‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 3)Chapitre 47 sur 67 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

APPRÉCIATION MÊDIGO-LÉOALE DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE DÉLIRES EXERÇANT SUR LES ACTES DES. INFLUENCES VARIÉES.

J'arrive au troisième des groupes entre lesquels j'ai partagé tous les faits de folie qui peuvent être l'objet de l'apprécialiou médico-légale. Celui-ci comprend toutes les variétés de folie, dans lesquelles il existe des conceptions délirantes, et où le délire général ou partiel exerce sur les actes de l'aliéné une influence directe, mais non absolue, la volonté restant d'ailleurs active.

L'aliéné est en proie à des conceptions délirantes de toute nature, à des idées fixes, des faux jugements qui peuvent bien être pour lui et qui sont en effet souvent des mobiles d'actions insensées; mais c'est par une sorte de déduction

logique, par un enchainement raisonné, sinon raisonnable^ que du délire naissent les actes. La différence est capitale de ce groupe au précédent, dans lequel la volonté impuissante était dominée et entraînée par une impulsion purement instinctive sans délii-e, sans trouble nécessaire des facultés intellectuelles. Il en résulte cette conséquence extrêmement importante au point de vue médico-légal, qu^ les actions des fous délirants étant souvent le résultat bien manifeste de la volonté, conçus et préparés par eux par une opération intérieure qui ne diffère pas essentiellement et en elle-même de celles auxquelles peut se livrer un esprit sain ; il est nécessaire, aux termes mêmes de la loi pénale, de bien établir que l'acte a été commis sous l'influence du délii'e, c'est-à-dire que l'individu soumis à l'examen de l'expert délii'ait au temps de l'action. Chez certains furieux, l'acte lui-même peut suspendre la folie, il peut constituer une sorte de paroxysme extrême, dans lequel le délire s'épuise et après lequel il cesse pour un temps. Les faits de ce genre ne sont pas rares où l'on voit un fou qui vient de commettre un meurtre, éprouver à la vue du sang comme un réveil des facultés affectives, une sorte de crise morale qui éclaire 1 intelligence d'une lueur plus ou moins vive, plus ou moins durable. Pas plus que pour l'effet instantané de la folie impulsive, je n'admets ici de folie transitoire. Mais j'appelle l'attention du médecin légiste sur une difficulté pratique très-réelle et sur l'obligation étroite où il se trouve de reconstituer toujoure l'état mental tel qu'il existait au moment où l'acte incriminé a été commis, et de toujours rattacher celui-ci au délire qui en a été en réalité le principe et l'occasion.

Du reste, il faut reconnaître que le groupe dont il s'agit ici, va nous offrir des types très-ftancs, très-nettement accusés et non plus de ces demi-fous, dont l'état mental est parfois si difficile à déterminer et qui font, comme je l'ai dit, le désespoir de l'expertise médico-légale. Ici nous entrons et nous nous maintenons sur le terrain de la folie commune, avec ses grandes divisions de délire général et de

délire partiel , et ses variétés nettement caractérisées par la nature des conceptions délirantes et par des signes extérieurs, parfois môme par des symptômes physiques qui permettent une appréciation franche et des conclusions positives. Ces types dont les exemples sont si fréquents, sont d'ailleurs peu nombreux , et je les ramènerai à trois principaux: 1° les maniaques atteints de manie aiguë ou chronique ou de folie à double forme; 2^ les monomanes, lypémaniaques et persécutés , qui forment la grande majorité des vrais aliénés; 3* les fous paralytiques, qui, dans une grande partie de la durée de la paralysie générale, se distinguent surtout par le caractère spécial et la marche de leur délire; ajoutons enfin, les somnambules dont Tétat, par le côté médico-légal, doit être rapproché de la folie. Je suivrai d'ailleurs dans Tétude de ces différents types, Tordre que j'ai adopté jusqu'ici et je commencerai par donner sur chacun d'eux, une sorte de résumé sommaire des principaux traits cliniques qui leur sont propres, afin de rap- peler et de fixer les souvenirs des médecins appelés à constater leur état mental et à apprécier les effets de leur délire.

Ifaniaques*

La manie peut être aiguë ou chronique, continue ou intermittente, comme dans la folie circulaire ou à double forme qui doit y être rattachée. Dans tous les cas elle est caractérisée par un délire général. Les indications qu'elle présente au médecin légiste, sont simples et précises. Elle ne peut en effet laisser de doute sur l'incapacité et l'irresponsabilité absolue de ceux qui en sont atteints ; c'est presque uniquement au point de vue de la simulation qu'elle offre pour nous quelque intérêt. Il importe toutefois d'en bien fixer les caractères.

La manie aiguë réalise le tableau le plus complet que l'on puisse imaginer de la folie, par la perversion, le bouleversement de toutes les fonctions de l'entendement, l'incohérence des idées , la violence tumultueuse des actes et cet ensemble que l'on considère dans le monde comme

le type du fou. J*en emprunte le portrait fidèle à cette galerie fouruie par Calmeil, et à laquelle j'ai fait déjà d'utiles emprunts : « Les idées pullulent, se succèdent, se pressent avec une rapidité inconcevable, n'offrant entre elles nulle suite, nulle liaison, nul ensemble. Les mots détachés ne rappellent que des images confuses : la mémoire n'obéissant plus qu'à une excitation maladive évoque péle-méle tous les souvenirs dont l'affluence encombre, pour ainsi dire, le cerveau. La volonté sans cesse entraînée, perd toute espèce de pouvoir, et l'attention incessamment distraite par la nouveauté et la multitude des impressions extérieures et intérieures , ne peut plus se fixer sur aucun objet. Le maniaque passe dans la même seconde de la joie à la tristesse, de la colère à la gaieté , riant , pleurant, tempêtant tout à la fois; ses chants, ses cris, ses gestes tumultueux, sa loquacité intarissable, tout en lui dénonce une violente exaltation des centres nerveux encéphaliques. Les forces physiques sont doublées, triplées, et ne semblent ne devoir jamais s'épuiser. Tel malade va, vient, marche à pas précipités, depuis le matin jusqu'au soir, se livre pendant des semaines et des mois entiei*s aux actes les plus désordonnés sans témoigner la moindre lassitude et sans trouver le repos dans un instant de sommeil. » Les maniaques sont malpropres, ils ont perdu tout sentiment depudeiu:; leurs dispositions affectives sont également modifiées. C'est à peine s'ils reconnaissent , et pour quelques instants seulement, leurs amis et leurs proches. La contrainte qu'on leur oppose, les pousse facilement à la fureur. Ils font entendre des vociférations, des menaces, des injures ; le visage pâle d'ordinaire se colore, les yeux s'injectent, ils sont fixes ou agités de mouvements convulsifs ; l'expression du regard est sinistre, la pupille dilatée, la bouche sèche, ou parfois humectée par un crachotement continuel, ou un écoulement de mousse abondante qui s'écoule d'elle-même ; les mâchoires sont parfois contractées, parfois il y a du grincement de dents; les mouvements sont tellement désordonnés qu'il faut le plus souvent maintenir les malades. La

voix fatiguée se casse, devient rauque, s'affaiblit, s'éteint même quelquefois complètement. Il n'y a d'aillem-s le plus souvent pas de fièvre, mais l'amaigrissement se prononce assez vite, la peau prend une teinte basanée. Cette exaltation maniaque accompagne en général l'invasion de la folie, mais au bout d'un certain temps, elle fait place à un élatplus calme; rarement elle est suivie d'un retour durable à la raison ; plus souvent, après plusieurs alternatives d'agitation et d'apaisement, elle est remplacée, soit par un délire général chronique, soit par Tune des variétés du délire partiel, oii enfin elle constitue le premier paroxysme de cette folie à double forme ^ dont le cercle fatal est formé par des alternatives d'excitation maniaque, de dépression mélancolique et de retour à la raison.

La manie chronique diffère de l'état qup je viens de décrire par l'absence de l'agitation musculaire et des paroxysmes de fureur, mais le délire est également général et presque constant. Il se manifeste surtout par des divagations inco* hérentes, au milieu desquelles on a bien souvent de la peine à démêler l'idée la plus simple. Dans certains cas il y a, en apparence, un peu plus de suite dans les actes intellectuels, mais les jugements les plus faux, les appréciations les plus erronées montrent bien le désordre de l'esprit. Il est fréquent, chez les malades de cette catégorie, d'observer des hallucinations ou des illusions sensoriales presque incessantes qui deviennent le point de départ de la plupart des conceptions délirantes. Tous les instincts, tous les penchants peuvent être pervertis. C'est chez les maniaques atteints de délire chronique, que l'on voit ces goûts dépravés qui les portent à avaler, sans répugnance, les matières les plus grossières et les plus dégoûtantes. La santé générale peut d'ailleurs rester très-bonne, l'appétit régulier, le sommeil souvent assez calme et l'embonpoint satisfaisant. De temps en temps, il survient des retoiu's d'agitation ou de fuyeur; ces paroxysmes sont de courte durée et le pauvre maniaque retombe dans Je cercle chaque jour plus étroit et plus infFanchissable du délire chronique et incurable auquel

il est eu proie, ou fiuit, ce qui est la terminaison la plus rare, par arriver à un état de démence complète.

