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(le cliiens dévorants qui lui rongeaient Testomac ; les désirs vénériens enfantent les rêves des incubes et des succubes. J'ai cité ailleurs (1), à roccasion des fausses grossesses, des faits extrêmement curieux de femmes folles qui, étant enceintes, jse persuadaient qu elles avaient dans le ventre des animaux à qui elles attribuaient les mouvements de Tenfant qu'elles portaient dans leur sein.
Il me reste à dire un dernier mot des illusions semorlales confondues à tort avec les hallucinations qu'elles accompagnent souvent. Les bruits les plus divers sont interprétés par les malades dans le sens de leur délire ; pris pour des voix, pour des plaintes, des injures, ils s'ajoutent aux hallucinations de Touïe. De même les illusions de la vue dont quelques-unes sont conformes aux lois de la physique, transforment les objets, les figures, les personnes, les lieux euxmêmes au gré des idées dominantes de l'aliéné. C'est à ce genre d'illusion, qu il faut rapporter ces erreurs si curieuses sur la grandeur et la nature des objets, et cette croyance que l'on observe chez quelques aliénés qu'ils sont changés en animaux et que leur coi'ps est emporté violemment à de gmndes distances. Quelques-uns croient à une sorte de dédoublement de leurs personnes; ils assistent à leurs propres faits et gestes comme s'ils étaient ceux d'un autre. J'ai vu avec M. Baillarger un jeune homme chez lequel cette singulière erreur avait fini par produire un véritable dégoût de la vie et une tendance funeste au suicide, qui se terminèrent heureusement par la guérison.
J'ai dit déjà et il est facile de se figurer à quelles illusions nombreuses peuvent se prêter les sensations olfactives et guslatives. Ces erreurs des malades qui croient sentir le poison dans tous leurs aliments, ont surtout les plus fâcheuses conséquences. Les uns vivant dans une perpétuelle défiance se refusent à manger ou se condamnent quand ils sont libres
(1) A. Tardiet'. Etude médico-légale sur Vavortement, suivie d' observations et recherches pour sei^ir à l'histoire médico-légale des grossesses fausses et simulées. 3* édit. Paris 1868.
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aux plus cruelles épreuves. J'en ai connu un qui tous les jours changeait de lieu où il allait chercher ses repas, et choisissait de préférence les plus obscurs et ceux du plus bas étage où il pouvait espérer de n'être ni reconnu ni poursuivi. Un autre se réduisait h ne prendre que des œufs cuits par lui-même sans sel, et de l'eau puisée aux fontaines publiques avec du pain acheté au hasard, afin d'éviter le poison. Il en est d'autres qui vont dénoncer à la police, j'en ai cité un grand nombre d'exemples, avec un cortège de preuves bien fait pour tromper lés personnes les plus éclairées, des empoisonnements qu'ils accusent leurs parents, leurs amis, leurs domestiques de méditer froidement et d'exécuter au sein du foyer domestique avec la plus détestable persévérance. Ils ont dans la bouche le goût persistant du poison, qui ne leur permet pas de douter du crime dont ils se disent victimes. J'ai rapporté le cas d'un pauvre homme ainsi dénoncé par sa femme et qui, après être resté en prison pendant trois semaines, n'a dû d'être remis en liberté qu'au rapport dans lequel M. Roussin et moi avons pu démontrer l'innocence du mari et la folie de la femme.
Le caractère général et essentiel des hallucinations> des fausses sensations et des illusions sensoriales symptômatiques de la folie est, on le voit, de servir d'aliments au délii'e et de base aux faux jugements et aux idées fixes des aliénés. Il en résulte qu'elles ont une grande influence sur la forme même du délire, et que, s'ajoutant les unes aux autres, elles engendrent et entretiennent dans le cerveau des malades une série de conceptions et d'idées erronées qui constituent la plupart des folies partielles.
En résumé, en ce qui touche l'examen de l'état mental, le médecin légiste se rappellera et j'emprunte les termes mêmes de la poposition à l'un des maîtres de la science aliénîste, M. Calmeil,que les hallucinations, les fausses sensations, les idées erronées, les faux jugements, l'aliénation des facultés morales, le désordre de la volonté constituent les éléments principaux de la folie.
