‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 4)Chapitre 38 sur 76 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

\PPBÉCIATI0N MKHICO-LÉGALE DES ESPÈCES DE FOLIE C\R\fiTBRI8ÉES

PAR LA FAIBLESSE d' ESPRIT

La faiblesse d'esprit, c'est-à-dire la perte complète ou incomplète des facultés intellectuelles d*où dérivent l'incapacité et l'irresponsabilité, caractérisent ce premier groupe où \iennent se ranger, sous des types distincts et à des degrés divers, les déments, les idiots, les imbéciles, les faible^d'esprit auxquels il faut ajouter, en raison de leur double infirmité physique et morale, les soiu^ds-muets et eu égard au trouble qui se produit dans l'état mental aux derniers moments de la vie, les moribonds. Avant d'entrer dans l'étude de ces différents types que je vais passer en revue lour-à-tour, je dois rappeler que tout l'effort de l'expert doit tendre à trouver par un examen attentif et bien dirigé la place que doit occuper dans chacun des groupes Tindividn sur lequel il est appelé h se prononcer.

Démence

La démence, si on restitue à ce mot le sens propre qui lui appartient dans le langage de la médecine aliénîste, con-

siste dans raffaiblissement graduel et progressif et par V^bolition plus ou moins complète des facultés intellectuelles et affectives. Elle est tantôt primitive et simple, et résulte alors soit des progrès de Tàge, soit d'excès, soit de fati^es ou de misères physiques et morales, tantôt secondaire et consécutive à des affections cérébrales diverses, encéphalite locale, ramollissement, hémorrhagie ; elle se montre enfin comme le terme ordinaire, l'aboutissant fatal^ si Ton peut ainsi parler, des différentes formes de la folie et en particulier de la manie chronique, des monomanies, de la paralysie générale, de Tépilepsie et de la folie épileptique. On voit quelle large place appartient à la démence dans Tétude des maladies mentales et, par suite, combien seront fréquentes les occasions qu'aura le médecin légiste de les rencontrer dans les expertises concernant la constatation de l'état intellectuel. Il convient à ce titre d'en donner un aperçu succinct.

La démence, lorsqu'elle est simple et exempte de complications, s'annonce d'ordinaire soit par un affaiblissement général de l'intelligence, soit par une diminution graduelle de Tune des facultés et principalement de la mémoire. Quelquefois, sm*tout chez les vieillards, elle est précédée parune excitation trompeuse à laquelle succède brusquement l'abolition de toute activité intellectuelle. Dans certains eas l'affaiblissement de Tintelligence est à peine sensible; il£&ut bien connaître le malade et le comparer soigneusement à lui-même pour soupçonner une lésion mentale grave. On n'aperçoit pas de lacunes dans les idées, mais les opérations intellectuelles sont lentes, la mémoire ne va plus au devant de l'expression, les pensées ne s'enchaînent plus comme par le passé. Le monde n'offre plus le même attrait, les passions s'éteignent, les affections les plus naturelles et les plus chères s'oblitèrent. Il se fait dans l'ensemble des habitudes ime révolution dont le malade s'afflige sans se l'expliquer. Les progrès de cette déchéance intellectuelle et morale sont d'ailleurs assez lents. Mais peu à peu la sensibilité s'émousse, tout en semblant parfois s'exagérer, les larmes

DÉMBNGE. 109

sont faciles et fréquentes, mais les impressions s'effacent vite, la mémoire s'affaiblit ,'au point que le dément oublie ses propres paroles à mesure qtfil les prononce. Il parle seul et sans discontinuer. Quelques-uns marmottent à Toix basse ou répètent indéfiniment le même mot, le même cri, lé même air; plusieurs se balancent à la même place, adoptent un tic, un geste, une grimace ; les femmes rouleront dans leurs doigts un peloton de fil ou déchireront de petits morceaux de chiffon ; les hommes s'occuperont d'une manière aussi fulilc et paraissent revenus en enfance. |Quelques-un8 marchant sans cesse pârcoureront régulièrement le même espace depuis le matin jusqu'au soir.

