‹ Etude médico-légale sur la folieChapitre 40 sur 90 · DEGENERES. EXCENTRIQUES · texte numérisé non relu

DEGENERES. EXCENTRIQUES

que le })lus ordinairement, lorsuu'on peut les suivre pendant un certain temps, on voit leurs facultés intellectuelles décliner plus ou moins rapidement, et la folie paralytique ou la démence consommer la ruine morale de ces natures déchues. Je rapporterai en exemple l'observation très concluante d'un de ces malades, de celiii peut-être qui sut faire le plus de bruit et soulever le plus de fausse passion autour de son triste nom, de celui à coup sûr dont les mensonges ont fait, dans les rangs les plus élevés, les dupes les plus éclatantes.

J'ajoute que ce sont surtout les fous de celte catégorie qui ont pris à partie les médecins à l'examen desquels ils avaient été soumis et qui avaient eu à donner un avis à leur sujet sur l'opportunité de la séquestration ou de l'interdiction. Des procès de cette nature ont été portés plus d'une fuis et avec un certain éclat devant les tribunaux civils.

J'ai été moi-même trois ou quatre fois l'objet d'assignations de la part de malades dont la justice m'avait chargé de constater l'état mental. Je n'ai jamais cru devoir y répondre, et j'ai refusé de constituer avoué, c'est-à-dire de me reconnaître partie intéressée dans de seuiblables débats. Je n'admets pas que la mission de médecin expert qui est, à bien dire, une délégation du magistrat instructeur se faisant pour certains faits qui ne sont pas de sa compétence, suppléer par un homme de l'art, relève d'un autre tribunal que celui de sa conscience. C'est à la justice qui lui accorde sa confiance et qui a réclamé son intervention à le sauvegarder et à le défendre. Je dois dire que le tribunal de la Seine en a jugé ainsi, et m'a njis purement et simplement hors de cause, sans que j'aie eu même à faire acte de présence et que j'aie répondu de quelque façon que ce soit à la citation. Je sais que des collègues dont je suis loin de critiquer la conduite, ont agi autrement et n'ont pas reculé devant les ennuis d'une dé-

\oS APPRÉCIATION DE CHAQUE GENRE DE FOLIE.

fense personnelle ; mais quelque conviction, quelque verve éloquente qu'ils aient montrées, et quelque succès qu'aient obtenu leurs paroles, ils ont, suivant moi, accepté une situation périlleuse pour le médecin légiste et à laquelle en principe je préfère la dignité de l'abstention et du silence. Les fous, que nous déclarons tels, sont pour nous des malades et non des adversaires.

Alcoolisunts.

C'est une question difficile et grave que celle des rapports de ralcuolisrae avec la folie et pour laquelle il est plus que jamais nécessaire que le médecin légiste ne procède qu'avec beaucoup de circonspection et de mesure. En effet, les accidents que l'abus des boissons fermentées engendre chez l'homme, sont de nature très diverse, et ceux qui portent sur les facultés intellectuelles présentent euxmêmes de notables différences.

L'ivresse qui en est en quelque sorte le premier degré, est en réalité une courte folie et offre les caractères les plus constants de l'aliénation ; mais ce n'est pas à cet état, le plus souvent, conséquence volonlaire du désordre moral, que doit s'appliquer l'immunité que la loi pénale accorde à celui qui était en démence au temps de l'action criminelle. Les progrès déplorables que l'alcoolisme a faits de nos jours (l), les effets dés.istreux qu'il a déjà produits et dont il menace encore les forces vives de la nation, conduisent les meilleurs esprits non seulement à refuser à l'ivresse le caraclèie de l'excuse lég île, ce que la jurisprudence de la cour suprême avait dès longtemps proclamé, en tenant l'ivresse dans ses arrêts pour un fait volontaire et repréhensible, ne pouvant jamais constituer une excuse que la

(1) Magnan et Boucheron, Statistique des alcooliques entrés au bureau d'admission en 1870 et 1871 [Ann. méd.-psi/chol., 5' série, t. VII, p. 51.

