‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 3)Chapitre 27 sur 67 · RÈGLES GÉNÉRALES DE LEXFERTISE · texte numérisé non relu

RÈGLES GÉNÉRALES DE LEXFERTISE

œil exercé quelque chose de tellement saisissant, qu'il est impossible de n'en pas tenir grand compte et qu'il importe que l'expert ne manque jamais de retracer aussi fidèlement que possible dans son rapport, le portrait de l'individu qu'il a eu à examiner. La forme du crâne, l'attitude, le regard, le port de tête, les mouvements partiels des lèvres ou des mains , la sputation fréquente , quoiqu'on puissent dire les sceptiques et les ignorants, donnent à l'habitude extérieure des aliénés un caractère que l'on ne peut ni méconnaître ni oublier et qui constituent sinon des signes certains, du moins des indices sérieux. M. le Dr A. Laurent qui] dans un travail spécial a insisté sur le caractère qu'offre la physionomie des aliénés, a donné comme trait dominant, une désharmonie entre les manifestations fournies par le centre d'action oculaire et par le centre d'action buccal. La coloration et l'état de la peau ajoutent encore à cette physionomie. En général la peau fonctionne mal chez les fous : elle est sèche, terreuse, jaune ; couverte d'une sorte d'enduit visqueux ; d'autres fois, congestionnée, violacée et gonflée parla stase du sang dans les capillah'es. Très-sujette à s'enflammer elle se fendillera ou se couvrira d'éruptions diverses, érythèmes, furoncles surtout, ou d'érosions et d'écaillés. Cet .état s'observe principalement sur les mains et dans les formes dépressives de la folie, et c'est lui qui constitue pour moi dans le plus grand nombre des cas ce que l'on a appelé à tort la pellagre des aliénés. La surface du corps offre assez souvent des traces de blessures et de contusions que les malades se font à eux-mêmes soit dans une intention et dans des tentatives de suicide, soit involontairement dans le paroxysme de leurs accès de fureur comme les morsures profondes et multipliées que présente la laiigue chez les épileptiques, ou comme ces mutilations que l'on observe chez certains maniaques et dont le plus terrible exemple que j'ai vu est celui d'un homme bien connu dans

(1) A. Laurent. Mémoires sur la physionomie des aliénés. {Ânn médico-psychol. 1863.)

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les lettres, Tun des coryphées de la doctriue phalaustérieuue qui, après avoir joué un instant un rôle politique dans les assemblées de 1848, pris de manie aiguë, et maintenu dans ua fauteuil, coupa avec ses dents non-seulement sa langue presque tout entière, mais ses lèvres aussi loin qu'il put les atteindre et les saisir entre ses mâchoires, en crachant les débris sanglant ^^ visage de ceux qui rapprochaient ; et succombant enfin épuisé surtout par la perte de sa salive, spectacle horrible et qui ne peut s'effacer de ma mémoire. D'autres fois les blessures que se font les aliénés ont un autre caractère. Par une sorte de mouvement automatique, fréquent dans la démence et chez certains paralytiques, ils s'écorcheront plus ou moins profondément : j'en ai vu s'arracher des lambeaux de jieau par des tiraillements vio- . lents et presque continuels.

La circulation générale est loin d'olErir les troubles que l'on serait tenté de supposer. Il est tout à fait inexact que le cœur soit souvent le siège de lésions caractérisées dans la folie. On peut le trouver agité par des palpitations, troublé daus son rythme, irrégulier, inégal, intermittent, dans ses battements, et donnant à Tauscultatiou très-habituellement un bruit de souffle chloro-anhémique au pre* mier temps. La teusion artérielle est parfois sensiblement diminuée. Mais le pouls suit le plus ordinairement les mouvements du cœur. Il est quelquefois i*emarquablement ralenti; quelquefois aussi dédoublé. Des recherches sphygmogi'aphiques, intéressantes, ont fourni dans ces derniers temps à un habile et laborieux médecin de la Salpé trière, M. le Dr Auguste Voisin des données que la médecine légale doit mettre à profit, notamment dans le diagnostic de Tépilepsie simulée. La température du corps n'a pas été Tobjet d'études assez exactes et assez complètes ; on peut dire seulement d'une manièi*e générale qu'elle est abaissée dans les formes dépressives et augmentée dans les formes aiguës et paroxystiques.

Les fonctions digeslives sont bien rarement exemptes de troubles chez les aliénés. L'appétit nul dans les formes

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aiguës de la folie, dans Texcès de l'agitatiou aussi bieu que daus le degré le plus avancé de la dépression, est souvent exagéré et surtout perverti dans les formes chroniques. La langue est presque toujours sale et saburrale, Thaleine mauvaise, souvent fétide, la constipation tr^îs-habituelle, parfois opiniâtre.

Le système nerveux n'est pas seulement atteint dans le fonctionnement des facultés intellectuelles et morales dont il est rinstrument, il offre aussi daus ses manifestations physiques les désordres les plus variés. La sensibilité est eu général profondément altérée. Tantôt exagérée jusqu'à la douleur, elle détermine soit un mal de tête avec vertige, éblouissement, bourdonnement d'oreilles, symptômes moins .constants qu'on ne le croirait chez les aliénés, soit des élancements névralgiques, soit une hyperesthésie avec chaleur et brûlure à la psau qui sont très-souvent l'occasion des fausses sensations auxquelles les aliénés sont en proie. Tantôt la sensibilité est au contraire abolie, et rien n'est plus commun que de constater une anesthésie complète dans la folie mélancolique, hypocondriaque, hystérique. C'est cette insensibilité arrivée aux dernières limites qui permet de comprendre et d'expliquer, au moins autant que l'aberration des idées et la surexcitation d'esprits malades, les miracles des convulsionuaires, et ces transports de folie mystique qui à diverses époques, au moyen âge et encore de nos jours, dans tous les pays et jusqu'à l'extrême Orient, se sont reproduits dans ces épidémies dont M. Calmeil a été l'éloquent historien (1). La sensibilité peut encore être pervertie et l'aliéné ne pas distinguer l'impression du chaud de celle du froid par exemple, ou dans les organes des sens, ne plus reconnaître les difiérentes saveurs, et prendre pour aliments des substances inertes ou dégoûtantes. J'ai eu longtemps sous les yeux un maniaque qui ne cessait d'avaler des pierres, des morceaux de bois au passage des-

(1) Calmeil. De la folie considérée ions le point de vue pathologique, philosophique, historique et judiciaire depuis la renaissance des sciences en Europe jusqu'au dix-neuvième siècle. Paris 18 45.

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