FEMMES EN TRAVAIL OU REGEMMENT ACCOUCHÉES
nier) en Tattribuant au désespoir causé par le délaissement du père de son enfant (nous sommes loin de l'impulsion morbide et de rinconscience de la folie) , et elle dit à ce magistrat : Faites de moi ce que vous voudrez, je le mérite. En présence d'un fait si simple, si clair, si constant, il est impossible de comprendre à quelle préoccupation eut obéi un expert qui eut admis la folie. Et cependant M. Boileau de Casteliiau prenant en considération les antécédents héréditaires de cette fille, dont le grand-père était mort aliéné et dont la mère avait éprouvé des accidents nerveux graves, s appuyant en outre sur la multiplicité des blessures, sur l'arrachement complet du cordon ombilical, indice d'une violence inutile et désordonnée; enfin, sur ce fait que l'inculpée n'avait nullement cherché à cacher son crime et en avait avoué toutes les circonstances, M. Boileau de Castelnau arrive à cette conclusion, à coup sûr fort inattendue, que cette fille « au moment où elle avait commis son crime était en proie à un égarement momentané qui lui enlevait le libre exercice de ses facultés affectives et intellectuelles. » C'est avec de pareilles conclusions, avec de telles exagérations que certains aliénistes ont trop souvent compromis devant la justice l'intervention médicolégale dans les questions de folie. A part l'hérédité qui n'est pas par elle-même une preuve absolue; les circonstances que relève 1 honorable médecin de Nîmes, l'arrachement du cordon, les mutilations, les aveux forcés se rencontrent dans un très-grand nombre d'infanticides, e^ n'impliquent à aucun degré une altération quelconque des facultés mentales. Aussi, je regrette de le répéter, la proposition par laquelle Marcé termine cette partie de son ouvrage t les faits de ce genre trop négligés par les auteurs spéciaux méritent une enquête sérieuse, et ne sauraient trop attirer l'attention des médecins légistes » n'est vraie qu'à la condition d'être retournée et de s'adresser aux aliénistes trop spéciaux à qui la pratique de la médecine légale n'a pas appris le véritable caractère de ces faits qui, à aucun degré, .n'appartiennent à la folie, et, il est bon de le faire
remarquer, c'est avec des matériaux de cette sorte que ron a prétendu édifier cette conception mal venue que Ton a nommée la folie transitoire.
Je n'ai pas à m'occuper ici des cas de délire maniaque ou lypémaniaque, qui peuvent se présen ter chez certaines femmes à une époque plus ou moins éloignée de l'accouchement et particulièrement sous l'influence du retour des règles. Nous retrouverons ces faits en parlant des diverses espèces de délire ; ils n'ont d'ailleurs rien de particulier et méritent à peine le nom de folie puerpérale, car, pour la plupart, ils se rattachent à la folie commune ou encore bien souvent à la folie hystérique. Les actes de violence que peuvent accomplir les malades de cette catégorie en particulier siu* leur enfant, sont fréquents, mais ils sont la conséquence de leur fureur ou de leurs idées délirantes et doivent être jugés au point de vue de l'état mental de celles qui les commettent et en dehors du fait de l'accouchement récent.
Je n'ai que peu de mots à ajouter en ce qui concerne tes nourrices et l'influence de l'allaitement sur le développement de la folie impulsive. On ne peut nier que la fatigue et l'épuisement qu'amènent parfois la lactation ou, dans d'autres cas, l'arrêt brusqué de l'allaitement ou la suppression du lait , ne soient souvent la cause de troubles cérébraux plus ou moins graves parmi lesquels le délire tient la première place. Mais quelquefois aussi, cela est incontestable, on voit survenir dans les mêmes circonstances une perversion instinctive très-nettement caractérisée et qui^se traduit par des impulsions morbides. Marcé (l) rapporte le fait suivant: Une nourrice âgée de 32 ans, voit ses menstrues reparaître au bout de huit mois d'allaitement ; elle pâlit , maigrit ainsi que son nourrisson ; surviennent bientôt du malaise, des coliques, des douleurs d'estomac, des bouffées de chaleur à la tête ; enfin la vue d'un couteau lui inspire l'idée de couper le cou à l'enfant. Pendant deux jours elle lutte contre cette affreuse pensée, et s'éloigne
{I) Marge. Loc. cit., p. 339.