‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 2)Chapitre 66 sur 88 · DE LA PENDAISON ACCIDENTELLE · texte numérisé non relu

DE LA PENDAISON ACCIDENTELLE

une enquête eut lieu à l’occasion de la mort d’un jeune garçon de dix ans. En jouant avec un enfant de huit ans, qui fut le seul témoin de sa mort, il s’était amusé à se balancer en attachant un morceau d’étoffe à un crochet fixé contre le mur de sa chambre. Dans l’élan qu’il se donna, il s’enleva et fit un tour dans lequel l’anse d’étoffe le prit sous le menton; il resta ainsi pendu et succomba sous les yeux de son petit compagnon qui, croyant à un jeu, ne donna, pas l’alarme. Dans le même ordre de faits, on peut citer encore la mort survenue en 1856, à Londres, d’un homme qui ayant l’habitude de se livrer à des exercices de gymnastique et d’adresse à l’aide d’une corde, fut trouvé pendu dans sa chambre. La corde avait passé deux fois autour de son corps et une fois autour du cou, ce qui avait amené la mort, bien que les pieds reposassent sur le sol. On ne douta pas qu’il y eut là pendaison accidentelle.

Chez les jeunes garçons, il faut mettre certaines pendaisons du même genre sur le compte de leur penchant à l’imitation et de leur curiosité naturelle. En 1844, dit encore A. Taylor, un jeune garçon de quatorze ans fut témoin d’une exécution à Nottingham, et on lui entendit dire après qu’il ne serait pas fâché de savoir ce que Ton éprouvait quand on vous pend. Le même jour il fut trouvé mort, pendu par une corde à un arbre. On ne peut douter que ce malheureux enfant n’ait eu nullement l’intention de se détruire et qu’il ait voulu simplement expérimenter à la fois la théorie et la pratique de la pendaison.

11 en est aussi qui, voulant faire croire à un dessein suicide, et faisant semblant en quelque sorte de se pendre, à un moment où ils savaient qu’on pouvait arriver à leur secours, ont payé de leur vie ce dangereux mensonge. Ces faits sont sans doute exceptionnels, mais ils se rencontrent dans les prisons et dans les lycées. J’ai souvent entendu

DE L\ PENDAISON

citer la triste fin d’un jeune homme, frère d’une de nos grandes illustrations littéraires, élève du lycée Napoléon, qui, mis au cachot et très-mauvaise tète, se pendit au moment précis où le garçon de service lui apportait son repas. Celui-ci le vit se débattant et luttant encore contre la mort; mais, obéissant à un préjugé stupide, il n’osa couper la corde et porter secours au pauvre enfant; il courut à travers les longs corridors jusqu’à ce qu’il trouvât un maître, qui arriva trop tard. Ce fait a dû se produire plus d’une fois dans des conditions semblables.

Ce sont précisément ces conditions que l’expert a le devoir de rechercher et de mettre en lumière. 11 ne faut pas, en effet, rejeter a priori la possibilité du suicide, môme dans un très-jeune âge. Il ne se passe pas d’années où la statistique n’en enregistre quelques exemples. Mais en tenant compte de celte possibilité d’ailleurs trèsrare, le médecin légiste puisera les éléments de sa conviction dans les circonstances où la pendaison s’est produite, les apprêts et le mode de suspension, l’heure^-etle lieu choisis, les accidents d’un jeu, le simulacre d’une exécution. Dans les cas dé cette nature, qu’a rapportés le savant professeur de Guy’s Hospital, et où, comme pour toute mort violente, avait eu lieu l’enquête usitée en Angleterre, le jury d’information n’hésita pas à rendre, sur de tels indices, un verdict de accülentally hanged.

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