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Examen de Pétat physique.
Bien que rexamen de Tétat mental doit appeler plus spécialement Tattention de l'expert, il aurait grand tort de négliger l'examen de l'état physique de TaUéné qui est, particulièrement au point de vue de la médecine légale, la source d'iûdications extrêmement précieuses; car, ainsi que je crois l'avoir fait entrevoir déjà, elle peut dans bien des cas mettre le médecin sur la voie de la simulation et l'aider à la découvrir.
Ces symptômes physiques de la folie ont été longtemps laissés dans l'ombre. Aujourd'hui, grâce aux progrès de la physiologie, grâce surtout à l'introduction plus complète des méthodes et des procédés de l'observation clinique dans l'étude des maladies mentales, on est disposé à leur restituer la place qui leur appartient dans l'examen des aliénés. Il serait injuste dé ne pas en attribuer en partie le mérite à M. Sauze de Marseille (1) qui a mis mieux que personne en lumière la véritable importance des phénomènes physiques qui accompagnent le plus souvent la folie.
Ceux-ci ne sont ni constants, ni toujours les mêmes dans les diverses formes des affections mentales, et s'il est permis de rattacher tel ou tel symptôme physique plus spécialement à telle ou telle espèce d'aliénation, comme l'inégalité des pupilles à la paralysie générale par exemple, il est plus exact et il suffit de constater que la santé est fréquemment troublée chez l'aliéné, en même temps que les fonctions intellectuelle^ et morales, et que dans presque toutes les formes de la folie les différentes fonctions physiques peuvent être plus ou moins profondément troublées. Je passerai successivement en revue celles qui doivent être plus spécialement l'objet des remarques du médecin expert.
V aspect extérieur de l'aliéné^ sa physionomie générale qui sonl, à vrai dire, plutôt le reflet de son état mental, que le résultat de ses dispositious physiques, ont cependant pour un
(1) A. Sauze, Eludes niédico-psychologiqites sur la folie. Paris 1862.
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œil ftxom^ quelque choso de tolleinent saisissant, qu'il est impossible de n'en pas tenir grand compte et qu'il importe que Texpert ne manque jamais de retracer aussi fidèlement que possible dans son rapport, le portrait de l'individu qu'il a eu à examiner^ La forme. du -crilne, l'attitude, le regard, le port de tête, les mouvements partiels des lèvres ou des mains , la sputaliou fréquente , quoiqu'en puissent dire les sceptiques et les ignorants, donnent à l'habitude extérieure des aliénés un caractère que l'on ne peut ni méconnaître ni ou1)lier et qui constituent sinon des signes certains, du moins des indices sérieux. M. le Dr A. Laurent qui] dans un travail spécial a insisté sur le caractère qu'offre la physionomie des aliénés, a donné comme trait dominant, une désharmouie entre les manifestations fom*nicis par le centre d'action oculaire et par le centre d'action buccid. La coloration et l'état de la peau ajoutent encore à cotte physionomie. En général la peau fonctionne mal chez les fous : elle est sèche, terreuse, jaune ; couverte d'une sorte d'enduit visqueux ; d'autres fois, congestionnée, violacée et gonflée parla stase du sang dans les capillaires. Très-sujette à s'enflammer elle se fendillera ou se couvrira d'éruptions diverses, éry thèmes, furoncles surtout, pu d'érosions et d'écaillés. Cet état s'observe principalement sur les mains et dans les formes dépressives de la folie, et c'est lui qui constitue pour moi dans le plus grand nombre des Cas ce que l'on a appelé à tort la pellagre des aliénés. La surface du corps offre assez souvent des traces de blessures et do contusions que les malades se font à eux-mêmes soit dans une intention et dans des tentatives de suicide*, soit involontairement dans le paroxysme de leurs accès de fureur comme les morsures profondes et multipliées que présente la langue chez les épilep tiques, ou comme ces mutilations que Ton observe chez certains maniaques et dont le plus terrible exemple que j'ai vu est celui d'un homme bien connu dans
(I) A. Laurent. Mémoires sur la physionomie des aliénés^ {Ann. médico-psychol. 1863.)
