XVIII INTRODUCTION
« 1er, j'ai eu à statuer sur des demandes d'inter- « diction; je puis donc invoquer ma propre expé- « rience. Il est un fait connu de tous les vieux « magistrats : c'est que, parmi les médecins alié- « nistes, quelques-uns admettent plus facilement « que les autres l'existence de l'aliénation; plusieurs « ont aussi des systèmes. Une des difficultés des « expertises est celle de diviser les experts de ma- '( nière à mettre en présence des médecins de tema pérament différent, pour arriver plus sûrement à « la certitude. » Il est impossible d'exprimer plus finement et avec plus de délicatesse ses scrupules et sa défiance, mais au fond de cette modération même on les retrouve tout entiers.
Il faut cependant que nous nous rendions compte de ce sentiment si général et que nous en fassions notre profit. Ce tempérament différent des médecins, je retiens ce mot heureusement trouvé, a, je l'avoue, quelque chose qui me touche. Il est réel, d'ailleurs, et répond aux craintes que j'exprimais déjà dans cette discussion académique, lorsqu'après avoir rappelé les paroles injustes et cruelles de M. Troplong, j'adjurais les médecins de se garder de donner à ces imputations ironiques le moindre prétexte, et de n'apporter devant la justice, dans les questions de folie, que des opinions solidement établies sur les faits et non des doctrines controversables, bonnes pour exercer les sociétés savantes et défrayer la polémique des écrivains spéciaux. Il est constant que les médecins eux-mêmes ont plus d'une fois compromis la médecine légale, en matière d'aliénation