EXAMEN DIRECT DE L ALIÉNÉ
quels le tube digestif avait fiai par s'accoutumer. D'autres mangeront du plâtre, de la terre et jusqu'à des excréments.
Le sommeil est bien souvent perdu ou du moins trèstix)ublé chez les fous, sui^tout au début de la folie et dans les périodes d'excitation; mais même dans les formes chroniques et à une époque déjà ancienne de la maladie, il peut être troublé par des hallucinations. Cette insomnie est certainement l'un des traits essentiels et aussi la plus grande cause du mauvais état de la santé physique des aliénés ; quelques-uns échappent à ce grave inconvénient, ceux en particulier dont le mal est originel, ou parvenu à la démence complète et terminale qui succède aux formes les plus diverses de la folie.
La myotilité offre aussi des phénomènes importants à noter, les convulsions, les contractures, les paralysies sont fréquentes chez les aliénés ; elles constituent même le caractère fondamental de quelques-unes des formes de la folie, épileptiques, hystériques, paralytiques. Mais en dehors même de ces espèces nettement définies, les troubles de l'innervation motrice ne sont pas rares dans les divei*s genres d'affections mentales. Les convulsions épileptiformes se montrent chez certains alcooliques et dans certaines phases de la paralysie générale; les contractures sont très-fréquentes chez les idiots ; on peut les rencontrer chez certains malades atteints de mélancolie lypémaniaque, et surtout chez des folles hystériques dont certains muscles de la face, des paupières, des lèvres. sont agités de spasmes ou contractés par un rictus qui leur donnent les physionomies les plus étranges. Enfin on sait combien les tics sont fréquents chez les fous. Les paralysies ne sont pas moins communes. Elles sont partielles et localisées à un membre ou à un côté^ liées dans ce cas à des congestions, à des hémorragies cérébrales auxquelles succède si souvent la démence. Quelquefois à la suite d'encéphalites locales elles frappent la vue,« les muscles de l'œil, la langue surtout. Enfin, dans ces cas de plus en plus fréquents aujourd'hui où la moelle épinière est atteinte en même temps que le cerveau, la folie se
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montre compliquée de paralysie avec agitation et alaxie.
Les fondions génésiques îiippellent au plus, haut degré Tatteutioa du médecin légiste chargé d'examiner un aliéné. Au début de presque toutes les formes de la folie on peut dire que les sens sont excités ; cela est constant même dans la pai'alysie générale où l'on voit le délire des grandeurs exagérer chez les malades les prétentions de tout genre et en particulier les désirs et les entreprises erotiques. Mais cette excitation est en général de courte durée et fait place à un aiiaissement des fonctions de cet ordre qui est 1 état habituel et constant de la plupart des aliénés. Il est bien évident qu'il faut à cet égard faire une place à part pour ceux dont la folie est précisément caractérisée par l'excitation maladive et violente des appétits vénériens, le satyriasis et la nymphomanie, mais il importe de prévenir le médecin légiste contre l'erreur fréquente qui consiste à attribuer à des désks erotiques impérieux et non satisfaits les expressions obscènes, les propos orduriers, les actes impudiques échappés à de jeunes filles que lem' caractère et leur éducation sembleraient devoir protéger contre de pareils excès. 11 faut voir là non pas l'expression d'un état physique particulier, mais l'effet de la perversion des facultés morales, la manifestation extérieure plutôt que le fond même de la maladie. Je le répète en ce qui touche les perturbations des fonctions génésiques chez les aliénés, à l'excitation passagère du début, succède un affaiblissement marqué et croissant, l'impuissance rapide chez l'homme et chez la femme une indiflérence qui contraste souvent avec la fureur du délire. Je ne peux terminer en ce qui touche aux fouctions génésiques sans signaler l'intérêt considérable qu'il y a pour l'expert à interroger chez la femme l'état de la menstruation et à tenir très-grand compte de l'existence d'une grossesse, d'un accouchement récent, de l'allaitement, de toutes les circonstances enfin où peut naître ce que l'on a appelé la foUe puerpérale.
Les lésions anatomiques que l'on a du reste bien rarement l'occasion de constater dans les expertises médico-légales
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concernant la folie, peuvent cependant donner lieu à des considérations importantes et fournir quelques indices rétrospectifs sur Tétat mental d'individus décédés sans qu'on ait pu les examiner de leur vivant. Cela m'est arrivé plusiem*s fois principalement dans des cas de suicide^ où les lésions constatées dans Tencéphale rendaient extrêmement probable sinon certaine, l'existence de la folie chez ceux qui avaient mis fin à leurs jours. Je me rappelle avoir été appelé devant le tribunal de Dreux pour répondre à une question touchant la validité d'une donation faite par une femme déjà avancée en âge qui s'était noyée. On avait trouvé à l'autopsie du cadavre des altérations trèa-pronon* Cées du cerveau, une opacité des méninges, une sérosité trouble très-abondante épanchée dans l'arachnoïde. C'était là, à n'en pas douter, un élément important qui permettait de supposer qu'un organe ainsi atteint de lésions profondes et anciennes ne devait pas fonctionner d'une manière nor* maie, et que les facultés pouvaient avoir été dès longtemps atteintes chez cette femme. Toutefois il faudrait se garder de donner trop d'exteiisioa à cette doctrine. Je citerai plus loin une affaire très-grave où deux opinions absolument contradictoires ont été soutenues avec une très-grande énergie par les médecins les plus capables de fcdre autorité. Mais on ne peut nier qu'il soit d'un réel intérêt pour le médecin légiste d'être éclairé sur les lésions anatomiques que les organes peuvent présenter chez les aliénés.
