‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 4)Chapitre 49 sur 76 · FEMMES ENCEINTES · texte numérisé non relu

FEMMES ENCEINTES

de tels actes reconnaîtra le plus souvent dans la nature même de l'objet volé la marque d'une impulsion presque physique, irrésistible, dont la femme enceinte ne saurait être toujours déclarée responsable.

Mais ce n'est pas toujours à des cas aussi simples que Ton a affaire ; et ce sont souvent des vols beaucoup plus importants que l'on cherche à couvrir du prétexte d'une envie de femme grosse. L'une va dans un magasin de nouveautés et pendant qu'elle se fait montrer des étoffes, met une pièce de dentelles sous son manteau ; une autre procède de même chez un bijoutier, et lui dérobe un objet de prix ; une troisième, enfin, dînant avec sa famille dans un restaurant, emporte les couverts. Dans ces caâ, il est clair que la supercherie peut être grossière et que le médecin légiste, non-seulement devra s'assurer avec le plus grand soin et par un examen complet, de la réalité de la grossesse, mais qu'il appréciera en outre l'état mental, en dehors de la grossesse même, et l'acte incriminé dans toutes ces circonstances, se gardant bien d'admettre que toute femme qui vole étant enceinte sera par cela seul excusable ; il procédera alors, exactement comme je lui ai conseillé de le faire à l'égard des hystériques et des impulsions morbides qu'elles peuvent subir.

Mais des actes plus graves peuvent être commis sous cette influence qu'il s'agit d'apprécier, par des femmes en état de grossesse. On rapporte des cas d'incendie attribués à un acte de folie* instinctive ; on raconte le fait d'une paysanne qui, pendant sa grossesse, désirant manger la chair de son mari, l'assassina et sala une partie de son corps pour satisfaire plus longtemps son féroce appétit. Georget (1) parle d'une femme mère de cinq enfants et qui, parvenue à la moitié d'une sixième grossesse, précipita dans un puits trois de ses enfants et s'y jeta elle-même. Elle avait fait demander celui de ses enfants qui était encore en nourrice et avait envoyé au cinquième, qui était en pension, un

(l) Georget. Remarques médico-légales sur la liberté morale (Archives gén. de méd. Ue série, t. VIII, p. 317. 1825).

Tahdieu. — Folie. *2

àteau empoisonné. Marcé (l) cite le cas très-remarquable (l'mae jeune femme dune intelligence d'ailleurs au-dessous de la moyenne, d'un caractère habituellement difficile et porté à la tristesse qui, dans le cours d'une première grossesse, tenta d'empoisonner son mari en mêlant du sulfate de cuivre à ses aliments. Elle ne fit aucune difficulté d'avouer son intention coupable, disant qu'elle ne pouvait expliquer comment cette idée lui était venue à Tesprit : qu'elle avait formé sa résolution sans pouvoir résister. Le mari lui-même, attribuant à l'état de grossesse cette tentative criminelle, demanda et obtint du jury que sa femme lui fût rendue. Enfin Leuret (2) a discuté avec une grande sagacité l'état mental d'une femme qui, pendant sa grossesse, avait tué deux de ses enfants. Plusieurs de ses parents avaient été aliénés ; elle ne délirait sur aucun point, n'avait ni hallucinations, ni monomanie homicide, ne présentait, en un mot, aucun signe évident d'aliénation mentale. Le savant aliéniste , prenant en considération les antécédents héréditaires de cette femme, son tempérament nerveux, son caractère violent et emporté rendu plus irritable encore par l'état de grossesse, déclara qu'il n'était pas impossible qu'elle eût agi par suite d'un trouble momentané, survenu dans l'exercice de ses facultés mentales.

C'est là, en effet, le sens dans lequel l'expert devra diriger son examen et prononcer son jugement, lorsqu'il se trouvera en présence de cas de cette nature toyjours si difficiles et si complexes . La grossesse n'en gendre pas une folie s péciale ; siellepervertit les instincts, elle ne pervertit généralement que les instincts physiques ; et quand la perversion agit sur les dispositions morales, ce n'est le plus souvent que dune façon secondaire et en raison d'une prédisposition originelle ou acquise. Elle n'engendre ni la monomanie du vol, ni celle de l'incendie, ni celle du meurtre ; mais elle peut dans des cas

(1) Marge. Loc. cit., p. 1^9.

(2) Leuret. Suspicion de folie chez une femnu reconnue coupable d'avoir, pendant sa grossesse, fait des blessures mortelles à deux de ses enfants (Ann. d'hyg. pubL et de inéd. lèg. i^ série, 1837, t. XVII, p. 374).

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