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QUESTIONS MÉDICO-LÉG \LES RELATIVES A LA PENDAISON

Je l’ai dit au commencement de celte élude : le médecin légiste placé en présence d’un cas de pendaison rfa guère à se poser qu’une seule question : la pendaison est-elle la cause réelle de la mort? En effet la solution de cette question implique presque nécessairement celle du problème pratique que soulèvent les faits de cette nature, à savoir : si la pendaison est l’œuvre du suicide ou de l’homicide, la mort par pendaison étant presque toujours volontaire. C’est donc à ce double point de vue que doivent être entreprises et poursuivies les expertises médico-légales relatives à la pendaison.

11 s’y rattache bien quelques questions subsidiaires, touchant la rapidité de la mort et la durée plus ou moins longue de la pendaison; ou encore louchant l’intervention de plusieurs meurtriers, et la pendaison accidentelle; mais ce sont là des points secondaires.

Pour être peu nombreuses et très-simples les questions auxquelles donne lieu la mort par pendaison n’en sont pas moins très-graves et souvent d’une extrême difficulté.

DE LA PENDAISON

L’expert ne doit les aborder qu’avec la plus grande circonspection. Nous allons chercher à les poser avec netteté afin d’en rendre l'étude plus claire et la solution plus assurée. A cet effet, nous examinerons successivement la valeur des signes de la pendaison ; les moyens d’en mesurer la durée; les données à l’aide desquelles on peut distinguer les cas de suicide par pendaison de l’homicide; et enfin les conditions de la pendaison accidentelle.

Appréciation des signes de la pendaison et de leur valeur dans la détermination de ce genre de mort. — Plus l’appl’é-

ciation des signes propres à la mort par pendaison est difficile, plus il importe que l’expert s’attache à des principes certains, qui puissent le guider dans cette pénible tache. Dans une affaire capitale que je rapporterai bientôt, et où j’ai eu le regret de me trouver en dissentiment complet avec M. Devergie, ce savant confrère formulait en termes très-fermes ce principe excellent : « Pour qu’un signe puisse prouver que la suspension a eu lieu pendant la vie, il faut que sa formation entraîne avec elle l’idée d’un phénomène vital ; il faut de plus que ce phénomène n’appartienne qu’à la suspension et enfin qu’il soit constant pour parvenir à prouver dans tous les cas que la mort est bien le fait de la suspension. Mais nous sommes loin de posséder encore un caractère d’une telle valeur. » On ne peut mieux dire; mais, par cette raison même, il me paraît qu’il convient de rechercher si, à défaut d’un signe absolu, certain, de la mort par pendaison, l’ensemble des signes peut conduire à la certitude; ou si celle-ci ne peut-être obtenue que par l’élimination des autres causes de mort, d’où résulterait la démonstration de la mort par pendaison. Examinons à ce point de vue chacun des caractères que nous avons décrits et que présente à l’observation le corps des pendus.

État de la face. — La face des pendus, d'abord pâle,

ainsi que nous l’avons dit, et restant quelquefois telle pendant tonte la durée de la pendaison, devient en général rouge, puis violacée. Ces différences d’aspect enlèvent certainement de leur valeur aux déductions que l’on pouvait tirer de l’état de la face, cependant, si on les rapproche des résultats très-intéressants fournis par l’expérimentation, on peut en tirer quelque donnée utile. Orfila fit pendre douze cadavres d’individus de différents âges, ayant succombé à des maladies diverses. Les corps restèrent suspendus pendant vingt -quatre heures, et néanmoins la face conserva sa pâleur et son volume ordinaire. Les yeux ne s’injectèrent pas et la langue ne fit nullement saillie hors de la bouche. 11 est certain que, si les individus eussent été pendus vivants, après vingt-quatre heures de pendaison l’état de la face eut été tout autre. Il semble donc qu’il y ait là un bon indice.

Mais d’une part, on sait que la pendaison, quand elle est de courte durée, n’amène souvent, sur un individu pendu vivant, aucun changement dans l’expression, dans la couleur et dans le volume du visage tout comme on vient de le voir dans l’expérience de la pendaison des douze cadavres. Et, d’une autre part, il ne faut pas oublier que les faits ne se présentent pas le moins du monde dans les conditions où Orfila a institué son expérimentation. Il s’est placé, en effet, hors de la vraie, delà seule difficulté que l’on rencontre dans la pratique: celle où un individu mis à mort par des violences criminelles, étranglé ou étouffé par exemple, serait ensuite et sans, délai pendu. Il n’est pas du tout sûr que, dans ce cas, la face ne subirait pas les modifications d’aspect que détermine la pendaison simple ayant lieu pendant la vie. Le contraire ne fait môme pas de doute.

Il faut donc dire, tout en reconnaissant que l’aspect de

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la face peut fournir quelquefois un indice précieux delà mort par pendaison, qu’il n’y a dans ce signe ni assez de constance ni assez de cerlilude,pour qu’on lui attribue une valeur décisive.