A ce tableau dont j'emprunte les principaux traits à M. Calmeil, qui a peint les fous mieux que personne, il convient d'ajouter qu'il est rare que la'perte de l'activité intellectuelle reste bornée à une seule faculté, à un acte isolé de l'entendement. Le plus ordinairement, en effet, la démence arrive jusqu'à la plus complète insensibilité physique et morale ; la physionomie a perdu toute expresssion ou conserve seulement sur les lèvres l'empreinte stéréotypée du somîre le plus insignifiant. La démarche et l'attitude révèlent l'inaction de la volonté. La santé générale se conserve longtemps intacte, et offre parfois un contraste frappant avec la dégradation de l'intelligence et de la sensibilité. Plus tard cependant les forces physiques finissent par s'affaisser comme les forces intellectuelles et morales. Les jambes affaiblies ne peuvent plus porter le poids du corps : les muscles sont perclus plutôt que paralysés ; l'inertie gagne le rectum et la vessie; toutes les fonctions languissent dans un repos forcé jusqu'à ce que, sous l'influence d'une maladie de courte durée, une fluxion dé poitrine, une diarrhée, une gangrène sénile, ou même sans secousse la vie s'éteigne. La marche de là démence diffère nécessairement lorsqu'elle se montre à la suite et comme phase ultime des affections physiques ou mentales que j'ai déjà citées, mais si elle est dans ce cas subordonnée au début à la maladie primitive ou compliquée comme elle de certaines affections telles que la paralysie

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«l'un membre ou de toute une moitié du corps, elle présente au fond les mêmes caractères et la même physionomie.

Une remarque très-importante et qui intéresse particulièrement l'appréciation médico-légale de la démence, c'est qu'elle se complique beaucoup plus souvent qu'on ne le dit et r|u'on ne le croit généralement, d'hallucinations et d'illusions sensoriales qui survivent parfois de la manièi*e la plus singulière à l'abolition presque complète de l'exercice des facultés de l'esprit et des sens. J'ai vu, plus d'une fois, des vieillards, atteints de démence presque complète, tourmentés [lar des lufliucinations et surtout par des illusions des sens. Des ouvriers travaillaient sur un toit en face des fenêtres d'une vieille dame en démence, elle voyait des prêtres, des femmes, des anges qui passaient et repassaient.

Cette dame était en outre en communication avec des personnages imaginaires qu'elle croyait voir autour d'elle. La démence avait été précédée chez elle de plusieurs attaques d'apoplexie. Elle laissait une grande fortune, et sou testament fut attaqué devant les tribunaux comime n'ayant pu être fait par elle eu pleine connaissance de cause. Au cours du procès des avis f iu*ent demandés à plusieurs médecins. Deux questions étaient posées par les héritiers défendeurs, qui soutenaient la validité de l'acte, en ces termes : 1** l'âge avancé de madame T. et les affections dont elle était atteinte ont-ils nécessairement oblitéré son intelligence ; 2* le fait d'une hallucination étant démontré, y a-t-il eu, au point de vue médical, impossibilité de testei*? Il était bien certain que conçues en ces termes généraux les questions ne pouvaient être résolues que par la négative, c'est ce que firent deux collègues éminents, MM. Trousseau cL Lasègue dans une consultation où ils se bornèrent à.dii'e qu'il n'y avait pas dans ces faits la preuve manifeste d'une lésion du cerveau ni d'un ti^ouble complet de l'intelligence. L'ensemble des faits résultant de l'enquête et de la contreenquête n'avait pas été soumis aux deux savants consultants. Il nous conduisit, M. Calnieil et moi, et plus tard M. Parcliappe, à des conclusions contraires.

DÉMENCE. ill

Certains déments sont sujets à de véritables paroxysmes d'excitation, à des accès de délire pendant lesquels ils peuvent se livrer, ou tentent du moins de le faire, à des actes (le violence dont lem- faiblesse physique seule diminue les dangers. Si la plupart sont doux et placides, quelques-uus sont méchants, som*nois et agressifs, ils égratignent les personnes qui les soignent, brisent ou renversent ce qu'on laisse à leur portée, et exigent ainsi certaines précautions jusqu'au jour où la démence devenue complète abolit à la foi« les conceptions vraies ou fausses, les bons comme les mauvais instincts.

