‹ Etude médico-légale sur la folieChapitre 41 sur 90 · HYPOCONDRIAQUES · texte numérisé non relu

HYPOCONDRIAQUES

sans gravité. Elle avait reçu une indemnité très é(|uitablemcnt lixée par le tribunal, conformément aux couckisions d'un cerlificat de M. le docteur W. Marjolin et d'un rapport de moi. Mais ne se trouvant pas satisfaite, et attribuant à sa chute toutes les indispositions, tous les malaises qu'elle éprouvait, elle poursuivit pendant plus de dix ans, par toutes les voies judiciaires, la réparation d'un dommage chimérique : et comme elle attribuait au témoignage des médecins les échecs répétés qu'elle essuyait dans toutes ses prétentions, elle finit par nous prendre à partie mon honorable confrère et moi. N'ayant pu trouver ni un avoué pour poursuivre, ni Uiême un huissier pour nous signifier une assignation, elle alla jusqu'à s'adresser, non moins vainement mais sans se lasser, au syndic pour lui demander la désignation d'office d'un huissier pris à l'assistance judiciaire, donnant ainsi la mesure de l'altération des facultés qu'avait amenée chez elle l'exagération d'une disposition hypocondriaque.

Un homme âgé de quarante-neuf ans, malade depuis cinq ans de calculs biliaires ([ui déterminaient des crises douloureuses d'une grande violence, était devenu triste et sombre et vivant dans un isolement absolu. Il était receveur de l'enregistrement et avait toujours eu dans son administration des notes excellentes, lorsqu'un déficit d'une vingtaine de mille francs fut découvert dans sa caisse. Il l'ut établi qu'il avait détourné ces sommes, sans qu'il put en rendre compte ; et l'état de sa santé physique, le trouble que cet état avait déterminé dans ses facultés intellectuelles et morales, |)arut être la cause réelle de l'acte coupable auquel il s'était laissé entraîner.

Enfin je citerai le fait d'un étudiant en médecine, d'un âge déjà avancé, en proie à une affection nerveuse hypocondriaque qui n'altérait pas habituellement ses facultés. Refusé à un examen, il se Tendit chez un de ses juges et lui

t68 APPRÉCIATION DE CHAQUE GENRE DE FOLIE.

demanda de revenir sur la décision qui le frappait; puis n'obtenant pas ce qu'il désirail, il se laissaemportcr jusqu à menacer l'examinateur d'un pistolet dont il était armé. Je fus chargé par le juge d'instruction d'examiner ce pauvre garçon chez lequel je reconnus sans peine qu'un accès d'exaltation maladive avait éclaté sous Tinfluence des prédispositions que je viens d'indiquer, et notamment de la fatigue causée par un travail excessif ainsi que du désespoir que lui avait fait éprouver son échec. A mon avis ce jeune homme ne pouvait être considéré comme responsable de l'acte de violence auquel il s'était livré et qui ne devait être imputé qu'au Irouble momentané de sa raison et à l'emportement morbide qui en avait élé la conséquence. Je faisais remarquer en même temps que, comme cela arrive à la suite des impulsions irrésistibles et instinctives, le malade avait recouvré la plénitude de ses facultés et le calme le [dus parfait, qu'il n'y avait pas lieu par conséquent de le maintenir séquestré. Je fus assez heureux pour voir cet a\is complètement adopté par l'honorable magistrat qui m'avait chargé d'examiner l'état mental du pauvre étudiant. ^ Il existe une variété d'hypocondriaques qui appartiennent bien légitimement à cette forme de la folie, que l'on a appelée /o/?e raisonnante^ et qui offre pour caractère essentiel la maladie du doute^ suivant l'expression juste de Fulret père et pour trait prédominant la crainte du contact des objets extérieurs. Les exemples de cette aliénation partielle ne sont pas rares. Tous les médecins aliénistes eu ont rencontré et pour ma part j'en ai vu plusieurs (jue j'ai cités déjà en parlant des troubles des facultés affectives. M. Jules Falret en a esquissé une image fidèle (1). « Ces malades sont tellement dominés par des craintes diverses qui existent chez eux pendant le jour et pendant la nuit,

(1) J. Falrct, lûc. cit., p. iO.

