‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 3)Chapitre 12 sur 67 · INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVII

devoir prévenir le jury contre le témoignage des aliénistes en général; et après que notre honorable confrère eut terminé sa déposition, le Président se tournant vers le jury avec un geste et un clignement d'yeux qui voulaient dire : « Faites attention, vous allez voir, » adressa au médecin cette dernière question : « Docteur, est-ce que pour vous, tous les assassins ne sont pas des fous? » Le savant aliéniste, trop peu familiarisé avec les habitudes et le langage de la cour d'assises pour comprendre le danger de cette question captieuse, répartit d'un ton calme et comme s'il parlait devant une assemblée de savants : « Ce serait peut-être une thèse à examiner. » Et d'un air de triomphe, le président laissa échapper ces mots : « Vous voyez, messieurs les jurés I » Que peuvent gagner à ces mutuelles exagérations et à cet antagonisme de la science et de la justice, la dignité de l'un et la vérité de l'autre? Mais les magistrats même qui ont le moins de parti pris n'échappent pas à un certain sentiment de défiance à l'endroit de la médecine légale de la folie. Voici comment s'exprime, à ce sujet, M. le conseiller Ernest Bertrand qui, dans sa remarquable étude [des lois sur les aliénés dans les différents pays, a fait preuve d'un esprit si judicieux, à la fois très-libéral et très-modéré ; et son opinion peut être donnée comme l'opinion moyenne et commune de la magistrature : « J'ai été quatorze ans juge d'ins- « traction à Paris. J'ai eu souvent à faire constater « des cas d'aliénation mentale en cette qualité; « comme juge au tribunal civil et, comme conseil-

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