La constatation de la démence est généralement facile, et il suffit presque de l'avoir reconnue pom* en déterminer la signification et les conséquences au point de vue médicolégal. Lorsque toute activité, toute initiative intellectuelle ont dispai*u, lorsque tout sentiment est effacé, l'incapacité du dûment est notoire, absolue. Il ne peut ni veiller à ses intérêts, ni diriger ses afiaii'es ou sa propre personne. Il doit être placé en tutelle et interdit.

La seule réserve à faire est pour les cas de démence incomplète, dans lesquels sous la seule influence de l'âge quelques facultés seulement sont plus ou moins affaiblies, mais dans lesquels survivent les sentiments vrais et une dose suffisante dé jugement. L'extrême vieillesse fournit de uoiïibreux exemples de cet affaiblissement qui, s'il rend plus faciles et favorise les suggestions et les captations que la loi a prévues et que la justice saura reconnaître, n'entraine pas cependant d'une manière nécessaire l'impuis- ^*ance de la volonté et l'incapacité d'accomplir certains actes, tels que des donations et des testaments dans les formes et avec les garanties tutélaires que l'on trouve dans nos codes. J'ai été pendant un temps, et comme la plupart de mes confrères, disposé à admettre trop facilement l'incapacité absolue, des déments. Mais les faits et l'expérience sont venus corriger cette doctrine trop étroite, et m'ont appris qu'il était conforme à la vérité et à la justice de ne pas limiter d'mie manière trop tranchée la capacité des déments ; qu'en effet,

lorsque la déchéance intellectuelle et morale n'est pas définitivement consommée, et que toute faculté d'attention, de réflexion et de jugement n'est pas abolie, le médecin légiste ne doit pas admettre l'invalidité radicale de tous les actes accomplis; de même dans ces cas il ne doit pas, à' moins de circonstances particulières, déclarer nécessaires les mesures légales dont j'ai parlé précédemment et en particulier l'interdiction.

Toutefois il ne faut pas perdre de vue que la démence est essentiellement et fatalement incurable, que pour peu que la vie se prolonge, ses progrès inévitables et constants rendront chaque jour plus marqué et dans un temps plus ou moins prochain, complet et définitif l'affaiblissement et l'anéantissement de toutes les facultés. Il arrive ainsi un jour où il devient nécessaire de recourir pour les déments à une surveillance de tous les instants qui n'est pas toujours possible dans toutes les conditions sociales et dans toutes les famiUes, et ne peut être obtenue que dans des établissements spéciaux, et à la nomination d'im administrateur judiciaire ou d'un tuteur. Ces mesures restent d^ailleurs subordonnées k des considérations et à des circonstances qui ne sont pas du ressort du médecin.

L'irresponsabilité des déments n'est pas moins évidente que leur incapacité. Ils peuvent sans s'en rendre compte et sans être dirigés par une volonté active et libre, se livrer à des actes répréhensibles et quelquefois même criminels. J'ai montré ailleurs (1) la nécessité d'interroger toujours aveé soin l'état mental de certains vieillards pris en flagrant délit d'outrages publics à la pudeur, ou, ce qui est plus grave, inculpés d'attentats sur des petites filles. Des actes de violence, de mauvais coups peuvent aussi être l'œuvre de déments qui, même alors que leurs facultés ne sont pas complètement éteintes, doivent, dans le plus grand nombre des cas, être déclarés irresponsables. Il importe toutefois de faire remar-

(1) A. Taruibu. ELude médico-légale sur les alleniats aux mœurs, Pans 1872, 6« édition.

quer que riiTesponsabilité du dément ne sera pas fondée sur le fait d'une impulsion instinctive et irrésistible subie par lui, mais simplement sur rinconscience,sm* Tobscurcisseraent du sens moral et sur le retour à Tenfance qui donne aux act^s mêmes les plus violents un caractère de puérilité.