La manie chronique ne se montre pas toujours et d'emblée aussi complète, et le délire, bien que général eu ce sens que ses manifestations portent sur toutes les fonctions de Tentendement, peut n'être ni aussi étendu, ni aussi continu que dans la forme de manie que je viens de décrire. Les facultés affectives peuvent aussi n'être pas tout à fait abolies. Elle est un produit ordinaire de l'hérédité, et se développe surtout chez des individus d'une intelligence bornée, mais qui ne deviennent fous qu'à une époque plus ou moins avancée de leur vie. Ils commencent par avoir des accès plus ou moins fréquents de colère et d'emportement, accompagnés de pleurs et de cris durant lesquels ils injurient et frappent les personnes qui les entourent et leurs parents euxmêmes. Us deviennent bientôt incohérents dans lem*s idées et dans leur langage; des conceptions délirantes, des hallui nations surviennent et persistent ; l'un se plaint que sa mère lui a ôté son cœur depuis plus de quatre ans ; un autre voit des images fantastiques, un géant à cheval sur une comète; les sentiments s'obscurcissent et s'éteignent; le cercle des idées va se rétrécissant de jour en jour ; ils parlent seuls et à haute voix et divaguent sur tous les sujets. Il en est qui s'occupent à des travaux puérils ou absolument stériles; ce sont eux qui font ces peintures ou ces dessins insensés dont j'ai parlé. Il leur est impossible de comprendre ou de suivre aucune explication sérieuse, et leur tête se fatigue très-vite. A part les moments d'agitation, leur physionomie est peu mobile, le regard est terne ou inquiet; leur incapacité est absolue, et souvent ils se laissent eutrainer à des actes de violences, quelquefois à des tentatives irréfléchies de suicide. Cet état ofire pendant plusieurs années des rémissions assez marquées, sur lesquelles, toutefois , il n'est pas permis de compter et qui ne doivent pas rendre moins active la surveillance dont ces malades ont besoin, car elles sont interrompues par de nouveaux accès de délire et de fureur, jusqu'au jour inévitable

Tardiku. — • Folie. 1)

OÙ la marne s^établit dMne manière définitire et compiète.

Tl est clair qne des actes de violenoes coxbhûs par des aliénés en état de fureur maniaque «eront âidlement appréciés par le médecin expert. Mats H etit •oeTtaBieB dkrcoustauces qoi viennent quelqiiefois oeœpliqaa* la situation et la rendre beaucoup phis difficile à juger.

J'ai YU, par exemple, des individus tncnlpés <ie meœirtDe devenir Tous et être pris de manie aigQ6 dans la prison. En laissant de côté la question de simulation qui se pose iastjours d^elle-mSme d'ans des cas pareils, il faut désac^er Tacte criminel commis en pleine ndson de la maladie mentale développée après coup. Un jeune homme âgé de TÎnglsîx ans, terrassier, avait !Eaît, dans un accès de jalousia, des blessures mortelles à son propre frère et à sa concaliiQe. Un mois environ après qu*^ était enfermé à Mazas, il fut pris de délire et transféré à Bicêtre ou l'habile mééecin aux soins duquel il était confié, M. le docteur Félix Voisin, constatait son état en ces termes, vingt-cinq jours apiès son entrée : c< Délire aigu svec fièvre et hallucination, est aujourd'hui dans un état assez isatisfaisant, a failli mourir. Ce jeune homme commence à répondre aux questions qu'on lui fait ; mais il me paraît aToir une intcSligence nativement faible, indépendamment de Tattelnte qui n êA kii porter sa grave affection cérébrale. » Six semaines plus tard, ce premier certificat était confirmé par un seoond sdsksi conçu : « Ce malade vient d^chapper à xm déline aigu; il se porte assez bien atgourd'hui quant a^ physique-; ^maas^ son intelligence est encore îaîble et je crois quVâle Ta tofâ- • jours été. » Chargé par la justioe de l'éclairer saar ce cas difficile, je constatais à mon terur qise cet fiidhridu était bien réellement atteint d'aliénation mentale Twm simulée; que la foBe tfavait pas précède xA:ez hri le double crime qu'il avait commis et n'en avait pas été la i5au«e df^terminaiRte; ^qu'elle avait éclats dans la prison, seras ricfluieDoe de k terranir du châtiment. Caractérisée tfabord par njm détice aiga avec hallucinalion €ft accès de fureur, ^le a éègéaésé en un étet de démence qui petciste et ]peut de^^iir incvraUe. J^SÊfOOr^

ICAWIAiQUBS. 195

tais que te malheurmix se pouvait être réiatétgré en prima et qme,queUe fue £ài la maidie ^e devait Buivr^e ultérieurttoeat «a jaaiadie TTtfiBt.alfi, eUe «xig^t eacore des soias qu'il j» pouvait ^eceiHiir que dans uu aeUe ^ciaL

La manie neiét parMs une Sarme intermiXieate et est caracténaée ators par nae suiibe d'attaques plus ou moins la^Dirodiées dans lesquelles le délire reparait avec des car ractères de plus en plus graves pour aboutir en général à k démence. Je ra^^Murterai pins loin un fait de cette uatune extrâmemeniiOttiieux, sur leqpiel M. CaiUnieil et mûi avions été OQBsullés par un juge d'instiuctioa.

J'ai dit déjà que ie délire maniaque constituail. l'une des phases , halâtaeltement la piemiài». de la folie & double fonne. Dans Tua et ra«ktpe cas on peut Juger de Texisteuce autécîeuie de la maoîe ^guë par Tétat de faiblesse intellecteieUe, A'bébêtuàd et de stupeur qui succède ordinaireaaeat à la période d'excitaitioa maniaque et durant laquelle aa observe une grande confusion daus les idées et les souiFenîr&, iieauQoap de vague et de lenteur dans les conccjptions, de la difdculté à se mettre en communication avec les autres, à compr^idre les questions et à y répondre, un J>e8oi][i de salikide et d'inaction.

La fidie à double for nae a parfois des caractères encore plus tatucbés. Je n'eu citerai qu'un seul exemple d'autant jplus remarquable, que la description en est Iracée d'après natuite par vue persouue étrangère k l'art et qui me .transmettait des senseignêiDeints sur une dame dont un jiigemeutdu tribunal de ia Seiue, eu date du 28 juin 1860, nous chargeail, MM. Parchappe, Caloieil et moi, de ronslalier l'état meutal en vue d'une demande eu inteidiotion. L'hérédité est^éiaiiUe d'ace maniàre iocantestahle. Le pères'est suiddé. De nombreux témoiiis fOnt constaté les alternatives de trisleaseetdVBScitatâon^de tacitumité et de loquacité.L'und'eux a v« ianniade daus une suiexcitatiou extrânhesavec hallueilUKtîfMt, voyant desgiûbeB tomlier du ciei, deslmes sûxiir des lems, ¥mM^ ajmèê quelfne temps de «éjour dans la mai- ■oa de Cbaini^oo, le mieux «est iatt eeotir et l'on aesypécé

que ce mieux continuerait et que la vie de famille la maintiendrait. La vie de famille a été rendue ; les soins les plus assidus prodigués, et malgré cela, la rechute est arrivée, et cela s'est répété ainsi jusqu'à sept fois. On constate alors un affaiblissement marqué des facultés ; la surexcitation tombe et fait place à une profonde tristesse. En résumé cette dame, que les phases de la maladie font passer par intervalle de l'excitation la plus caractérisée à la lypémauie avec dégoût de la vie, avec tentative de suicide, peut-elle être considérée, même avec la possibilité d'un retour passager à la raison, comme capable de diriger sa personne et d'administrer ses biens? Et l'amélioration même prolongée qui s'est produite durant le septième internement peut-elle faire croire à la guérison ? Enfin peut-on être rassuré pour l'avenir en présence d'une suite de rechutes remontant à plus de vingt ans ? Les experts ne pouvaient hésiter à répondre par la négative à ces questions, qui se poseront et devront être résolues de même dans tous les cas de folie à double forme, l'une des plus graves et des plus fatalement incurables de toutes les variétés de la folie.