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les lettres, Tun des coryphées de la doctrine phalanstérieune (jui, après avoir joué un instant un rôle politique dans les assemblées de 1848, pris de manie aiguë, et maintenu dans un fauteuil, coupa avec ses dents non-seulement sa langue presque tout entière, mais ses lèvres aussi loin qu'il put les atteindre et les saisir entre ses mâchoires, en crachant les débris sanglants, au visage de ceux qui rapprochaient; et succombant enfin épuisé surtout par la perte de sa salive, spectacle horrible et qui ne peut s'effacer de ma mémoire. D'autres fois les blessures que se font les aUénés ont un autre caractère. Par une sorte de mouvement automatique, fréquent dans la démence et chez certains paralytiques, ils s'écorcheront plus ou moins profondément : j'en ai vu s'arracher des lambeaux de peau par des tiraillements violents et presque continuels.
La circulation générale est loin d'offrir les troubles que l'on serait tenté de supposer. îl est tout à fait inexact que le cœur soit souvent le siège de lésions caractérisées dans la folie. On peut le trouver agité par des palpitations, troublé dans son rythme, irréguLier, inégal, intermittent, dans ses battements, et donnant à l'auscultation très-habituellement un bruit de souffle chloro-anhémique au premier temps. La tension artérielle est parfois sensiblement diminuée. Mais le pouls suit le plus ordinairement les mouvements du cœur. Il est quelquefois remarquablement ralenti; quelquefois aussi dédoublé. Des recherches sphygmographiques, intéressantes, ont fourni dans ces derniers temps à un habile et laborieux médecin de la Salpétrière, M. le Dr Auguste Voisin des données que la médecine légale doit mettre à profit, notamment dans le diagnostic de Tépilepsie simulée. La température du corps n'a pas été • l'objet d'études assez exactes et assez complètes ; on peut dire seulement d'une manière générale qu'elle est abaissée dans les formes dépressives et augmentée dans les formes aiguës et pai'oxy s tiques.
Les fonctions digestives sont bien rarement exemptes de ti-oubles chez les aliénés. L'appétit nul dans les formes
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aiguës do la folie, dans Texcès de ra|j;itatioii aussi bien que dans le degré le plus avancé de là dépression, est souvent exagéré et surtout perverti dans les formes chroniquies. La langue est presque toujours sale et saburrale, l'haleine mauvaise, souvent fétide, la constipation très-habituelle, parfois opiniâtre.
ÎjB système nerveux n'est pas seulement atteint dans le fonctionnement des facultés intellectuelles et morales dont il est l'instrument, il offre aussi dans ses manifestations physiques les désordres les plus variés. La sensibilité est en général profondément altérée. Tantôt exagérée jusqu'à la douleur, elle détermine soit un mal de tête avec vertige, éblouissement, bourdonnement d'oreilles, symptômes moias constants qu'on ne le croirait chez les aliénés, soit des élancements névralgiques, soit une hyperesthésie avec chaleur et brûlure à la p3au qui sont très-souvent l'occasion des fausses sensations auxquelles les aliénés sont en proie. Tantôt la sensibilité est au contraire abolie, et rien n'est plus commun que de constater une auesthésie complète dans la folie mélancolique, hypocondriaque, hystérique. C'est cette insensibilité arrivée aux dernières limites qui permet de comprendre et d'expliquer, au moins autant que l'aberration des idées et la surexcitation d'esprits malades, les miracles des convulsiounaires, et ces transports de folie mystique qui à diverses époques, au moyen âge et encore de nos jours, dans tous les pays et jusqu'à l'extrême Orient, se sont reproduits dans ces épidémies dont M. Calmeil a été l'éloquent historien (i). La sensibilité peut encore être pervertie et l'aliéné ne pas distinguer l'impression du chaud de celle du froid par exemple, ou dans les organes des sens, ne plus reconnaître les difiérentes saveurs, et prendre pour aliments des substances inertes ou dégoûtantes. J'ai eu longtemps sous les yeux un maniaque qui ne cessait d'avaler des pierres, des niorceaux de bois au passage des-
(1) Calmeil, De la folie considérée sons le point de vue pathologique, philosophique, historique et judiciaire depuis la renaissance des sciences en Europe jusqu'au dix-neuvième siècle. Paris 1845.