Etat du cou. — Toutes les empreintes que peut laisser sur la peau du cou des pendus le lien suspenseur, toutes sans exception, le sillon, l’aspect parcheminé de la peau, la coloration violacée, la densité du tissu cellulaire sousjacent, peuvent se montrer aussi bien sur un corps pendu après la mort, que sur le cadavre d’un individu pendu vivant. Le fait est établi de la manière la plus positive par les expériences d’Orfila. Sur les douze cadavres qu'it a soumis pendant vingt-quatre heures h la pendaison, la peau du cou et le tissu cellulaire sous-cutané présentaient l’empreinte caractéristique et les modifications de couleur et de texture exactement semblables à celles que l’on observe sur les individus pendus vivants. Casper (de Berlin) et le professeur Vrolik (d’Amsterdam) ont répété ces expériences et sont arrivés à des résultats non moins décisifs, touchant la formation du sillon sur le cou d’individus pendus après leur mort. L’observation en donne d’ailleurs la confirmation la plus décisive; et l’on voit à chaque instant les traces du lien suspenseur à peine apparentes chez les pendus qui ont pu être détachés presqu’au moment de la mort ; tandis qu’elles se prononcent de plus en plus, après que le corps a été privé de vie, pourvu qu'il reste longtemps encore suspendu.

Rarement, avons-nous dit, on trouve chez les pendus, soit sous les téguments, soit dans l’épaisseur des muscles du cou, des ecchymoses véritables ou des infiltrations de sang coagulé. La production de ces extravasations est, malgré les doutes qui ont été élevés sur ce point, un fait essentiellement vital. M. Devergic a eu pleinement raison contre Orfila, en soutenant l’opinion que je défends moi-

même ici. Orfila avait donné beaucoup trop d’importance aux expériences demeurées fameuses de Christison (1), qui, une heure et demie après la mort par des coups portés sur la région cervicale, avait déterminé des épanchements de sang fluide. Il n’y a là rien de contradictoire, et l’expert qui constate, dans le tissu cellulaire et dans les muscles du cou, des ecchymoses et des infiltrations de sang coagulé, a le droit de conclure qu’elles ont été faites sur un individu encore vivant. Ce n’est pas tout d’ailleurs: dans les cas de pendaison, ce qui importe surtout, c’est d’établir un rapprochement exact de siège, de forme et de direction entre ces ecchymoses et le lien suspenseur; afin de bien voir si elles ont été réellement produites par la pression de ce lien; et si elles ne sont pas le résultat de violences commises avant la suspension. Sous cette réserve et en tenant compte aussi de leur grande rareté, il est incontestable que les ecchymoses et les infiltrations de sang coagulé dans la peau, le tissu cellulaire et les muscles du cou des pendus, ont une incontestable valeur comme preuve de la pendaison pendant la vie.

On n’en peut dire autant de la section des tuniques internes et moyennes de l’artère carotide primitive sur laquelle Amussat avait appelé l’attention des médecins légistes, et que M. Devergie (2) avait proclamée à une certaine époque, le plus concluant des signes de pendaison pendant la vie. C’est là une lésion beaucoup trop rare pour

(1) R. Christison, Observations médico-légales sur un meurtre par suffocation avec un déchirement grave des ligaments des vertèbres cervicales guéri après la mort, suivies d' expériences sur les effets des coups et des contusions infligés peu de temps après la mort (The Edinb. med. and surg. Journal , avril 1829), et tract, par Vavasseur (Ann. d'hyg. et de méd. lég., lra série, t. I, p. 532).

(2) A. Devergie, Recherches sur les pendus. De la section des membranes internes et moyennes des artères carotides chez les pendus (Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., t. II, p. 190).

Tardieu. — Pendaison.

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mériter tant de considération, et ce qui est plus grave, elle a pu être produite expérimentalement sur le cadavre. Elle acquerrait cependant plus d’importance, si elle était accompagnée d’extravasation de sang coagulé dans la tunique celluleuse.

Au point de vue de la question que nous traitons en ce moment, c’est-à-dire l’appréciation des signes propres à démontrer la pendaison pendant la vie, la luxation et la fracture des vertèbres cervicales n’a aucune signification. Car considérée en tant que déplacement osseux, elle peut être produite sur le cadavre. C’est là un des points les plus intéressants des expériences entreprises par Orfila à l’école pratique, avec le concours de Després, alors aide d’anatomie de la faculté.

Il a été possible, à l’aide de certaines manœuvres violentes, de déterminer sur des cadavres suspendus, non pas la luxation de la première ni de la deuxième vertèbre cervicale, mais la fracture de l’apophyse odontoïde dans un cas et de l’axis dans un autre. C’est sur ces expériences qu’Orfila s’appuyait à tort pour nier le récit de Louis sur le procédé du bourreau de Paris.