Je viens de parler des rémissions qui surviennent dans le délire maniaque et des difficultés d'appréciation qui en naissent; c'est la question tant de fois agitée des intervalles lucides. Elle se présente dans toute sa force à l'occasion des faits de manie intermittente et de folie circulaire. La loi civile, on ne Ta pas oublié, n'admet pas que ces intervalles de raison survenant dans le cours d'un état habituel de démence ou de fureur changent le caractère, la portée et les conséquences de ce dernier au point de vue de la capacité des aliénés. Quant à la responsabilité qui doit être jugée d'après l'état mental au temps de l'action, il est parfois difficile de reconstituer cet état lorsque la maladie mentale présente des intervalles lucides. Le fait que je rapporterai plus loin et qui est relatif à un officier qui avait commis un détournement et chez lequel les intervalles de lucidité les plus francs alternaient avec des accès de fureur maniaque de la plus grande violence, nous a mis aux prises avec

cette grave difficulté. Dans un autre cas, j'ai eu à donner mon avis sur la validité d'un mariage contracté par un fou et attaqué pour défaut de consentement. Le malade avait été interdit sans difficulté ; mais le mariage qui avait eu lieu au Mexique depuis Tinvasion de la maladie, avait été main> tenu par le tribunal comme ayant été célébré dans un intervalle lucide. La Cour était saisie de Tappel. La maladie avait débuté au mois de novembre 1861, par un délire aigu avec fièvre ardente, incohérence, agitation maniaque, tentative de suicide suivis de prostration et de calme relatif survenu seulement le 13 décembre. La folie était encore constatée par de nombreux témoins le 16 décembre suivant et la célébration du mariage avait lieu le 18. Il était établi dans l'enquête que quoique M. N. se trouvât mieux alors, il ne cessa pas pour cela d'être sous l'influence du trouble mental et de présenter des alternatives de délire furieux et de faiblesse ou de docilité enfantine. Un écrit très-important, émané du malade lui-même à la date du 16 décembre 1861, deux jours avant son mariage, dénonce à lui seul la folie, et par sa forme graphique, lignes illisibles, lettres de grandeur inégale, et par les phrases sans suite, le désordre et l'incohérence des idées. Pendant toute la traversée de retour du Mexique en France, on fut obligé de le soumettre à la surveillance la plus rigoureuse pour éviter que, dans un de ces accès de folie qui étaient très-fréquents, il se jetât à la mer. Je le vis peu de temps après son arrivée, à l'occasion de la demande d'interdiction immédiatement formée par sa famille. C'était un homme de cinquante ans, qui toute sa vie avait fait preuve d'une exaltation maladive, et l'explosion de l'affection mentale très-grave qui avait éclaté après un an de séjour au Mexique, avait été dès longtemps préparée par des hallucinations, des extases, des idées mystiques et des périodes, soit d'excitation, soit de tristesse. Des troubles marqués de la myotilité ne laissaient pas de doutes sur l'existence d'une lésion grave et profonde des centres nerveux. Des écrits de lui, très-nombreux et dont quelquesuns étaient intitulés : Confessions d'un aliéné, présentaient

t9B APPRÉCIATION DE GHAQCS MNRB DE FOLIE.

dans des pages prolixes, diffuses, eonvrates sur tontes les marges, ou dans des lettres adressées à nue totie âe personnes, le mélange le plus ineohérent des élans las plus émus et des détails les plus inûgnifiants et le» plus grossiers. II n'arait pas tardé à tomber dans la démeoee la plus prononcée avec affaiblissement de la mémoire et retour ent^nre assez fréquent de l'agitation maniaque. J^aTOoe qu'il me fut impossiNe, dans un état si eonslant, si semUaUe à hii-méme, à marehe si prévue, si ùitale, de trouver place pour un instant lucide durant lequel un consentement intelligent et libre aurait pu être donné par cp malade au mariage qu'on lui avait fait faire le Id décembre 1861 , alors surtout que san état de folie était constaté de la manière la plus explicite et la plus formelle à la veiUe cft am Lendemain du prétendu mariage.

J*ai défà dit d'une manière générale ce que je pensais des intervalles lucides au point de vue de l'appréciation médicolégale de la capacité, et notamment de Tinifluence qu'ils peuvent avoir sur l'opportunité de l'interdictic»! : j'ajouterai en ce qui touche plus particulièrement la manie, que c'est l'tine des formes de la folie dans lesquelles ils peuvent se montrer le pliis fréquemment et avec le plus de oonsistasice. Et en ce qui touche leur signification au point de vue de la responsabilité de l'aliéné, je me rangerai très-vtd(mtiers à l'opinion du grand jurisconsulte qu^a cité M. le docteur Linas (l) dans Texcellente étude très-iieuveet très-complète qu'il a donnée de la lucidité. « II faut pour que les raoataits lucides aifflit une réelle valeur, qu'ils scôent noa pas dour teur et de courte dmrée, mais certains e< eomplets, et soa pas une sîm|^ diminution, une rémission du mal^ eomme dit d^Aguesseau, mais une espèce de guérison passagère, une intermission clairement znarquée^^ entifirement sem- MaM)e au retour de la santé. II faut enfin qu'ils dnrost assez

et); LnrAs. DicUonnairB eMcyclopééiquAdêsseienees inifi£tfai««» articles luXsxsMité et Marne. — Voy. aussi Bïllod. Des intervaBés htefdes ekez

longtemps pour poavohr àosmtst ujie eutiâve certitude du rétabbssemeaBt paiiager de la raisou* > Hor» de cette doctrine, il a'y a que dnte ou ioccartitode pûi&r le soédecin espert, et dans Tappréciatioa de» acte» criiuinel» commis par le» maniapies, sa ceiiscieuce même lui fait uu devoir de ne- pas ItoftâBr la responsabilité de l'aliéaé sur la pos^- Mité douteuse d'une lucidité ioceirtaiue.

Les variétés de la folie qui viennent se ranger dans la catégorie que je vais étudier, ont pour caractère commun et essentiel d*être constituées par un délire partiel; c'est-àdire que les facultés manifestement lésées sur un point, semblent conserver sur tous les autres une intégrité presque complète. L'aliéné dominé par ime idée Sxe est sans cesse ramené dans le cercle de conceptions ' fausses et d*àctes ÎQ sensés que cette idée enfante; et pour le vulgaire qui ne sait pas découvrir Torigine morbide des unes et des autres, la logique des déductions et le calcul qulmplîquent les actes, éloigne le plus souvent tout soupçon de folie. On voit surle-champ quelle gravité particulière acquiert dans la pratique de la médecine légale Tappréciation de ces formes insidieuses de la folie, et quelle attention elle exige de la part de l'expert. C'est en effet pour les fous de cette espèce qu'il rencontre malheureusement le plus de peine à fairo prévaloir les données les plus positives de la science ; c'est parmi eux, je le dis avec autant de conviction que de tristesse, que l'on compte ces exemples déplorables d'erreurs judiciaires qui ont conduit de pauvres malades jusqu'à Jéchafaud.

Aux délires partiels se rattache la question mal posée et mal définie pendant longtemps, mais aujourdlraf mieux comprise, des monomanies qui tenait mie si grande place danslaniédeciBe Mgade de la Mîe. I) hoÈ m gaiABr d^aibord deprendre cette ejq^essioa^ quelque fortuite qu'elle ait faîte, dans son sens étyiEMilofi(]ue étroit. Si bornée que soit la

lésion des facultés, quelque circonscrit que paraisse le trouble delà raison, ce n'est jamais dans un point unique qu elle se renferme. L'idée prédominante se détache sur un fond généralement et primitivement altéré, et le délire partiel n'est que la note la plus élevée du désaccord plus profond qui existe entre les différentes fonctions intellectuelles et morales. D'un autre côté, ainsi que je me suis efforcé de le démontrer dans le chapitre précédent, il importe de ne pas confondre la monomanie, conception délirante, avec Timpulsion instinctive. Si, dans Tune comme dans l'autre, on constate une certaine influence sur les actes, la seconde domine la volonté et l'opprime, tandis que la première Tinspire et la dirige. Les actions des monomanes dérivent de leur idée ûxe ; celles des fous instinctifs sont la conséquence involontaire d'une impulsion irrésistible. Aussi faut-il rayer du cadre des délices partiels, ces prétendues monomanies qui n'ont dû l'existence qu'à une fausse interprétation des faits, et qui, telles que la pyromanie, la kleptomanie, la dipsomanie, attestent non un délire spécial, mais la perversion des instincts. Il en résulte pour le médecin légiste l'obligation de ne pas s'arrêter à la surface et de chercher à l'occasion et au-delà de tout délire partiel le désordre plus ou moins étendu de l'ensemble des facultés en même temps que la preuve de ce fait que, dans la folie monomaniaque comme dans la folie maniaque, les actes des aliénés sont la conséquence directe et portent l'empreinte du délire auqpiel ils sont en proie.

