‹ Etude médico-légale sur la folieChapitre 14 sur 90 · INTRODUCTION. XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXIII

pris n'échappent pas à un certain sentiment de défiance à l'endroit de la médecine légale de la folie. Voici comment s'exprime, à ce sujet, M. le conseiller Ernest Bertrand (1) qui, dans sa remarquable étude des lois sur les aliénés dans les différents pays, a fait preuve d'un esprit si judicieux, à la fois très libéral et très modéré ; et son opinion peut être donnée comme l'opinion moyenne et commune de la magistrature : « J'ai été quatorze ans « juge d'instruction à Paris. J'ai eu souvent à faire cons- <( tater des cas d'aliénation mentale en cette qualité ; « comme juge au tribunal civil et, comme conseiller, « j'ai eu à statuer sur des demandes d'interdiction; je « puis donc invoquer ma propre expérience. II est un « fait connu de tous les vieux magistrats : c'est que, « parmi les médecins aliénistes, quelques-uns admet- « tent plus facilement que les autres l'existence de l'alié- »( nation: plusieurs ont aussi dessyslèmes. Une des dif- « ficultés des expertises est celle de diviser les experts « de manière à mettre en présence des médecins de tem- « pérament différent, pour arriver plus sûrement à la « certitude. »

Il est impossible d'exprimer plus finement et avec plus de délicatesse ses scrupules et sa défiance, mais au fond de cette modération même on les retrouve tout entiers.

11 faut cependant que nous nous rendions compte de ce sentiment si général et que nous en fassions notre profit. Ce tempérament différent des médecins, je re-

(I) Ernest Bertrand, Lois sw les aliénés en Angleterre, en France et dans les autres pays. Eésu7né des critiques que souleva en France la législation sur les aliénés. Paris, 1870.

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