COMPARAISON AVEC LES AUTRES GENRES DE MORT
véritable et juste valeur, si on ne les comparait avec ceux des autres espèces de mort violente confondues avec celle-ci sous le nom d’asphyxie.
Ce parallèle, dont les éléments se trouvent dans un nombre considérable d’observations consignées dans tous les ouvrages et les recueils de médecine légale, je l’ai poursuivi dans mes expériences personnelles, en me plaçant au point de vue des lésions dont j’avais constaté la constance chez les individus qui meurent étouffés. Et sans entrer ici dans des détails qui seraient superflus, je puis dire que les signes anatomiques que j’ai indiqués nonseulement caractérisent la mort par suffocation, mais encore la distinguent de tous les autres genres d’asphyxie. Quelques mots suffiront à le démontrer.
Pour les noyés , trop de signes particuliers indiquent la submersion pour que les différences aient besoin d’être longuement signalées. Il suffit de dire que l’état des poumons est tout à fait opposé à celui qu’on observe dans la suffocation et que, tandis que chez les noyés la congestion et l’engouement sanguin sont considérables, et occupent toute l’étendue des organes, on n’y remarque jamais les ecchymoses sous-pleurales, pas plus qu’on ne trouve les épanchements péricrâniens et sous-péricardiques. De sorte que si l’on trouvait ces lésions sur des corps retirés de l’eau, on serait autorisé à conclure avec assurance que la suffocation a précédé la submersion, et que l’on n’a noyé qu’un cadavre.
Mais c’est dans les cas d g pendaison que la question acquiert une importance pratique bien plus considérable encore. On a vu que la pendaison criminelle est presque toujours précédée de suffocation ou de strangulation, et que les meurtriers ne pendent leurs victimes que pour dissimuler la véritable cause de la mort en faisant croire * au suicide. De quel poids ne serait donc pas dans les re-
Tai’dieu. — Pendaison. 19
DE LA SUFFOCATION
cherches médico-légales un signe qui, en dénolant les violences à l’aide desquelles aurait été opéré l’étouffement, permettrait, dans bien des cas, de résoudre le problème toujours si difficile de la distinction du suicide et de l’homicide chez les pendus. Pénétré de la gravité de cette question, j’ai multiplié les expériences, et je suis arrivé à ce résultat d’accord avec toutes les observations que la science possède, que jamais, dans les cas de mort par pendaison, on ne trouve soit dans les poumons, soit sous les enveloppes du cœur et du crâne, ces épanchements circonscrits, ces taches caractéristiques que nous ont offerts sans exception tous les genres de suffocation. De quelque manière que j’aie varié la position du lien suspenseur, je n’ai pas observé dans les poumons autre chose qu’un engorgement sanguin très-général , sans ecchymoses à la surface, ni foyers apoplectiques, et accompagné parfois d’un emphysème circonscrit et d’écume dans la trachée; de telle sorte que, à part la fluidité du sang, la rupture de quelques vésicules pulmonaires, et plus rarement les spumosités des voies aériennes, les signes de la suffocation diffèrent essentiellement de ceux de la pendaison, et que l’existence des premiers constituerait une preuve tout à fait positive de violences et de tentatives criminelles d’étouffemcnt dans les cas de pendaison où Ton aurait à distinguer le suicide de l’homicide.
La strangulation est le genre de mort qui se rapproche le plus par les caractères anatomiques de la suffocation; mais il faut reconnaître qu’il y aurait d’autant moins d’inconvénient à les confondre, qu’elles ne constituent en réalité qu’un seul et même procédé criminel. Cela ne veut pas dire pourtant que l’on rencontre toujours chez les individus étranglés les lésions propres à la suffocation; je ne les ai trouvées sur les animaux tués par strangulation qu’un très-petit nombre de fois, et encore beaucoup moins