HYSTÉRIQUES. iGi)

que ces préoccupations réagissent incessamment et de la manière la plus pénible sur tous les détails de leur existence et les empêchent de vivre de la vie commune. Aussi ils emploient un temps considérable pour faire leur toilette, pour se décider à se mctlre à table et ils redoutent même de porter les aliments à la bouche. Ils ont peur de marcher dans la crainte de fouler le sol avec leurs pieds; ils évitent le voisinage des autres hommes pour ne pas leur donner la main, ou pour ne pas frôler leurs vêtements, ils fuient, en un mot, le contact de tous les objets extérieurs ; enfin ils ne consentent à toucher le bouton d'une porte pour Touvrir qu'à la condition de se servir de leur mouchoir, du pan de leur habit ou de leur robe. Quand on n'a pas reçu les confidences de ces malades on ne peut se faire une idée exacte de la multiplicité des craintes qu'enfante leur imagination en délire et les conséquences variées qu'elles entraînent dans les faits les plus insignifiants de la vie de chaque jour. Ont-ils touché involontairement un objet quelconque avec leurs mains ou une portion de leur vêtement, ils se hâtent de quitter ce vêtement ou bien de se laver les mains, et une grande partie de leur temps se passe ainsi dans des lavages sans cesse répétés. » Pour ces individus M. Jules Falret partisan si résolu de l'incapacité et de l'irresponsabilité absolues de tous les aliénés quels que soient la forme et le degré de la folie, reconnaît qu'il y a peut-être lieu de faire quelque réserve, et que l'on pourrait être en droit de faire valider un testament rédigé par eux.

Hystériques.

Comme l'épilepsie, dont elle peut à bon droit être rapprochée sous ce point de vue, l'hystérie compliquée d'aliénation mentale constitue une forme spéciale de la folie; comme l'épilepsie, elle atteint la volonté, altère les facultés

morales et provoque des impulsions instinctives que le médecin légiste a le devoir d'étudier avec un soin tout particulier.

La folie hystérique proprement dite se développe surtout chez les femmes atteintes d hystéiie non convulsive à roccasion de quelque émotion vive, d'une affection contrariée ou d'un violent chagiin, quelquefois aussi sous l'influence de causes purement physiques, telles qu'une affection des organes sexuels, un trouhie de la menstruation, ou même la grossesse et l'état puerpéral. Elle est caractérisée tantôt par un délire erotique et une grande agitation, tantôt par une incohérence d'idées et de paroles et une loquacité extrême ou par une mélancolie somlire, un besoin de solitude, des pleurs sans motifs, des plaintes ou des chants langoureux. Ces attaques de délire affectent souvent une marche périodique et re\icnnent, par exemple, soit à chaque époque menstruelle, soit à des époques variables.

Les dispositions erotiques des hystériques, aliénées ou non (1), méritent de nous arrêter un instant, car il importe de ne pas tomber à cet égard dans les erreurs et les exagérations qui ont cours non seulement dans l'opinion du monde, mais même dans la science. Il faut distinguer d'une part la nymphomanie, véritable fureur utérine (2), excitation morbide des organes génitaux, et, d'une autre part, le dérèglement de l'imagination et des sens, les habitudes vicieuses ou même simplement l'ardeur naturelle d'un tempérament exalté, et enfin la forme erotique (jue prend assez souvent le désordre intellectuel chez les folles d'ailleurs atteintes de délire général. Quoiqu'il en soit,

(1) F. Voisin, Des causes morales et physiques des maladies mentales et de quelques autres affections nerveuses telles que l'I-yntérie, la nymphomanie, la satyriasis. Paris, 1826.

(2) H. Bayard, De l'utéromanie {Thèse de la Faculté de médecine. Paris, 1855).

ces dispositions que quelques auteurs ont aujourd'hui trop de tendance à restreindre et à effacer (1), sont un des signes sinon constants, du moins essentiels et importants de l'influence qu'exerce l'hystérie sur l'état mental et sur les facultés morales des femmes. Elles ne peuvent être négligées par le médecin légiste qui aura plus d'une fois à en constater les effets variés et les degrés divers.

Bien qu'on ait observé une exaltation singulière de la sensibilité générale aux deux extrêmes de la vie, avant la puberté, dans la première enfance même, comme dans la vieillesse la plus plus avancée, ces faits restent exceptionnels, et on les rencontre plus spécialement aux époques critiques de la vie de la femme, celle où apparaît et celle où cesse le flux menstruel. Dans tous les cas, il faut voir Là le plus souvent la conséquence d'une prédisposition organique presque toujours très marquée qui constituerait ce que l'on a appelé assez grossièrement le tempérament génital et qui coïnciderait assez fréquemment avec un ensemble de caractères physiques particuliers, notamment la prédominance du système nerveux, les muscles charnus et développés, l'embonpoint médiocre, les poils noirs et très abondants, une physionomie expressive et mobile, la bouche grande, les lèvres épaisses et d'un rouge vif, les dents blanches^ quelquefois les formes très accusées, surtout dans les parties où le sexe se révèle.

