IDIOTIE
vers ceux qui les traitent durement et sans pitié. L'instinct génital survit parfois, chez les femmes surtout, et peut même être porté à l'excès : circonstance bien importante à noter pour le médecin légiste.
Bien que les crétins et les goitreux qui peuplent certaines contrées, les microcéphales et les hydrocéphales dilièicnt des simples idiots à la fois par la nature et parles conditions originelles des difformités physiques et des lésions organiques qui les caractérisent, il n'en est pas moins vrai qu'au point de vue de leur infirmité intellectuelle et morale, ils ne peuvent être séparés du type que j'étudie en ce moment.
Les uns et les autres sont également atteints d'une incapacité radicale et qui ne saurait faire question. Impuissants même à se nourrir, ils ne peuvent à aucun degré diriger leurs actions par la réflexion et sont par cela même aussi irresponsables qu'inconscients. Ils peuvent ctte entraînés quelquefois par certaines impulsions instinctives et auront à ce titre leur place marquée dans le groupe qui suivra celui-ci, mais quant à présent, je dois me boiner à faire remarquer que toute fonction intellectuelle et morale leur fait défaut et qu'ils ne sont pas plus en état d'agir raisonnablement que de penser. L'éducabilité des idiots, problème que certains hommes, des philosophes, des médecins (1), guidés par le dévouement de la charité, ont poursuivi, à travers des difficultés insurmontables, est tellement bornée, tellement limitée, que l'on ne parviendra jamais à faire de l'idiot un être qui puisse compter dans la société. On a pu, et c'est un grand pas, c'est un réel bienfait pour les familles qui ont le malheur d'avoir un idiot
(1) Félix Voisin, De l'idiotie. Paris, \^QZ;Analyse psychologique de l entendem'mt humain chez les enfants' arriérés, incomplets et hors ligne. Paris, 1858. —Séguin, Traitem'nt moral, hyg'éniqite et éducation des idiots. Paris, 18i6.
dans leur sein, apprendre à quelques-uns à se tenir tranquilles, à manger, à n'être pas un objet de dégoût pour leur entourage; mais, si intéressant que soit ce résultat, on reconnaîtra qu'au point de vue du développement intellectuel et moral, et de l'état mental qu'est appelé à juger le médecin expert, il est absolument sans portée.
Ainsi l'idiot est infirme, frappé dès sa naissance dans les sources mêmes et dans les organes de l'intelligence, forcément et fatalement incapable d'un acte réfléchi, et par suite complètement et toujours irresponsable; absolument incurable et à peine éducable. C'est le dernier degré de misère où puisse tomber l'inicUigence humaine.
Imbécillité.
L'imbécillité, tout comme l'idiotie, est un vice originel, une faiblesse radicale et innée des facultés intellectuelles, moins profonde ce[)endant et présentant même des degrés divers et nombreux.
Dans l'enfance, les imbéciles passent ordinairement pour des enfants relardés, ils ont des idées, des souvenirs, sont capables, mais dans une très faible mesure, de réflexion et de jugement, et miMue de mémoire; ils parlent plus ou moins distinctement et correctement, et se montrent parfois aptes à recevoir les premiers éléments de la lecture et du calcul, mais ils sont en général entêtés et violents. Trélat (1) fait remarquer avec raison que chez les imbéciles, « quelques facultés peuvent êtie développées, « très développées même, malgré la nullité complète d'au- « très facultés plus essentielles. »
Arrivés à l'âge de la puberté, ils se développent pour la plupart d'une manière à peu près régulière; leurs instincts s'éveillent, et il n'est pas rare qu'ils montrent une dispo-
(1) Trélat, La folie lucide étudiée et considérée au point de vue de la famille et de la société. Paris, 18GI, p. 19.