‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 2)Chapitre 87 sur 88 · ATELIER DE FEMMES DONT UN GRAND NOMBRE FAILLIRENT PÉRIR ÉTOUFFÉES · texte numérisé non relu

ATELIER DE FEMMES DONT UN GRAND NOMBRE FAILLIRENT PÉRIR ÉTOUFFÉES

Je dois à l’extrême obligeance de mon excellent collègue M. le docteur Hardy, la communication d’un l'ait que j’ai consigné dans le mémoire qui précède, mais dont les détails restés inédits me paraissent offrir un trop grand intérêt pour que je ne lienne pas à les consigner ici, et à les rapprocher de mes observations, sur la mort par suffocation, qu’elles peuvent éclairer sur plus d’un point. Je laisse aux observations recueillies par un élève distingué, sous la direction de M. Hardy, leur forme et leur cachet d’exactitude et de précision.

A en juger par les récits des témoins oculaires de l’accident, il paraît que la cause de tout le mal fut une terreur panique jetée dans l’atelier par la chute d’une grosse poutre ou d’un pan de murailles dans le voisinage. Effrayées par le bruit et par la poussière qui s’éleva vers elles, les femmes de l’atelier crurent à un incendie, et se précipitèrent vers les issues où elles se foulèrent, se renversèrent ; quelquesunes se jetèrent par les fenêtres ; de là l’origine de tous les phénomènes que nous allons constater. — Si ces renseignements sont vrais, il en résultera pour nous qu’aucune violence directe n’a pu être portée sur les malades par la chute de quelque masse pesante, et que les principales causes qui ont dû agir en cette circonstance sont : 1° l’émotion vive de la peur; 2° les froissements, coups et pressions, qui ont dû avoir lieu dans une fuite précipitée et un encombrement des issues; 5° enfin la gêne et l’impossibilité de la respiration qui a dû avoir lieu chez celles qui se sont trouvées pressées violemment ou foulées aux pieds. Aussi verrons-nous que, tout bien considéré, l'analyse des faits observés chez ces malades peut être réduite à trois ordres de phénomènes, en rapport précisément avec les trois ordres de causes signalées, savoir : 1° accidents nerveux seuls ou compliquant les autres; 2° accidents de contusions, froissements, etc.; 3° accidents asphyxiques plus ou moins graves. — Une autre remarque me parait aussi découler d’un examen des causes présumées, c’est que, à moins de s’être jetées par la fenêtre (et nous verrons qu’il n’y en a qu’une qui soit dans ce cas), ces femmes ne semblent pas avoir pu être exposées à des violences de la nature de celles qui déterminent les commotions cérébrales ; en sorte que, si quelques-unes ont présenté des accidents qui auraient pu donner l’idée de ces commotions, il y a tout lieu de croire que ces accidents étaient dus pour la plupart à l'asphyxie ou à l’émotion, ou à ces deux causes réunies. Nous verrons que

la suite des faits observés chez ces malades paraît d’accord avec ces présomptions.

Venons maintenant à l’exposé des faits : pour y mettre quelque ordre, je crois pouvoir les ranger, d’après la nature des faits prédominants, en trois séries, qui seront précisément en rapport avec les trois causes principales ci-dessus énoncées. Ce n’est pas que quelques-unes n’aient présenté à la fois des phénomènes des deux et même des trois séries; mais j’ai besoin de me rattacher aux phénomènes principaux, de me diriger d’après eux, tout en tenant compte aussi exactement que je le pourrai des faits qui me paraîtront accessoires.

Accidents locaux simples ou compliqués de quelques accidents légers d’émotion ou d’aspliyxie.

Dans cette série, je rangerai quelques malades offrant des symptômes qui, comme l’ecchymose de l’œil et de la paupière, paraissent dus à une cause plus générale que les contusions, etc.; mais je les range dans cette catégorie, parce que, au moment où ces malades nous arrivent, les symptômes en question sont devenus purement locaux.

Obs. Ire. Ecchymose considérable de l’œil et des paupières; hémoptysie, oppression. — Femme Bourdonnais, 45 ans, est une grande femme sèche qui n’est plus réglée, et qui a une santé habituellement bonne. Au moment de l’accident, elle a conservé son esprit, et se rappelle fort bien qu’elle a été renversée, foulée aux pieds, et tirée avec peine du milieu de la bagarre. Sur le moment, elle a craché du sang, et, lors de son arrivée à l’hôpital, elle se sentait dans le côté droit une oppression telle, qu’elle ne pouvait respirer. Une saignée générale pratiquée aussitôt dissipa cette oppression, dont à présent même elle n’a plus qu’un faible reste, un peu de douleur confuse au côté. En même temps aussi cette femme avait un air ému, la face légèrement animée, le pouls Mté, la respiration fréquente et courte. Tout cela a disparu à peu près complètement; en sorte que ce matin 10 mai, lendemain de l’accident, l’état général de cette malade est très-satisfaisant. Il y a eu cette nuit un peu de sommeil ; elle n’accuse plus qu’une espèce de courbature générale et en particulier de l’endolorissement des jambes; son pouls est calme, sa respiration libre, la tête sans douleur, les idées et les sens parfaitement sains: elle se sent môme un peu d’appétit; bref, sauf quelque faiblesse et un sentiment de contusion générale, la malade se trouve bien. Toutefois elle présente un phénomène qui mérite notre attention à plusieurs titres : d’abord parce que, au premier aspect, il a pu paraître alarmant, ♦puis parce qu’un grand nombre des malades dont nous aurons à

DE LA SUFFOCATION

parler le présentent aussi à diftérents degrés, et enfin parce qu’il n’est pas sans intérêt de s’arrêter sur le diagnostic et la valeur de ce symptôme. 11 s’agit d’une ecchymose des paupières et des veux, et aussi de quelques taches ecchymotiques qui sont sur le cou/ Au cou et aux creux sus-claviculaires, en effet, on trouve un nombre assez grand de petits points rouges bruns qui semblent formés par les extrémités variqueuses des vaisseaux capillaires, ou bien encore par des gouttelettes de sang épanchées autour de ces vaisseaux; ils ont l’aspect de véritables pétéchies. Aux paupières et aux yeux, l’ecchymose est beaucoup plus diffuse. Les paupières en sont toutes noires, et la sclérotique tout entière est cachée par une bande circulaire également noire; celle-ci est accompagnée d’un léger gonflement prononcé davantage vers les angles, et surtout l’angle interne des yeux. Exactement circonscrite à la cornée, cette ecchymose forme autour de la circonférence de la membrane transparente un bourrelet très-faible à la vérité, mais qui rappelle celui du chémosis. Du reste, ni paupières, ni œil, ne sont douloureux; la vue est parfaitement conservée, les pupilles contractiles; tout au plus un léger larmoiement révèle-t-il à la malade, qui ne s’en douterait pas sans cela, qu’elle a quelque chose aux yeux. Cette indolence absolue nous indique bien que la cause qui a produit l’ecchymose n’a pas porté directement sur les yeux, et qu’il ne s’agit pas ici d’une contusion. D’autre part, le siège même du sang (qui est évidemment dans le tissu cellulaire lâche de la paupière et dans celui qui s’interpose entre la conjonctive oculaire et la sclérotique) ; ce siège, dis-je, témoigne évidemment que la présence du sang ne saurait être due à une fracture de la voûte du crâne. Dans ce dernier cas, en effet, le sang épanché s’accumule sous la voûte de l’orbite, entre elle et l’aponévrose orbito-oculaire ; en sorte que je ne comprendrais pas comment il aurait pu venir se placer sous la conjonctive oculaire. 11 résulte de ces considérations que l’ecchymose dont il s’agit ici ne peut donner lieu à l’idée alarmante de contusion violente de l’œil ou de fracture du crâne. Achevons ce diagnostic, et nous verrons que ce symptôme d’apparence effrayante est réellement sans danger. Si l’on réfléchit, en effet, à ce qui s’est passé, on verra qu’en l’absence de contusion directe, l’ecchymose des yeux n’a pu résulter que du reflux du sang vers les capillaires, alors que, sous une pression forte et prolongée, la malade n’a pu respirer librement. La circulation arrêtée au centre, le sang a dû refluer vers les extrémités, et c’est là qu'il s’est épanché d’autant plus abondamment, qu’il a trouvé des vaisseaux plus faiblement soutenus par le tissu ambiant. De là l’ecchymose des yeux et des paupières comme aussi celle du cou, comme aussi probablement l’hémorrhagie du poumon. Tout cela tient à la même cause gé-

OBSERVATIONS

nérale, et présente au fond peu de gravité. — Formule ordinaire : une portion.

I l mai. Même état. Remarquons que celle malade estime de celles chez qui l’ecchymose de l’œil est le plus forte — Formule ordinaire : une portion.

12 mai. Même état. L’ecchymose des paupières s’étend déjà paisiblement et pâlit ; les taches du cou sont moins nombreuses. — Formule ordinaire : eau blanche pour se laver les yeux; une portion.

15 mai. Cette malade, ne se sentant aucun mal, demande à sortir. ( Exeat .)

Ods. 11. Contusions vagues; contusion plus forte à la malléole interne droite; quelques coliques utérines au moment de l'accident.. - Madeleine Bedel, 17 ans, domestique, est d’une forte constitution, d’une bonne santé habituelle ; elle est enceinte de trois mois. Au moment de l’accident, elle a perdu connaissance, et ne se souvient que d’avoir été foulée, pressée dan§ Je tumulte général. Au sortir de l’évanouissement, elle s’est senti des coliques de bas-ventre et des maux de reins qui lui ont fait craindre une fausse couche ; ces symptômes se sont pourtant dissipés assez vite, et, lors de son arrivée à l’hôpital, elle n’avait plus que des douleurs de reins et dans les jambes. Celles-ci portent des taches bleuâtres, mais il n’y en a qu’une qui mérite quelque attention : c’est une contusion située au niveau de la malléole interne droite, de la largeur d’une pièce de 1 franc; elle a tout à fait l’aspect d’une eschare superficielle, la peau y est déprimée, légèrement noircie et évidemment mortifiée; mais, autant que j’en puis juger, elle n’a pas atteint toute la profondeur de la peau, en sorte qu’on peut la regarder comme la contusion au troisième degré de Dupuytren. L’état général est, du reste, assez bon; la malade accuse un peu de mal de tête ; mais l’intelligence, les sens sont intacts : il y a eu sommeil la nuit ; elle accuse de la faiblesse, une sorte de courbature, mais les mouvements sont libres; la langue un peu blanche, sans sécheresse; bon appétit, ventre sans douleur, pas de selles depuis quelques jours ; urines abondantes. Respiration calme; pouls ordinaire, à 05 pulsations environ; peau naturelle, un peu moite. — Orge miellée, cataplasme arrosé d’eau blanche ; une portion.