Le plus fréquent des délires partiels, celui qui en résume les principaux caractères, est le délire lypémaniaque, délire triste ou mélancolique auquel appartient le type si bien observé et si heureusement dénommé par M. Lasègue, du délire de persécution (1) qui, s'il ne mérite peut-être pas la part

(1) Lasègue. Mémoire sur le délire des persécutions (Areh. gén. de méd., 4' série, t. XXVII, p. 129). — Bribrrb de Boismont. De la monomanie de persécution au point de vue de la médecine légale. [Ann. d'hyg. puhl el de méd. lég: 1852. 1" série, t. XLVIII, p. 339 )

ICOIfOMAMES, LYPÉMANUQUES, PBBSÉCUl'ÉS. 201

un peu trop large que lui ont faite de récents travaux, mérite du moins l'attention la plus sérieuse du médecin légiste.

La monomanie mélancolique ou lypémanie, née fréquemment sous rinfluence d'un chagrin violent, d'une passion contrariée ou de revers de fortune, conserve presque toujours dans le délire l'empreinte des causes qui l'ont produite et se manifeste surtout par un abattement profond, une tristesse et une terreur que rien ne peut vaincre. Esquirol en a résumé dans un tableau frappant les traits principaux : (( La concentration des pensées rend les actions du mélancolique uniformes et lentes ; il se refuse à tout mouvement, passe ses jours dans la solitude et l'oisiveté; il est habituellement assis les mains croisées, ou bien debout inactif, les bras pendant le long du corps. Il en est qui déchirent leurs mains, l'extrémité des doigts et détruisent les ongles. Tourmenté par le chagrin ou la crainte, l'œil et l'oreille incessamment au guet, pour le lypémaniaque, le jour est sans repos, la nuit sans sommeil et remplie par les rêves les plus sinistres, les plus douloureuses hallucinations. Quelques mélancoliques repoussent opiniâtrement toute nourriture; on en voit qui passent plusieurs jours, même plusieurs semaines sans manger, quoique ayant bien faim, mais retenus par des hallucinations, par des illusions qui enfantent des craintes chimériques. L'un craint le poison, l'autre le déshonneur; celui-ci veut faire pénitence, celui-là croit que s'il mangeait, il compromettrait ses parents ou ses amis; enfin il en est qui espèrent se délivrer de la vie et de ses tourments par labstinence. Le pouls est ordinairement lent, faible, concentré, quelquefois très-dur; la peau est aride, d'une chaleur sèche et quelquefois brûlante; la transpiration est nulle. »

Une place à part a été réservée sous le nom pittoresque d'aliénés gémisseurs, à ces pauvres malades que tourmente le délire panophobique (1).

M) MoREL. Du délire panophobique des aliénés gémisseurs. (Ann. médie. psychol. 5' série, t. VI, p. 321. j

202 AVnÉCSATfOfV H GKAÛOE. OBNRB DE FOUS.

L'idée ftxe du lypémaniaque reflète sûuveut la cause méra& de la folie. Tan^lnt eUe L'agite de ton» les tourmeats. d'un smour maUieiD?eiix, et mérite lie mèWk d'érotaïaaiiie ; tiaifttôt il ser croit atfidut des* siaux les pIuA ft£iifii&, au eza^g^ie ses momâafes sotiffraiwes jusqa'au désespoir profond de la méLaioeafie hypoeendriaque^ de la nosaoïaiiie. Eu butte à des ponrsuites^ duméariquest, se creyaat enviconné d'eaoemis r le nsaUieuireuz ^e saifiit le délice de peirsécutiûii est le pkzs habituellemeut obsédé paf des halluciualiûiis qui sBectesit presqu«r exclusivement le sens de rouïe; il entend nuit et jour des voiic qui le harcèlent, rinsultent, le menacent. Pour échapper à ce supplice,, quelquefois pour se yeagsr, le méLancolique frappe ceux pac L»quds> il se croit persécuté. De là ces meurtres inexplicable,, imprévue que ecHEEunettent de pauvres bâllacioés. poussés à bout par l'obsession d'un enoemi imaginaire. D'autres fois ils se réfugient dans le suieide. Les idées de mort naissent souvent tout à cetip et se réalisent avant qu'on aU pu y mettre obstacle:.. On en trouv^a un exen^ple saisissant dans l'histoire admirablement écrite par M. Motet, d'un pauvre Mexicain que nous avons été charggés d'examiner de concert avec M. Legrand de SauUe et qui,, sous le coup, d'un délire de persécution, véritable modèle du. genre^ plongea son poignard dans le cœur de soo. fils, enfant de dix ans iju'E adorait. Je donnerad plue^ b)in le rapport de ce fait véritablement remarquable. Quelquefois. ces> iodées de moirt se manifestent, soit dans les discours des malades, scûi par des tentativ^es répétées. Mais kx^squ'une îeâs eUes se sont emparées de leur cerveau^ il n*est pas de looyenâ^ pas. <Le ruses 4xu'ite n'^empkMîettt poizr aceocaplir kucs funestes préfets.

Dans quelques cas, la monomanie niélanGoliqueTavét une fonsae'tcniite particisliére et pkMaige les malades dans un état de slM^îdité qui est kr degré le plus éLe¥é diu délise Ijpémaniaque, et qu'a su admirablement détenaÔBtt ei âècadse M. Baillarger. Après quelques heures, quelques jours de maideaigiiât,. «l'aliàoé devient gradiieUemeortcooime saiéaiBii. 11 reste immobile ; ses yeux scm^t largensenlr ouvetlset

«ai pkyaionaniie perd toule ez^essiou ; son iaddfférence pour les objeto extérieurs est comj^te. U ne lépoud plus aux ^uesilioos- qu'où lui fait et semble quelquefois ne pas les eatendrey ou tôeu ses réponses sont lentes^ brèves, iater* rompues par des intervalles de silence. Sa volonté parait suspendue; le malade ne prend aucun soin de propreté; on le lève, on le couche, on le fait manger ; il semble insensible aux excitants les plus énergiques. » Cet état de torpeur se dissipe d'ordinaire spontanément au bout d'un temps plus 00 menus long, et ks malades^ comme sortant d'un rêve, se rappellent tous les détails du délire intérieur auxquds ils ont été soumis^ les halliicinations et les illusions nombreuses qui les transportaient dans un monde imaginaire. Cette fiorme de la lypémanie n'intéresse à vrai dire la médecine lé^e qu'au point de vue de la simulation possible; car dans sa réalité elle exclut toute action, et par suite toute aj^éciation de la capacité et de laresponsabilité*

Il n'en est pas de même de la variété mystique ou religieuse de la mélancolie qui, même de. nos j/ours, n'est pas très-rare. Favorisée par la faiblesse de l'esprit , par les habitudes de dévotion exagérées ou par les études théologiques suivies avec trop d'ardeur, la monomanie religieuse débute en général par des hallucinations de l'ouïe ou de la ▼ue^ que le malade attribue à des visi<ffis, à des apparitions câestes et à des révélations qui lui viennent d'en haut ; tantôt il croit être Dieu lui-même ou son représentant sur la terre. Il tombe alors dans des transports extatiques ou prophétise à tout venant. Plus rarement, il se croit possédé du démon, ou chargé d'exécuter les arrêts de la Divinité et, conduit par la voix qu'il entend sans rekLcbe, il sacrifiera de sa mam obéisnnte les êtres qui lui sont le plus chers.

La BMwaomanie. même en deborsdes haUui^inatMhn? qui proipoquent an memtra, xevét dans certains cas rares laforme lBanelicin«at haaûeîde. EUe fftr^^^fc*^* alors une aberration des fasictioiMi affectives, tdle qu'on la voit chez certaines femmes dans l'état .puerpéral ou durant l'allaitement et de maUieureux mélancoliqiies qui luttent avec déses-

poir, quelquefois avec succès, contre le désir de verser le sang. On se fait difficilement une idée de la violence de la lutte intérieure qui s'établit dans ces esprits malades entre l'idée fixe et la volonté. Beaucoup de faits de ce genre passent inaperçus, beaucoup aussi éclatent en crimes inouïs, auxquels manque seulement la conscience de ceux qui les commettent.