Mais, si les lésions du squelette du cou n’ont aucune valeur comme preuve de pendaison opérée sur le vivant, il n’en est pas de même des désordres qui les accompagnent le plus souvent et en particulier des déchirures avec ecchymoses et infiltrations de sang coagulé dans les parties molles qui entourent les vertèbres brisées ou luxées; et, avec M. Devergie, nous maintenons énergiquement contre Orfila la valeur décisive de ce dernier signe qui n’a jamais été et ne saurait être obtenu sur le cadavre. En effet, les expériences de Christison sur lesquelles Orfila s’appuie n’ont nullement la signification qu’il leur attribue. Le savant Écossais, en portant des coups violents avec un bâton sur les côtés du cou d’une

femme morte depuis une heure et demie, a pu produire des extravasations de sang; mais il dit lui-même expressément que le sang était fluide; il insiste et revient à plusieurs reprises sur cet état du sang, « noir, liquide, infiltré dans l’épaisseur des muscles. » De même, ayant produit sur le cadavre la déchirure du ligament vertébral, il note qu’il y a jusque dans le canal rachidien du sang noir liquide. Cela n’a rien de comparable avec les ecchymoses et infiltrations de sang coagulé qui prouvent que les lésions ont été opérées sur un corps encore plein de vie.

J’aurai d’ailleurs à revenir sur ce point au sujet de la distinction du suicide et de l’homicide.

État des organes sexuels. — J’ai dit que je ne voulais pas rentrer dans les longues et violentes discussions auxquelles a donné lieu l’état des organes sexuels chez les pendus (1).

La congestion des parties génitales , l’érection chez l'homme et l’écoulement du sperme , ont été donnés comme des signes de la mort par pendaison, et M. Devergie avait poussé l’exagération jusqu’à attribuer ce phénomène exclusivement à la pendaison , bien que , chose étrange, lui-même eût vu des animalcules spermatiques dans l’urèthre d’un homme qui avait péri asphyxié par la vapeur du charbon. Mais Orfila, qui cette fois avait pour lui la vérité, fit voir que, sur des corps pendus, après leur mort, la turgescence des organes sexuels et l’écoulement du sperme pouvaient se produire, tandis que, de son côté, Ollivier (d’Angers) démontrait que cette double circonstance

(1) Voy. Devergie, Signes nouveaux de la mort par suspension (Ann. d'hyg. publ. et deméd. lèg., t. XX.I, p. 168). — Orfila, Réfutation du mémoire de M. Devergie sur la suspension ( ibid ., p. 406). — A. Devergie, Réponse à la réfutation de M. Orfila sur de nouveaux signes de suspension (ibid., p. 473). — Ollivier (d’Angers), loc. cit.

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pouvait manquer chez les individus pendus vivants, mais dont la pendaison n’avait duré que peu de temps.

Orfîla ne s’était pas borné là : avec le concours de M. Donné, qui a précédé et instruit notre génération dans l’emploi du microscope, il montra que la présence des zoospermes dans le canal n’a rien d’exclusivement propre à la pendaison et que l’on en rencontre chez un grand nombre d’individus morts de différentes maladies, phthisie pulmonaire, hyperthrophie du cœur, hernie étranglée, écrasement, etc. Casper a fait la meme observation (1) ; mais c’est à Ernest Godard qu’il appartient d’avoir généralisé cetie observation et d’avoir définitivement posé les conditions du phénomène (2). L’écoulement du sperme n’est nullement caractéristique. 11 est constant dans tous les genres de mort violente et a lieu même à la suite de la plupart des maladies. « Je dois rappeler, dit ce regrettable et ingénieux observateur, que, depuis 1855, j'ai constaté très-fréquemment que , peu après la mort naturelle, l’urèthre renferme du sperme. Dans ce cas, il n’y a ni demi-érection, ni éjaculation, comme chez les individus ou les animaux qui meurent de mort violente. Chez les nombreux animaux que j’ai sacrifiés ou que j’ai vu abattre, l’émission du sperme était très-abondante, et avait lieu une, deux ou trois minutes après que l’animal avait été saigné, abattu ou étranglé. Pendant tout le temps de l’écoulement de la semence, la queue de l'animal s’agitait comme dans le coït ordinaire. Chez un hérisson, j’ai constaté et montré qu’il y avait à ce moment des contractions du bulbo-caverneux. Chez les animaux

(1) Casper, Traité pratique de méd. lég., t. II, p. 250. Paris, 1862. Tract, française.

(2) E. Godard, Études sur la monorchidie et la cryptorchidie chez l'homme. Paris, 1857, p. 124 (extrait des Mémoires de la Société de biologie).

qui avaient succombé à une mort violente, j’ai vu que le sperme éjaculé renfermait des animalcules cloués de mouvement. En 1855, chez le nommé Guyot, qui mourut écrasé, j’ai trouvé au méat, une heure après la mort, du sperme largement fourni d’animalcules doués de mouvement. » Ces observations si précises sont aujourd’hui complètement acquises à la science, et il n’est plus permis d’attribuer la moindre valeur en tant que signe de pendaison pendant la vie à la turgescence des organes sexuels, à la présence de spermatozoïdes dans l’urèthre ou à l’écoulement du sperme.

Évacuation d'urine et de matières. — L’évacuation d'une certaine quantité d’urine et de matières fécales est encore un de ces caractères dont la signification a été, non-seulement exagérée, mais complètement faussée. M. Devergie lui donnait une très-grande importance dans l’affaire à laquelle j’ai déjà fait allusion, et j’ai dû relever ce qui me paraissait être une grave et dangereuse erreur. En effet, rien n’est moins constant chez les pendus que cette évacuation de la prison cellulaire, où on l’a notée seulement deux fois sur quarante et un suicides par pendaison. Or elle se produit au moins aussi souvent dans tous les genres de mort violente, non-seulement dans ceux qui se rapprochent de la pendaison, mais encore dans les plus divers.