ALCOOLISANTS. l.iO

morale et la loi permettent d'accueillir; mais encore à faire de l'ivresse une circonstance aggravante du crime et de ia pénalité. L'Assemblée Nationale a été, en 1871, saisie de plusieurs propositions inspirées par la pensée d'opposer enfin une digue aux progrès de l'alcoolisme, et parmi les eiïorts tentés dans cette voie, il n'en est pas de plus énergiques et de mieux dirigés que ceux d'un de nos plus distingués confrères, M. le docteur Théophile Roussel. Le mémoire qu'il a présenté sur ce sujet à l'Académie de médecine (1), à la fois si plein de science et de faits, si profondément empreint de sens politique et de philosophie pratique, contient sur celte question si actuelle des principes et des vues que le médecin et le législateur ne sauraient trop méditer, et que je ne pouvais dans cette étude ne pas signaler hautement (2).

L'ivresse toutefois, je l'ai dit déjà^ n'est pas la folie. Mais elle y conduit d'une manière presque certaine lorsqu'elle dégénère en habitude, par des voies différentes, il est vrai, et sous des formes diverses qu'il importe au médecin légiste de ne pas confondre.

La plus commune et la plus simple, celle qui constitue la folie alcoolique proprement dite et que l'on distingue le plus souvent sous le nom impropre de deliriiim tremens, se manifeste comme le résultat direct de remp:)isonnement alcoolique chez les individus qui quelquefois par état, comme les marchands de vins, le plus souvent par passion et par habitude boivent fréquemment et avec excès, même sans aller toujours jusqu'à s'enivrer. Au bout

(1) Th. Roussel, Mémoires sur la répression légale de l'ivresse et de l'ivrognerie llhillet. de l'Acad. de méd. t., XXXVI, p. GlG, et 688,1871). — J. Bergcron. Rapport sur l'alcoolisme (Ibid., p. 528, 'J'J3 et i084).

{'>) Il convient de signaler aussi, au sujet de la part qui revient à l'absinthe dans l'histoire de l'alcoolisme, les intéressantes recherches de M. le docteur Magnan, médecin de Fusile Sainte-Anne. Alcool et Absinthe. Épilepsie absinthique. Paris, 1871 ; et l'excellente thèse d'un de ses élèves, M. Challaiis, Dti l' ulcoùlisme et de l'ahsinthisme. Thèse de Paris, 1870.

160 APPRÉCIÂTIÛ.X DE CIIAQLE GENRE DE FOLIE.

d'un certain temps leur appétit languit, le sommeil est léger, court, troublé par des songes et des visions, la face prend un aspect d'hébétude ; quelquefois il survient des vomissements bilieux, du tremblement et le délire ne tarde pas à éclater. 11 est ordinairement très général et très intense, accompagné d'insomnie opiniâtre, d'hallucinations delà vue, qui offrent souvent l'image d'animaux, de rats, de souris qui courent sur le lit du malade, et compliqué d'agitation extrême, parfois de fureur et de tendance au suicide. La voix est tremblante, la langue sort de la bouche, comme par un effort convulsif ; les lèvres restent difficilement en repos; le pouls est petit, non fébrile, l'attitude du cor[>s est incertaine, la démarche mal assurée, les mains agitées de tremblements : quelquefois le corps tout entier pris de convulsions épileptiformes. En général, après six ou huit jours, parfois plus tôt, le délire tombe, l'agitaiion se calme, le sommeil revient, mais pendant quelque temps encore les idées offrent de la confusion, la tête reste un peu lourde et les mouvements continuent à être mal assurés. Ce délire alcoolique, au point de vue médico-lcgal, ne diffère pas des autres délires que j'étudierai bientôt; ce n'est pas par ce côté que les alcoolisants appartiennent au groupe qui nous occupe en ce moment et intéressent plus particulièrement le médecin légiste.

Cependant les attaques de délire alcoolique récidivent presque inévitablement et chez quelques-uns avec une extrême fréquence en raison des habitudes invétérées auxquelles ils ne savent pas résister. Et la plupart après plusieurs accès de plus en |)lus rapprochés, restent décidément aliénés^ maniaques ou déments, ou finissent par succomber à une paralysie générale.

