est alors constituée; elle est marquée par un affaiblissement notable de l’intelligence et une perversion quelquefois profonde des fonctions affectives, l’oubli de tous les sentiments, l’insensibilité la plus complète ; quelquefois au contraire une irritabilité de caractère plus grande et une véritable méchanceté. Les-attaques de convulsions suivent leur marche accoutumée, et quelques-unes, seulement à des époques irrégulières, sont suivies d’une véritable excitation maniaque avec délire furieux et tendance au suicide. A mesure que la maladie fait des progrès, l’aliénation mentale qui insiste .pendant les intervalles des paroxysmes, prend un dàractère plus général et plus constant.

Jusqu’ici aucune difficulté : d’une part, en effet, tant que la folie épileptique n’est pas constituée, et que le mal est borné à des attaques convulsives intermittentes plus ou moins

rapprochées, mais entre lesquelles la santé et la raison reparaissent dans leur intégrité ; il est bien certain que l’on ne peut à aucun degré traiter l’épileptique comme un aliéné, ni le déclarer incapable ou irresponsable. Il est non moins évident que lorsqu’il est arrivé à l’état soit de fureur soit d’imbécillité ou de démence épileptiques, il tombe dans la catégorie des fous incurables, inconscients autant qu’incapables, et que les mesures delà séquestration, de l’interdiction, tout comme les bénéfices de l'irresponsabilité lui sont complètement applicables,

Mais ce n’est pas tout : il n’est pas rare de rencontrer des épileptiques d’un tout autre caractère et d’une toute autre allure. Non-seulement il en est qui offrent seulement des espèces d’absences pendant lesquelles, sans que les autres fonctions soient troublées, les sens restent quelques secondes fermés à toute impression ; ou un simple étourdissement, un vertige caractérisé par une suspension brusque de l’intelligence et de la volonté, qui s’arrêtent au milieu d’un discours ou d’une action commencée, l’immobilité de la face, la fixité du regard, une secousse passagère et partielle, un léger tremblement d’un membre ou d’un doigt seulement, une perte de connaissance soudaine et complète, des mouvements désordonnés ou enfin des paroles incohérentes et brèves dictées par un délire sombre. Mais chez d’autres, et ce sont pour le médecin légiste les plus intéressants, l’épilepsie est caractérisée par l’impulsion instinctive, par l’acte soudain, brusque, irréfléchi, parce que l’on a très-bien nommé V ictus sans précédent et sans suite : et lorsque l’on songe que cet acte peut être le meurtre inattendu et inexpliqué du passant le plus inoffensif, et que le meurtrier n’a donné avant et ne donnera pas après le moindre signe d’altération des facultés, il y a bien de quoi terrifier et de quoi soulever dans la conscience des juges les plus douloureuses perplexités. C’est à l’expert qu’il appartient de les faire cesser; c’est là le grave et difficile problème que lui offre la détermination de la responsabilité chez les épileptiques.

Trousseau a étudié mieux que personne et en grand

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