Enfin pour qu’il y eût là, même en faisant la part de la rareté du phénomène, un signe de pendaison pendant la vie, il faudrait que l’on pût déterminer dans quelles circonstances et à quel moment a lieu l’évacuation de l’urine et des matières fécales. Si quelquefois il est permis de penser qu’il y a eu là un phénomène ultime, un relâchement des sphincters lié à l’agonie des pendus ; d’autres fois, au contraire, on est forcé de reconnaître que les évacuations se sont faites mécaniquement après la mort et

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par suite du déplacement du corps ou de pressions exercées sur la partie inférieure du tronc.

Je n’hésite donc pas, pour ma part, à refuser toute valeur à ce prétendu signe qui ne démontre ni la pendaison, ni surtout la pendaison pendant la vie; et je vois avec satisfaction des hommes voués à la pratique de la médecine légale, comme Casper (de Berlin) (1), professer la même opinion.

État des organes respiratoires et circulatoires. — Les résultats fournis par l’autopsie cadavérique des pendus concernant l’état des vaisseaux aériens, des poumons et du coeur sont, à vrai dire, plutôt négatifs que positifs. Cependant ils ne sont, pas tout à fait dépourvus d'importance.

La présence de l’écume sanguinolente dons le larynx, dans la trachée et dans les bronches, la rupture de quelques vésicules à la surface du poumon, l’engouement sanguin parfois porté très-loin et surtout marqué à la base dans les lobes inférieurs des deux poumons à la fois, ces lésions ont une réelle valeur comme signe de la mort par pendaison et en auraient une plus grande encore s’ils étaient plus constants. Si l’on y joint l’absence des taches ecchymo tiques sous-pleurales, et des plaques étendues d’emphysème caractéristiques d’autres genres de mort, on peut véritablement tenir grand compte des lésions pulmonaires pour prouver la pendaison pendant la vie.

L’état du sang, tantôt tout à fait fluide, ou formant quelques caillots mous dans le cœur n’a rien de significatif.

État des centres nerveux . — Les détails dans lesquels je suis entré touchant l’état des centres nerveux chez les pendus, suffisent pour faire voir qu’il n’y a rien à tirer

(1) Casper, ibid., p. 550.

absolument au point de vue de la question qui nous occupe des conditions dans lesquelles se présente le cerveau. Ces conditions, d’ailleurs, varient on le sait, suivant la position qu’occupe le cadavre. Les vaisseaux intracrâniens, vides durant la pendaison, peuvent se remplir lorsque le corps est replacé horizontalement et l’on ne trouve alors qu’une congestion purement hypostatique qui ne mérite aucune attention.

Le point le plus intéressant dans l’examen du cerveau chez les pendus est la recherche et la constatation de quelque lésion cérébrale plus ou moins ancienne de nature à entraîner un trouble des facultés; et qui, en donnant à supposer le suicide indiquerait d’une manière à peu près certaine que la mort a en réalité eu lieu par pendaison simple.

Résumé des signes propres à démontrer la pendaison pendant la vie. — Si nous cherchons à résumer l’appréciation que nous venons de faire de la valeur des signes propres à démontrer la pendaison pendant la vie, nous voyons que, parmi ces signes, les uns démontrent le fait delà pendaison: tels sont l’état ducou, l’empreinte laissée par le lien suspenseur, l’aspect de la face, la turgescence et la coloration des organes sexuels et des membres inférieurs. Les autres démontrent la persistance de la vie au moment où ils se sont produits, ce sont les ecchymoses superficielles ou profondes, les extravasations et infiltrations de sang coagulé dans le tissu cellulaire ou dans l’épaisseur des muscles delà région cervicale; la présence de l’écume sanguinolente dans les voies aériennes et l’engouement général des poumons.

Du rapprochement seul de ces deux ordres de signes et de leur concordance exacte, résultera donc pour l’expert la preuve que l’individu dont il examine le cadavre a été pendu vivant et est bien réellement mort par pendai-

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son. On le voit, ce n’est pas un signe unique, exclusif et constant, mais bien l’ensemble des signes et leur corrélation soigneusement établis qui permettent de conclure à la pendaison pendant la vie.

Il ne faut pas oublier d’ailleurs que tous les signes extérieurs peuvent faii c défaut. Albin Gras (1 ) rapporte l’histoire d’une folle de la Salpêtrière qui s’était pendue, et sur le cadavre de laquelle il ne restait trace d’aucune lésion vitale : « pas de bouffissure de la face ou de la langue, pas d’ecchymose au cou, pas de déchirure des artères ou des veines, pas de luxation, rien autre chose qu’un sillon où la peau était jaunâtre et parcheminée et l’indice de la compression du tissu cellulaire sous-jacent; rien, par conséquent, qui pût aider à découvrir si la suspension avait été opérée sur une personne vivante ou seulement sur un cadavre. »

Nous verrons plus tard, en parlant des moyens de distinguer le suicide de l’homicide, le parti que l’on pourra tirer pour résoudre cette question de la découverte des signes propres à d’autres genres de mort et du procédé d’élimination que nous indiquions plus haut.