Mais dans les intervalles des attaques de folie alcoolique, et avant de toucher le terme fatal de l'aliénation confirmée, l'ivrogne en dehors du délirium tremens et du délire pas-

ALCOOLISANTS. IHl

sager ({ue l'ivresse amène^ subit une dégradation morale cl inlellectuelle plus ou moins rapide, dont les effets méritent toute notre attention. Quelquefois chez ces individus, riiabitude de boire a été provoquée soit par le besoin de s'étourdir sur un chagrin, un malheur, une ruine récente, soit par une sorte de faiblesse d'esprit ou d'épuisement physique qui porte quel(|ues individus imbéciles ou débauchés à rechercher une excitation factice qui leur devient de plus en plus nécessaire; c'est parmi eux que se rangeraient les prétendus dipsomanes, ceux que porte à boire une sorte de soif maladive. Les premiers changements qui se font sous cette influence portent sur le caractère. L'ivrogne tombe dans une indifférence complète; s'il était ouvrier laborieux il devient paresseux et inexact; insoucieux de ses affaires et de ses intérêts, il en abandonne la direction au hasard; sa sensibilité naturelle s'émousse; il voit autour de lui, sans s'en émouvoir, la douleur et la misère; doux et paisible autrefois, il est miiintenant irascible, violent, emporté. Ses habitudes de distinction, son éducation première, font place à des mœurs crapuleuses et sordides, un langage grossier, des manières brutales.

Ce n'est encore qu'un ivrogne, ce n'est pas un fou, et, malgré l'autorité de quelques aliénistes, parmi lesquels je nommerai seulement Leuret (1) et Falret père (2), je résiste absolument à l'assimilation que plus d'une fois j^ai entendu faire dans les débats criminels par des médecins entre l'ivrognerie et la folie. Mais il faut pénétrer plus avant dans les modifications morales dont Tivrognerie est non pas le signe, mais le principe, et qui s'opèrent chez l'alcoolisant.

(1) Leuret, Observation médico-légale sur l'ivro^7ierie et la méchanceté considérées duns leurs rapports avec la folie [Ann. d'hyg. picbl. et de méd, lég., V^ série, t. XXIV, p. 372).

(2) Falret et de Pietra-Santa, Assassinat de la femme R. par so?i mari dans un accès de délire alcoolique [A?in. d'hyg. publ. et de méd. lég., 1' série, t. IX, p. Ii4).

TAnniEr. — Folie. Il

Avant d'arriver à une forme de folie délcrniinée et à une maladie mentale définie qui se nommera la manie chronique, la démence ou la folie paralytique, l'alcoolisant traversera presque nécessairement une période, que quelquesuns mêmes ne dépassent jamais, durant laquelle il sera, ce que dans le langaiiC trivial auquel j'emprunte celte expression saisissante de vérité, on appelle unabiuli. Plonj^é dans une hébétude presque continuelle, dans une immobilité prolongée durant des heures entières, à peu près étranger à ce qui se passe autour de lui, le regard atone, presque éteint, il a subi une dépression manifeste dans ses facultés; ses idées sont très lentes; il répond avec peine et comme à regret, et seulement quand on sollicite fortement son attention; sa main tremble quelquefois, sa langue est épaisse et sa parole déjà embarrassée; la physionomie, les traits contractés du visage portent le cachet de la dégradation intellectuelle et morale. A cette hébétude ordinaire, à cet engourdissement de la pensée, succèdent sous l'influence le plus souvent de nouveaux excès, mais sans ivresse, des périodes d'excitation dans lesquelles s'éveillent des instincts violents et brutaux, qui se traduisent par des actes dans lesquels on retrouve parfois le caractère essentiel de l'impulsion morbide. Un alcoolisant, sortant de chez lui après avoir bittu sa femme et ses enfants et tout cassé dans son ménage, donne un coup de bâton à un passant inoffensif qu'il rencontre dans la rue, sans provocation et certainement sans plus de conscience que l'épileptique qui frappe de son couteau ouvert et dans des circonsiances absolument identiques.