Le délire de persécution prend très-souvent le masque et la couleur des opinions et des passions politiques. Dans les • temps troublés qu'a traversés le siècle où nous vivons, cette variété de la folie mélancolique est devenue de plus en plus commune, c'est à ce titre partout qu'elle a mérité des historiens (1). Les ennemis chimériques en qui l'aliéné voit alors ses persécuteurs, sont le ministre puissant, les diverses autorités, le chef même de l'Etat. Il attiîbue à leur injustice tous les malheurs, toutes les disgrâces dont il se croit atteint. Il les harcèle de ses écrits et de ses plaintes. Il se pose en victime du despotisme, en martyre de la liberté. Il voit sans cesse autour de lui des agents de police ; et son oreille hallucinée recueille en passant dans les rues des paroles qui lui rendent plus sensible encore sa triste position. Bientôt il acquiert la certitude qu'on en veut à ses jours, il entend des balles siffler àses oreilles ou, torture plus eflProyable, croit sentir du poison dans chacun de ses aliments. 11 demande des juges et brave la mort tout en tremblant devant elle à tous les instants de sa vie. J'en citerai les plus frappants exemples. Dans ses nombreuses variétés, la folie triste offre de particulièrement remarquable la profonde conviction, avec laquelle, soit dans les nombreux écrits, soit dans les paroles des aliénés de cette catégorie, se manifeste l'idée fixe qui les poursuit et à laquelle ils obéissent. Ils présentent en outre ce trait commun qui est comme le fond de la folie^ sur lequel se détache telle ou telle conception prédominante, à savoir une dépression générale des facultés intellectuelles, en même temps qu'une concentration habituelle

(1) Lkrravd oï Sacllf. Le délire d^'s pprsécuh'on s. Varis. 1871, in-^v

MONOMANBS, LTPÈUANIAQUBS, PERSÉCUTÉS. 205

de leurs pensées délirantes, et un absolu défaut d'expan» sion, d'où sortent à un instant donné, au moment où on s'y attend le moins, saUs avertissement, sans préparation apparente, des résolutions soudaines à ce qu'il semble, en réalité longtemps mûries, qui se traduisent par des actes violents et parfois irréparables. Je ne connais pas de fous plus abominablement dangereux que les hallucinés , qui répondent par un coup de couteau à une insulte imaginaire, ou qui, de loin, déchargent une arme à feu sur un groupe où ils croient que Ton parle d'eux en termes outrageants.

Mais pour arriver à découvrir le mobile qui les a fait agir, pour faire éclater aux yeux de tous cette folie cachée, ce délire soigneusement dissimulé , cette erreur des sens, qui sont à la fois l'explication et l'excuse de la conduite du pauvre insensé, que d'efforts il faut de la part du médecin expert, que de certitude d'expérience, et que d'habileté dans ses investigations; et tout cela pour échouer bien souvent et pour voir condamner aux galères cet Anglais qui tire à Saint-Omer un coup de feu sur son hôtelier, ou livrer au bourreau Jobard, qui pour satisfaire à la fois son penchant au suicide et ses idées de mysticisme tue cette malheureuse jeune femme assise devant lui au théâtre de Lyon» dans l'espoir trop bien justifié que la sentence des hommes lui donnera la mort en lui laissant le temps de la recevoir en état de grâce. J'ai été plus heureux dans le cas de ce gardien de l'Ecole des beaux-arts qui, rentrant chez lui, rue Saint-Benoit, redescendit les premiers degrés de sou escalier pour frapper mortellement le portier de sa maison. Je réussis à démontrer qu'il s'était cru provoqué par des injures publiques et répétées, et surtout par d'indiscrètes moqueries qui révélaient à tous une maladie secrète dont il était atteint, et qui l'avait plongé dans le plus noir chagrin jusqu'à altérer sa raison. Dans ce cas, une ordonnance de non-lieu reconnut la réalité de la folie.

C'est seulement devant la Cour d'assises, à Pau, que mes efforts, réunis à ceux de MM. Galmeil et Devergie, réussi-

M0190MANE6, LVFÉMANIAQUSS, FBRfiBCUT£«. ^67

étude .apitrofénâie «t à^wœ di»(»96L0ia pkioe d'inlôcét pour ics ToéctecrM légistes ( 1 ) .

JJn 'h^ttfpe lenit •esta^memeiLt icnmuz aosis mcoitre deux aSiénés, ûefm fnères, qni tems éeox &t^ ^.«Bfiro'iB un meurtre tiOQs finfliaefrce de rhattuGioaitifiia. L'iûsloire Àa (premier Temcmte «h mois de jain tô50. Aigé de qaacaiile •et un aas, 3 -s^tait Tdaxié en 1 841 . Il SiV^aSt faut plufikniis métiers, et en dernier lieu il était emploryé 4aas une maison de librairie.

diiscpi^ 1648,ilAv^ £ait pseave d'un ca£actère«dottxel paMMe, mais les «é^éfienieitts poJiitàqiies l'avadeat ibeaucoup fra'ppé. Yerfi le mois 'd'oclobiie 'de cel^e jiaiiiée, il avait iallu r^emfermer dans lammisaa >de 'Samté du docteur Pinel; il se -croytiit poursnivi, s'^entenordailt appeler, noenaoer. M. fiéhier, «dans «on rapport d^inspection^ le «iganalait en «oes termes : Il ^e croit pouTsmTi pair des indiTidns doni; les vois le tourmentent ; il est ardinai^ieiBesit très-tacituame. Un peu avant qu'il ait^é enfenné, son prepiâétûre déclarait que dix fois i^ était venu ie préyeniir ^qu'il voulait quitter la maison parce que tous ses voisins .s'oocmpaient et .parlaient de lui ; ^u'fl «en ^tai^t de méfoia des perfloouies qui passaienl; dans la me. H marchait toujours lia tète Juaissée et d'une manière très-brusque, ayant toujours une grosse canœ. Une fois, il avait dherdhé querelle, siens motif, ii ain des locataires et jTavait ifien^oè I II •éta^ T^ffté am mois «dans l'établissement 'dn'docteizr Pinel qui, dans «a.diéposiition^ dit que cet homme fhii a toiqours paru 4'un canactène -iioux «t qu'il est bien étonné éPapprenâre l'atfte dont il «st Ibuiîtaiiiir. Cet «acte luimAme, le maflade^ dans 4Bam piiemier interrqgtftoû», tout en disaM qu'il v^avmit «fu-UA :soisFVi0a!izriOonfitt.âe oe qui s'était passe, le décriyaâit ^arnsi : ^ J'étais dans ia «chaâibre que faccspe «n-desBBs de la iMostiqne du maockand die vin, tenaaAvnon fosM ponr le ntfbtvj^r; j'âûenleodu qu'on Jn'ailressaitde lautos paotts des itajores ; mon Insil ébôt cbar^

«Ot) Mabil. jBmumIMma $néttiD»^gaks.mr d'Mai meaial de Jeamson — JboiBB EidUBET.. JlnHpoW sur la même affaire. ÇÂnnales ithyg. publ. el ûe méd. %. 2» série, t. XXXTl,> 158 -tft 'Ste.^^-- H. ^mwÊX. iLa

leat à obteoir rAcquiAtemeait d'vi jjeane Jioiiime ée dixneuf aat, âb d'im des pranmecs négocMUti; ée BordejuinL, en proie k une dypéoiaaie ^Koiatiàù. U J¥aîi cdq^ ooaine la secoode Serame de sou fête ane awiipiAfe qw rien ne pouvail; justilier. Ua }Oiu% au moÊoeut da déjenaei::, ii dei* cend dans la saUe .oà la àusaiUa était jéoiûe^ son fusiiL anné à la main et, sans dire un mot, il tue sa iMile-mneii laout portant. Il s'esiait, et après avoir ecré quelque tem^ dass la campagne, il Ta ae livrer; û aroue son crime sans dier* cher à TexpLiqner , et la jvsdce me croit jm pouvoir le traiter comme un aliéné. 11 était cependant évident que ce oaalheureux enlamt a*avait obài qu'aux suggestions de coa dilire ZBékQColwfiiLe. Le jurf devant lequel il aviût été lenroyé Tacqnittait pour cause de démence, et quelqiies mois pk» tard, comme pour iieiidre plus ôciataute encone la £oiie iqai Tavait déjài candiû t au meurtre, il venait m tuer desa projpne main sur la tombe de sa lieile-aDèEe. Notre rapport ee terminait par les conclusions >suivantes qu'U me paxait intéxeesant «de reproduire ici textoeUement : k 1* Noss croyons que HcM^ulpé -J. R. était dans un état d'aliénatim védtaUe lé 10 «io%iemfere iSM au Tuament oà il a conmis uniaeiirtre SUT la personne de sa ibette-inère ; 2'' qu'il sae jimiasait auciinement'de sa v^^loaté d^lKunnae ratsoanable^ltdesonlilHe arbitre, pendant qu'il accomplissait son ad^tenlal, qu''oA ne doit pas lui eaa imputer la responsabiliiédeiaiit la loi; J® qp^ s^il a cessé d'être aliéné presque immédiateanent après le meurtro, il n^a (suilenient œseé pour cela d'être fjtMUnpmé com«D<e par le pâmé aiux différentes affections de l'espdl, notsmm^t à ila mélaooolie-suioidle ; ¥ que, oonséque»nuent, on doit craindre que s il éprouvait nu fOur une m- <^hute, «He ne se mnifeste enoore dluw imaniffr sniaÉeet qu'elle n'eotraîoe, 4;9rame le premier nooès d'aiiénatina, des ^conséquences fildiettses. » Oa a tu «qne nos préirisioas n^avaieBit été qne trop jfoiAiAées. L'enemple de ice jenne hompe a été rapproebé par M. le docteur Moreidn cas de JéaoBon, œ ïéninartste piesque estfaat, iiTwnÉiapiin, moileur et !Eaeurtner , •âosA b asatore moraile a «été foii|et d'nne

étuie .apfrc^ttdîe et d'nae discHsaioii pkâoe d'intérêt jyour les médeciB^ légistes (1).