Des signes propres à établir la durée de la pendaison, la

rapidité et l’époque delà mort. — Il est en général très- intéressant de pouvoir déterminer avec autant de précision que possible pendant combien de temps un corps est resté pendu et si la mort a été plus ou moins rapide ainsi que l’époque exacte à laquelle elle remonte.

Sur ce dernier point, il n’y a rien de particulier à noter relativement à la pendaison. C’est sur les signes généraux communs à tous les genres de mort, la conservation de la chaleur, l’apparition de la rigidité cadavérique, l’état de plénitude ou de vacuité de l’estomac, que l’expert

(1) Albin Gras, Observation de suicide par strangulation (lisez pendaison) {Ann. d’hyg. publ. et de méd. lég., t'° série, t. XIII, p. 208).

DURÉE DE LA PENDAISON

pourra fonder son jugement. La pendaison ne présente à cet égard d’autre particularité à relever que les circonstances matérielles dans lesquelles elle s’est accomplie et qui peuvent parfois hâter le refroidissement du corps , et l’apparition en général assez hâtive de la rigidité sinon dans toutes les parties du moins dans les muscles qui ont été le siège de tension excessive ou de convulsions violentes, au cou notamment et dans les membres supérieurs et inférieurs, dans les mains surtout.

Quant à savoir si la mort est survenue avec plus ou moins de rapidité. On peut dire, d’une manière générale, qu’elle ne se fait pas attendre chez les pendus; et, pour pénétrer plus avant, il faut tenir compte, non de la position du lien an-dessus du larynx dont Ollivier (d’Angers) prétendait faire un cause de mort plus rapide, mais seulement de la nature des lésions et de la manière dont la mort a été déterminée.

Il est clair, en effet, qu’une syncope a pu, dans certains cas, la reculer au delà des bornes ordinaires et que, d’un autre côté, la lésion de la moelle consécutive au déplacement ou à la fracture des vertèbres cervicales a pu la hâter et la rendre foudroyante. On a vu que la congestion cérébrale et l’apoplexie n’ont d’ailleurs aucune part à la mort par pendaison.

Pour la durée de la pendaison bien qu’elle ne puisse être établie toujours avec une entière certitude, puisque les signes qui la prouvent d’ordinaire peuvent exister après cinq minutes aussi bien qu’après la pendaison la plus prolongée, ainsi qu’Ollivier (d’Angers) et Gaussé (d’Albi) l’ont vu pour l’état de dessiccation et l’aspect parcheminé de la peau du cou au niveau du lien suspenseur; il n’en est pas moins vrai qu’il est certains signes qui ne se montrent que dans le cas de pendaison prolongée et qui vont sc marquant d’autant plus qu’elle a duré davantage :

58 DE LA PENDAISON

tels sont la bouffissure et la teinte violacée de la face, l’injection et la propulsion des yeux en avant, la dessiccation de la peau du cou dans le point où presse le lien suspenseur, la profondeur du sillon, la turgescence des organes sexuels, le gonflement et la coloration violacée des membres inférieurs et enfin la congestion hyposlatique des deux poumons. Ce sont là certainement des indices d’une grande valeur et auxquels il est difficile de méconnaître une pendaison de longue durée surtout lorsqu’ils se trouvent tous réunis.

Des moyens de distinguer le suicide de l'homicide dans

les cas de pendaison. — Nous voici arrivé au point capital de cette étude, et face à face avec l'une des questions les plus difficiles, et les plus graves que puisse rencontrer le médecin dans la pratique de la médecine légale. C’est au défaut de certitude dans la distinction du suicide et de l’homicide, à l’occasion de faits de pendaison, qu’il faut attribuer des erreurs judiciaires à jamais déplorables. Des suicides avérés qui ne feraient doute aujourd’hui pour personne, ont été pris pour des meurtres dont la justice a demandé compte à des innocents; Calas, le plus fameux n’est pas le seul que je citerai. J’ai été assez heureux, il y a quelques années pour en soustraire un à une condamnation presque certaine. Dans d’autres cas moins regrettables à coup sûr pour l’ordre social, mais très-fâcheux aussi au point de vue de la science médico-légale, des pendaisons opérées par des meurtriers après la mort de leurs victimes, ont étédonnées et admises comme suicides ; je me suis élevé contre l’insuffisance des preuves invoquées dans des cas semblables, et j’en reproduirai un exemple frappant dans l’affaire Duroulle. C’est seulement, en effet, par l’étude attentive des faits et par des observations multipliées que l’expert parviendra à se pénétrer des difficultés particulières de la question, et puisera en même

DISTINCTION DU SUICIDE ET DE L’HOMICIDE

temps dans l’expérience les éléments d’une solution pratique et sure.

J’ai dit souvent déjà que la question de distinction du suicide et de l’homicide serait résolue, si l’on avait pu déterminer avec certitude que la pendaison avait eu lieu pendant la vie. Car la mort par pendaison est presque exclusivement suicide ; l’homicide ne pend qu’après avoir donné la mort d’une autre façon. Ces propositions sont très-généralement vraies, mais elles ne sont pas absolues. D’une part, en effet, nous venons de montrer les difficultés que l’expert éprouve souvent à découvrir des signes positifs de la pendaison pendant la vie; et d’une autre part, il y a dans plus d’un cas des raisons de douter qui nous imposent la nécessité de rechercher et d’indiquer les moyens de distinguer le suicide de l’homicide dans les cas de pendaison.