Tantôt préparée depuis longtemps par un penchant extraordinaire aux plaisirs vénériens, une imagination lascive et des besoins physiques immodérés ou par une passion longtemps contenue, la folie hystérique nymphomaniaque se déclare soit dans le temps du veuvage, soit à l'approche des règles et s'annonce par une chaleur vive, un état de spasme, une tension avec prurit dans les organes génitaux

(1) Moreau de Tours, Traité pratique de la folie nécropatliique [vulgohystérique). Paris, ISG'J.

et vers les seins, des douleurs sourdes dans les lombes et quelquefois un écoulement vaginal assez abondant. La malade ne peut rester assise, parce que la chaleur irrite davantage les parties génitales : elle est obligée de marcher lentement en écartant les jambes, afin d'éviter le froissement des parties. Tout mouvement, tout contact répond à l'utérus. En même temps, les désirs les plus violents se font sentir; l'imagination s'enflamme ; le teint, les yeuv s'animent; mais celte ardeur fait place à des moments d'abaltemeLt et de tristesse ; le visage rougit et pâlit tour à tour. La raison, le devoir, la pudeur, luttent avec effort contre le désordre des sens; et si les femmes parviennent le plus souvent à dissimuler à tous les yeux le feu qui les consume, elles ne peuvent cependant résister complètement à leurs désirs et cherchent dans des attouchements solitaires un soulagement insuffisant et éphémère. Si leurs besoins peuvent être satisfaits ou si l'influence salutaire d'une contiainte morale énergique se fait sentir, l'excitation maladive peut s'arrêter à ces premiers symptômes; mais, dans bien des cas, la femme n'est plus maîtresse d'ellemême. Son maintien, ses paroles, ses gestes, expriment publiquement les idées qui l'obsèdent. La vue d'un homme e.\alte les désirs et détermine un spasme voluptueux dans les organes génitaux. Au mépris des principes et des habitudes d'honnêteté les plus invétérées, des sentiments religieux les plus sincères, la malade se livre au premier venu, recherche même souvent les embrassements des personnes de son sexe; on en voit enfin abandonner parents, famille et aller demander à la prostitution un remède encore impuissant à la triste fureur qui domine leurs sens et leur raison. Quelques-unes, honteuses de leurs propres excès, se réfugient dans le suicide; d'autres succombent épuisées par les horribles transports de i)aroxysmes furieux auxquels succèdent un abattement et une prostration

dont elles ne peuvent se relever. On a vu quelquefois une irrossessc faire cesser, au moins pour un temps, les penchants erotiques des hystériques. Esquirol cite le fait d'une idiote de la Salpêtrière qui se livrait aux travaux grossiers de la maison, il lui arriva plusieurs fois qu'après avoir gagné quelques sous, elle allait les porter à un ouvrier, s'abandonnait à sa brutalité et, dès qu'elle était enceinte, ne retournait plus vers lui. Des faits encore plus significatifs sont rapportés par le D'' Ménard de Lunel (1) cité par Maicé, celui surtout d'une jeune pei sonne saisie aussitôt après ses noces d'une vraie manie erotique qui lui fit commettre les actions les plus indécentes. Elle ressentait vers les parties génitales un prurit continuel et plein de volupté. Les caresses de son mari ne pouvant la satisfaire, elle éprouvait les plus vifs désirs de se livrer à la prostitution. Cet état dura deux ou trois mois au bout desquels elle devint enceinte et recouvra pour toujours sa tranquillité.

La folie hystérique est le point de départ de ces faits singuliers de démonopathie, de démonolâtrie, ou de possession, qui ont été observés à différentes époques (2) et même de nos jours (3) sous la forme [de véritables épidémies, dans les cloîtres, dans les maisons destinées à l'éducation des jeunes filles et qui ont rendu si tristement célèbres les Ursulines de Loudun et les religieuses de Louviers. Tout près de nous, dans un couvent du département de la Somme et dans un coin reculé de la Savoie, la démonopathie hystérique a reparu. Ce n'est pas ici le lieu de nous étendre sur les faits de ce genre qu'il suffit de rappeler à la mémoire du médecin légiste, et qui sont intéressants surtout au point de vue de la contagion morale quiles propage

(1) Ménard de Lunel, Journal de méd. et de chirurg. prat. 1834.

(2) Calmeil, loc. cit.

{■)) A. Constant, Relation sur une épidémie d'hi/sféro-Jémonopa'/iie observée en 1861. Paris, 1863.

Mais en dehors des accès de fureur ou de délire, le signe \Taiment dominant de cette forme de la folie, c'est la perversion des facultés affectives et de la sensibilité qui entraîne les hystériques à des actes involontaires et inconscients, les plus bizarres et les plus déraisonnables ou même tout à fait répréhensibles et criminels. Un trait commun les caractérise, c'est la simulation instinctive, le besoin invétéré cl incessant de mentir sans intérêt, sans objet, uniquement pour mentir, et cela non seulement en paroles, mais encore en actions, par une sorte de mise en scène, où l'imagination joue le principal rôle, enfante les péripéties les plus inconcevables et se porte parfois aux extrémités les plus funestes.

On a vu tout récemment dans un couvent de Gascogne, une jeune fille se dire victime de tortures et de violences inouïes, et son père abusé porter devant la justice une dénonciation dont il se repentit si violemment plus lard qu'il mit fin à ses jours. Triste effet de la folie hystérique méconnue.

