IDIOTIE
contrées, les microcéphales et les hydrocéphales difièrent des simples idiots à la fois par la nature et par les conditions originelles des difformités physiques et des lésions organiques qui les caractérisent, il n'en est pas moins vrai qu'au point de vue de leur infirmité intellectuelle et morale, ils ne peuvent être séparés du type que j'étudie en ce moment.
Les uns et les autres sont également atteints d'une incapacité radicale et qui ne saurait faire question. Impmssants même à se nourrir, ils ne peuvent à aucun degré diriger leurs actions par la réflexion et sont par cela même aussi irresponsables qu'inconscients. Us peuvent être entrahiés] quelquefois par certaines impulsions instinctives et auront à ce titre leur place marquée dans le groupe qui suivra celui-ci, mais quant àprésent, je dois me borner à faire remarquer que toute fonctionintellectuelleetmoraleleurfaitdéfautetqu'ilsnesont pas plus en état d'agir raisonnablement que dépenser. L'éduc^bilité des idiots, problème que certains hommes, des philosophes, des médecins, (1) guidés par le dévouement et la charité ont poursuivi, à travers des difficultés insurmontables, est tellement bornée, tellementlimitée, que l'on ne parviendra jamais à faire de l'idiot un être qui puisse compter dans la société. On a pu, et c'est un grand pas, c'est un réel bienfait pour les familles qui ont le malheur d'avoir un idiot dans leur sein , apprendre à quelques-uns à se tenir tranquilles, à manger, à* n'être pas un objet de dégoût pour leur entourage, mais si intéressant que soit ce résultat, on reconnaîtra qu'au point de vue du développement intellectuel et moral, et de l'état mental qu'est appelé à juger le médecin expert, il est absolument sans portée.
Ainsi l'idiot est infirme, frappé dès sa naissance dans les sources mêmes et dans les organes de l'intelligence, forcément et fatalement incapable d'un acte réfléchi, et par suite complètement et toujours irresponsable; absolument incu-
(l) FÉLIX Voisin, De l'idiotie. Paris 1863. Analyse psychologique de Veniendemenl humain chez les enfants arriérés, incomplets et hors ligne. Paris 1858. — Séguin, Traitement moral, hygiénique et éducation des idiots. Paris, 1846.
12iJ APPRÉCIATION DE CHAQUE liEiNRB DE FOLIE.
rable et à peine éducable. C'est le dernier degré de misère où puisse tomber rintelligence humaine.
ImbécilUté.
L'imbécillité, tout comme l'idiotie, est un vice originel, une faiblesse radicale et innée des facultés intellectuelles, moins profonde cependant et présentant même des degi*és divers et nombreux.
Dans l'enfance, les imbéciles passent ordinairement pour des enfants retardés, ils ont des idées, des souvenirs, soDt capables, mais dans une très-faible niesure, de réflexion et de jugement, et même de mémoire ; ils parlent plus ou moins distinctement et correctement, et se montrent parfois aptes à recevoir les premiers éléments de la lecture et du calcul, mais ils sont en général entêtés et violents. Trélat (1) fait remarquer avec raison que chez les imbéciles, « quelques facultés « jieuvent être développées, très^développées même, malgré « la nullité complète d'autres facultés plus essentielles. »
Arrivés à l'Age de la puberté, ils se développent pour la plupart d'une maoière à peu près régulière; leurs instincts s'éveillent, et il n'est pas rai*e qu'ils montrent une dispositiou erotique très-précoce et très-vive. L'expression de leurs sciutiments est mobile et rarement motivée; il en résulte une physionomie particulière, que le langage vulgaire caractérise avec justesse. Du reete leur extérieur est souvent peu dilférentde celui des hommes sains; il se distingue même parfois par une certaine coquetterie puérile. Mais les progrès d(î l'intelligence lie suivent pas ceux du développement physique. L'instruction s'est arrêtée aux notions les plus éléuiiuitaires ; et ils demeurent incapables de toute occupation suivie, do tout travail régulier. Ils ignorent le prLx de l'argent, quelques-uns niêmela valeur nominale des pièces de monnaie et s'ils ne sont pas protégés contre eux-mêmes et contre les
(1) Thélat, [m folie lucide étudiée et considérée au point de vue de la famille et de la société. Paris 1861. p. 19.