A cet égard, on peut sans doute faire valoir certaines considérations tirées de la position du corps, des circonstances matérielles de la pendaison, des constatations faites sur le cadavre. Mais ce que je redoute par-dessus tout, c’est que l’on donne trop d’importance à ce genre de preuves qui sont loin d’avoir la valeur que la justice, l’opinion publique et ce qui est plus fâcheux, certains médecins eux-mêmes leur ont trop souvent accordées. C’est là, je ne crains pas de le dire, la cause des erreurs judiciaires auxquelles ont donné lieu plusieurs cas de penidaison.

Position du corps. — On a vu dans quelles positions variées se présentait le corps des pendus. Il est permis de dire et les images que l’on trouvera à la fin de cette étude le font bien voir, que les plus bizarres, les plus inattendues, les plus impossibles se sont offertes à l’observation. Cl chose remarquable, point essentiel dans la question qui nous occupe, ces cas de pendaison incomplète dans les-

Cü

quels le corps repose en partie sur lesol, replié, accroupi, parfois assis et presque couché, ces cas appartiennent tous à des suicides parfaitement constants. A ce point, qu’on a pu dire, sans trop de paradoxe, que la pendaison incomplète est nécessairement suicide.

De fait, il est certain que les moyens très-simples auxquels peut recourir et se fie habituellement celui qui a la ferme intention de se donner la mort et qui compte sur sa volonté, paraîtraient sans doute trop peu sûrs à des meurtriers qui, pour paralyser toute résistance, ne croiraient jamais pendre leur victime assez haut et assez court. Cependant tout est possible en pareil cas, et je ne voudrais pas prononcer d’une manière formelle, d’après la seule position du corps, sur la réalité du suicide.

Mais ce que je n’admets pas surtout, et ce que j’ai peine à comprendre, c’est qu’il se rencontre aujourd’hui un seul médecin capable de nier la possibilité de la mort par pendaison dans le cas de suspension partielle du corps, ainsi que j’en citerai bientôt, d’après le docteur Dubois, un bien triste exemple. C’est nous rejeter de quarante ans en arrière et renouveler les discussions soulevées à l'occasion du sui eide du prince de Condé. C’est méconnaître ce fait dès longtemps et irrévocablement acquis à la science, que la pendaison peut s’opérer quelle que soit la position du corps. Ajoutons comme également prouvé par l’observation des faits que la pendaison incomplète parait plus spécialement, sinon exclusivement, appartenir au suicide.

Circonstances de la pendaison. — On est généralement disposéà donner beaucoup d’importance aux circonslances dans lesquelles a eu lieu la pendaison, à ces circonstances que M. Devergie appelle improprement des preuves morales, et qui ne sont que les circonslances matérielles extérieures de la pendaison. En ce qui touche les preuves véritablement morales, celles qui peuvent se déduire de la

DISTINCTION DU SUICIDE ET DE L’HOMICIDE. Gl

situation d’esprit, du caractère, des dispositions affectives, des motifs divers enfin qui peuvent faire admettre ou repousser les intentions de suicide de tel ou tel individu, je ne saurais trop mettre l’expert en garde contre de pareilles considérations qui naissent trop souvent de cette impression première, de cette vague rumeur qui s’élève dans l’opinion en présence d’une mort violente, et qui a toute l’inconsistance et tous les dangers du préjugé et de l’irréflexion. Le médecin ne peut entrer dans cet ordre de preuves que s’il y a lieu de supposer un trouble réel des facultés mentales, et si quelque lésion du cerveau peut confirmer cette supposition.

L’appréciation des conditions dans lesquelles s’est opérée la pendaison, se réduit donc à constater des possibilités ou des impossibilités matérielles : si le lieu où a été attaché le lien suspenseur est accessible ou non; quelle est la disposition des objets environnants ; si le lien employé a pu être en la possession du pendu; comment il a été fixé à son extrémité supérieure, et de quelle façon noué autour du cou. Certes, toutes ces particularités sont bonnes à relever; et il y aurait exagération à dire qu’elles n’ont jamais pu fournir d’indications utiles. Mais à combien de fausses conjectures elles ont donné lieu , et qu’il est dangereux de s’y fier. Tout est possible en pareille matière. S’il y a des individus qui exécutent simplement leur dessein de suicide, se servant pour mettre fin à leurs jours de ce qu’ils ont sous la main, et se pendant à leur lit, à leur fenêtre, dans leur chambre avec leur cravate ou l’embrasse de leurs rideaux, il en est au contraire qui apportent à cet acte suprême une recherche singulière, et qui l’entourent d’apprêts, de difficultés, de tours lie forces, s’il est permis d’employer ce mot, qui semblent destinés à en retarder l'accomplissement. Les uns laissent tout en désordre autour d’eux, les autres rangent avec soin les