Une fille hystérique adonnée jusque-là à des pratiques exagérées de dévotion, et se livrant sur elle-même à des mortifications ascétiques, à des flagellations violentes, saisit un jour ses ciseaux et se fait sur tout le corps plus de six cents incisions. Puis elle soutient que ces blessures sont l'œuvre d'un individu qui a voulu la violer. Mise en présence d'un médecin expérimenté et de grand sens, le docteur Toulmouche (de Rennes), et pressée par lui, elle ne tarde pas à lui confesser qu'elle s'était volontairement fait de légères coupures partout oii ses ciseaux avaient pu atteindre, et cette singulière comédie avait précédé de peu une altaque d'hystérie très caractérisée (1).

(1) Toulmouche, Consultations médico-légales sur deux cas assez rares d'aberration mentale [Ann. d'hijcjicne puhl. et de médec. lég., V* série, t. L, p. 4'2i. Paris, 18J3).

Une autre, par un mensonge du même genre mais dont les conséquences ont été plus graves, a fait retenir en prison peu lant plus d'une année deux pauvres garçons qu'elle avait accusés non seulement de lui avoir fait violence, mais cMicore de lui avoir introduit dans le corps, dans le vagin et à plusieurs reprises des cailloux, des morceaux de bois et de fer, que l'on en retirait en effet, non sans lui causer de vives douleurs. A la suite de cette opération, elle tomba dans des attaques convulsives dont elle ne sortit que paralysée en apparence complètement. On l'avait fait entrer à l'hôpital alin de pouvoir mieux l'observer. Muis là encore elle réussit à tromper la surveillance dont elle était Tobjet. Outre la paralysie, elle simulait une constipation absolue, une suppression complète de toute évacuation ; elle avait simplement introduit dans sa paillasse les matières qu'elle rendait en cachette et que l'on y retrouva plus tard aplaties et desséchées. Elle mit ainsi eu défaut la loyauté d'un médecin honorable et instruit qui, convaincu de sa sincérité, crut pouvoir attester les violences dont elle se disait victime. C'est à un confrère mieux inspiré, M. le docteur Merland, qu'après beaucoup d'efforts et après avoir comparu en justice, les deux jeunes gens accusés durent de voir leur innocence reconnue (1) et d'échapper à celte manœuvre épouvantable ourdie contre eux par le mensonge et la perversité d'une folle hystérique.

Dans d'autres circonstances on voit ces mallieureuses se livrer gratuitement à des actes irréfléchis et bizarres qui rappellent ceux des épileptiques. C'est ainsi qu'une jeune fille très bien née, pour se punir du péché d'orgueil, et ne se laissant pas convaincre par les conseils du Directeur éclairé, qui combattait ses scruj)ules exagérés, quitte un

(1) Merland, Singulière affaire de dissimulation {Ami, d'hyg, et de mé- ■lec. lég., 2" série. Paris, 1804, t. XXII, p. 141).

jour la maison paternelle, change ses habits pour des haillons de chiffonnière, se procure les attiibuts de son nouveau métier et l'exerce pendant toute une semaine dans les rues de Paris.

Le caractère des actes commis par les hystériques n'est pas toujours aussi facile à déterminer : c'est en combinant le mensonge qui leur est naturel, avec l'altération de leurs facultés affectives qu'elles arrivent à des actes qui tout en paraissant le fruit d'une affection et d'une intention coupables sont cependaut l'effet d'une perversion instinctive de la volonté qui atténue considérablement, si elle ne l'annule, la responsabilité de certaines filles hystériques. Je n'en connais pas d'exemple plus frappant que celui de cette jeune fille dont on n'a peut-être pas oublié l'histoire, et qui, en | plein jour, au milieu du jardin des Tuileries, enleva l'enfant d'un magistrat de Paiis. C'était tout un roman absurde né dans cette tête de seize ans, qui voulait simuler une maternité pour se faire épouser par un garçon à qui elle s'était livrée et qui avait brutalement refusé de réparer sa ■faute. Ayant réussi à éloigner la nourrice après s'être fait remettre l'enfant, elle s'était enfuie emportant ce pauvre petit dont elle avait été bien vite fort embarrassée. De retour dans sa province, elle l'avait confié à une matrone ; mais le bruit que cet enlèvement inexplicable avait fait, renclit lacile I et prompte la découverte de l'enfant qui fut rendu au bout de quarante-huit heures à ses parents éplorés. La fille, coupable tout au moins de leur avoir causé une épouvantable douleur, fut arrêtée et mise en jugement. Chargé d'éclairer la justice dans celle affaire étrange, je trouvais une fille très forte et très brune, à système pileux très développé, formée à douze ans et demi et toujours bien réglée, mais en proie depuis plus d'une année à une affection nerveuse manifestement de nature hystérique, caractérisée par des attaques convulsives, des étoulfements, des palpitations, de