Je n'ai.pas encore parlé des lésions anatomiques que Ton rencontre ordinairement dans le cerveau des déments, il est indispenssLble pourtant d en dire quelques mots, car à la constatation de ces altérations anajtomiques se rattache une question médico-légale d'une haute importance que j'ai déjà indiquée d'une manière générale, mais qui a plus particulièrement trait à la démence.

Les lésions peuvent, il est vrai, manquer chez des malades qui succombent en état de démence. Mais le plus souvent on en rencontre qui peuvent exiger une attention minutieuse et qui ne consistent qu'en un aspect rugueux de la substance grise des circonvolutions, qui a perdu son aspect poli et a pris une teinte jaunâtre. Les circonvolutions sont plus ou moins atrophiées. L'examen histologique rend seul la lésion nette et appréciable. Le microscope, ainsi que l'a fort bien indiqué (1), Marcé démontre que celle-ci consiste essentiellement en une dégénérescencegraisseuserégressive des cellules et des tubes nerveux, dégénérescence consécutive elle-même à Tincrustation athéromateuse et calcaire des parois des capillaires. Gomme conséquence de ces incrustations, on observe le rétrécissement dejcalibredes petits vaisseaux, puis leur oblitération par des caillots. Le tissu cérébral ne recevant plus le sang nécessaire à sa nutrition est envahi par la stéatose ou transformation graisseuse. Mais outre ces lésions intimes, il en existe de plus apparentes que tous les auteurs ont décrites, telles que l'épanchement d'une quantité notable de sérosité dans l'arachnoïde et dans les ventricules et une infiltration séreuse de la pie mère;

(1) L. V. MAhcÉ, Recherches cliniques et anatomo-pathologiqiies sur a démence sénile et sur les différences qui la séparent de la paralysie générale. Paris, 1863.

Tabpiei'. — Fulie. S

rossification des artères ; et des veines du cerveau; la dilatation des vaisseaux ; Tinjection et la diminution du volume de la substance grise; Tœdème du cerveau; l'affaissement des circonvolutions ou, enfin, d'anciens foyers hémorrhagiques, des traces d'encéphalite locale et de ramollissement.

Que valent ces altérations des organes, eu égard à la détermination de l'état mental? La question que j'ai déjà indiquée d'une manière générale, s'est posée dans un cas particulier de démence d'une façon très-explicite et trèssignificative et a donné lieu à une discussion médicolégale entre des hommes dont le nom et l'autorité m'engagent à reproduire les opinions contradictoires.

Un vieillard de 77 ans mourut au cours d'une instance en interdiction dirigée contre lui ; et, à l'autopsie, trois médecins constatèrent des lésions du cerveau telles que l'engorgement hypertrophique des veines sillonnant la pie mère ; des fausses membranes développées sur l'arachnoïde; un épanchement considérable de sérosité, comprimant les organes cérébraux et enfin le ramollissement de la pulpe cérébrale, et conclurent à une grave et ancienne perturba* lion dans les fonctions intellectuelles. Sur cette base fat intentée une action en nullité de testament et une enquête fut ordonnée. De pins des consultations médicales furent produites par les demandeurs et par les défendeurs.

Les premiers avaient posé à MM. Parchappe, Baillarger et Léger les deux questions suivantes : 1° A quelle maladie cérébrale peuvent être rapportées les altérations constatées? 2* Quel devait être d'après ces altérations l'état actuel du sieur M. durant les derniers temps de sa vie? Les savants experts résumèrent leur opinion dans les conclusions suivantes : (( Les altérations constatées après la mort dans Pencéphale de M. appartiennent pour la plupart, avec une entière évidence, à un état pathologique; aucune d'elles, cependant, ne peut être considérée comme offrant absolument les caractères essentiels à une espèce rigoureusement déterminée ; mais par leur nature et surtout par leur ensemble, elles paraissent devoir être rapportées à la démence sénile.