moindres objets, et vont jusqu’à plier minutieusement les vêtements qu’ils quittent avant de s’abandonner à la mort. Quelquefois les mains sont liées, soit en avant, soit derrière le dos, et les yeux bandés. De même le lien peut être fixé d’une manière, en apparence peu solide; tandis que d’autres fois, il sera assujetti avec une grande force; il en sera de même de l’espèce de nœud qui s’attachera au cou. Ce que l’on peut dire seulement sur ce dernier point, c’est que les nœuds les plus lâches, l’anse simple par exemple, semblent des indices à peu près certains de suicide. Mais la complication, les difficultés accumulées, les impossibilités apparentes même, celles par exemple qui résulteraient d’une infirmité, comme on l’a vu pour cette femme privée de la main droite qui a su s’étrangler dans son lit d’hôpital, toutes ces circonstances n’excluent pas le suicide. Tout est possible, je le répète, et c’est s’exposer aux plus graves erreurs que de fonder son jugement sur les circonstances matérielles dans lesquelles s’est opérée la pendaison. C’est là ce qui perdit Calas. La condamnation inique qui le frappa ne fui prononcée que sur des indices de cette nature.

Constatations faites sur le cadavre. — Les constatations faites sur le cadavre ont sans doute plus d’importance. Cependant, là encore, le médecin expert ne saurait apporter trop de circonspection, trop de réserve dans ses conclusions.

Si le pendu suicide conserve en général une physionomie calme et naturelle, il ne s’en suit pas que l’expression de souffrance, marquée sur le visage, implique des violences homicides. Le siège de l’empreinte laissée par le lien suspenseur, est également dépourvu de signification; on a prétendu que, dans le cas de meurtre, elle se trouvait à la partie inférieure du cou, rien n’est moins constant, il n’y a à cet égard rien de fixe ni d’absolu. Ce

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qui est plus important, c’est de pouvoir établir une concordance parfaite entre l’empreinte et le lien suspenseur, au triple point de vue des dimensions, de la forme et de la direction. Dans le cas de pendaison simple, c’est-à-dire de suicide, il est évident que le rapport doit être exact. Et cependant combien encore il faut prendre garde. Ne saiton pas qu’un lien unique peut laisser une double empreinte, que celle-ci peut former un sillon horizontal en même temps qu’un sillon oblique. La direction même du sillon peut induire en erreur. Le docteur Caussé (d’Albi) a rapporté l’exemple rare d’une strangulation accomplie à l’aide d’un nœud coulant serré avec le gros orteil, de façon à tracer sur le cou un sillon oblique de bas en haut et d’avant en arrière tout comme dans la pendaison ordinaire. Les dimensions du sillon ne sont pas plus constantes; une corde volumineuse peut laisser une empreinte étroite, un lien étroit un sillon plus ou moins large et irrégulier.

Il est pourtant des signes de plus de valeur, et qui, le plus ordinairement, peuvent être considérés légitimement comme des preuves de violences homicides. Ce sont les ecchymoses et les infiltrations de sang coagulé plus ou moins profondes dans la région du cou ; les fractures de l’os hyoïde, l’écrasement des cartilages du larynx, la luxation ou la fracture des vertèbres cervicales. Cependant s il n’est presque aucune de ces lésions qui n’ait été observée dans le cas de suicide; et c’est seulement leur profondeur, leur étendue, leur défaut de concordance avec le lien suspenseur qui permettront de les rattacher à des violences criminelles.

La luxation des vertèbres cervicales qui a paru difficilement conciliable avec le fait de la pendaison simple ou suicide, a été cependant très-manifestement observée dans des cas avérés de mort volontaire. Outre le cas tant

DE LA PENDAISON

de fois cité d’Ansiaux (de Liège), il en est un moins connu et selon moi bien propre à entraîner la conviction. Il a été communiqué par le docteur Germain à Étoc-Demazy (1). Un homme de forte stature monte sur une des charpentes les plus élevées de son grenier; et, après avoir fixé la corde, se laisse tomber brusquement de tout son poids et reste suspendu dans l’espace. L’autopsie du cadavre a montré qu’il s’était produit une luxation de la deuxième vertèbre sur la première. L’apophyse odontoïde était presque entièrement sortie de l’anneau et son extrémité était au niveau du bord inférieur du ligament transverse. Les ligaments odontoïdiens, le ligament antérieur et le ligament postérieur de l’articulation de l’atlas avec l’axis étaient rompus. Le ligament transverse était intact ; et du sang était épanché dans le canal.

La fracture de l’os hyoïde et celle des cartilages du larynx établirait de fortes présomptions d’homicide; car ce n’est pas dans des cas de suspension volontaire, mais à la suite d’exécution de justice, que Valsalva et Morgagni ont observé ces lésions; M. Caussé (d’Albi) en a fait déjà la judicieuse remarque.

Le cas que je rapporterai du suicide de la dame C., est singulièrement propre à montrer à quel point il faut se défier des apparences , puisque les ecchymoses produites sur le cou parla main du pendu lui-même, ont pu être prise pour les empreintes de la main du meurtrier. Le professeur Liman (de Berlin) (2) cite deux cas de suicide par pendaison, dans lesquels il a vu des extravasations sanguines dans la région cervicale. Dans l’un, il s’agit

(1) Etoc-Demazy, Recherches statistiques sur le suicide, appliquées à l'hygiène publique et à la médecine légale. Paris, 1844, p. 110.