de l'aiiesthésie, et, dans certains points des douleurs névralgiques térébrantes. Son intelligence paraissait du reste très nette; sa tenue était convenable et nullement affectée : elle se décida à grand'peine ix faire des aveux, mais finit par les faire très complets et par raconter le plan fort compliqué qu'elle avait inventé. Je constatai de plus une défloration déjà ancienne. Sans trace d'accoucbement ni de débauche habituelle. Elle n'avait du reste pas même essayé de simuler une grossesse que sa taille n'avait jamais permis de supposer. Je ne conclus pas, comme on me le fit dire pour attaquer plus facilement l'opinion soutenue par moi devant la cour d'assises, que cette jeune fille devait être considérée comme tout à fait irresponsable. Mais, après avoir établi qu'elle était déflorée et n'avait jamais été mère, je déclarai ([u'elle présentait à un haut degré tous les signes d'une affection hystérique ; que cette maladie n'avait nullement altéré ses facultés intellectuelles, mais qu'elle était de nature à influer puissamment sur son imagination et par suite sur ses actes. On se souvient qu'elle fut acquittée.

M. le D' Legrand du Saulle, dans un article plein d'intérêt et d'une grande justesse de vues (1) qui lui a été ins[)iré par le fait même que je viens de rapporter, se prononce dans le même sens que moi et admet très explicitement l'atténuation mais non l'abolition de la culpabilité et de la responsabilité des hystériques du genre de celles dont je viens de parler. Il raconte à ce sujet que le Journal dont il est un des rédacteurs les plus distingués reçut, il y a •quelques années, une demande de consultation dans les circonstances suivantes : une jeune fille de vingt ans reconnue hystérique, accusa un officier de santé de l'avoir violée un soir dans son cabinet. Ce médecin, tout en niant

(1) Legrand du Saulle, Élude médico-légale sur l'hijstérie et sur le degré de responsabilité des hystériques et des aliénés devant la loi, à l'occaiiou d'un jprocés récent {Gazette des hôpitaux, décembre 1859, p. 145).

Tardieu. — Folle. 1 2

le fait, essaya de se retranclier derrière le peu de confiance que devait inspirer le témoignage d'une hystérique. M. le D' Brochin, rédacteur en chef et M. Legrand du Saulle ne crurent pas devoir appuyer de leur autorité une pareille doctrine ; et en fait le médecin fut reconnu coupahle. Je n'admets pas plus que ces honorahles confrères, je tiens à le répéter, Tirresponsabilité absolue des hystériques^ mais je me défie de leur perversité instinctive, de leur propension irrésistible au mensonge et des impulsions morbides auxquelles elles ne sont pas toujours libres de se soustraire.

J'ai eu plus d'une fois à examiner l'état mental de femmes qui sous cette influence s'étaient laissées entraîner à des Yols qu'aucun autre mobile ne pouvait expliquer. Un juge d'instruction m'écrivait, il y a dix ans, la lettre suivante : « Une femme G. qui est dans un état voisin de la fortune, dans une grande aisance, dans tous les cas, s'est laissée tenter par un coupon de drap et Ta volé. Les explications fournies au sergent de ville qui la arrêtée, au commissaire de police qui l'a interrogée, à moi-même, m'ont prouvé que cette femme est âpre du bien d'autrui, qu'elle n'est pas folle du tout. Cependant un docteur ayant fourni un certificat, j'ai cru devoir vous prier de la voir et de me dire votre opinion sur ses penchants. Sont-ils le résultat d'un dérangement des facultés? » On voit quelle était l'impression première du magistrat, mais il est bon que l'expert la comiaisse, il ne doit pas s'en préoccuper autrement que [)Our redoubler d'attention et apporter [)lus de soins encore à faire la lumière et à convaincre le juge. Dans ce cas particulier je me trouvai en présence d'une femme encore jeune adèctée depuis de longues années d'hystérie confirmée, comptant trois aliénés dans sa famille du côté paternel. Elle est accouchée, il y a trois mois; a nourri pendant huit ou dix jours et a cessé parce que cela

rciinuyait. Elle parle avec lenteur, a parfois des absences, et présente dans une moitié du corps une agitation chronique. Elle avait reçu récemment une lettre annonçant que son enfant était malade en nourrice, et en avait ressenti une sorte de révolution à la suite de laquelle elle était partie sans savoir où elle allait. Ses réponses touchant le fait qui lui est im|)uté, sont évasives et mensongères. Mais elle se montre fort émue des conséquences qu'il peut avoir. J'ai insisté sur ces signes évidents d'un trouble des facultés et le juge se rangeant à cette o[)inion rendit une ordonnance de non-lieu.

