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DES SIGNES GÉNÉRAUX DE LA MORT PAR SUFFOCATION

11 serait superflu, sans doute, de définir ce que l’on doit entendre par suffocation. Le sens le plus large et le plus vulgaire est celui qu’il convient d’accepter ; et si l’expression ne satisfait pas les exigences d’un purisme absolu, il suffit

(1) II. Bayard, Annales d'hygiène et de médecine légale. Paris, 1817, t. XXXVII, p. 455.

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qu’elle soit très-généralement acceptée et très-intelligible pour qu’elle doive être préférée. La mort par suffocation comprend donc tous les cas dans lesquels un obstacle mécanique, autre que la strangulation, la pendaison ou la submersion, est apporté violemment à l’entrée de l'air dans les organes respiratoires. Qu’il y ait compression des parois de la poitrine et du ventre, occlusion directe des narines et delà bouche, introduction d’un corps étranger dans les voies aériennes, séjour forcé dans un espace confiné, trop étroit ; enfouissement dans la terre ou dans un milieu pulvérulent, si ces causes diverses agissent avec assez d’énergie et de persistance sur un être vivant, la mort arrivera par suffocation.

Aussi dans tous ces cas, dont j’ai observé des exemples dans plus d’une affaire criminelle, et que j’ai reproduits dans mes expériences, trouve-t-on des lésions communes, caractères essentiels et fondamentaux auxquels viennent s’ajouter des signes secondaires résultant des circonstances diverses dans lesquelles s’est produite la suffocation. Après les avoir passés successivement en revue les uns et les autres, je marquerai les différences qui séparent la mort par suffocation de quelques autres genres de mort analogues en indiquant les questions médico-légales qui s’y rapportent.

Parmi les lésions que l’on rencontre chez les individus enfants ou adultes, et chez les animaux qui périssent étouffés, les plus importantes et les seules constantes sont, contrairement à ce qui a été professé jusqu’à ce jour, non pas des traces de violences extérieures, mais des lésions qui ont leur siège dans les organes internes, et notamment sur le crâne, le cœur et les poumons.

Organes respiratoires. — Les poumons ne présentent pas le plus souvent cet aspect, que l’on a coutume d’altrihuer d’une manière générale à l’asphyxie. Ils sont, dans la

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plupart dos cas, peu volumineux, d’une couleur rosée, parfois même très-pâles, offrant quelquefois seulement un peu d’engorgement à la base et vers le bord postérieur. Mais quels que soient la couleur et le degré de congestion sanguine, on trouve à la surface des poumons de petites taches d’un rouge (rès-foncé presque noires, dont les dimensions varient sur les poumons d’un enfant nouveauné, depuis celles d’une tête d’épingle jusqu’à celles d’une petite lentille, et gardent, quoique plus larges chez l’adulte, les mêmes proportions. Leur nombre est excessivement variable : tantôt réduit à cinq ou six, il peut s’élever jusqu’à trente ou quarante, et devenir, et dans certains cas, si considérable, que le poumon offre exactement l’apparence du granit. On les voit parfois réunies entre elles, et agglomérées de manière à former des plaques et des espèces de marbrures. Dans tous les cas elles sont très-exactement circonscrites, et leur contour très-arrêté se détache des parties voisines, et tranche plus ou moins / fortement sur la teinte générale du poumon. Leur siège n’est pas moins irrégulier que leur nombre : cependant on les trouve le plus souvent à la racine des poumons, à la base et principalement sur le tranchant du bord inférieur. Ces taches sont formées par de petits épanchements sanguins disséminés sous la plèvre, et provenant de la rupture des vaisseaux les plus superficiels du poumon. Rarement on trouve en même temps des infiltrations limitées, et de véritables noyaux apoplectiques dans l'épaisseur même du tissu pulmonaire. Ces caractères anatomiques ont, du reste, l’avantage de persister tant que le tissu n'est pas détruit. J’ai retrouvé des ecchymoses souspleurales distinctes, après dix mois, sur le poumon d’un fœtus qui avait séjourné dans une fosse d’aisance.