Mais si les signes de l'impulsion instinctive s'accusent ici d'une manière assez tranchée, qui ne voit combien la limite est difficile à tracer et combien la mission de l'expert appelé à se prononcer sur l'état mental de pareils individus est délicate et pleine de périls. Cependant il me

ALCOOLISANTS. 163

semble qu'en s'altacliaiit à cet ensemble de caractères que je viens d'énumérer, et en rapprocbant le fait incriminé de cet état normal que j'ai décrit et dans lequel de rares moments d'énergie et d'excitation alternent avec un accablement physique et intellectuel parfois très profond, le médecin légiste sera autorisé à reconnaître et à conclure qu'il n'a pas devant lui un homme vraiment sain d'esprit, au sens même de la loi pénale, et que celui-ci ne peut consciencieusement être considéré comme entièrement libre et responsable de ses actes. J 'ajoute qu'il est un trait qui manque rarement et qui achèvera de porter la conviction dans l'esprit de l'expert, c'est l'indifférence absolue dont fait preuve l'alcoolisant qui a commis un acte punissable et l'insouciance de sa situation qu'il montre au plus haut degré. U se comporte dans sa prison comme s'il était dans une auberge ou dans sa propre maison. Il ne semble pas comprendre à quoi il est exposé, ou s'il le sait, il ne s'en soucie en aucune façon. Il peut se réveiller à un moment donné en présence du juge ou du médecin ([ui l'interroge ou devant le tribunal qui va prononcer sur son sort; mais le plus souvent il ne sort pas de sa torpeur, ne sait ce qu'il a fait ou ne s'en occupe pas. Ce sont là des signes importants, définis, positifs, qui font non pas de tout ivrogne un fou, mais de l'alcoolisant un type moralement dégradé, sujet à des impuisions irrésistibles, et par cela seul dans beaucoup de cas qu'il restera à l'expert médecin à reconnaître et à déterminer, inconscient et irresponsable.

L'exemple suivant complétera ce que les considérations générales qui précèdent auraient de trop abstrait ou d'insuifisant. Un individu âgé de trente à trente-cinq ans, assez bien doué et ayant reçu une certaine éducation, d'abord étudiant en médecine, puis clerc d'avoué, puis employé dans une officine comme élève en pharmacie, a été enfermé deux fois à Charenton, d'abord pendant trois mois, puis dans un

ÎQi APPRÉCIATION DE CHAQUE GENRE DE FOLIE.

asile de province pour des attaques assez éloigliées l'une de l'autre de delirium tremens, dans l'intervalle desquelles il est resté, en apparence, sain d'esprit. Mais en réalité il était toujours adonné à la boisson, et se livrait de temps à autre à des dépenses folles et à de véritables extravagauces. Il avait quitté sa pharmacie et se promenait sans directiou et sans but dans les environs de Paris. Sans être plus ivre que de coutume, mais toujours sous l'influence de la boisson, il rencontre un garde champêtre qui ne fait mine ni de le surveiller ni de mettre la main sur lui, et, le provoquant lui-même, d'emblée il frappe de quatre ou cinq coups de couteau, d'une main heureusement mal assurée et tremblante, qui ne fait que des blessures sans gravité. Il est immédiatement arrêté et mis en prison. Là et dès les premiers moments, il écrit à sa mère pour l'inforuier de son incarcération et la prie de lui envoyer un pot de pommade, un poulet et du vin, mais de ne pas l'embêler de ses conseils; il est en prison et il y restera. Cette lettre écrite sous l'inculpation de tentative de meurtre et du fond d'une prison, est celle à\\n écolier en retenue et mal élevé qui demande qu'on lui envoie de quoi se distraire. Conduit devant le juge d'instruction, il commence d'abord par répondre à ses questions, puis s'interrompt tout d'un coup en disant : «J'en ai assez comme cela, je considère cet interrogatoire comme inutile, je ne veux plus rien dire; ça m'ennuie de répéter ; je l'ai dit au commissaire de police. » Le lendemain il écrit au chef du Parquet une longue lettre dont le ton et le style sont caractéristiques : « Je regretterais que mon insouciance et ma gaieté naturelles fussent prises pour du cynisme. Si j'ai perdu mon âme dans les accidents d'une jeunesse orageuse, j'ai gardé une bonne dose de cet esprit français qui sait se soustraire à tous les embarras de la vie. J'ajouterai que, fatigué de la phai'macie, je suis dans ce moment occupé de me cher-