J'ai été moins heureux, quoique tout aussi convaincu â l'occasion d'une jeune femme appartenant à une famille honorable et dans l'aisance qui devait comparaître devant le tribunal correctionnel d'Amiens sous l'inculpation de vols nombreux. Des avis contradictoires avaient été émis sur son état mental par divers médecins, les uns affirmant, les antres repoussant la kleptomanie. A la demande de l'honorable et habile défenseur de cette dame, M. Gustave Dubois, je pris connaissance de la procédure et donnai un avis dans lequel je ne me plaçai pas au point de vue de la monomanie inadmissible du vol, mais des impulsions instinctives que l'hystérie provoque et explique. Les premiers experts avaient été induits en erreur précisément parce qu'ils cherchaient un délire qui n'existait à aucun degré; ils s'étonnaient des réponses pertinentes de la prévenue, et allaient jusqu'à voir dans sa tristesse, dans l'abattement de son attitude, et dans sa recherche de la solitude qui contrastaient, suivant eux, avec l'intégrité du sommeil et do l'appétit, des preuves de simulation de la folie. Or cette jeune femme s'est formée lard et n'a jamais eu de régularité dans ses époques menstruelles, qui sont restées ([uelquefois supprimées pendant trois ou quatre mois. Elle a toujours été sujette à des maux de tète, à des étouffements,

ù des spasmes qui redoublaient au moment des règles. Son sommeil était souvent troublé par des cauchemars, par des réveils en sursaut et même par des accès de somnambulisme. Mariée à 21 ans, sa santé n'est pas devenue plus régulière^ elle croit avoir fait une fausse couche. C'est seulement après cette époque qu'elle a commencé à se livrer au vol sous l'influence non pas seulement d'une tentation instantanée, mais d'une obsession constante, ne pensant qu'à cela et sans cesse prête à recommencer. L'intelligence de cette jeune femme est bornée, mais elle est, au dire de son mari, d'une grande sensualité, agitée par des désirs très Aiolents, qu'il se déclare incapable de satisfaire toujours. Je constate en outre des palpitations très fortes avec un bruit de souffle chloro-anémique ; et j'apprends qu'il y a eu dans la ligne paternelle un aliéné. Les objets volés consistaient principalement en étoffes, en effets d'habillement, en cliàles, enfin en nombreux vêtements d'homme. Pour moi il n'était pas douteux que la pauvre femme ne fût un type d^hystérique sujette à des impulsions morbides et n'ayant agi que sous l'influence d'une perversion des instincts et de la volonté. Mais je ne pus faire partiger cette manière de voir par les juges qui prononcèrent une condamnation d'ailleurs minime.

M. le D'' Motet, dont j'ai tant de fois eu l'occasion d'apprécier l'excellent es[>ril et le talent d'observation, a j)ublié récemment (1) un lait extrêmement curieux d'hystérie avec impulsion au vol dont l'analyse très fine à laquelle il s'est livré a fait ressortir d'une façon lumineuse le véritable caractère. 11 s'agit d'une femme de 31 ans. « Son père est mort aliéné. Dès son enfance, elle a été sujette à des accidents nerveux parmi lesquels les troubles du sommeil paraissent avoir tenu la plus grande place. Plus tard sa sen-

(1) A. Motet, Rapport médico-léqal. Faiblesse intellectuelle. Hérédité [Annales }nédico-psycholo(jiques, ô' série, t. VI, p. 368).

sibilité affective s'exalte outre mesure; elle a de plus avec une intelligence très active des déterminations hardies que suivent de près de profondes défaillances. Elle a d'ellemême une opinion très haute et bientôt elle doute de tout et avec une mobilité dont on retrouve à chaque instant la trace; elle ne peut mener à bien aucune des entreprises qu'elle a commencées. Chez elle tout est désordre et, dans les ac'es incriminés eux-mêmes^ on peut reconnaître les caractères propres aux actes irréfléchis. Elle entasse dans son armoire les objets qui Font attirée, qu'elle a désirés, dont elle s'est emparée avec habileté peut-être, mais avec une absence complète de discernement. Elle ne tire pas profit de ses larcins; ils s'accumulent chez elle; à peine a-t-elle satisfait l'impulsion qui la domine, qu'il se fait en elle, ce qui se produit chez tous ces malades, le calme, le repos et aussi l'oubli. L'enquête a révélé la présence de neuf châles qui n'avaient pas servi, de cinq corsets, de dix-neuf filets, de chemises de batiste, de coupons, de dentelles et de guipures, etc.; on eût pu y ajouter encore un nombre considérable d'autres objets qu'elle avait payés et dont l'inutililé n'était que trop facile à démontrer. » M. Motet conclut, avec toute raison, que cette jeune femme est une malade chez laquelle les troubles nerveux ne sont pas arrivés à un degré d'intensité tel que la folie proprement dite, c'est-à-dire un état continu de délire, en ait été la conséquence; mais chez laquelle ces troubles ont porté une atteinte profonde à l'exercice normal des facultés intellectuelles. C'est là, à n'en pas douter, une de ces hystériques livrées sans défense à toutes les sollicitations instinctives^ et qui ne peuvent être considérées comme responsables des actes délictueux ou criminels qu'elles commettent.