Parmi ces altérations, il en est plusieui*s, notamment Tépaississement général des membranes cérébrales et Thydropisle extra et intra cérébrale, qui doivent être considérées comme positivement incompatibles avec le fonctionnement normal du cerveau et avec l'intégrité de ses facultés ; par leur nature et leur degré, ces altérations ont dû affecter principalement les fonctions cérébrales dans leur énergie et entraîner l'affaiblissement des facultés intellectuelles et môme de la mptilité volontaire. Si ces altérations encéphaliques se sont rattachées chez le sieur M. au développement de la démence sénile, c'est encore par Taffaiblissement de l'intelligence et de la motilité volontaire qu'ont dû se traduire les principaux effets de l'état morbide. Quant à Tépoque où a dû se produire, sous l'influence des altérations encéphaliques, cette diminution morbide des facultés intellectuelles, il est impossible de la préciser, d'après la considération exclusive de l'état du cerveau après la mort; néanmoins, il est possible d'affirmer d'après la nature môme des altérations pathologiques qui offrent tous les caractères de la chronicité, que l'influence qu'elles ont dû exercer sur les facultés intellectuelles pour les troubler, surtout en les affaiblissant, a dû s'exercer assez longtemps et probablement plusieurs années avant la mort, l'affaiblissement de l'intelligence, leur effet principal, ayant dû se prononcer de plus en plus à mesure que.l'époque de la fin de la vie s'approchait. »

£ies conclusions furent combattues avec ime extrême vivacité dans un mémoire signé par Trousseau, Grisolle, Falret, Follin et M. le professeur Lasègue. t Notre avis formel, explicite, y était-il dit, est que la prétention de déterminer après la mort le degré d'intelligence d'un homme, d'après l'état de son cerveau, et de conclure de la structure des méninges qu'il était apte ou non à choisir ses héritiers, est condamnée d'avance comme un non-sens inqualifiable ; que, dans l'espèce, cet échafaudage d'hypothèses sans cohérence repose non-seulement sur un principe faux, mais sur des faits mal observés et mal interprétés, parce qu'on a confondu les modifications séuiles indépendantes des maladies

il6 APPRÉCIATION DE CHAQUE GENHE DB FOLIB.

cérébrales avec des reliquats d'inflammation et les altérations cadavériques avec des lésions accomplies durant la vie. Les auteurs des procès- verbaux sont eux-mêmes si peu édifiés sur la signification de Tautopsie qu'ils admettent indistinctement, comme pertinemment démontrée, l'existence ou d'une démence sénile, ou d une paralysie gêné-

raie, ou d'une simple obtusion de l'esprit, ou niéme d'un alTaiblissement intellectuel assez peu marqué pour qii'il ne supprime que la possibilité de prendre l'initiative dans une alTaii'e sérieuse. Non-seulement nous repoussons énergiquement ces conclusions contradictoires, mais nous croyons de notre devoir de protester contre une tentative sans précédent et qui, si elle pouvait trouver des imitateurs, compromettrait l'autorité et la dignité de la médecine légale. L'état mental d'un homme se juge par ses paroles et par ses actes ; il relève de l'observation directe du médecin et de l'enquête du magistrat et, dans l'état actuel de la science, il est interdit d'asseoir cette grave décision sur les conjectures d'une autopsie. »

Puisque j'ai choisi cet exemple, je dois, pour en feire sortir les enseignements qu'il contient, donner moi-même une opinion et déclarer que je n'aurais pour ma part signé ni les unes ni les autres de ces conclusions. D'abord parce que je ne trouve pas dans le fait particulier dont il s'agit les constatations anatomiques suffisamment nettes et caractéristiques pour autoriser des déductions positives dans un sens ni dans l'autre, et en second lieu, quant à la théorie développée dans la consultation produite par les défendeurs, parce qu'elle me paraît excessive et beaucoup trop absolue dans sa formé abstraite. Je n'admettrai jamais, ainsi que je l'ai dit déjà, que l'on conclue des lésions du cerveau à l'existence certaine de la démence ou de telle ou telle autre forme de folie ; mais je ne considère pas non plus comme fondé ce mépris souveraiu pour les données que peut fournir au médecin légiste l'autopsie cadavérique du cerveau d'un dément à la condition qu'elle soit complète et conforme à toutes les exigences de la science de nos jours. C'est là, je le répète, un élément qui

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