‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 3)Chapitre 30 sur 67 · EXAMEN DES FAITS ET CIRCONSTANCES · texte numérisé non relu

EXAMEN DES FAITS ET CIRCONSTANCES

dance à se développer. Cependant on Tobserve aussi, mais très-exceptionnellement, dans l'enfance ; I ) et la démence est trop souvent Tun des tristes apanages de la vieillesse. Quant à rinfluence des tempéraments, elle n'a rien de tout à fait constant ; on doit seulement considérer que l'excès du tempérament bilieux ou mélancolique, de même qu'une grande irritabilité nerveuse et aussi la faiblesse d'esprit ou Toriginalité du caractère comme des causes prédisposantes fort actives. On ne saurait non plus méconnaître Tinfluence des saisons sur l'explosion de la plupart des formes de la folie, et il semble que la maladie éclate plus souvent sous l'action des températures excessives.

Certaines conditions organiques telles que l'établissement et la cessation delà menstruation, l'âge critique même chez les hommes, la grossesse et l'état puerpéral, la convalescence des maladies graves notamment de la fièvre typhoïde et du typhus, la diathèse syphilitique, la terminaison d'affections de l'encéphale, méningites, encéphalites locales, ramollissements, hémorragies cérébrales surtout, l'action lente et prolongée de certaines substances vénéneuses, l'opium, le haschisch, la belladone et par dessus tout l'alcoolisme ; dans un autre ordre les excès de tout genre, la violence des passions, ou les entraves qu'elles rencontrent, les chagrins, les vicissitudes de fortune et enfin l'état général de la société, le mouvement des esprits, les progrès mêmes de la civilisation, les découvertes de la science, les inventions de l'industrie, et principalement dans notre siècle les agitations de la politique contribuent puissamment au développement de la folie. Il faut y joindre aussi l'éducation et principalement l'éducation religieuse qui exalte en général l'imagina- , tion en comprimant les instincts et les penchants les plus naturels. L'imitation est loin d'être sans action ; elle s'exerce quelquefois avec assez de violence pour donner lieu dans certaines conditions de temps et de lieux à une sorte de folie

(!) Brierrb de Boismont, Recherches sur Valiénaiion mentale des enfants {Arin. d'hyg. publ. et de mêd, lég. V série, T. X, v. 363).

88 RÉfiLES PrÉNÉRALES DE l'eXPERTISE.

épidémîque. Ces données étiologiques générales sont importantes à connaître pour l'expert qui aura à en faire Tapplication à chacun des cas individuels qui lui BBront soumis.

Il est indispensable aussi qu'il soit exactement renseigné sur la marche qu'a suivie l'affection mentale, sur sa durée, sur les intermittences qu'elle peut offrir, sur le nombre, la . périodicité, l'enchaînement, les phases diverses et les caractères des attaques antérieures, sur les alternatives d'excitation, de dépression et de rémission plus ou moins franche qui existent dans la folie que Faire t appelait circulaire et à laquelle M. Baillarger a donné le nom plus exact de folie à double forme. La constance avec laquelle se reproduisent dans bien des cas les formes du délire et les actes mêmes qui en dérivent donnent un grand intérêt à ces notions, touchant la marche de la maladie.

Mais ce n'est pas assez pour l'expert de cette sorte d'eaquéte rétrospective, il a encore à se rendre compte de la manière dont se comporte l'aliéné, de ses habitttdês^ de son genre de vie^ de ses occupations. Ceci s'applique partiou* lièrement à ces diverses catégories 'qui, soit qu'ils aient été placés en maisons de santé, soit qu'ils demeiu'ent libres, se livrent à leurs goûts et choisissent leurs occupations de manière à révéler leurs penchants et bien souvent la perversité de leurs instincts et le désordre de leurs facultés affectives. Un ancien militaire aliéné depuis dix-huit ans déjà, après avoir commis trois meurtres dans des accès de fureur homicide, devenu plus calme, avait pour unique occupation dans l'établissement où je l'observais,' de faire la chasse aux petits oiseaux et de les prendre pour leur écraser la tête. Un autre se montrera nu en public, ou vêtu de haillons sordides: tel aliéné se livrera à des travaux qui n'auront ni sens ni portée, à des constructions imaginaires, à des inventions absurdes, à des calculs dépourvus d'objet, à des problèmes insolubles, à des compositions insensées ; tel autre passera son temps à rassembler et à collectionner précieusement des objets sans valeur, quelquefois

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même des débris informes, des immondices même. J'en citerai de bien curieux exemples : mais comment ne pas rappeler dès à présent l'impression saisissante que laisse après elle la lectm'e de ces pages d'une si épouvantable vérité où M. Trélat (1) fait revivre en de fidèles portraits ces fous lucides, fléaux des familles et de la société dont les habitudes, le genre de vie et les occupations ont plus que pour tous les autres aliénés tant de valeur au point de vue de la constatatioi^ médico-légale de Tétat mental. Pour tous c'est la même vanité dans les idées, la même impuissance dans les jugements, la même stérilité dans les moyens, la même insanité dans les actes.

Le genre de vie des aliénés restés libres, est très-intéressant à étudier. Tantôt ils vivent dans un isolement absolu, fuyant toute société, ayant Thorreur du contact des hommes, et l'on peut tenir pour certain qu'ils sont dominé« par quelque idée fixe dans laquelle ils s'absorbent, ou poursuivis par des hallucinations auxquelles ils espèrent échapper dans la solitude. Tantôt ils recherchent le monde, l'éclat, le bruit à la façon de ceux que conduisent les idées de grandeur de la première période de la folie paralytique. D'autres enfin s'adonnent à une vie crapuleuse dans laquelle ils se réfugient parfois poiu» exciter l'énergie de volonté qui leur échappe, ou poiu* engourdir les pensées qui les obsèdent. Les traits varient à l'infini, mais tous concourent pour un observateur attentif et exercé à rendre visibles et nets les caractères de la folie. Il n'est pas jusqu'aux costumes, à l'arrangement des cheveux et de la barbe, aux oripeaux dont ils se font des ornements, qui ne méritent d'être notés chez les aliénés. Mais rien n'est mieux fait pour trahir leur folie qpie la vue des lieux qu'ils habitent. Que de fois au seuil de la chambre d'un fou, nous avons d'un seul coup d œil mesuré tout le désordre de son esprit. Ce n'est pas le moment de retracer ces inventaires à la fois misérables et grotesques, où la fantaisie la plus

(l) Trélat, />« la folie lucide. Paris 1861.

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