‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 2)Chapitre 84 sur 88 · PAR SÉJOUR DANS UN ESPACE CONFINÉ · texte numérisé non relu

PAR SÉJOUR DANS UN ESPACE CONFINÉ

cation, on peut regarder comme constant que l'enfouissement a eu lieu pendantla vie, si la matière dans laquelle le corps a été enfoui a pénétré jusque dans l’oesophage et dans l’estomac. Dans les cas, au contraire, où l’enfouissement n’a été opéré qu’après la mort, bien que le plus ordinairement la poussière s'arrête à l’entrée de la bouche et des narines, on peut en retrouverla trace dans l’arrière-bouche, et tout à fait exceptionnellement dans les voies aériennes, mais jamais dans le conduit œsophagien et dans l’estomac.

Je signalerai en passant l’application très-importante que l’on peut faire de ces données aux cas extrêmement fréquents dans lesquels les cadavres d’enfants nouveaunés préalablement étouffés ont été jetés dans des fosses d’aisance. Les mêmes principes doivent être suivis dans l’examen de ces faits, pour déterminer si la mort est le résultat de la submersion dans la fosse ou de violences antérieures.

Suffocation par séjour forcé dans un espace confiné et

privé d’air. — Les animaux que j’ai fait périr en les enfermant dans une boîte matelassée dont la capacité ne dépassait pas deux ou trois fois le volume de leur corps, ont succombé au bout d’une heure et demie à deux heures, avec tous les signes de la suffocation. Les poumons, marbrés de taches d’un rouge cerise, présentaient d’innombrables noyaux d’apoplexie à la surface et dans l’épaisseur de leur tissu, et dans quelques points très-peu étendus, quelques bulles d’emphysème. J’ai vu le lobe supérieur d’un poumon de lapin tout à fait noir et recouvert d’une exsudation sanguine. Plusieurs ecchymoses existaient en outre sous le péricarde et le cuir chevelu.

Ce mode de suffocation a, de môme que les autres, servi les desseins de certains criminels.

♦ J’ai été appelé, le 17 juillet 1854, à procéder à l’autop-

DE DA SUFFOCATION

sie d’un enfant nouveau-né qui avait été enfermédans une boîte et déposé à l’église Saint-Roch; j’ai trouvé dans les différenls organes de ce petit être toutes les lésions propres à la suffocalion aussi nettement dessinées, aussi franchement accusatrices que dans les expériences dont je viens d’exposer les résultats.

Je dois mentionner ici un fait qui m’a paru curieux à rechercher; c’est, le genre d’altérations auxquelles succombent les animaux placés dans le vide. Bien que ce soient là des conditions où il est difficile de supposer que personne puisse se trouver placé, elles ne semblent pas au premier abord sans analogie avec la mort résultant d’un séjour forcé dans un espace confiné.

J’ai donc à cet effet placé un cabiaissur le plateau d’une machine pneumatique. Pendant une demi-heure, l’appareil n’étant pas largement ouvert, l’animal manifeste une gêne médiocre ; mais au bout de ce temps, le vide se faisant rapidement, il tombe d’une manière presque subite, et succombe en deux minutes au milieu des convulsions. Je trouve, en examinant les organes, les deux poumons totalement privés d’air, à ce point qu’ils représentent deux languettes charnues où la structure vésiculaire est absolument méconnaissable, et dont la coloration lie de vin est uniforme. Le cœur est complètement vide. Je n’ai pas besoin d’insister sur ce qu’un tel fait offre de particulier, et de montrer en quoi il diffère de ceux qui nous ont occupés précédemment.

Page 1