EXAMEN DIRECT DE L* ALIÉNÉ
J*ai VU, il y a quelques années, dans la maison de M. le docteur Blanche un aliéné qui a mis à de rudes épreuves et son esprit d'observation et sa constante sollicitude pour ses maladesv C'était im homme encore jeune appartenant à une grande famille valaque, qui se croyait en Lutte aux poursuites de la police autrichienne et entouré de machines électriques en communication avec Vienne qui servaient d'instruments à ses ennemis. lien ressentait à chaque instant, la nuit comme le jour, les secousses incessantes et parfois terribles. Las d'être ainsi tourmenté, il avait cherché à gagner ses gardiens, il avait même été jusqu'à menacer le médecin ; il avait réussi à aiguiser l'extrémité d'une brosse à dents en usant rivoire contre le marbre et s'en était fait une arme très-dangereuse. Enfin il voulut se] laisser mourir de faim, demandant qu'on lui donnât un ciseau et un marteau afin de démolir lui-même le parquet et les cheminées de son appartement, où devaient être cachés les appareils électriques et de mettre ainsi fin à ses souffrances. Ce n'est qu'à force de peines et de soins que l'on réussit à le faire manger ; il avait résisté dix-huit jours, ne prenant que de l'eau et un peu de café noir qu'il préparait lui-même. C'est à ce moment que je le vis avec MM. Blanche et Rayer. Il ne fit aucune difficulté de nous exposer sans réticences tous les détails de ses conceptions délirantes, il concluait qu'il n'avait plus qu'un moyen d'échapper à son supplice, c'était de fréter un navire et de se réfugier dans une île déserte; et encore n'était-il pas certain qu'à l'aide d'un câble sous-marin les courants électriques dirigés par ses bourreaux ne vinssent pas un jour l'y atteindre. Certes la folie chez ce malade était complète, mais l'idée prédominante qui depuis plusieurs mois le tourmentait et qui pouvait le conduire aux actes les plus funestes avait pour point de départ les hallucinations du toucher. Celles-ci peuvent parfois en raison de leur siège entraîner des déterminations particulières qu'il est bon de signaler. Je veux parler principalement de celles qui existent du côté des organes sexuels. J'en ai vu plusieurs exemples, un entre autres, dont a bien voulu encore me rendre témoin
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mou habile confrère M. Blanche. Ce malade, assis dans sou fauteuil, se prétendait entouré d'un essaim de génies dont les caresses déterminaient chez lui la plus vive excitation erotique et les plus complètes jouissances. La surveillance continue dont il était Tobjet ne lui eût pas permis de dissimuler des attouchements moins immatériels et Ton ne pouvait douter que Thallucination seule fut l'origine des sensations qu'il éprouvait. Il est facile de comprendre que, livré h lui-même, cet aliéné, ou aurait abusé de lui, ou se serait livré à quelque attentat sur les femmes qu'il aurait trouvées à sa portée. C'est surtout par cette influence sur les actes que les hallucinations intéressent la médecine légale:
Mais il est d'autres genres de troubles des fonctions sen- , soriales. Les sensations fausses ont leur siège dans les organes ihternes et tiennent le milieu entre les hallucinations et les illusions des sens ; on les a appelées hallucinations viscérales. Tantôt elles n*ont lem* source que dans les conceptions d'un cerveau malade ; le plus souvent au contraire elles ont leur point de départ dans un état particulier, une affection organique des viscères. Ce point curieux de Thistoire de la folie a été bien traité dans la dissertation inaugurale de M. le docteur Rota ([} qui a cité d'intéressants exemples de l'influence qu'exercent les lésions organiques, autres que les lésions de l'encéphale sur les manifestations et les formes du délire. C'est ainsi que dans certains cas les malades supposent la présence d'animaux ou de corps étrangers dans l'estomac, la poitrine, la matrice ; que dans d'autres une tumeur cancéreuse, des hémorrhoïdes, des entozoaires donnent lieu aux sensations les plus fausses et font croire à des monstres, à des démons, à des appareils électriques cachés dans les profondeurs du corps. Enfin les besoins naturels peuvent devenir la source des aberrations les plus graves de l'imagination. La faim chez une pauvre religieuse hallucinée se transformait pour elle eu une meute
(l) X. BoTA. De rinfluence des Icsions p/iysitjues et des affections organiques svr la forme du délire chez les aliénés. Thèses de Paris 1847.