ALCOOLISANTS. 163

cher un autre élat; j'ai jeté les yeux sur la photographie où je réussis assez bien comme amateur. Cela constitue dans ma vie actuelle une sorte de crise qui n'est peut-être pas sans influence sur ce qui est arrivé. » Ce ton léger, cette inditrérence, ont quelque chose de vraiment significatif. Amené à Paris, il fut soumis à mon examen. Le séjour et le régime de la prison ne pouvaient manquer de lui être favorables, et, ainsi que cela arrive le plus souvent, surtout pour les individus de cette sorte qui se trouvent tout d'un coup soustraits à leurs funestes habitudes, il en «prouva le bénéfice et revint à une plusjuste appréciation de lui-même et de sa situation ; je le trouvai assez honteux et très convenable dans sa tenue ; raconlant sa vie avec une certaine complaisance, mais sans incohérence et sans désordre dans les idées. Néanmoins, et quoiqu'il n'eût plus rien de l'aliéné, je n'hésitai pas à conclure, en raison de l'acte lui-même, des écrits du prévenu, de son altitude avant et après son arrestation, en tenant compte aussi de ses antécédents et de sa vie passée, que la tentative de meurtre dont il était l'auteur, pouvait être Teffet de celte dégradation morale dans laquelle l'avaient fait tomber ses habitudes d'ivrognerie et ses attaques antérieures de folie; que ses facultés intellectuelles et morales avaient subi une atteinte réelle, qu'il n'avait pas eu la pleine conscience de ce qu'il avait fait, et qu'il n'en pouvait être complètement responsable.

J'ai eu également à visiter avec M. Lasègue un autre de ces alcoolisants qui, sans être ivre et sans provocation, avait frappé d'un coup de couteau une femme avec laquelle il vivait. Après quelque temps de séjour en prison, nous avons vu se réveiller chez lui le sentiment amer et vrai de la situation et de la dégradation dans laquelle il était tombé. C'était un ouvrier mécanicien, intelligent et gagnant bien sa vie, qui peu à peu entraîné par une liaison

crapuleuse avec une fille publique, s'éiait laissé aller à rivropnorie. Il était devenu taciturne et sombre, et ne sortait de son silence et de son abrulissemeut que pour se livrer à des violences dont il avait à peine conscience. L'influence salutaire qu'exercèrent sur ses dispositions morales, l'isolement et le changement d'I.iabitudes, est un fait capital, non seulement au point de vue moral, mais encore comme indice très important de cet état mental particulier que le médecin légiste peut avoir à aj>précier chez les alcoolisants, et que M. Morel a su très bien caractériser dans un très bon rapport qui avait ponr objet un vieillard incendiaire, ivrogne et mcch^int, mais non aliéné et nullement dominé par une impulsion instinctive (1).

Hypocondriaques.

Certains hy]^ocondriaques non aliénés chez lesquels les préoccupations de leur santé physique ont fini par altérer profondément les facultés affectives, peuvent par moments, sous l'influence d'une violente contrariété ou d'une tension d'esprit exagérée, arriver à un véritable état d'aberration, à une sorte d'inconscience d'où peuvent résulter des actes plus ou moins insensés, des violences même dont ils ne sont réellement pas responsables (2).

Si rares que soient ces cas, ils n'en méritent pas moins de fixer l'attention du médecin expert, et j'en ai rencontré dans ma pratique médico-légale qui ne laissaient pas de place au doute. Il suffira d'en rappeler quelques exemples pour en faire comprendre le caractère.

Une vieille fille avait été renversée par une voiture, et cet accident n'avait eu d'autres suites que des contusions

(1) Morel, Rapport médico-légal {A?i?i. méJtco-psiicholog., 3* série, t. I, p. 207, avril I80Ô).

(2) Esquirol, Exposé de l'état psychique dune femme hypocondriaque [A)ïn. d'Iiyg. pull, et de méd. lég., 1" série, t. XVII, p. 197).

Page 1