Je dois signaler une particularité tout à fait exceptionnelle, mais qui n’en est pas moins très-digne d’attention.

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Tous les détails dans lesquels je viens d’entrer, en tant qu’ils se rapportent à des nouveau-nés, n’onl pour objet que des poumons qui avaient fonctionné d’une manière complète, et sur lesquels les expériences docimasiques avaient mis hors de doute la pénétration de l’air dans les organes respiratoires. Mais il m’est arrivé trois fois de rencontrer des taches caractéristiques sous-pleurales sur des poumons qui ne surnageaient pas, et qui étaient encore dans l’état foetal le mieux caractérisé ; ces faits n’ont toutefois rien qui doive embarrasser. Dans ces trois cas il s’agissait d’enfants nés vivants avant terme, et dans des conditions telles, que la vie n’avait pu s’établir d’une manière complète. L’un d’eux, né dans mon service à l’hôpital Lariboisière, avait poussé quelques cris, sans pour cela parvenir à ouvrir ses poumons à l’air extérieur. Cette lutte impuissante a pu, malgré son peu d’énergie, suffire à produire la lésion pulmonaire caractéristique de la suffocation; l’obstacle à l’entrée de l’air était, dans ces trois cas, la faiblesse des nouveau-nés, et il n’y a rien que de très-légitime dans le rapprochement que Ton peut faire entre eux et ceux qui sont compris dans la précédente description ; seulement, au point de vue médico-légal, les conclusions à déduire devront varier dans ces deux espèces : toutes les fois que l’on trouvera les ecchymoses souspleurales sur des poumons qui, bien qu’appartenant à des sujets nés vivants, n’auront pas respiré, on se gardera d’admettre des violences criminelles, tandis que la lésion conservera toute sa signification lorsqu’elle siégera sur des poumons que l’air aura manifestement pénétrés.

11 est assez fréquent de rencontrer aussi dans les cas de mort par suffocation un emphysème partiel des poumons ; mais cette circonstance, que Drus (1), dans de très-beaux

(1) Prus, Mémoire sur l'emphysème pulmonaire chez les asphyxies Taudieu. — Pendaison. 17

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mémoires, avait déjà signalée, et qui depuis a été observée par Ollivier (d’Angers) et par M. Devergie (1), n’a rieride caractéristique ; elle appartient à un grand nombre d’espèces d’asphyxie très-diverses, et ne diffère pas de ces cas qu’a si bien décrits M. Depaul (2), où l’emphysème succède brusquement à la rupture de l’un des points des voies aériennes, ou encore de ceux qui ont été notés dans les affections pulmonaires graves des nouveau-nés par MM. Henri Roger (5), Nalalis Guillot (4), et Ozanam (5). Ce que l’on peut dire, c’est que la rupture des vésicules pulmonaires et l’emphysème sont rarement très-étendus et très-considérables dans la mort par suffocation ; ils ne siègent pas toujours sur les mêmes points que les ecchymoses sous -pleurales, mais, dans quelques cas, cette double lésion est concentrée sur un même endroit des poumons et atteint un plus haut degré.

Il est assez difficile de déterminer avec précision quelles sont les conditions qui peuvent favoriser le développement de ces lésions, et leur donner un caractère plus saillant. Les expériences auxquelles je me suis livré, dans le but de vérifier leur constance, m’ont porté à penser que les extravasations sanguines sont d’autant plus tranchées que la suffocation a été plus rapide. Dans les cas, au contraire, où l’interruption de l’entrée de l’air a été moins complète

par strangulation (Tram, méd., oct. 1852). — De V emphysème pulmonaire considéré comme cause de mort (Mém. de l'Acad. de méd. Paris, 1845, t. X,p. 655).

(1) Devergie, De L'emphysème pulmonaire envisagé comme caractère anatomique de la mort par asphyxie (Ann. d'hyg. et de méd. lég. Paris, 1852, t. VII, p. 510, et t. XXV, 1841, p. 442).