J3n -h^ttice letit •eKtiémeamt tciirieuz aous mftatre deux àtiénés, drax £ràFe6, qrii «ms éeox <»nA cMmâs un laeiirtre iNSfis rhuSkieiice de ThalluciflultMHi. L'hiataire eu preaûet remonte «a loois de jain 1850. Aigé de qaai9aite*et un aufi^ U is'était Tnarié «en 1841 . U slvbA faut plusseors iinétier&, et en dernier lieu il était employé dans xme maison de librairie.

fQs<;a^ 1648, îSl avai/t fiait pBeaye d'un cacactère doiUL ei paisible, «tais les 'é^énemcMB polijtiqiiies i'avaiaat ibeau^coup frappé. Vers le mois 4'e>ciobre 'de cette aauiée, il avait fallu renfermer dans la anaàeKm «de «anité du dodeur Piœl; il se eroyaît poursuivi, s'-^iteBdaiit «ppaler, mentaoer. M. Bébier, <dan« «on rapport d^inspectîon^ le «iganalaiit en «ces termes : n fie -croit peursum pas* des individns dont les voix le tourmentent ; il estardinatieineat très-taciiiiime. Un peu avant qu^îi «it*été enliM^mo, son propriétaire déclarait que dix fois 3 était venn le préyems* qu'il voulait quitler la maison patrce (jne tous ses voisins «'oocngutient et .parlaient de lui ; <pïSi en était de même des persooajies qui passaient dans la rue. n marchait toujours la tète baissée et d'une n;iani6re très-brusque, ayant toujours une grasse canne. Une fOLs, il a,vait dherdhé querelle, sans motif, À am des locataires et Parvait menaoél U «était resté men mois <dans rétablissement lin 'âecienr Pinel ^ui^ dans -sa .dépesiition, dit qaae cet homme 'hri a teegours paru «d^un canaictène -doux et qu'il est bien étemé ér^prenére Tacte àmt il «st l'juj4;aHir. Cet Acte luimfême, le maSade^ «dans son piemier intarrqgateinft, tout en disant qu'à n^avait ^pi'ua souvenir (Confus de ce qui s'était passe, le -déoriviâit wnsi : ^ J'étais dans ia •chambre que feccnpe an-dessitB de la iMAtiqne du mairchand de vin, tenant mon fmi pour le iiaUQffer; j'aientondu qu'on m'aâressastHie teutes fiffirts des injores ; mon insil étaàX chai^

^ liBUL. ^^mUniûngmMêD^-^gAks^r d'éiai .mental de Jeaiison — Jhnns ËAjJiET. JiBypport sur la même agraire, ÇÂnnales IHvyg. publ. el rSUt méd, Jëg. 2» série, t. XXXH, p, 153 '^ 'WèA — H. BMmn;. ^ vér»é mriiitifimre ifmnmm, {ârni. «iriiKr^Ky»^ 5* «fai^<t. aiU« p. 2âû^)

je l'ai tiré à travers une petite trappe ; on m'a dit que j'avais tué quelqu'un, je donnerais ma vie pour sauver la sienne. J'ai surtout entendu qu'en parlant de ma femme le mot : trou de vache, avait été prononcé. Du reste, dans la rue ou dans la boutique, on m'injurie toujoiu*s et on répète tout haut ce que je pense moi-même dans mon intérieur. » De fait il avait mortellement atteint, d'un coup de feu, un inconnu que la charge avait frappé de haut en bas, traversant la poitrine et le ventre. Depuis quelque temps avant le meurtre, son état de mélancolie avait augmenté. La veille au soir, il s'était plaint d'une vive douleur à la tête. « Quand mes autres commis, disait son patron, parlaient entre eux, il croyait, sans les avoir entendus, qu'il était question de lui et il les apostrophait subitement des mots de lâches, menteurs et autres. C'était un homme qui n'avait pas toujours sa raison, mais rien dans sa personne n'avait pu faire penser qu'il eût pu se porter à l'acte qu'on lui reproche. Il était aimé de tous dans ma maison. )> Combien cela est grave : ce sont de tels hallucinés que l'on garde près de soi, alors qu'une séquestration plus prompte eût évité l'horrible malhem* qui a coûté la vie à un homme. U n'y a pas de caractère doux pour un halluciné.

Mais ce n'est pas tout : cet individu avait un frère qui, dès cette époque, avait présenté des hallucinations de l'ouïe, et qui, deux mois auparavant, avait frappé à coups de bâton une personne qui passait dans la rue. Cet homme, à son tour, devint meurtrier dans les circonstances suivantes : Le 10 août 1853, trois ans après l'homicide commis par son frère aîné, il vivait tranquillement avec sa mère, jouissant de l'estime générale, et ne se faisant remarquer que par ime misanthropie et une taciturnité qui allaient toujours en croissant. Dans la même maison que lui habitait une pauvre veuve avec laquelle il n'avait jamais eu que les meilleures relations. Un matin il frappe à sa porte, entre, met les verrous et, tirant de sa poche un poignard, dit à cette malheureuse : faites votre prière, vous allez mourir. Malgré ses supplications, il se précipite sur elle et la frappe de huit

MONOMANKS, LYPÉUANIAQUES, PBRSÉGUTES. 209

coups violents dont un lui traverae le cœui* ; puis, comme ou accourt aux cris de la victime, il ouvre et, l'arme ensauglantée à la main, il dit d'un air impassible aux personnes gui se précipitent : Je viens d'exécuter la volonté de Dieu qui m'avait chargé dé lui envoyer cette femme : elle n'est souillée d'aucun crime, elle ira droit à lui. J'ai obéi à la voix des prêtres qui, jusqu'aux pieds des autels, m'ordonnaient de tuer et des gens qui, passant près de moi, me disaient : tuez, tuez.

Quel rapprochement douloureux et plein d'enseignements à établir entre ces deux frères que l'hallucination a faits homicides et que la douceiu* apparente de leur caractère et de leurs mœurs rendaient cent fois plus dangereux que les plus furieux. Enfermés tous deux à Bicétre, ils se portent encore parfois à des violences contre leurs gardiens.

Il est une autre forme qu'affectent souvent la folie lypémaniaque et le délire de persécution ; c'est celle de l'empoisonnement supposé. Je ne pourrais dire le nombre de fois où j'ai eu à constater des faits semblables. Une femme âgée de quarante ans, qui avait déjà donné des preuves de folie, allume un fourneau de charbon près du lit de son mari endormi. Celui-ci se réveille, appelle au secours, elle demeure impassible et dit qu'il est ivre ; puis plu? tard, elle se défend en accusant sa fille de lui avoir mis du plomb dans sa soupe. Un honorable confrère de la province m'écrit « qu'une personne de sa clientèle vient de recevoir un petit paquet de pralines, mais les circonstances qui ont accompagné cet envoi, ainsi que des tentatives antérieures, l'autorisent à penser qu'une main criminelle a pu envoyer ces bonbons. Consulté à ce sujet, j'ai conseillé de s'adresser à vous, etc. » Âi-je besoin de dire les motifs qui me rendent singulièrement circonspect à l'égard de semblables missions. Un pauvre homme est tenu en prison pendant plusieurs semaines, sur la dénonciation de sa femme. U y a plus d'un an qu'elle sentait que tout ce qu'elle mangeait l'empoisonnait; elle était faible, sans appétit; toutes les fois que son mari mangeait avec elle, elle souffrait; quand il

Tardicu. — Folie. 14

2M AiPPRtelATKm BB. CHAQUE GBNRE UE FOLIWL

n/étail;pii9]âi, oto net hif. fainaâipag de mali W» mt cartaine 9uu9>80iij nsHÎ cooliinw &i renqpaîianii». Maài iLfcHHBt>ayiB* ter qoxiàiB passe die» nuîis' sam» somixLeil oud troBlUéeft par èu^ caodittmars, qu'elle emteiHl des voix foâ Iii3l paKleaÉ, qpi'^lé a cps^aîr soup pèire mort, se dressBr deiantt.kB en kiiidisaiat que: Bieuite^porddsaeJ H at fidlut IfaaalTafe des iBfensaigeîF puétendue^ easpoîsoBaés faite par M. fioaasîn^ et pao imoi la coastatESÉioa i& Vétaut nsenlaii de cette; fienmie;, pour faire reconnaître Tinnocence du pauvre maak