\\ mai. La malade continue à se trouver bien; elle se sent moins fatiguée. — Même traitement.

12 mai. Même état. — Même traitement.

14 mai. Exeat. 11 n’est survenu aucun nouvel incident.

Tardieu. — Pendaison.

DIS LA SUFFOCATION

Ous. III. Suppression des règles; contusion du côté droit de lu poitrine. — Femme Lehugeur, 5S ans, d’une constitution moyenne et d’une bonne santé habituelle, était lors de l’accident dans ses règles; celles-ci ont été supprimées, et n’ont reparu qu’un moment dans la journée du 10, lendemain de F événement. Elle s’est trouvée mal, en sorte qu’elle ne se rappelle rien de ce qui s’est passé. Au sortir de son évanouissement, elle s’est senti un grand mal de tête, de la pesanteur sur le front, et des étouffements à la poitrine; elle a été saignée lors de son arrivée à l'hôpital, et des sinapismes lui ont été appliquées aux jambes : elle en a éprouvé un grand soulagement. La nuit, elle a peu dormi; mais elle n’a pas souffert, et le 10, à la visite du matin, elle se sentait seulement encore un léger endolorissement dans la tête, une douleur du côté droit de la poitrine, assez vive encore pour gêner les fortes inspirations ; enfin quelques douleurs de reins et dans les jambes. Tous ces symptômes, assez peu intenses, n’avaient causé aucune fièvre, et la malade se sentait appétit. — Orge miellée, pédiluve sinapisé; deux potages.

11 mai. La malade est toujours à peu près dans le même état, sou mal de tête est dissipé; son pouls calme, assez faible, mais les battements du cœur bien marqués. Appétit. — Orge; une portion.

12 mai. Le petit malaise général est dissipé, et la malade porte son attention sur une seule douleur qui persiste, c’est celle du côté droit : un peu au-dessus et en dehors de la mamelle, on provoque à la pression, dans un espace intercostal, une douleur assez vive, que l’on peut suivre sur le trajet de ceLespace; ce me parait être une névralgie : la malade assure qu’il n’en existait pas avant l’accident; du reste la santé est bonne. — Orge miellée, cataplasme arrosé d’eau blanche; une portion.

14 mai. Cette malade crie toujours à son côté; sans celte douleur elle serait très-bien. — Vingt sangsues sont appliquées aux parties.

15 mai. La douleur a été sensiblement soulagée, mais il en reste toujours un peu. — Cataplasme laudanisé, pédiluve sinapisé ; vingt sangsues aux parties.

19 mai. Cette malade est encore dans le service malgré la faiblesse des accidents qu’elle accusait ; c’est qu’elle a une névralgie du cinquième espace intercostal, et que la douleur, déjà attaquée par l’application de vingt sangsues placées ailleurs que sur le trajet du nerf, a persisté ; ce matin encore la malade s’en plaint viyement. Un vésicatoire y sera appliqué.

22 mai. L’idée seule du vésicatoire a guéri cette douleur, et la malade demande à sortir, assurant qu’elle ne souffre plus ( Exeat .)

OBSERVATIONS

Obs. IV. Contusion violente de C épaule. — Femme Maurier, vingt-huit ans, d'une forte constitution et d’une très-bonne santé habituelle, n’a pas de souvenance de ce qui s’est passé, parce qu’elle s’est évanouie. A son arrivée, elle a été saignée, j ignore pour quel motif ; mais elle ne paraît plus avoir en ce moment le moindre trouble général : la tête sans douleur, sommeil cette nuit, appétit, pas la moindre douleur d’estomac ni de ventre, une selle depuis son arrivée; respiration libre, pouls régulier, calme, voilà quel est ce malin, 10 mai, l’état de la santé. La malade n’accuse absolument qu’une chose, c’est une douleur très-forte dans l’épaule gauche. Celle-ci, en effet, offre des traces larges de contusion au deuxième degré, sans tuméfaction, rougeur, ni déformation. Le toucher ne fait découvrir aucune inégalité, signe de fracture ou de déplacement, seulement il est fort douloureux ; la malade tient le bras pendant ou en écharpe, mais elle n'ose lui faire faire aucun mouvement de peur de souflrir. Sauf la douleur, on peut mouvoir le bras en tous sens, et il est évident qu’il n'y a aucun déplacement de l'articulation ; aucune fracture au voisinage. — Orge miellée, une portion, cataplasme arrosé ' d’eau blanche.

1 1 mai. La douleur étant toujours extrême, le mouvement spontané impossible, le mouvement communiqué très-pénible. — Vingt sangsues sont appliquées; orge miellée, une portion.

12 mai. La douleur est moindre, mais le mouvement est bien loin d’être revenu. — Cataplasme, eau blanche, une portiou.

13 mai. Ce matin, nous trouvons la malade se plaignant beaucoup de douleurs dont elle place maintenant le siège à la partie supérieure du bras : c’est que là, en effet, il y a aussi une forte tache brune, marque de contusion. La position de cette tache indiquerait que le nerf radial aurait bien pu être contus : la malade se plaint aussi d’élancements qui lui auraient parcouru tout le bras jusqu’aux doigts, et l'auraient privée de sommeil. Elle ne peut toujours le\er le bras qu’avec l'aide de l’autre main.

15 mai. L’élat du bras va déplus en plus mal, c’est-à-dire que maintenant la malade accuse des douleurs lancinantes qui lui parcourent tous les membres et les doigts. Elle n’ose pas les remuer à cause delà douleur. — Compresses d’eau blanche.

16 mai. Quinze sangsues seront appliquées sur le trajet du nerf radial.

17 mai. Vingt autres sangsues vont être posées plus précisément sur le lieu de la douleur, c’est-à-dire, la partie externe de 'l’avant-bras, près du pli du coude, en un mot au voisinage du trajet du nerf radial, «qui parait èfre contus. Les quinze autres sangsues disséminées n’ont

rien fait.

DE LA SUFFOCATION

10 mai. Celte lois, les sangsues ont causé plus de soulagement, et du côté de l’avant-bras la douleur paraît bien diminuée; mais maintenant la malade en accuse une autre au bras, vers l’attache deltoïdienne de l’humérus; elle paraît gêner beaucoup le mouvement. — Frictions, eau-de-vie camphrée.

24 mai. Clio. e vraiment bien remarquable ! la douleur a reparu dans l’avant-bras très-vive, au point de faire oublier encore celle du bras ; elle a reparu, et celte fois tout près du poignet, sur le dos delà main, jusque dans les doigts. Il a été très-facile de suivre sa propagation lente le long de la division dorsale du nerf radial ; on l’v a poursuivie par des sangsues : elle a paru dès lors le long de la division externe et c’est un véritable cours d'anatomie sur le nerf radial que de suivre le trajet de cette douleur. Ce qu’il y a de pis à cela, c’est que cette douleur est extrêmement vive, la malade n’en dort pas, elle en pleure. L’avant-bras, la main en sont devenus brûlants et rouges; ils n’osent faire le moindre mouvement. — Des pommades opiacées, des sangsues suivant les trajets douloureux, et, depuis quelques jours, des bains d’eau de guimauve prolongés une heure au moins ; enfin, dans l'intervalle, de larges cataplasmes laudanisés, voilà les moyens de traitement mis en usage. Ce matin la malade est joyeuse, sa douleur d'avant-bras et de la main semble dissipée, en sorte qu’elle ne fait plus attention qu’à celle du bras, qui paraît bien moins vive. On y fait appliquer encore dix sangsues.

50 mai. À partir de ce jour, on n’a plus appliqué de sangsues, mais on a continué l’usage des bains locaux, et même on a donné aux premiers moments un bain général qui a paru calmer beaucoup l’agitation de la malade. Un vésicatoire volant a été appliqué vers l’origine de la coulisse radiale; il a soulagé aussi très-sensiblement, si bien qu'au jourd’hui la malade a retrouvé du sommeil, et même se sert de son avant-bras, ce qu’elle n’avait pas encore pu faire à cause de la douleur.

2 juin. Aucun nouvel incident n’étant survenu, la malade continue à se trouver bien ; elle hésite encore à lever le bras et à l’écarter de l’épaule.