(2) Depaul, Gazette médicale , 1842.

(5) H. Roger, Revue médicale , 1855, p. 156.

(4) N. Guillot, Archives générales de médecine , 1855, p. 151.

(5) Ozanam, De la rupture pulmonaire chez les enfants (Arch. gén. de méd., janvier 1854).

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et la mort plus lente, le tissu pulmonaire esl plus forte ment engoué, et les ecchymoses sous-pleurales, quelquefois très-abondanles, tranchent moins sur la teinte uniformément violacée du poumon. Mais alors même que la mort n’est venue qu’avec lenteur, si l’air a été intercepté d’une manière presque absolue, les lésions se dessinent dans toute leur netteté, et peuvent acquérir leur maximum de développement.

Pour terminer ce qui a trait à l’étude des organes respiratoires, il convient d’ajouter qu’il existe souvent, mais non toujours dans la trachée et dans les bronches, dont la couleur est tantôt pâle et tantôt très-foncée, suivant l’état du poumon lui-même, une écume très-légèrement rosée, à bulles très-fines , et généralement assez abondante.

Enfin chez les nouveau-nés, il n’est pas rare de frouver de petits épanchements de sang dans l’épaisseur et à la surface du thymus.

Organes circulatoires. — L’état du cœur n’offre rien de particulièrement caractéristique dans la mort par suffocation. Le sang, qui est resté dans le plus grand nombre de cas complètement fluide, se présente cependant exceptionnellement à demi coagulé, lorsque l’agonie a été extrêmement prolongée, et l’accès de l’air incomplètement et graduellement interrompu. C’est ce que j’ai vu sur deslapins que j’avais fait périr par une compression forte et continue exercée sur les parois de la poitrine et du ventre, l’entrée des voies aériennes restant libre.

Mais ce que fournit de plus important et de plus spécial l’examen du cœur, ce sont de petites taches ecchymotiques ou des suffusions sanguines développées sous le péricarde, principalement à l’origine des gros vaisseaux, et en tout semblables à celles qui existent sous la plèvre. Ce signe n’est d’ailleurs pas à beaucoup près aussi constant pour

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le cœur que pour le poumon ; mais il ne manque guère dans les cas où les lésions pulmonaires présentent quelque développement.

Les caractères de ces taches sous-péricardiques et souspleurales ne permettront pas de les confondre avec celles que l’on observe dans certaines affections hémorrhagiques, dans certaines formes de fièvres éruptives graves , le typhus, le choléra et d’autres encore. Leur seule couleur suffirait à les différencier des pétéchies auxquelles je viens de les comparer ; j’ajoute qu’elles sont beaucoup mieux circonscrites , plus tranchées, et formées par du sang coagulé, tandis que les autres sont violacées, livides, diffuses, et constamment fluides. Je devais noter seulement pour mémoire ces signes diagnostiques.

Tête. — On trouve sur le crâne des lésions tout à fait analogues et non moins caractéristiques. Je ne parle pas de l’état du cerveau, qui ne présente que cette espèce d’engorgement sanguin asphyxique, qui est directement et invariablement lié à celui des poumons, ainsi que l’a trèsjudicieusement fait remarquer, dans un excellent travail sur la suspension et la strangulation, M. Durand-Far del (1). Mais le fait saillant dans la mort par suffocation, c’est la formation sous les téguments du crâne de taches ecchymotiques ponctuées , d’épanchements sanguins , trèslimités, disséminés sur la voûte crânienne, non dans l’épaisseur du cuir chevelu, mais dans le tissu cellulaire périostique. C’est encore la même lésion, du même ordre et de la même nature que celles qui existent à la surface des poumons et du cœur.

Cette altération m’aurait paru moins digne d’attention, si je ne l’avais constatée que chez des nouveau-nés, bien

(1) Durand-Fardel, loc. cit., Supplément au Dictionnaire des dictionnaires de médecine. Paris, 1852.

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