Je pouiraÎB multiplier œs^ exemples;- j'en câtamÉ xm. deraies si complet et ai reieaxquafile qu'il peut, dispenacr de ttBFutr. aufKre;

UkïB personne qw m'éCaiD inceniise ra/adoreiRie tes plus pvessautes inetanees» pour obtenir usse: s^nse qui la secte de VétaJk de: sou&raiKee oiki la plonge la peiauasian qu'dle est vidiDie d'Uni empofiSQ^aiiement. Elle^ désira sanmettra k mon exanaen quelque» maArèares oa débris dfaGmenJs auxqudb dort se trouver mêlée une substanne maHEadeante qui & Gaah sid^ableisEient aUérè sa santé; s'bffrant àfosKe^tois les;£rais, tous; le» sacni&icesi pouDcoDnjaîlreda nature. etle« vaaa àe la suibstance en questieiL. £t elle ajoate quelques iiDidieatiûns propres. à faire- soupçonner quidle ede peut être. a. 1^ Gelàe substaimce .est d'^auitanb plus peiftle et inévitable çu'en; ne peut en reconnaître la présence pae aiMun goûtparftieitlier; 2* cette substaOiCe' mêlée' ant laid donne à Ik. ejrèmev afirès douaeiou quinze beiures' de repos, une teinte bmme lâen proâoncée. Si oa Dassennible lai CTâme de pâTasieum poita dan» un seul^ en n'enli^«it que la» suofiace, û s'en ècbafye, après quelques jours, une: odeur iaxfeate, asphfjrsiante,. saoa analogie avee^ celle de la crème gâtée. Si en. plaças sus ce pot un tampon de^ linge: blanc en le* eomprirnaat un peu, eetampon est.biea>tottEa:mBsé.e1) teÎBiieiiibinmpflsleaiés^ nations; dans; toute* mw épaisseun Vioicî comment j'ai découvert ee» lastsi Um* jour, pensanib attténuea'le waak, qiee me eausaitL cette substance, j'eue l'idée! ée meMre; poster taufi les; seiesun Htï». de: laàiu Las pxemkss JQUj:9^&BkdBski.y&i obtins du aondâgemea^ maie bientâtt eetlait meiacndât ma-

lada Iftul0& la& fois 9» j'eft tmsv tL jaius. coovaîiMiiA qii'oii y nilak la «Inift wriwtfaiira; j'hésitai donc un Mit à k igmaàn «t sii'vi abstias. L» laBAeniai]^ ma sacfaajtl n ]• 40¥siftlb baise on le jeler^ j'a^mtçub une taîiite hrua» nur la ^Bâflie; le oûlifta était plus fi)ja€è4iielaa bcfdi; j* tt»pai^ ÀpersoiOM de cette ckrooaBlaace et eoatMMiai de aM^fa»l:e pûEitt daa laiL Je le gardai de m&xmt plnBieMCS.£oie d% Miite dii soir «M nmUa , il dUit tcaijoim trà'-blaac b soit lorsque jalfi reoevais,. maia le lendemaia matii^ie retreuvaie tûu* j<Hi]» k teiaâe brane. Alora tous Im. matins, an moye» d caUIer^ je recueillis avec précautioa am fond d'im poi d'un liÉre dk demi à deux litees^ la partie bmne, c^eeUè-dîM la sopecâde de cette crâme^ ai après quelques jours^ il s*eabala 4e ca pot uae odaur a&eose. Pour empéeher l*expaasioii de cette edeur dane ma chambeeL» je repliai ua mevceau de ealicat plusieurs £ûifi sur lui^mâme et le pesai à plat en guis^ de taai{»on smr TcHrifloe du pot ; je mis. una assiette SUT ce tampon pour qu'il adhérât et une pierre de 800 à 1,000 grammes sur l'assiette; mais je ne pus arrêter l'expansion et fus forcée de mettre le pot sur les toits. Après quelques jours le tampon, quoique séparé de la crème par un Intervalle d'une dizaine de centimètres, avait pri» une teinte brune olivâtre ; je n'avais cependant trouvé k ce lait, quand il m'avait rendu malade, aucun goilt étranger. 3° Si le noanche d'une fourchette d'argent e&t enduit de cette substance, on ne l'aperçoit pas sur Targeut, mais aloraelle noircit les doigts et les parties de la main qui touchent la fourchette ; et si^ avec la main ainsi noircie, on touche du pain et on le noiange, l'indispositixia arrive à son heure, quoiqu'on n'ait trouvé au pain que. son goût habituel ; j'ai par malheur acquis à mes dépens la certitude de ce fait* » Quoi de plus significatif qu'un pareil récita où chaque ligne, chaque mot, dénoncent la folie' et où est si vivement exprimé le supplice de ces malheureux hallucioAs qjui se exoieut poursuivis par le poisoa.

En résumé, sous les formes leç plus diversea, la fiilie lypémaniaque, la monomanie mélancolique, le âéUret de

persécutions constituent Tune des variétés les plus importantes de Taliénatiou mentale au point de vue de la médecine légale. L'expert devra avant tout s'attacher à dégager ridée fixe, la fausse conception prédominante qui dirige et explique les actes de l'aliéné. Pour peu qu'il apporte dans son examen une attention suffisante, il reconnadtra qu'il n'existe chez ces malades, ni lésion de la volonté, ni impulsion irrésistible au vrai sens du mot ; mais au contraire, tfue le raisonnement persiste parfois avec une force singulière, avec cette particularité que s'appliquant aux idées les plus fausses ou, conduit par les hallucinations et les illusions des sens, il enfante des déductions à la fois logiques et insensées et, par suite, les actes les plus violents et les plus regrettables. A tous les degrés et dans tous les cas, de tels aliénés sont irresponsables et le médecin peut et doit en toute sécurité de conscience, s'efforcer de les soustraire ù des verdicts de condamnation qui atteindraient, non des criminels, mais des malades dignes de pitié.

Fous paralytiques.

J'ai déjà plus d'une fois dans le cours de cette étude, eu l'occasion de parler de la folie paralytique, notamment en la rattachant à la catégorie des affaiblissements de Tesprif et de la démence secondaire qui en marque la période ultime et le terme. Mais elle intéresse encore le médecin légiste à un tout autre point de vue, dans sa période de début, en raison de la nature du délire qui en est le symptôme habituel, et qui influe directement sur les actes des malades, en raison aussi de la perversion des facultés morales et affectives, qui précède l'explosion de la folie paralytique (i). Quoique ces faits soient aujourd'hui bien connus, il importe, pour mieux faire saisir ses différents aspects de

(l) Bbierrb de Boismont. De la "perversion des facultés morales et aff'eclives dans la période prodromique de la paralysie générale def^ aliénés, au point de vue de la médecine légale (Mémoire lu à l'Académie des Sciences. Février/ 1860). — Trklat, La folie hidde, loc, cit. p. 334 et suiv.).

F0U8 PARALYTIQUB8. 213

tracer ici un tableau succinct des caractères et de la marche progressive de la paralysie générale des aliénés.

Cette affection gui constitue presque une maladie distincto de la folie, est certainement Tunades variétés les plus tranchées et les plus fréquentes de Taliénation mentale. Parmi les causes générales qui en favorisent le plus manifestement le développement, il faut placer en première ligne et bien avant l'hérédité, qui cède le pas ici aux influences personnelles, les habitudes d'ivrognerie, Tabus des travaux do l'esprit, les revers de fortune, les tourments de l'ambition. Plus commune dans les classes élevées, chez les hommes que chez les femmes, c'est vers le terme de l'âge adulte qu'elle se montre. Une observation attentive permet de constater que, à peu près constamment, la folie paralytique est annoncée plusieurs mois, plusieurs années même h l'avance par des phénomènes précurseurs très-caractéristiques. Tantôt une apoplexie subite avec perte de connaissance passagère est le premier signe de la lésion qui atteint l'encéphale, et plusieurs attaques successives précèdent ainsi les phénomènes propres de la paralysie. En même temps le caractère se modifie et ces changements se traduisent principalement par l'exagération des qualités et des défauts, par une susceptibilité, ime irritabUité très-grande, une facilité extrême à se passionner ; quelquefois par une tristesse et une tendance croissante à la mélancolie. La constitution s'afTaiblit par degrés ; le moindre travail cause beaucoup de fatigue; un peu d'engourdissement commence à se faire sentir dans les mains, et lorsque le malade est fatigué ou animé par une discussion, on peut remarquer un très-léger embarras dans la parole. Les pupilles sont inégalement dilatées; les mouvements des membres sont mal assurés. Peu à peu la mémoire s'affaiblit; en écrivant, le malade forme mal les caractères et omet des lettres, des mots entiers. L'esprit est paresseux et impuissant à trouver et à exprimer ses pensées ; quelques aberrations se manifestent dans ses actes. De temps en temps cependant, l'intelligence se réveille et présente même un surcroît d'acti-

tM APPRÉGIATIÛ» BB GiUtfDX CSmiE DE FOLIE.