Obs. V. Contusions aux jambes ; contusion au thorax du côté droit. — Veuve Adrien, soixante-six ans, est une vieille femme d’assez forte constitution, bien, portante. Elle n'a pas eu d'évanouissement ; aussi se rappelle-t-elle fort bien qu’elle a été renversée, foulée aux pieds, et retirée de là toute souffrante. Elle arriva donc à 1 hôpital toute contuse, mais accusant surtout une douleur vive du côté droit. Des sangsues ont été appliquées, mais elles paraissent avoir causé peu d’amélioration, car la malade accuse encore, le 10 mai, une forte douleur. Elle en est gênée à une forte inspiration, mais une respira-

OBSERVATIONS

tion moyenne paraît pouvoir se faire encore assez bien ; aussi celte femme au repos n’offre pas l’apparence de la moindre oppression. A l’examen du point douloureux, on trouve une large tache ecchymolique noire sur la partie inférieure et externe du sein, et au-dessous d’autres taches de même nature ; je ne sais si les sangsues appliquées ont pu produire ces taches, mais, en tous cas, je sais que ce n’est pas un effet ordinaire des sangsues. Le toucher même assez léger provoque des douleurs vives, et cela dans une grande largeur, puisque la partie sensible s'étend jusque par derrière, et a au moins la hauteur de deux espaces intercostaux. L’acuité de la douleur fait chercher quelque fracture ou quelque pleurésie, pneumonie, mais inutilement ; la percussion douloureuse, mais sonore ; la respiration un peu sèche ; mais le murmure sain et net jusqu’en bas garantissent de toute pneumonie. L’exploration des côtes n’en fait trouver aucune qui soit cassée. Bref il paraît à peu près sûr que tout se borne à une contusion, mais contusion vive. — Le cœur offre bien un second bruit remplacé par un souffle à la pointe ; mais la nature de ce souffle, l’enflure déjà survenue plusieurs fois aux jambes, démontrent que cette altération des bruits n’est pas récente. Aux jambes sont de larges taches bleues principalement placées à la face interne. L’état général est d’ailleurs très-bon. Rien à la tête, quelques palpitations : pouls régulier, à 05 pulsations au plus; peau normale ; sommeil cette nuit, quelque appétit. — Formule ordinaire : cataplasme arrosé d’eau blanche ; compresses imbibées d’eau blanche sur les jambes. Deux potages.

11 mai. La nuit a été sans sommeil, à cause de la douleur de côte qui est très-vive, ce matin encore : bon état d’ailleurs. Vingt sangsues seront appliquées loco dolenti. Cataplasme. Deux potages.

12 mai. La douleur est infiniment moindre; il y a eu repos cette nuit; la respiration est bien plus libre : notons que la contusion, qui aux jambes n’avait fait que de l'ecchymose, a déterminé maintenant de la tuméfaction légèrement œdémateuse. Cataplasme, eau blanche. Une portion.

15 mai. Sauf un peu de roideur à la région où les sangsues ont été appliquées, cette malade se trouve bien mieux : les contusions des jambes ne seront rien.

1 timai. Cependant il y a toujours au niveau de ces contusions, vers la fin du mollet, une tuméfaction douloureuse et un peu empâtée.

19 mai. Tout est bien, seulement les jambes restent à peu près dans le même état.

24 mai. Malgré l’état de ses jambes, qui sont encore bien loin d’être délivrées de toutes traces de contusion, cette femme, qui ne souffre pas d’ailleurs, a demandé à sortir. ( Exeat .)

DR f,\ SUFFOCATION.

Ors. Vf. — Je placerai ici pour mention le fait d’une jeune fille Irès-forte, qui nous arriva à peine un peu émue, et pouvant raconter sur-le-champ, ce qui lui était arrivé. Voyant les issues encombrées, elle s’était jetée par la fenêtre du premier étage. Sa chute fut heureuse, car elle n’en a garde aucun souvenir douloureux qu’une espèce de douleur contuse qu’elle accusait, le 10, dans les jambes et dans la tête. Elle est si peu malade qu’elle peut sortir dès le 11 mai, surlendemain de l’accident. — Je ferai remarquer à ce sujet qu’elle est la seule qui paraisse avoir été exposée à une cause propre à produire une commotion cérébrale.

Ors. Vil. Contusions , névralgies , ecchymose. — Sophie Guilbert, seize ans, jeune fille non encore réglée, d’une bonne santé. Elle s’est trouvée mal au moment de l’accident, et s'est réveillée toute endolorie; à son arrivée elle avait un peu d'émotion. Face animée, peau chaude, pouls large, hâté, un certain air de confusion ; mais en somme elle ne présentait aucun symptôme grave : aussi lui a-t-on simplement administré un bain de pieds et une potion calmante. Elle a dormi la nuit, et ce matin elle est dans l’état suivant : elle se plaint d’être toute contuse ; le pouls est calme, la respiration libre, la langue blanche, pas d’appétit, mais non pas des maux de cœur ; une selle hier, urines régulières. Au milieu de son endolorissement général, la malade distingue une gêne à la partie inférieure de la région sternale, une douleur dans la cuisse droite, une autre au front et à la tempe gauche ; enfin nous remarquons, ce que la malade ne fait pas, une forte ecchymose des yeux et des paupières. Je ne m’arrêterai pas à ce dernier phénomène, qui est identiquement le même, et pour l’intensité et pour la forme, que celui de la femme de la première observation. J’en conclurai seulement que, comme cette dernière, la jeune fille en quesl ion a dû être foulée, et éprouver les premiers symptômes de l’asphyxie. La douleur sternale est probablement la conséquence de la compression démontrée par le fait précédent. C’est moins une douleur qu'une gêne sensible, surtout aux grands efforts de respiration. Sur le front et à la tempe, la douleur, qui est sous forme de picotements présentant des paroxysmes, étant réveillée par la pression exercée sur les nerfs sus et sous-orbitaires, ainsi que sur le rameau de communication du maxillaire inférieur avec le facial, je suis fondé à croire que c’est une névralgie de la cinquième paire de ce côté. Quelle en est la cause? je l’ignore ; mais il est certain, au dire de la malade, qu’elle n’existait pas auparavant. Ne serait-ce pas encore une névralgie du nerf inguinal externe que la douleur qu’elle accuse en dehors de la face antérieure de la cuisse droite jusqu’au genou, sous forme d’élancements avec paroxysmes, et qui sont suscités par une pression exercée au niveau de

OBSERVATIONS

l'épine antérieure et supérieure ? A ce point est une tache bleue, témoin d’une contusion qui peut-être n’a pas été sans influence sur la détermination de la douleur. Au premier aspect, il semble qu’il y ait quelque gonflement de la cuisse; mais cela me paraît tenir à la position un peu soulevée de celte cuisse, qui détermine une saillie du triceps. — Formule ordinaire : frictions éther, i gramme ; cataplasmes, eau blanche, deux potages.

11 mai. L’appétit commence à revenir, la contusion vague est presque dissipée. — Même traitement, deux potages.

12 mai. La malade n’accuse ce matin absolument rien autre que la cuisse ; elle marche cependant. — Formule ordinaire : cataplasmes, deux portions.

14 mai. Cette jeune fille se plaint ce matin d’avoir eu une mauvaise nuit, d'avoir la tête lourde, une courbature générale, et, comme elle a le teint animé, on lui fait appliquer douze sangsues derrière les oreilles.

16 mai. C’est toujours de même, c’est-à-dire qu’avec un état général qui est bon, la malade accuse toujours des douleurs de névralgie sur le côté gauche du front et à la cuisse droite.

19 mai. Sans autre traitement que les pédiluves et l’application de cataplasmes aux endroits douloureux, cette jeune fille continue à sentir ses douleurs, et, quoi qu’elle en dise, je ne suis pas bien sûr qu’elle n’en souffre plus quand elle demande à sortir. ( Exeat .)

Obs. VIII. Contusion du bras; 'paralysie. — Femme Sigot, trentecinq ans, petite femme, sèche, mais bien portante ; elle a conservé tout son sang-froid pendant le danger, et raconte fort bien ce qui lui est arrivé : pressée contre une muraille, elle soutint quelque temps l'effort avec son bras gauche; mais, vaincue et collée contre le mur, elle sentit son bras gauche violemment froissé dans cette position, où il portait toute la pression. Aussi offre-t-elle au niveau de l’attache du deltoïde, un peu au-dessus, un peu au-dessous, de fortes traces de contusion : ce sont des bleus bien marqués. A cet endroit, comme on sait, est la gouttière radiale ; et comme les muscles du bras sont extrêmement grêles, il serait possible que le nerf eût reçu atteinte de la contusion. Soit cette cause, soit conséquence d’un effort pénible et prolongé, toujours est-il que le bras conserve une paralysie des muscles extenseurs de l’avant-bras, de la main et des doigts. En effet, la malade, qui peut lever le bras, vu que le deltoïde n’a pas perdu son action, ne peut empêcher l’avant-bras de venir se plier de lui-même, et en quelque sorte, par son propre poids, sur le bras ; aussi ne peut-elle étendre celui-ci qu’en le laissant en quelque sorte tomber de manière à le mettre droit avec le bras. La main présente une demi-flexion sur

l'avant-bras, que les doigts prennent sur la main, sans que la malade puisse s’y opposer : elle est donc privée de l'usage du membre, ou peu s’en faut, bu reste elle n’en souffre nullement, seulement on provoque un peu de douleur en appuyant sur le trajet du nerf radial. La sensibilité du membre est conservée intacte : la malade accusait seulement à son arrivée un peu d’engourdissement dans les deux derniers doigts, c’est possible ; mais il ne faut pas en conclure que c’est le nerf cubital qui a été lésé, vu que les muscles paralysés reçoivent leur mobile locomoteur du radial. La santé est, du reste, très-bonne. — Orge miellée, frictions avec de l’eau-de-vie camphrée, une portion.

12 mai. — C’est peu changé; il semble pourtant à la malade qu’elle est un peu plus forte pour étendre l’avant-bras. — Continuation des frictions.

15 mai. Aucune amélioration ne s’est montrée ; au contraire, la malade accuse maintenant dans le bras des douleurs lancinantes qu’elle n’avait pas au premier jour. On n’a encore fait que des frictions.

10 mai. Un vésicatoire volant est appliqué sur le trajet du nerf radial.

19 mai. La douleur a disparu, mais la force n’est pas revenue.

2 juin. Cette malade, sortie quelques jours et [rentrée depuis peu, était absolument dans le même état, c’est-à-dire le bras perclus sans douleur; depuis lors, elle a été mise à l’usage des bains locaux aromatiques, elle a dû faire des frictions à l’eau-de-vie camphrée; du reste la santé est très-bonne. Je ne sais si je m’abuse, mais je crois remarquer, avec la malade, que la flexion de l’avant-bras se fait un peu moins mécaniquement, et en quelque sorte comme s’il était mort. C’est peu toutefois.

Accidents nerveux simples ou compliqués de quelques contusions ou phénomènes asphyxiques.