Ces faits et d'autres encore justifient les mesures prises parfois avec une apparence d'arbitraire à l'égard de certaines hystériques, et je ne crois pas sans intérêt de citer

ici une note rédigée pour moi par le magistrat dirigeant le parqiiei du tribunal de la Seine à l'occasion d'un fait de ce genre, noie très curieuse et qui contient plus d'un enseignement. « Madame ?v. n'est point aliénée, elle est hystérique. Appartenant à une famille honorable et aisée, mariée il y a environ seize ans à un magistrat, d'incroyables désordres de conduite déterminèrent son mari à la placer dans une maison de santé. Elle élait alors enceinte des œuvres d'un domestique ou jardinier, du moins on le croyait, et l'enfant dont elle est accouchée dans l'établissement n'a vécu que quelques mois. Madame N. ne paraît pas avoir réclamé alors sa mise en liberté, comprenant sa situation et désireuse elle-même que le silence se fasse autour de son nom. Depuis elle a demandé plusieurs fois sa sortie, et sa lucidité d'esprit est telle, ses raisonnements sont si convenablement déduits qu'il semble impossible de permettre plus longtemps son maintien dans une maison d'aliénés. Toutefois son mari est elfrayé de la pensée de celte mise en liberté annoncée ; sa mère et surtout son père ne paraissent pas 1res désireux d'assumer la responsabilité de la garder auprès d'eux et de veiller sur sa conduite. Enlin la directrice de l'élablissement oîielle est maintenant retenue, la considère comme toujours en pi oie à sa funeste maladie; et si cette dame insiste l)caucoup en ce moment sur la mise en liberté ou la translation dans une autre maison, c'est à cause de la sur\eillance constante qu'elle est obligée d'exercer sur sa pensionnaire, à raison de la présence de plusieurs ouvriers d.ins l'établissement. La mission confiée à M. le D' Tardieu a pour objet de constater l'élat actuel de madame ^^, particulièrement au point de vue de la maladie spéciale dont elle est atteinte. Avant de prendre un parti définitif, le parquet, sulfisamment édifié sur l'état menlal de madame X., désire être renseigné dune manière précise sur son état particulier de maladie, sui- le plus ou moins

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(le désordre que ce mal peut amener dans les facultés mentales et sur le plus ou moins d'inconvénients qui peuvent en résulter au point de vue delà vie libre et des relations du monde. » Je vis cette dame âgée alors de 42 ans, elle présentait au plus haut degré les caractères de la folie hystérique sans aliénation, et le maintien dans la maison de santé, la surveillance et les soins spéciaux qu'elle y trouvait étaient bien évidemment les seuls moyens de la protéger contre elle-même et contre les entraînements coupables du mal qui la dominait.

Ces entraînements en effet n'ont ni frein ni limites et il est impossible d'en prévoir môme la portée. Il me reste à citer un dernier exemple qui en fournira une preuve vraiment terrible. Il s'agit d'une jeune femme approchant de la trentième année, d'une merveilleuse beauté et appartenant à l'une des plus grandes et des plus riches familles de l'aristocratie autrichienne. Ayant depuis longtemps quitté son pays et rompu avec tous les siens que son caractère indomptable et le désordre de sa conduite avaient lassés,, elle en était arrivée à ce qu'une demande fut adressée par voie diplomatique à l'autorité française pour la faire reconduire à Vienne oi^i elle serait soumise au traitement que son état mental paraissait exiger. Avant de faire droit à celte demande, l'administration voulut être elle-même éclairée sur cet état et cbargea MM. Calmeil, Lasègue et moi de visiter cette jeune femme et de procéder à l'examen nécessaire })Our se rendre compte de ro[q)ortunité et de l'urgence des mesures dont elle devait être l'objet. Nous la trouvons misérablement installée dans une maison de très médiocre apparence, et dans un état de saleté qui faisait le plus triste contraste avec l'air de noblesse et l'éclat répandus dans toute sa personne. Ses vêtements étaient sordides et ses cheveux admirables n'avaient pas été peignés dejiuis bien longtemps. Des documents authentiques qui nous