nté;; tnib «Ue «e tnde pas li retonter dan itâtait ite torpeur Hoii «UekEDC^fQBBqm'va jMr où^ samaBotif iipfawbL, ^AnÊt BM fnnBène i0tUu(M As inauii i^B'^ '^ ^^ dttire lorieiix àvoc lidluciiiartiott ^ dam BeoteiseHl foisi* quM jours, xwemettt plus d\me semtim. A Tîm» de ce pmunpgme, la lénoii des mouvements de ht laaigm «t des mesBitoes m fakde gnœds pnigiiès et le 'détire OBWiiaqae est mmjiBxsê par im délire calme dans lefoel pràdemi&amt 8e plus ordinaiveHicait la idées de gcandenr, âe xieheeee «t d^MDbitien.

A des inientadles firiaiiles in Tont reparaimi une période d\atoit«tioii ^xuraotMsée, seit par des oeorps de sang, «oit par des oonvulsioiiB épileçtiloriiies^ soit serolmnoeit parie retonr de l'agitation et de la fàreor. C'est à ces mcwrements oongestife witn la léte -qa'iil finit rtfttecher œs inffl* trations ecchynKitîqQi» dans le tissu cellulaire des psapières, ces tumeurs sanguines ^gni se dévdoppent enti^ le pénxdiondre et le csrtâlage de l'oreille. 'Chez (pjnsbfoei ma*lades, les accès oonvulsife se repreduismit plusieurs fois par jour et lexcitation se protonge pendant tin temps très-long. Oaais certains cas, la maladie reste statioo&aire durant plusieurs mois ou plusieurs années. Il existe miéme quelqu» ^em|des très-rares de rémissiems assez &«ndbes ei s»ns longues pom* constituer une apparence de gnérison^ et M. Baillarger en a fait jndicieusement ressortir Tintpcav tanoe au p(nnt deTue médico-légal (1). Haas le plos sauvent après chaque pstroxysme le mal fait des jnrogrès. Les facultés intellectuelles s*affkiSK»out de pins en |du&, la ixhuv Ghe devient très-difficile, te «rdix à peine aationiée, le dâîre persisite avec ses mêmes cairaotères. Bientôt les malades ne peuvent plus âtre nm hors de lenra lits; ils ne pcnvait soutenir leur têlè qpi rcn^raûftoe sur la poi^ttine, les jamib^ sont Ificaq^aUes 4e eiqipeaftor le poète «du œr^ les imains, de «aisir et 4e dsrtger les objets , la préhension des ^alxHMits-

(1) BAiLLAiiGBR. Des vimittimv^s prolongées de la paralysie ffênëmls

éllMnAniB^eflt iinposibleet Im dégjkotiâoa ne «'ofim fiai ^'samc «OBeoKliFéBBe dàtRuafliié, les tuoUes sA les tnrioBes eont Bfftrihiifg isi^lentiBEaBieBA. Xje lâêpéafflieiDetft isnèiie 'tem dàoDtffitaie anlâaipte; Jk>iÉe fiOBSÎèttté est éteûrte, toute eqpBoâwi «rteUftcltnflLle:, «marne 'délirantei, a xesié. I)teB.âH jumdes^ des nwcairnefi diaaéiuâsiiBB eiar idi-vierBes jiariifis an imaifm irieBsent Qttmfiiliiqnfir ^sbL état dépioBaMe .auquel Ja mort *vÎ0Dt beoreiifieittettt onettne ua Éerme iDé\âtahhb. la <l[ûlie pBiSBiytài^m «est encontre >caira<iéiâsée par des lésicn» •ooEififtasiles let tloult à fait :s|BédBdeB fqrne les p*eiDner6 iasieiixi •çtd i4mt 4iéciîte Ba^e .( 1-) et iGaimeil ((2/) ont Imôs^esactesiBidt iUftaiû, jcsomme xmt infiaiaota&ion ohrosrique ide 1& .pie^ inàoe «et de la subsrtauae grke du cen^eau, Loue mémngûeacéphalibe diffiase^, .âaiLt il est inutile d'indiquer .ici len dôtaâl les caracftàres QQaiiomiquefi.

Le fiMA {>aralytiqu«L, icanome lovs les autres adâéDés, appa^tieBit À l'dirvestigffibieiL omrédio€Hlégaiev^<>^*fi^fiii^^ dam la périedc temaànale «pu la démeace est complèbe et entraîne «me ipcapacilé n0tûii]e et absotue;; mais enci»e et surtout dans les premières manifestations du délive paralytique et JBhème dans ia période suooivent obscure jet inajperçue qui piéoède TesplDsioa de la folie. La nature spéciale des mo- •difications qui ;8'opàFan4; dans le «cacaotàre et danis les idéeeif eitgfiiidre des actes insensés dontlemcS^ile échappe le gplus fiOu^BOit et .4ui, asRUQit d'iêJore ra^ortés à leiur véritable <aaiaeL, yBuimut isonsoianier la gperte «et la ruine de Itoiute une teimjille. Des «dépeacises ièUes, des «entreiicises ^gi^^tntes- -ques, dtti;anQBp tiens ext]wv»ganteB fHBadtiacanséqaence de cette "Humie âe grandeur^ de 'Ce délké ;ambitiflax qui niet à la dispesiriàon du fan -paraly tique iteaartes /les puissaa&ryeB et (tMLsdesMHBBsde latame. Qireideioislafiollicîtude tardive àm auDB ma rdes pnioohes riéconvi» ie,goiKfibe où de funivxe

, ., Bêlysol JitûaMi»duioenBunL.ÏPBam, JS26.

i%) Caimuiu MeJafiamfysw considérée chee les aliénés, Parifi» ia26. Voy. aussi J. Falret. Hecherches sur la fo'Re paralytique. Thlàse fte Kn», <fSlffi/M l/iteràeuE. fh 'kt :pen*afyak i^éneértfk. Tlièse «ftè «oeimuar», ^ams, ISSA.

216 APPRÉCrATlON DB CHAQUE GENRE DE FOLIE.

malade a déjà englouti sa fortune et son honneur avant qu'on ait rien fait pour le préserver contre lui-même. La justice a vu dans bien des occasions placer sous sa main des individus accusés d'abus de confiance, d'escroquerie, de faux, qui n'étaient autre que des malheureux ayant subi l'influence des premiers effets de la folie paralytique. A un autre point de vue, ces malades peuvent se rendre coupables d'actes de violence dont ils ne sont pas responsables et qui ne doivent être imputés qu'à l'irritabilité et à l'emportement que détermine l'altération profonde de leurs facultés affectives. Incapables de supporter la moindre résistance à leur volonté, persuadés qu'ils ont tout pouvoir, ils se laisseront aller aux injures et aux coups contre ceux qui ne leur obéiront pas avec assez d'empressement. La confiance excessive qu*ils ont en eux-mêmes se traduit aussi fréquemment par des exagérations de puissance virile dont ils voudront donner des preuves répétées outre mesure, soit dans leurs rapports conjugaux, soit à des femmes qu'ils fatigueront de leurs poursuites, ou même qu'ils voudront prendre par force.

Dans tous ces cas, et mal gré l'apparence de raison que conservent ces individus, bien qu'ils gardent dans le monde leur position et leurs habitudes sociales, bien qu'ils continuent l'exercice de leur profession , et quelque prolongée que soit cette période prodromique de l2^ maladie, la paralysie générale que le médecin saura reconnaître et dénoncer, entraîne irrévocablement l'incapacité complète et TiiTesponsabilité absolue de ceux qui en sont atteints. Je ne me crois pas même autorisé par quelques cas exceptionnels sur la nature desquels il est permis de garder quelques doutes, à faire aucune réserve relative aux rémissions qui peuvent se produire dans le coui*s de la folie paralytique. J'en citerai plus loin un exemple qu'il m'a été donné d'observer avec Ferrus et M. Baiilarger. Si de tels faits se produisaient sous une forme assez tranchée, avec des caractères assez décisifs pour qu'on pût les considérer comme un retour à la raison, il n'est pas à craindre qu'un expert

Page 1