Obs. IX. — Marie Tachot, quinze ans, est une jeune fille de moyenne constitution, ayant les apparences d’une bonne santé. Elle est bien réglée depuis déjà plus d’un an, elle attend ses règles pour la fin de cette semaine. Elle s’est évanouie lors de l’accident, en sorte qu'elle n’a aucun souvenir de ce qui lui est arrivé. Ce qu’il y a de sur, c'est qu’il lui est arrivé peu de chose ; car, à son entrée à l’hôpital, elle ne présentait que les symptômes d’une émotion ; le teint animé, le pouls bondissant, la respiration un peu hâtée, la peau chaude. Une potion calmante et le repos ont fait disparaître ces phénomènes, la nuit a été tranquille, et ce matin cette jeune-personne se sent parfaitement bien. Elle ne souffre nulle part, voit, entend bien, a les idées bien présentes. Sa pupille est cependant pas mal dilatée, et une légère ecchymose,

OBSERVATIONS

bornée aux angles des yeux, témoigne d’un peu de pression supportée lors de l'accident. Hier, elle a vomi beaucoup de bile au moment où elle est sortie de son évanouissement ; sa langue esL un peu sale, pas grand appétit, ventre souple sans douleur, une selle depuis hier, urines régulières. Respiration très-calme, battements de cœur réguliers et purs, peau légèrement moite. — Formule ordinaire : potion éther, 1 gramme. Deux potages.

11 mai Nuit grasse en sommeil ; ce matin la malade se sent trèsbien, elle commence à avoir faim. — Formule ordinaire : potion éther, 1 gramme. Deux potages.

12 mai. L’appétit seul demande h être satisfait. Deux portions.

15 mai. ( Exeat .)

Obs. X. Attaque d'hystérie; quelques troubles consécutifs. Louise Guibelin, 16 ans, est une jeune fille bien constituée, ayant les apparences d’une belle santé; elle est réglée depuis près d’un an. Jamais elle n’avait eu d’attaques de nerfs. Quand on l’apporta à l’hôpital, elle se débattait en jetant des œris, avait la respiration convulsive, était tout à fait insensible, quoique conservant des battements de cœur, ceux-ci même très-forts et tumultueux. Il était impossible de méconnaître une attaque d'hystérie à laquelle la peur qui l’avait provoquée ajoutait des cris aigus. On lui fit avaler quelques gouttes d’eau éthérée qu’elle avait peine à prendre, ui que les mouvements du pharynx lui faisaient tout rejeter. Au bout d’une demi-heure environ, elle sortait de cet état pour tomber dans une espèce de somnolence ou du moins d’indolence où je l’ai laissée : un air de confusion , un teint animé, une attitude harassée semblaient annoncer une grande fatigue et une certaine émotion. La nuit, il paraît qu’elle fut encore agitée de cris, de rêves, et, le 10 au matin, nous lui trouvons un air peut-être encore plus consterné que le premier jour. Elle accuse un grand mal de tête, des battements sur le front et aux tempes, des bourdonnements d’oreille. Son front est brûlant, ainsi que toute sa peau ; sa face est rouge, comme un peu bouffie. Courbature générale, sentiment de gêne au sternum. La langue est blanche,, pas d’appétit, pas de maux de cœur; ventre souple, sans douleur; pas de selles depuis hier, urines bonnes. Respiration tranquille, pouls fort, un peu hâté. — Formule ordinaire : saignée, potion éther, 1 gramme. — Au moment où je viens faire la saignée, une sueur très-abondante couvre celle jeune fille.

11 mai. Hier, après la saignée, la malade a pu se lever un peu et se promener quelques heures dans la journée : la saignée sans couenne a un caillot de consistance moyenne. La nuit a été plus calme que la * précédente ; mais elle n’a pas encore été sans agitation. Ce matin

DE LA SUFFOCATION

l’enfant, paraît encore un peu engourdie; elle accuse encore du mal de tète et une espèce de courbature, elle n’a pas faim. Le pouls est assez plein a 70 environ, la peau encore en moiteur. — Formule ordinaire • potion éther, 1 gramme, pédiluves sinapisés. Deux potages.

12 mai. bncore assez bien hier dans la journée, sommeil la nuit : elle offre pourtant toujours le matin une attitude accablée, un peu de moiteur a la peau. Ces légers désordres tiendraient-ils à ce que la malade n a pas encore eu de selles depuis l’accident. — Formule ordinaire : potion éther, 1 gramme. Deux potages.

15 mai. Ce matin il n’y a plus l’abattement habituel : la malade se trouve bien et a faim. Il y a eu une selle qui a concouru a cette amélioration.

lu mai. La malade ne se plaint toujours que d’un léger mal de tête et un peu de mal à la région sternale; mais comme elle marche toute la journée, qu’elle mange et digère bien deux portions, elle peut sortir. ( Exeal .)

Obs. XI. Troubles nerveux légers; attaques d'hystérie consécutives. — Désirée ïlousset, 15 ans, est. une jeune fdle de constitution assez forte, ayant le teint et l’embonpoint d’une belle santé, et déjà les seins bien développés, quoique n’ayant pas encore eu ses règles. Jamais elle n’a eu d’attaques de nerfs. Elle n’a aucune idée de ce qui lui est arrivé, et quand elle fut apportée à l’hôpital , elle avait recouvré ses sens, en sorte que je ne puis savoir si, au moment de l’accident, elle a eu quelques symptômes d’hystérie. Je ne serais pourtant pas éloigné de le croire, quand je me rappelle l’état qu’elle offrait à son entrée : le teint animé, un air de confusion et d'indolence répandu sur la face, une attitude prostrée, upe peau légèrement chaude, un pouls un peu large sans précipitation, une respiration calme, tels furent les principaux traits que j’ai remarqués. Je n’ai pas songé à rechercher s’il y avait anesthésie. Une potion calmante, le repos, la diète, furent les seuls moyens de traitement mis en usage, et quand je la quittai, cette malade était à peu près dans le même état. La nuit fut un peu agitée, presque pas de sommeil. Ce matin» 10 mai, l’état de cette jeune fdle ressemble encore à celui d'hier : même air d’abattement, même attitude fatiguée, même injection de la face, légère chaleur à la peau, pouls ordinaire à 70 au plus. La malade accusé du mal de tête, pesanteur et battements sur le front, aux tempes, bourdonnements d’oreilles, un peu de brouillards sur la vue. Elle accuse en outre un sentiment de gêne à la partie inférieure du sternum, je n’v vois aucune contusion; enfin elle se plaint de faiblesse dans les membres, et, en particulier, de douleur dans la jambe droite. Celle-ci présente une faible contusion à la malléole ; mais je

OBSERVATIONS

ne vois rien qui puisse expliquer la difficulté et la douleur que la malade éprouve à remuer ce membre ou lorsqu’on le remue. Respiration libre, s’entend large et nette à l’auscultation. Les battements du cœur sont éclatants, mais réguliers. En somme, donc, on trouve chez cette enfant un trouble général qui a quelque chose de fébrile, et, d’autre part, une lésion locale mal définie; contusion vague de la jambe. Saignée, compresses d’eau blanche, diète. — Formule ordi- § naire.

11 mai. Le malaise a paru soulagé par la saignée, qui est riche en I caillots assez consistants, mais sans couenne. La nuit a été assez calme : mais il paraîtrait qu’il est survenu une attaque d’hystérie bien caractérisée, à la description qu’en donne la veilleuse : perte de connaissance, mouvements, cris, respiration hâtée et bruyante, efforts de déglutition continuels. Ce matin la malade accuse toujours sa tète, elle a la peau fraîche; la langue nette, pas d’appétit, selles régulières. — Formule ordinaire ; potion éther, 1 gramme. Deux

Ruinons.

12 mai. Il y aurait encore eu une attaque cette nuit : la malade est cependant bien ce matin, elle accuse toujours sa tête et sa faiblesse générale ; elle commence à avoir de l’appétit. — Formule ordinaire : potion éther, 1 gramme. Une portion.

15 mai. Pas de nouvelle attaque; mais voilà que depuis hier cette jeune fille accuse un violent mal de tète avec quelques étourdissements, des maux de reins, quelques coliques dans le bas-ventre et de la courbature : seraient-ce des signes du début de la menstruation? — Formule ordinaire : pédiluves sinapisés. Unejtortion.

'19 mai. Les mêmes symptômes de maux de tète et de reins, de courbature générale ayant persisté, et un air de fatigue, une teinte un peu jaunâtre s’étant répandus sur la face, on craint un moment les débuts d’une chlorose. On fait administrer deux, puis trois pilules de Valette; celles-ci sont bien supportées, et les mêmes accidents persistent quelques jours. Je ne sais si ce matin ils sont dissipés; ce qu’il y a de sûr, c’est que la malade se dit débarrassée, et qu’elle demande à sortir. ( Exeat .)

Ocs. XII. Attaques d'hystérie , malaise persistant à la suite. — Mathilde, 18 ans, petite demoiselle blonde, d’apparence bien portante; elle est bien réglée, n’a jamais eu d’attaque de nerfs; elle nous est apportée seulement ce matin, 10 mai. Cette jeune fille, qui s’est trouvée mal au moment de l’accident, avait été conduite chez elle; elle eut cinq attaques d’hystérie dans le même jour. Cette nuit elle n’a pas dormi, et en ce moment elle est dans l’état suivant : teint animé, peau brûlante, air de prostration assez prononcé ; elle

DE U SUFFOCATION

accuse en effet une fatigue générale, de la faiblesse, et surtout des maux de lôto et un sentiment d’oppression à la région précordiale. Les sens et les idées sont intacts, les mouvements aussi, quoique paresseux, la respiration parfaitement libre et pure; le pouls, à 70 au plus, a quelque chose de serré; la langue est un peu sale et jaune. Il paraît qu’il y a eu des envies de vomir, il n’y en a plus maintenant, mais pas non plus d’appétit; ventre souple ou peu douloureux à la pression vers l'hypogastre; selles régulières, urines aussi. Cet état de choses est, comme on voit, bien peu alarmant. — Formule ordinaire : potion éther, 1 gramme. Deux potages.