avaient été communiqués et de son témoignage même, it résultait qu'elle menait une vie véritablement crapuleuse^ allant prendre ses repas dans une gargotte et se prostituant aux marmitons, au garçon coiffeur, à tous les hommes que son cynisme et sa malpropreté ne repoussaient pas. Elle se refusait d'ailleurs à toute explication et son intelligence paraissait assez obtuse, quoique nullement aliénée. Cette abjection ne pouvait s'expliquer que par une perversion maladive liée à un état hystérique des plus caractérisés et justifiait surabondamment la demande de la famille entre les mains de laquelle elle fut remise sur notre avis unanime. Mais ce n'est pas tout: près d'un an après, je suis chargé par la justice de faire l'autopsie d'un enfant nouveau-né qui Tenait d'être tué par sa mère. Je me rends dans l'hôtel où le crime avait eu lieu et l'on m'introduit dans la chambre môme où était accouchée la mère qui s'en était rendue coupable. Quelle n'est pas ma stupéfaction lorsque je reconnais dans cette femme celle dont j'avais constaté quelques mois auparavant l'état mental. Elle avait, je ne sais comment, échappé à la surveillance de sa famille et était revenue à Paris reprendre sa vie de désordre. Une grossesse était survenue sans qu'elle s'en souciât le moins du monde et, quand était venu le jour de la délivrance, elle était accouchée seule et avait écrasé la tête de son enfant comme elle aurait fait d'un insecte incommode et avait jeté le cadavre dans son' vase de nuit, sous le lit où il était encore lors de mon arri-^ vée. Quant à elle, assise sur sa couche, demi-nue, souillée de sang, les cheveux épars, elle regardait tranquillement les officiers de police qui m'accompagnaient, sans songer à se soustraire aux regards ni à expliquer le meurtre de son enfant.

Que pourrais-je ajouter à un pareil tableau? n'est-il pas de nature à enseigner au médecin légiste plus sûrement et plus éloquemment que les plus longues dissertations, à.

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que! point peuvent être énergiques et funestes les impulsions instinctives, irrésistibles que subissent certaines femmes hystériques, et combien sont évidentes chez elles Finconscience et l'irresponsabilité. Sans doute il n'y a rien d'absolu à cet égard, mais si, à la considération de l'acte en lui-même, on ajoute celle des dispositions morales et des signes caractéristiques de l'affection hystérique, on est assuré de se prononcer en toute sûreté et en pleine connaissance de cause. Ces signes, en effet, je tiens à le répéter en terminant, ont une valeur considérable au point de vue de la constatation médico-légale de l'état mental des hystériques. Et c'est pour ces malades surtout, ainsi que l'a très justement fait remarquer un auteur dont les recherches originales ont éclairé plus d^un point de leur histoire, M. Moreau (de Tours), c'est pour ces malades que l'élément physique ou, comme on dit aujourd'hui^, l'élément somatique, c'est-à-dire les phénomènes nerveux précurseurs ou concomitants de l'hystérie et, circonstance non moins essentielle, l'hérédité névropathique acquièrent une importance que le médecin légiste, plus qu'aucun autre, a le plus grand intérêt à ne pas méconnaître.

Femmes enceintes.

J'ai énoncé dès le début, et j'ai tenu à mettre en lumière dans tout le cours de cette étude, cette vérité essentielle que la médecine légale, en ce qui touche la folie, a d'autres exigences et doit se laisser guider par d'autres principes que la nosologie. C'est pour y rester fidèle que je ne réunis pas sous le titre commun de folie puerpérale les faits relatifs aux femmes enceintes, aux nouvelles accouchées et aux nourrices. Pour peu que l'on veuille, en effet, rester attaché à la réalité des faits eux-mêmes, on est bien forcé de reconnaître que la folie puerpérale a été constituée très artificiellement, et que dans ses cadres beaucoup trop élargis on a

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fait entrer les états les plus divers et les plus complexes (l). Il est indispensable poui le médecin légiste de sortir de cette confusion et, de même qu'il n'ajamaisà se prononcer que sur des cas particuliers, il est nécessaire de simplifier pour lui l'exposé des notions qu'il doit posséder et les faits sur lesquels il aura à exercer son appréciation. C'est pourquoi je parlerai d'abord et séparément de l'état de grossesse au point de vue du trouble qu'il peut apporter dans les dispositions morales et dans l'état mental des femmes. L'erreur de doctrine que je crois pouvoir reprocher au livre de Marcé est rachetée par une conscience de recherches et par une richesse d'observations que je mettrai à profit dans l'étude de ce sujet.

C'est un fait vulgaire et qui, s'il a été exagéré dans l'opinion commune, n'en est pas moins très réel et universellementre connu que l'iniluence, parfois très notable, qu'exerce la grossesse sur le système nerveux et, par suite, sur les facultés intellectuelles et morales de la femme. Si je répugne absolument aux doctrines d'une certaine école étrangère qui prétend ne voir dans toute espèce de folie, dans toute perversion instinctive, comme d'ailleurs dans tout mouvement volontaire et bientôtdans toute résolution humaine , qu'une simple action réflexe, je suis loin de méconnaître les rapports étroits qui existent entre l'état organique de l'utérus et les déviations morales que l'on observe quelquefois durant la grossesse et qui sont analogues à ces cas de folie hystérique déterminée par une lésion de la matrice. La science possède un grand nombre de faits de ce genre qu'il n'y a pas lieu de reproduire ici.

L'iniluence de la grossesse se manifeste le plus ordinairement par un changement pinson moins marqué, pinson

(I) L. V. Marcé, T'-aité d". la folie des femmes etf.eiiitei , des nouvelles accouchées et de'- nourrices ; et considérations médico-légales qui se rattachent à ce sujet. Paris, 1858.

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