(2) Liman, Quelques remarques sur la mort par suspension, par pendaison et par strangulation (Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég 2e série, t. XXVIII, p. 588).

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«d’une femme enceinte qui, assise, s’était pendue avec une corde; le sillon avait une forme circulaire montant des deux côtés en arrière et en haut et un aspect parcheminé du côté droit; une incision du sillon ne laissait pas voir d’extravasation sanguine. Dans le tissu cellulaire du sternocléido-mastoïdien, à la surface interne de ce muscle, on trouvait une extravasation de la grandeur d’une pièce de cinquante centimes, de même, sur la trachée-artère, de la grandeur d’un pois, de plus il se trouvait un grand nombre d'épanchements dans le tissu de l’aorte et entre celle-ci et la colonne vertébrale; il y en avait aussi sous le péricarde. » L’autre cas est celui d’un homme qui, après s’être tiré un coup de pistolet, s’était pendu. « Le sillon était ici en partie momifié et une incision ne démontrait pas de sugillation, mais entre la trachée-artère et la colonne vertébrale, il y avait une extravasation coagulée. »

Il convient d’ajouter que, chez les pendus comme dans tous les autres genres de suicides, il n’est pas très-rare de rencontrer des blessures qui attestent des tentatives avortées de suicide; coups de feu, coups de couteau, section incomplète du cou, et que l’expert doit, au point de vue de la distinction du suicide et de l’homicide, tenir grand compte de la possibilité ou de l’impossibilité qu’il y a à ce que les blessures constatées aient été faites par la main du pendu lui-même. M. Dégranges a fait une remarque intéressante dans un cas de suicide bien établi par pendaison, précédée de section incomplète du cou (1), touchant les modifications produites par l’hémorrhagie dans l’aspect de la face du pendu.

Je ne parle pas des traces de lutte, de résistance ou de

(1) Dégranges, Asphyxie par strangulation (lisez mort par pendaison) .—Soupçon de meurtre ou d'assassinat.— Suicide [Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., t. XIV, p. 410).

Tardieu. — Pendaison.

rixe, que l’on donne comme signes décisifs de la penoaison homicide, ce sont des banalités qui n’ont précisément ici aucune application. Ce n’est jamais, en effet, de haute lutte que des meurtriers essayeront de pendre un homme. Ils lui passeront la corde au cou par surprise, ou n’arriveront à la pendaison qu’après d’autres violences qui auront amené la perte de connaissance ou même la mort de la victime.

J’ai à citer, comme exemple de pendaison homicide par surprise , un fait tellement étrange, qu’il dépasse l’imagination et ne serait pas croyable s’il n’avait reçu la sanction d’un débat criminel.

Au mois de février 1844, la cour d’assises de la Seine- Inférieure jugeait et condamnait à la peine de mort un individu du nom de Thibert, âgé de 57 ans, de petite taille, d’une constitution faible, très-maigre, à la physionomie sinistre, l’œil enfoncé, mais vif; le nez et la bouche indiquaient la ruse. Il était né à Dieppe et demeurait à Rouen où il exerçait, disait-il, le métier de chiffonnier.

Cet homme avait rencontré au palais de justice, au milieu du public qui assistait à une audience, un vieillard de 81 ans, avec qui il avait lié conversation, lui demandant s’il n’avait pas quelques infirmités ; .et, sur sa réponse, qu’il souffrait delà jambe, il lui avait promis de le guérir. Après avoir acquis la certitude que le vieillard demeurait seul, il lui recommande d’acheter un clou neuf, le plus fort possible, et une corde neuve grosse comme le petit doigt et longue d’une brasse et demie, ajoutant expressément qu’il doit bien se garder de parler à personne du remède et lui renouvelant la promesse d’aller le lui administrer chez lui à sept heures du soir. Il l’avait engagé à faire auparavant une neuvaine. Le vieillard se méfiant des intentions de son guérisseur, fit arrêter Thibert au moment où il se présenta à son domicile.

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Les recherches faites sur la vie passée de cet homme démontrèrent que déjà à plusieurs reprises, et toujours sous prétexte de les guérir, il s’était introduit chez des vieillards. Trois ont été trouvés pendus dans leur chambre toujours avec une corde et un clou neufs. Ils étaient connus pour avoir horreur du suicide. Leur corps ne présentait. d’ailleurs aucunes traces de violences. Deux se sont échappés au moment où Thibert leur passait la corde au cou. Un dernier assassinat consommé dans les memes circonstances par écrasement delà tête, fut en outre établi à la charge de ce misérable, à qui la rumeur populaire décerna tout d’une voix le nom de médecin à la corde.

C’est là, à vrai dire, un cas probablement unique d’homicide par pendaison volontaire. Je veux maintenant donner des exemples de pendaison suicide faussement attribuée à des violences criminelles et dans lesquels la pression de l’opinion publique égarée, un concours de circonstances matérielles mal interprétées, l’erreur enfin de médecins inexpérimentés a eu ou aurait pu avoir pour la justice de déplorables conséquences.

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