11 mai. Hier, dans la journée, une saignée a été pratiquée, qui a fait pâlir sensiblement la malade sans lui ôter son mal de tète et son oppression thoracique. Elle est encore redevenue rouge et brûlante elle a eu toutefois une nuit calme, transpiration assez abondante. — Formule ordinaire : potion éther, 1 gramme. Deux potages.

12 mai. Nuit bonne. Au matin, la malade accuse encore un peu de mal de tête et de courbature; mais il est évident qu’elle est mieu elle a la peau moins brûlante, elle commence à avoir faim. — Formule ordinaire : potion éther, 1 gramme ; pédiluve sinapisé. Une portion.

15 mai. La malade trouve que le bain de pieds lui a beaucoup adouci ses maux de tête. Cette nuit, il lui est venu une manifestation de ses règles en blanc, avec colique et maux de reins : elle est fort bien d’ailleurs. — Formule ordinaire ; deux portions.

15 mai. La malade continue à se bien trouver ; seulement ses règles ne viennent pas aussi bien que d’habitude. — Formule ordinaire : deux portions.

19 mai. Cette jeune fille est sortie; mais je l’ai rencontrée depuis, et il paraît qu’elle a des douleurs de ventre qui l’empêchent de marcher.

Obs. XIII. Attaques d'hystérie. — Joséphine Bouren, 17 ans, bien réglée, de bonne constitution, et ayant toutes les apparences de la santé, n’a jamais eu autrefois d’attaques d’hystérie. Au milieu de la bagarre, elle a perdu connaissance, et ne se rappelle rien de ce qui lui est arrivé ; revenue à elle, elle s’est rendue chez ses parents; mais ce matin, 10 mai, on nous l’amène au milieu d’une attaque d'hystérie : des mouvements désordonnés, quelques gémissements, une anesthésie parfaite en sont les caractères. L’attaque se termine par une respiration convulsive, précipitée, bruyante, puis vient de l'assoupissement. En ce moment donc, la jeune personne a, dans son attitude et sa physionomie, de l’abattement ; elle a la face un peu rouge, la peau légèrement moite ; elle accuse des maux de tête et des maux de reins, et a

OBSERVATIONS

la région sternale un sentiment d’oppression. Au milieu de ces symptômes, les règles viennent d’apparaître, quoique ce ne soit pas leur époque. Langue un peu blanche, pas d’appétit, sans maux de cœur pourtant; ventre souple, sans douleur, pas de selle depuis l’accident; elle urine bien. La menstruation est médiocrement abondante. Respiration libre, battements de cœur un peu éclatants, réguliers toutefois, et sans mélange : pouls tranquille, à 65 pulsations au plus. La peau a une tendance, à la moiteur.

11 mai. Nuit calme, plus de nouvelle attaque; la langue toujours sale, pas de selle; le mal de tête et les maux de reins persistent, la menstruation continue peu abondante. — Formule ordinaire : eau de Sedlitz. Une portion.

12 mai. Cette jeune fille se trouve bien mieux, elle a bien dormi la nuit; elle a faim ce matin et demande à sortir. ( Exeat .)

Obs. XIV. Convulsions de nature probablement hystérique; manie consécutive. — Christine, quatorze ans et demi, est une jeune fille d’assez forte constitution, ayant peu d’embonpoint, un teint qui me parait un peu pâle ; cependant la malade est d'une bonne santé habituelle, elle n’offre encore aucune trace de développement, elle n’est pas réglée ; elle n’a jamais eu d’attaques de nerfs. La malade est apportée dans un état assez alarmant, se débattant convulsivement, poussant des cris, respirant convulsivement, et par des inspirations brusques, bruyantes. En même temps, elle a la face congestionnée, les extrémités froides, de l’ecchymose aux paupières et aux yeux. Le pouls est précipité, mais faible, quoique les battements du cœur soient saillants, et en quelque sorte bondissants sous la main. L’emploi de sinapismes aux jambes, à l'épigastre, les compresses d’eau froide sur la tète, rien ne paraît avoir d'influence sur ces accidents, qui, sauf quelques moments de rémittence, durent ainsi une heure environ sans interruption. Enfin ils diminuent, les cris et les mouvements cessent, et un état d’essoufflement succède pendant lequel les inspirations sont fortes, brèves, et cet état est bientôt remplacé luimême par un sommeil profond, pendant lequel le pouls est redevenu large, régulier, la respiration libre et calme, la peau légèrement chaude; la teinte violacée tend évidemment à s’effacer. Voilà quels sont les faits qui in’ont frappé le premier jour. Je quittai la malade au milieu de son sommeil, bien convaincu, à la marche des événements dont je venais d'être témoin, que l’hystérie y était pour beaucoup. La nuit fut, à ce qu’il paraît, un peu agitée, et ce matin cette jeune fille offre des symptômes évidents d’un peu d’égarement des idées. A chaque instant elle s’assied sur son séant, et, ressemblant son drap, elle se figure être à faire des chemises (il paraît que c’était

DE M SUFFOCATION

là le genre de travail qu’elle faisait à l’atelier national), ou bien elle se lève, descend de son lit, el demande ses vêtements pour s’en aller chez elle : en un mot, elle fait si bien, qu’on est obligé de l’attacher pour la faire tenir au repos. Tout cela, d’ailleurs, est fait avec beaucoup de calme, et il suffit à chaque fois d’un avertissement pour que la malade se remette pour un moment au lit, en souriant d'un air un peu hébété. Interrogée sur le mal qu’elle sent, elle accuse la tête et la région sternale. Sa pupille est un peu dilatée, son front chaud, sa face légèrement animée ; sa respiration est tranquille, pas d’oppression ni de toux. Le cœur bat régulièrement, ses bruits sont un peu éclatants; le pouls marque de 75 à 80 pulsations, il est assez large. Peau généralement chaude. Aucune marque de contusion, et l’ecchymose des yeux et des paupières assez intense témoigne seule d’une violente gêne de la circulation éprouvée au moment de l’accident. — Orge miellée, potion eau gommée, 1 litre; tartre slibié, 0,10 centigrammes. Julep etipécacuanha, 15 grammes; saignée, pédiluves sinapisés (bis). Diète.

11 mai. La saignée maladroitement oubliée, une selle. La nuit a été encore agitée, un peu de sommeil cependant. Ce matin la malade offre encore tous les signes de l’égarement d’idées quelle avait hier, et avec la même physionomie calme, un peu hébétée. Elle accuse toujours son mal de tête, son oppression sternale; même état du pouls et de la peau, langue blanche, pas d’appétit : il me semble, à l'examen du ventre, que la vessie est distendue par de l’urine, et forme à i’hypogaslre une tumeur mate, oblongue. — Vingt sangsues derrière les oreilles ; potion stibiée, 0,10 centigrammes, sinapismes (bis). Diète.

12 mai. La nuit a été bien meilleure, et ce malin tout égarement a disparu. La malade se trouve bien, sauf encore quelques maux de tète et un sentiment de gêne à la région sternale; appétit. — Orge miellée, sinapismes. Deux bouillons.

15 mai. L’amélioration persiste, et la malade demande à manger. — Orge miellée. Une portion.

• 15 mai. Celle jeune fille n’accuse plus qu’une chose, c’est une gêne mal définie à la région sternale du thorax : on lui fait appliquer ce matin six sangsues. — Orge miellée. Deux portions.

16 mai. Il paraît que l’application des sangsues a déterminé un vé ritable soulagement.

19 mai. De fait, la malade n 'éprouve plus aucun malaise, et elle pourra sortir bientôt. Chez elle l'ecchymose des yeux n’était pourtant pas forte; eh bien, elle est à peine pâlie, la malade y sent comme une démangeaison perpétuelle.

21 mai. La jeune fille sort n’ayant plus d’autre trace de l'accident

OBSERVATIONS

que l’ecchymose de l'œil ; celle des paupières est dissipée : quant à celle de l’œil, il est évident qu’il y a eu résorption déjà très-grande, car maintenant ou y distingue un entrelacement de vaisseaux rouges.

dus. XV. Manie momentanée , ecchymoses des y eux. — Est lier Moreau, vingt-quatre ans, est une fille brune de moyenne constitution, d'une bonne santé habituelle ; elle est bien réglée, et n’a jamais eu d’attaques de nerfs. A son arrivée, elle jetait des cris et faisait des mouvements bizarres , mais sans avoir perdu connaissance. Ces symptômes calmés dès qu’elle fut au lit, firent place à

des signes de désordre du côté de 1 intelligence : la tête cachée entre ses mains, comme dans un moment de confusion, la face rouge animée, un sourire continuel, puis des paroles, des mouvements manifestement égarés, voilà quels sonl les principaux traits de cet état. Du reste, c’est un égarement bien paisible, si je puis ainsi dire. La malade, comme la précédente, parle seulement de s'en aller, de faire des chemises; elle en fait même les gestes, mais, au moindre avertissement, elle est en quelque sorte rappelée à elle : elle se remet au lit, se cache la tête, et reste ainsi quelques moments jusqu’à un nouvel accès du même genre. La malade conserve d’ailleurs assez de présence d’esprit pour montrer sa tête quand on lui demande où elle a mal. Elle voit, entend, sent très-bien ; son œil a la pupille un peu dilatée, la peau est chaude, surtout le front; le pouls large, un peu hâté; la respiration libre, seulement une ecchymose des yeux, forte du côté droit, indique assez que cette malade a dû être soumise à une pression forte. Une saignée lui a été pratiquée, des sinapismes ont été appliqués aux jambes, une potion éther, 1 gramme, administrée, et, malgré tout, je laissais la malade à peu près dans le même état. Cette nuit elle a eu du sommeil, des sueurs, et ce matin je la retrouve revenue parfaitement à son bon sens : or elle accuse encore de la pesanteur de tête, des battements sur le front, de la gène à la région sternale, de la courbature générale; mais son aspect est bien meilleur qu’hier. La malade a la face moins rouge, le pouls est plus lent à 65 au plus, la respiration libre, les sens et les idées sains ; elle commence à se sentir appétit. Pas de selle depuis hier. Quelques contusions sur le front, à la racine du nez, insignifiantes. Formule ordinaire : potion élhérée, 1 gramme ; pédiluves sinapisés.