Il est constant, en efiet, que dans la folie, l'on rencontre fréquemment, surtout dans les formes où la durée de la maladie est le plus prolongée, des altérations nombreuses et profondes du cerveau et de ses enveloppes, et que même, ce qui est plus important, pour un petit nombre de ces formes, les lésions paraissent avoir un caractère de spécificité assez âiarqué et presque constant. Ce dernier fait est capital dans l'histoire nosologique de la folie, car il montre la possibilité d'établir certaines formes de la maladie non-seulement sur l'identité des symptômes, mais encore sur celle des lésions ; cela est bien démontré pour la folie paralytique.
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Mais, d'un autre coté, il faut bien reconnaître que chez les aliénés les plus gravement et les plus anciennement atteints, toute espèce de lésions anatomiques peut faire défaut ; que de plus il n'est pas une seule des altérations observées dans la folie qui n'ait été observée chez des individus dont les facultés étaient restées intactes ; et qu'enfin il n'existe le plus souvent aucun rapport constant et suffisamment établi entre les lésions dont l'encéphale peut être le siège et les formes symptomatiques de la folie. Cependant il est certain que malgré les incontestables progrès réalisés dans ces derniers temps par les études histologiques dont le système nerveux a été l'objet, l'appréciation exacte des altérations du cerveau n'est pas encore arrivée au degré de perfection qui peut permettre de juger définitivement la question des lésions caractéristiques de la folie.
Sous ces réserves il n'est pas sans intérêt de faire cojinattre les diverses espèces d'altérations constatées chez les aliénés. Des lésions variées des os du crâne, des concrétions polypeuses dans le sinus longitudinal, des ossifications de l'arachnoïde, des épanchenients dans la cavité arachnoïdienne, un épaississement avec ou sans opacité de l'arachnoïde, des corpuscules sur cette membrane séreuse, des ecchymoses sous-arachnoïdiennes ; une congestion, une inflammation ou une infiltration de caséine sucrée, des adhérences de cette membrane avec la couche corticale; une congestion des méninges cérébrales et cérébelleuses ; une atrophie des circonvolutions ; diverses altérations de couleur ou de consistance de la couche corticale, la dégénérescence graisseuse des cellules et des tubes nerveux ; une congestion ou une ischémie avec induration ou ramollissement général ou partiel du cerveau, l'oblitération par des caillots des vaisseaux capillaires, dont les parois offrent une incrustation athéromateuse ; une hydropisie avec ou sans dilatation des ventricules, une injection des plexus choroïdes; diverses altérations de la glande pinéale et enfin l'odeur fétide de la substance cérébrale, telles sont les lésions nombreuses mentionnées par les auteurs. Quant
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à leur fréquence relative, ou couroit qu'elle u'aurait d*mijiortance qu'autant qu'on pourrait les grouper et les rattacher à des espèces distinctes.
M. le Dr Auguste Voisin, dans ses conférences cliniques 2)Ur les maladies mentales poursuivies avec succès depuis plusieurs années déjà à l'hospice de la Salpétrière (1), a fait des efforts persévérants pour arriver à la démonstration directe de cette doctrine que la folie est sui*tout une maladie somatique. Il s'est attaché à découvrir les altérations qu'elle produit dans l'intimité de la substance cérébrale, et a pénétré dans cette recherche jusqu'à la cellule cérébrale ellemême.
Pour ce laborieux observateur, il n'existe pas seulement dans la trame du cerveau des aliénés des altérations congeatives consistant en apoplexies, en épanchements d'hématosine et d'hématine dans les gaines lymphatiques, en dilatations des capillaires, en infarctus, en athéromes, en diminution de la quantité du phosphore, il a trouvé dans les cellules cérébrales des lésions de nature nécrobio tique indiquant que le fonctionnement de ces éléments subit de gi-aves atteintes dans là folie. Il convient de faire remarquer que M. Aug. Voisin n'a pas encore constaté ces altérations dans les formes aiguës de la maladie : il les a vu coïncider avec des troubles anciens de l'intelligence. Les altérations des cellules ne se montrent d'ailleurs pas d'une façon égale dans les diverses parties du cerveau. La localisation paraît même différente suivant que le délire est partiel ou général, suivant que le malade a ou n'a pas conscience de son état et (|u'il est ou qu'il n'est pas en démence. Des couches opli- •jues et des circonvolutions pariétales envahies seules dans le délire partiel avec hallucinations, la lésion des cellules s'étend, en même temps que le délire se généralise et s'accroît, aux circonvolutions voisines d'abord et dans le degré le plus avancé de la démence jusqu'aux circonvolutions fron-
(1; Aug. VoiMN, Leçons cliniques recueillies par M- Cowjba [Union médicale), février 1877, p. '289.
84 RÉGLSS GÊNÊRALËB bE L'ËXl>fillTlSE.
taies. M. Voiêin signale enfin la concordance de cefe altérations au point de vue pathogénique avec les expériences thermométriques faites sur l'encéphale par Schiff.
Quelque intéressantes que soient ces recherches et quelque avenir que la science leur réserve, il est impossiWe, quant à présent, il serait même dangereux d'en faire Tapplication à la constatation médico-légale de Tétat mental.
Il ne faut pas au reste se borner à Texamett de Tencéphale : en effet il n'est pas très*rare de rencontrer chez les aliénés dans les autres organes et notamment dans le foie, dans rêsiomac, dans la matrice et dans les différents viscères des lésions profondes qui, ainsi que je Tai dit, ne sont pas àâns Influence sur la forme du délire et sur les déterminations qui en dérivent (1). Chez les suicidés en particulier, chez les mélancoliques, cheî: les hystériques, ces altôratiônâ ont une réelle importance et une incontestable signiflcâtiôfi.