DÉGÉNÉRÉS. EXCENTRIQUES
au suicide. La même passivité se retrouve après le crime, les explications sont imaginées à loisir, le malade prévoit les objections et les réfute, il discute plutôt qu'il ne se défend ou qu'il n'accuse, mais il n'est arrêté ni par les invraisemblances, ni par les contradictions, ni par la découverte de ses mensonges. »
Je donnerai plus loin les détails du fait auquel se rapportaient ces observations générales si profondément vraies et si pleines d'enseignement. Ce qu'il importe surtout d'en retenir, c'est la distinction profonde et nécessaire qui existe, et que le médecin légiste, plus que tout autre, doit sévèrement maintenir entre l'impulsion maladive irrésistible et le délii'e partiel monomaniaque. Il n'y a de pyromanie ou de monomanie incendiaire chez l'idiot ou l'imbécile qui met le feu dans les campagnes, pas plus qu'il n'y a de monomanie du vol ou kleptomanie chez celui qui s'approprie le bien d'autrui. J'insiste d'autant plus sur cette notion capitale que nous en retrouverons l'application dans les autres types de malades qui subissent des impulsions instinctives et notamment chez les hystériques. Elle a d'ailleurs pour conséquence pratique ce principe dont ne saurait trop se pénétrer le médecin expert qu'il faut, pour bien juger les faits de cette nature, ne pas se borner à apprécier l'acte seul et en lui-même, mais que c'est dans le rapprochement et dans la comparaison de l'acte avec la nature morale de celui qui Ta commis, qu'il doit chercher la solution du difficile problème qui lui est soumis.
Dégénérés. Excentriques.
A mesure que j'avance dans l'étude de ces types des misères intellectuelles et morales sur lesquels doivent porter les investigations du médecin légiste, les difficultés s'accroissent et les caractères deviennent de plus en plus délicats à saisir et à tracer. Les descriptions didactiques, les déterminations dogmatiques sont ici impossibles et courent
le ris(]ue d'être radicalement fausses. C'est dans les faits seuls, c'est dans une série d'observations prises sur nature, c'est i>our ainsi dire dans une galerie de portraits qu'il convient de montrer ces individus dégénérés, cent fois pires que les véritables aliénés, qui ne sont pas intellectuellement de» imbéciles, mais qui dans l'ensemble de leur vieJ, dans rexctîutricité de leur conduite, dans les défaillances de leur nature morale, dans leur absolu défaut de jugement, dans rinronsoience surtout de leurs actes, viennent cependant tnVs-lé^ùtimcmcnt prendre place dans les cadres de la folie, et parmi ceux (jne le médecin légiste a le droit et le devoir de déclarer incapables de se diriger suivant les règles de la droite raison, et de soustraire en partie au moins à la nîsponsabililé des actes criminels ou délictueux auxquels ils j)(uiV(Mit H\v entraînés parleur instinct perverti.
Fils ou (li»scendants de fous ou d'épileptiques ou d'imbéciles, ils ne sont ])as eux-mêmes dépomTus d'inteUigence, parfois même ils semblent sur quelques points doués de facultés supérieures. Les uns brilleront par la facilité de leur élooulion, les autres par des aptitudes artistiques, Jxîaucoup par des dons extérieurs et une grande habileté dans les exercices du corps. Mais de bonne heure ils se ran^'(îront dans la classe de ces individus insupportables aux antnîs (in(î le monde désigne complaisamment sous le nom d'originanx. Ils feront tout au rebours des gens sensés, n'apportant dans leurs desseins ni consistance, ni décision sérienses. Toujonrs en dehors de la raison et de la vérité, le mensonge i)rendra bientôt dans leur vie morale une telle place (ju'ils sembleront n'en avoir plus conscience, et qu'il deviendra [)0ur eux ime seconde nature. Cesont eux qui sont par excellence les fous lucides ; c'est pom* eux qu'on a créé les mots de manie sans délire, de manie raisonnante, de folie morale, de folie des actes, etc. Quelques-uns ne sont pas mauvais ; ils sont généreux à la façon des prodigues, disposés à se mettre en avant moins par dévouement que -par défaut de réflexion : ils sont courageux plus par insouciance que par fermeté de cœur. Mais la plupart sont enclins au