11 et 12 mai. Plus de nouveaux accidents nerveux, le mal de tête persiste seul un peu; appétit. — Formule ordinaire : potion éther, 1 gramme. Une portion.

15 mai. Exeat.

Remarquons que l'ecchymose des yeux jaunit en se répandant sur * toute la surface de la sclérotique : cela est sensible, surtout à l’œil

DIS LA SUFFOCATION

gauche de cette malade, qui n’offrait d’abord qu’une tache sanguine peu étendue, et qui aujourd’hui est devenue toute jaune de la teinte ecchymotique. *

Obs. XVf. Suppression des règles; aphonie. — Femme Carville, vingt-huit ans, forte et bien portante, n’a jamais eu d’attaques de nerfs. Elle n’a pas perdu connaissance au moment de l’accident, en sorte qu’elle se rappelle fort bien qu’élant restée à sa place, elle n’a pas eu à souffrir la moindre contusion. Tout son mal a donc été de la peur, et celle-ci a suffi pour causer des accidents bien plus effrayants d’ailleurs que dangereux, du moins je l’espère. La malade était dans ses règles, et ses règles ont été supprimées sur-le-champ sans qu’elle souffrît sur le moment ; puis, quand elle voulut parler quelques moments après, il lui fut impossible de dire une parole distinctement. La nuit fut assez calme, sans sommeil ; ce matin les règles ont reparu un moment, mais pour se supprimer de nouveau. La malade accuse quelques coliques utérines, des douleurs de reins : la voix est parfaitement voilée, et de celles qui résultent d’un fort enrouement. La malade ne peut parler qu’à voix basse, malgré ses efforts ; elle éprouve à la gorge un sentiment de constriction. Cette aphonie n’existait certainement pas avant l’accident. En dehors de ces deux phénomènes, aphonie, suppression de règles; l’état de la malade est bon, le pouls calme, la respiration libre, seulement un peu de mal de tête. Pas d’appétit. — Orge, potion sirop d’éther, 1 gramme; pédiluve sinapisé (bis). Une portion.

12 mai. L’aphonie a été presque complètement enlevée. Plus de gêne à la gorge; la voix est presque aussi pure qu’avant l’accident. Il reste encore quelque mal de tête ; les règles ne sont plus revenues. — Même traitement.

15 mai. Pas de retour des règles : la voix est tout à fait rétablie; la malade est du reste bien. — Orge, potion éther, 1 gramme. Une portion.

Obs. XVII. Tremblement nerveux; aphonie; faiblesse générale. — Femme Gueneffé, quarante-quatre ans, d’une constitution assez grêle, de peu d'embonpoint, est encore réglée ; mais ses règles ne lui sont jamais venues régulièrement. Elle a eu autrefois beaucoup d'attaques de nerfs dont elle gardait même encore quelques faibles restes. Au moment de l’accident elle ne paraît pas avoir eu à souffrir de violences, seulement la frayeur lui donna un tel tremblement, que ses dents en claquaient ; puis elle s’aperçut, quand elle voulut parler, que la voix lui manquait. La nuit fut sans sommeil, agitée, et le 10 mai, quand elle nous vient trouver, voici quel état elle présente. La malade

ne peut parler qu’à voix basse, quelque effort qu’elle fasse : à l’en croire, l’aphonie serait plus complète aujourd'hui qu’au début. Elle accuse un sentiment de construction dont elle fixe le siège immédiatement au-dessous du larynx ; il lui semble qu’il y ait là un corps dur arrêté dans la gorge. A chaque effort qu’elle fait pour avaler rien que sa salive, elle éprouve le sentiment d’un corps solide comme une bouchée de pain qui lui passerait dans le gosier. La malade se rappelle qu’autrefois, dans ses attaques de nerfs, elle a éprouvé quelque chose d’analogue, mais elle assure qu’avant l’accident d’hier, elle avait la voix bien claire. A ce phénomène purement nerveux s’en joint un plus général, quoique moins frappant au premier abord : c’est un affaiblissement général qui fait qu’elle peut à peine se porter sur ses jambes sans que celles-ci tremblent et fléchissent ; ses bras sont euxmêmes faibles au point qu’elle ne peut les soulever sans un léger tremblement : elle ne peut serrer la main, et, quand je l’invite à me presser les doigts bien fort dans sa main, elle fait de grands efforts sans pouvoir me serrer d’une manière même sensible. En même temps, la sensibilité générale est un peu engourdie. La malade accuse encore le sentiment d’une barre sur le front, elle a des étourdissements quand elle lève la tête ; sa vue lui parait un peu affaiblie. Ce n’est pas tout : des palpitations, qu’elle n’avait pas depuis vingt ans, lui sont revenues; enfin, elle ne se sent de goût pour aucune espèce d’aliments; elle en excepte pourtant la salade, dont il lui semble qu’elle mangerait volontiers. L’attitude de cette malade n’a rien de particulier ; sa peau est couverte d’une grande moiteur, sa respiration est libre, le comr a des battements réguliers, mais très-énergiques ; il soulève la tête. — Formule ordinaire : pédiluve sinapisé. Diète.

11 mai. La malade n’a rien éprouvé de soulagement, la voix est toujours la même, la faiblesse générale aussi. Pas d’appétit, la peau toujours moite. — Formule ordinaire : potion éther, 1 gramme ; pédiluve sinapisé (bis) . Deux bouillons.

12 mai. C’est encore la même chose; la voix ni les forces, ni l’appétit ne reviennent. — Formule ordinaire : potion éther, 1 gramme ; pédiluve sinapisé. Deux bouillons.

13 mai. Il semble que la force est un peu revenue : la malade accuse quelques coliques et maux de reins. Serait-ce l’approche des règles, ou bien parce que la malade n’a pas encore eu de selles? — Continuons le même traitement. Une portion.

15 mai. La force est revenue au moins en grande partie, mais la voix manque toujours. — Le même traitement. Deux portions.

19 mai. Un changement notable s’est fait chez cette femme, bien qu’elle n’ait subi d’autre traitement que la potion éthérée et des sina pisrnes (encore fut-on obligé de suspendre ceux-ci à cause de l’excoriation qu’ils déterminent). La voix, depuis deux jours déjà, commence Tardieu. — Pendaison. 22

DE LA SUFFOCATION

ÔÔX

ii revenir un peu, el maintenant, à voix moyenne, la malade parle presque comme à l’ordinaire : aux premiers moments, elle n’avait que quelques éclats de voix au milieu d’une parole enrouée. 11 est remarquable que la toux, au lieu de Faciliter la voix en nettoyant la glotte, Ja rend au contraire plus sourde, comme si elle augmentait le spasme du larynx. Les forces sont du reste bien rétablies.

22 mai. La voix est presque complètement recouvrée, et la malade demande à sortir.

Accidents de suffocation compliqués de convulsions

et de contusions.

Obs. XVIII. Suffocation peu intense; large ecchymose des yeux et des paupières ; saignement d'oreilles. — Adélaïde Brochet, vingthuit ans, est une forte Lille, marquée de petite vérole, bien portante, et enceinte de trois mois et demi. Jamais elle n’a eu d’attaques de nerfs ; quand elle est arrivée à l’hôpital, elle offrait des symptômes très-alarmants : étendue sur le dos, n’offrant aucun signe de connaissance, quoique évidemment sensible au toucher, elle a la face fortement congestionnée, violette, comme bouffie ; les yeux fermés, les paupières toutes noires, et, quand on les entr’ouvre, on aperçoit l'œil également tout noir, et la cornée entourée d’un véritable chémosis formé par une ecchymose sous-conjonctivale. Les narines offrent encore une coloration rouge intense, et par les oreilles il suinte un peu de sang. C’est, de toutes, celle qui offre la plus forte ecchymose des yeux, la seule qui ait saigné des oreilles. A ces signes, il est bien évident qu’elle a dû subir une forte pression, une violente gêne de la circulation. Mais, s'il a dû y avoir sur le moment une asphyxie intense, il me semble aussi bien certain que, lors de son arrivée, cette asphyxie n’était plus menaçante pour la vie. En effet, la coloration de la face était plutôt une vive congestion qu'une cyanose; elle n’était pas bleue, elle était d’un rouge violacé très-vif, et puis ni la face, ni les extrémités ne sont froides; enfin, au milieu de l’espèce de coma où elle est plongée, on sent le pouls large, bien marqué, à 90 pulsations environ, et la respiration se fait bien franchement avec une espèce de satisfaction et une large expansion du thorax. En un mot, tous les signes si effrayants de congestion sanguine m’annoncent plutôt une forte gène accidentelle de la circulation qu’un défaut d’hématose. Quoi qu’il en soit, une saignée a été tentée plutôt encore que pratiquée, attendu que le sang n’a pas voulu couler ; des sinapismes ont été appliqués aux jambes, a l’épigastre; une potion éthérée, administrée sans tirer la malade de son espèce d’assoupissement où elle était encore plongée quand je l ai quittée. Dans la journée, des sangsues ont été appliquées derrière les oreilles. La nuit a été calme, et ce matin la malade ne se sent réelle-

OBSERVATIONS

ment aucun mal ; elle est seulement comme courbaturée, et sa figure, bien moins rouge qu’hier, offre quelques traces de confusions. La tôle est sans douleurs. La malade voit, entend bien, a ses idées présentes ; sa langue est un peu sale, mais elle se sent appétit ; elle a eu plusieurs selles depuis hier, à cause d’un lavement d’eau de sel qui lui lut administré. La respiration est parfaitement libre, seulement l’auscultation fait percevoir en arrière et en bas des bulles assez nombreuses de râle sous-crépi tant. C’est probablement un signe qu'il y a eu dans les deux poumons un peu d’épanchement de sang, comme il y en a eu dans les paupières et les yeux. En somme, le diagnostic à porter ce matin, est : léger malaise général, ecchymose des yeux, léger épanchement de sang à la base des poumons. Ces trois choses n’ont pas le moindre danger. — Formule ordinaire : lavement ; infusion de séné, 120 grammes; sulfate de soude, 50 grammes. Deux potages.

11 mai. Quelques selles ont été provoquées; la malade, qui se trouve parfaitement bien, demande à sortir.

Obs. XIX. Symptômes de suffocation; agitation de nature hystérique; engouement pulmonaire consecutif. — Élisa, vingt-quatre ans, est une femme de médiocre constitution, et dont la maigreur semblerait annoncer une santé habituelle peu robuste. Quand elle arrive à l’hôpital, c’est certainement une de celles qui offrent les plus effrayants symptômes. La malade jette des cris et fait des mouvements couvulsifs; elle a perdu connaissance et n’a plus la moindre sensibilité; sa face bouffie, son teint fortement cyanosé, de larges ecchymoses aux yeux et aux paupières, les lèvres bleues, et puis le froid du visage et des extrémités, la faiblesse extrême du pouls, qui me paraît un peu irrégulier, et surtout bien en disproportion avec les bondissements que la main sent en l’appliquant sur la région précordiale, ce sont là tout autant de signes d’asphyxie et de gêne de la circulation encore existantes actuellement ; on peut même joindre à ces signes des taches de sang qui existent également sur le cou, et qui, comme nous l’avons déjà dit, sont de petites ecchymoses tout à fait analogues, sauf les dimensions, à celles des yeux. Enfui, la manière dont se fait la respiration, c'est-à-dire par saccades courtes et irrégulières, et avec des cris convulsifs à l’expiration, témoigne encore de la difficulté avec laquelle se fait cette importante fonction. En un mot, presque tous les phénomènes que présente cette malade sont des caractères de l’asphyxie : il n’y a guère que les mouvements brusques et convulsifs qui pourraient être regardés comme des phénomènes nerveux; mais ils pourraient bien aussi être symptomatiques île l’asphyxie, attendu que tout le monde sait bien qu’il y a une période de l’asphyxie où il y a des mouvements convulsifs : c’est en ce sens, je crois, qu’il faut expliquer tous les phénomènes observés chez celle malade* et ce que j’avais d’abord

DE LA SUFFOCATION

attribué à tic l’hystérie me parait devoir être rapporté à l’asphyxie. Quelle qu’en soit la nature, il est certain que l’état de cette femme est effrayant au premier abord. Une tentative de saignée, l’administration, faite avec peine, d’une potion calmante, l’application de sinapismes aux jambes et aux cuisses, tels sont les moyens employés, auxquels il faut ajouter l’application de compresses d’eau froide sur le front. Au bout d’une heure environ de durée, l’agitation cesse et fait place à une période de calme pendant laquelle la malade, les yeux fermés et comme endormis, a une respiration large, fréquente, bruyante, telle qu’elle succède presque toujours aux attaques d’hystérie ; enfin la respiration devient de plus en plus tranquille et douce, et un sommeil véritable succède, pendant lequel le pouls reprend sa largeur et sa plénitude, la peau sa chaleur et une teinte moins bleuâtre; et quand je quitte la malade, elle est encore dans ce sommeil bienfaisant. Il paraît que, dans la journée, on lui a administré en boisson une solution de 0,10 centigr. détartré stibié dans 1,000 grammes d’eau d’orge, un lavement purgatif; aussi a-t-elle eu plusieurs selles, et ce matin des vomissements jaunes bilieux abondants. La nuit a été agitée, sans sommeil, et ce matin voici quel est l’état de la malade : elle a recouvré scs sens, et peut répondre aux questions, mais elle est dans un état de prostration extrême; sa face est anxieuse, couverte encore d’une teinte violacée, non plus bleuâtre, encore un peu bouffie; l’attitude est celle de l’abattement, agitation. La peau est généralement très- chaude et même suante, en particulier celle du front; le pouls est large, saillant, à 90 pulsations. La respiration est rapide, mêlée à l’inspiration de râle trachéale; il y a manifestement de l’oppression, et la respiration est insuffisante ; toux rare, par petites quintes, voix saccadée; crachats peu abondants, mousseux, légèrement visqueux, sans coloration spéciale. La percussion de la poitrine donne partout à peu près une résonnance normale, sauf en arrière vers la base, où le son devient évidemment moins clair que partout ailleurs. L’auscultation démontre partout du gros râle muqueux abondant, qui devient plus fin et plus nombreux vers la base des poumons en arrière, sans être pourtant du râle crépitant. Les battements du cœur sont larges, hâtés, un peu confus. La langue est sale, couverte d’un enduit blanc; pas d’appétit, soif vive; plus de maux de cœur, ventre souple sans douleur. Je m’aperçois que la malade vient d’avoir une selle dont elle n’a pas conscience. Pas de mal de tête ; la vue, l’ouïe, la sensibilité générale, le mouvement, sont intacts; plusieurs contusions légères sur les bras elles jambes. En somme, nous voyons que chez cette malade les symptômes prédominants sont encore ceux qui annoncent de la gêne et de l’insuffisance de la respiration. Ils tiennent manifestement à une congestion assez intense des poumons; aussi estce contre cette congestion que le traitement sera tout entier dirigé. —

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Saignée. Solution : eau gommée, 1 litre; tartre stibié, 0,10 centigr.; julep; sirop d’ipécacuanhâ, 15 grammes; sinapisme. Diète.

11 mai. La saignée n’a presque pas coulé; mais, par les selles et les sueurs, la malade a beaucoup évacué ; cependant, ce matin sa respiration est toujours râlante : il y a tout autant de fièvre qu’hier, et, quoique la teinte asphyxique soit à peu près effacée, il- n’en parait pas moins, à la brièveté et à la rapidité des inspirations, que les fonctions du poumon ne sont pas encore suffisantes. L’auscultation delà portion en arrière démontre du gros râle encore ; mais déjà au niveau de l’omoplate des deux côtés, comme aussi à la partie inférieure du poumon, on perçoit très-distinctement du souffle tubaire à l’inspiration. — Orge miellée, julep; sirop d’ipéc'acuanha, 15 grammes; saignée.

12 mai. Celle fois la saignée a bien coulé : je ne puis voir si elle est couenneuse, car on a eu la maladresse de la jeter. Or ce matin, l’amélioration est très-notable: le pouls est tombé à 75 au plus; il est large, la peau couverte d’une bonne moiteur, et la respiration paraît bien plus facile; aussi la malade a-t-elle dormi parfaitement bien, et elle commence à se sentir appétit. Il y a toutefois encore du souffle en arrière. — Orge miellée, julep ; sirop d’ipécacuanha, 15 grammes. Deux bouillons.

15 mai. L’amélioration persiste : il y a sommeil la nuit, transpiration abondante ; il reste pourtant encore du souffle mal caractérisé à la base des deux poumons en arrière, ou du moins la respiration y est encore rude, et il y a à la toux du râle crépitant. La malade se croit * si bien, qu’elle veut s’en aller; mais à peine est-elle debout, qu’elle tombe, en syncope. — Même traitement.

14 mai. La rudesse de la respiration continue, l’état général est bon.

15 mai. La respiration de cette malade est tout à fait devenue libre; l’auscultation des poumons donne un murmure parfaitement net, mais plus faible à droite qu’à gauche. Julep, sirop diacode, 20 grammes; kermès, 0,30 centigrammes. Une portion.

19 mai. Tenue encore jusqu’aujourd’hui à l'usage de sa potion, cette malade la supporte bien sans vomissements ni diarrhée. Sa respiration continue à être bonne ; son appétit, son sommeil, tout lui est revenu, et elle est réellement aujourd’hui très-bien portante.

Obs. XX. Suffocation tvès-avancéc. — Angélina, quatorze ans, est une petite fille d’apparence bien portante, qui n’a pas encore été réglée, et qui n’offre encore aucune trace de développement : c’est certainement une de celles qui nous arrivent dans l’état le plus effrayant, bon-seulement la face, les paupières, les lèvres sont cyanosées et bouffies, mais les mains, le cou et une grande partie de la face postérieure du tronc sont couverts d’une teinte bleue noirâtre des plus intenses et unitorme, les mains sont enflees. Tout le corps est d'un froid de

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cadavre, sauf pourtant le front qui seid conserve quelque chaleur; le poids est tout à fait insensible. La malade sans connaissance n’offre d’autres signes de vie que quelques mouvements convulsifs dans lesquels elle se tord sur elle-même, se roule dans son lit, en poussant quelques cris sourds ; elle n’a de respiration que par intervalles rares et irréguliers, encore sont-ce des efforts de respiration plutôt qu’une respiration véritable, car la poitrine ne présente aucun mouvement de dilatation, et il est facile de voir que l’inspiration ne pénètre pas avant; l’expiration est une espèce d’effort pénible pendant lequel une mousse abondante sort de la bouche et du nez. Au milieu de ces signes d'une asphyxie évidemment très-avancée, il y en a d’autres qui, au premier abord, me donnent une fausse idée d’une lésion cérébrale : ainsi, une large ecchymose au-devant du globe de l’œil, une contraction convulsive des doigts, des avant-bras, une dilatation de la pupille, jointes au coma et aux mouvements désordonnés rémittents, me paraissent signifier au moins une commotion cérébrale. Deux saignées sont tentées qui font à peine couler quelques gouttes d’un sang noir. Des sinapismes sont promenés sur les jambes, les cuisses, l’épigastre ; de l’eau froide appliquée sur le front, et, malgré la difficulté d’entr’ouvrir les mâchoires, quelques cuillerées d’une potion éthérée introduites dans la bouche. Soil sous l’influence de ces moyens excitants, soit par le bienfait de la chaleur du lit, le premier phénomène d’amélioration que je remarque, c’est que la chaleur revient au tronc, et, avec ce premier phénomène, coïncident bientôt d’autres changements heureux ; ainsi les inspirations deviennent sensiblement plus profondes, le thorax offre quelques mouvements de dilatation, les cris et les mouvements deviennent plus fréquents et plus vifs ; le cœur, qu’on sentait à peine battre sous l’oreille, commence à devenir bondissant sous la main ; le pouls commence à être perceptible, quoique d’abord, et pendant quelque temps, petit et fréquent. Enfin de larges efforts d'inspiration, d’abord éloignés, puis plus rapprochés, semblables à ceux d’une personne qui sort d’un profond sommeil, nous annoncent que l’amélioration est très-positive. C’est à partir de ce moment, environ une heure après son arrivée à l’hôpital, que les mouvements et les cris convulsifs cessent complètement ; la malade entr’ouvre la paupière, elle donne des signes non équivoques de sensibilité. Dès ce moment aussi elle n’est plus dans un assoupissement léthargique, mais bien dans un sommeil encore lourd sans doute, et aussi fort rassurant par la physionomie qu’il offre : ainsi la respiration devenue régulière, bien franche, un peu fréquente même, se fait avec dilatation des parois thoraciques ; le pouls, encore faible, est bien marqué à 90 environ, les battements du cœur moins tumultueux, en môme temps la peau est bien chaude et la coloration de la face moins foncée. Un vomissement d’aliments non digérés achève d’améliorer l’état de la malade, et,

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quand je la laisse, il n’y a certainement plus rien à craindre de l'asphyxie. Hier, dans la journée, des sangsues ont été appliquées derrière les oreilles, un lavement administré et une potion émétisée : eau d’orge, un litre; tartre stibié, 0, 10 centigrammes. Des évacuations copieuses ont eu lieu par en bas, et ce matin encore il y a eu des vomissements glaireux. La malade a subi un grand changement; elle est bien éveillée et répond parfaitement aux questions, en disant qu’elle se trouve bien, qu’elle a seulement mal à la tête et à l’estomac. Sa peau est bien chaude et couverte d’une légère moiteur; la coloration, hier bleue, est maintenant violette seulement; le pouls est bien marqué, à 75 pulsations au plus, la respiration se fait régulièrement et sans oppression, il y a seulement un peu de râle trachéal, la toux trèsrare, pas de crachats ; l’auscultation fait percevoir à peine quelques bulles de râles muqueux : du reste, on entend très-bien le murmure respiratoire. La langue est blanche, un peu sale ; il y a déjà de l’appétit, le ventre est souple et sans douleur; en un mot, sauf le sentiment de contusion générale qu’elle éprouve, et en particulier la gêne de la tête et de la région sternale, l’état de cette malade est on ne peut pas plus rassurant. — Formule ordinaire : continuons son eau émétisée, saignée. Deux potages.

11 mai. Hier, à la saignée, j’ai observé un singulier phénomène qui m’eût fait peur d’abord si je n’eusse été sûr des précautions que j’avais prises : c’est que le sang qui coula de la veine était un sang clair et d’un rouge vif, qu’on eût pu prendre pour du sang artériel ; mais, à un examen attentif, il était facile de voir que c’était tout simplement un sang peu coloré : il s’est, du reste, très-bien pris en caillot, mais n’a pas manifesté de couenne. La malade va tout à fait bien; elle a faim. — Orge miellée. Deux potages.

12 mai. L’amélioration continue; il n’y a plus le moindre mouvement de fièvre, et la malade n’accuse absolument autre chose qu’un mal de tête vague et une gêne à la région sternale, qui lui est commune avec presque toutes les autres malades, et dont, en l’absence de toute trace de contusion, je ne saurais préciser la nature. Bon sommeil, bon appétit. — Orge, deux portions, pédiluves sinapisés.

14 mai. Cette malade se promène toute la journée; elle n’a plus besoin que de manger, et, sauf les ecchymoses, il ne lui reste plus là moindre trace de son état si grave.

1 7 mai. Cette petite fille est sortie sans accident nouveau. Remarquons que, chez elle comme chez toutes, l’ecchymose des yeux a à peine diminué même aujourd’hui, tandis que celle des paupières est disparue.

Obs. XXI. Suffocation. — Victoire Vamberg, jeune fille de treize ans et demi, forte et bien portante, est certainement celle qui offre l’état le plus alarmant, celui d’une asphyxie presque absolue. Comme

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la précédente, elle est bleue et bouffie ; comme elle, elle est froide partout, n’a pas de pouls; mais, bien différemment d’elle, celle-ci n’a pas de mouvements désordonnés, de cris. Plongée dans un assoupissement profond, elle ne donne absolument d’autres signes d’existence que de temps à autre, et, par intervalles éloignés, une espèce d’effort convulsif dans lequel elle se ramasse sur elle-même, contracte fortement ses bras et ses jambes, et pousse un gémissemenL qui fait sortir de sa bouche et de ses narines une mousse abondante. Cette contracture des membres, jointe à celle des mâchoires, l’espèce de coma profond où la malade est plongée, l'ecchymose considérable des yeux et des paupières, et surtout une espèce de dépression entourée d’une ecchymose que l’on constate à la région pariétale droite de la tête, nous donne encore l’idée d’une commotion cérébrale ; mais il est évident que c’est encore une erreur, et que l'asphyxie est la seule cause de l’état où se trouve cette malade. On applique des sinapismes aux jambes, aux cuisses, à l'épigastre ; on fait des frictions sur la colonne, vertébrale, on essaye, mais vainement, de faire avaler quelques cuillerées d'une potion éthérée, la contraction des mâchoires s’y oppose. Pendant près d’une demi-heure, il semble que tous ces moyens soient inefficaces et qu’on ne gagne aucun amendement. Il faut dire aussi que, pendant à peu près tout ce temps, la malade n’est pas couverte autrement que par un simple drap, et une espèce de tremblement général indique assez que cette négligence de tenir chaudement le corps nuit évidemment au bon succès des autres moyens stimulants mis en usage. J’avoue qu’en voyant persister si longtemps et sans amélioration les symptômes d’asphyxie, je désespère un moment de celte malade. Quelques instants après, je reviens auprès d’elle, et je remarque avec satisfaction qu’elle a subi une amélioration. L’idée d’un interne qui, au moyen d’une plume introduite entre les dents, a été exciter le jeu du larynx, a sans doute dû contribuer à cette amélioration, d’autant mieux qu’à chaque fois qu’il a introduit sa plume, il a ramené des mucosités qui devaient gêner l'entrée de l’air dans le larynx : à chaque fois aussi, il provoquait par là une espèce d’effort de toux qui a dû aussi favoriser la mise en jeu des ressorts de la respiration. Cette idée donc me paraît heureuse et appliquée fort à propos ; mais aussi je crois qu'il faut tout autant attribuer l'amendement à ce que la malade, ayant été cachée sous une bonne couverture, et barbouillée en quelque sorte, sur tout son corps et ses membres, de cataplasmes de graines de moularde, est ainsi enveloppée dans une sorte de sinapisme général, qui non-seulement a rappelé la chaleur au tronc et aux membres, mais encore y a provoqué une légère rubéfaction universelle. Quoi qu’d en soit de la cause, toujours est-il qu’il y a amélioration sensible, les mouvement deviennents plus fréquents , les inspirations aussi se multiplient toujours accompagnées d’un abondant râle trachéal, mais

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aussi d’une légère dilatation du thorax; la coloration bleue brunâtre devient moins foncée; le pouls, jusqu’alors insensible, reparaît d’abord faible et fréquent, puis peu à peu plus sensible et moins rapide. En même temps que ces modifications heureuses surviennent dans les phénomènes asphyxiques, d'autres nous viennent révéler que toute crainte de lésion cérébrale est évidemment mal fondée. Ainsi l’espèce de contraction des membres cesse, et une résolution de bon augure est attestée par l’attitude de la malade; elle entr’ouvre de temps à autre les yeux, et laisse voir une pupille peu dilatée, contractile; enfin pour comble de signes heureux, la malade manifeste une sensibilité réelle au toucher. 11 y a même plus : au bout de quelques moments d'amélioration, la malade a recouvré l’usage de la voix, et elle s’en sert tout d’abord à accuser de la douleur là où l’on essaye de la pincer. En même temps, une sorte de sommeil paisible s’est emparé d’elle, et c’est au milieu de ce sommeil que je la laisse. Hier, dans la journée, elle a eu un lavement purgatif et de la potion stibiée; elle a beaucoup évacué par en haut et par en bas. La nuit a été un peu agitée par du délire; cependant ce matin l’air est bien tranquille, un peu de somnolence seulement. La respiration se fait librement et régulièrement, la teinte asphyxique a presque totalement disparu ; il n’y a plus que les endroits contus et ecchymoses qui conservent leur coloration brune. La malade accuse un grand mal de tête au niveau du front principalement, de la courbature générale; elle n’a pas faim. La langue est blanche, chargée d’un épais enduit ; soif vive ; le ventre est souple, peu douloureux. Le pouls est à 1 00 pulsations au moins, large, fort ; la peau plus chaude qu’à l’état normal.

12 mai. Cette malade, traitée seulement par les purgatifs, a eu de nombreusesévacuations; mais elle conserve un pouls fort et fréquent, une peau brûlante, une langue chargée; en un mot, elle reste avec la fièvre.

14 mai. Ce matin, pour la première fois, je ne trouve pas de fièvre, et l’état de la malade est fort satisfaisant; elle mange une portion.

18 mai. Cette jeune fille est sortie sans qu’aucun incident soit survenu ; elle n’emporte que des traces de l’ecchymose encore trèsprononcée.

Je ferai, au sujet de cette malade, une remarque qui m’a frappé : c’est que chez elle la fièvre, et surtout un violent mal de tête sur le front, qu'elle accusait surtout dans ses efforts de toux, ont persisté bien plus longtemps que chez la malade précédente. Faudrait-il attribuer cela à ce que l’autre a été saignée le lendemain de l’accident, a eu le jour même des sangsues derrière les oreilles, tandis que celle-ci n'a été traitée absolument que par les purgatifs?

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