‹ Etude médico-légale sur la folieChapitre 48 sur 90 · IMBÉCILE INCENDIAIRE · texte numérisé non relu

IMBÉCILE INCENDIAIRE

proportion d'abaissement intellectuel et moral. Tout en reconnaissant de nouveau combien ce jugement délicat cà poser est plus délicat encore à formuler, nous nous croyons autorisés à conclure :

1° Que les actes commis par Rolland rentrent si exactement par l'ensemble et par le détail dans un type pathologique scientifiquement constitué, qu'il est impossible de n'y pas voir la trace d'une impulsion maladive.

2° Que le sieur Rolland est faible d'intelligence à un degré appréciable sans qu'il puisse être considéré corn me un imbécile entièrement dépourvu de la conscience de ses actes.

3° Que son état mental n'est pas tel qu'il implique un défaut absolu de résistance à de mauvais instincts, et qu'il justifie quant à présent le placement dans un asile d'aliénés.

4° Qu'il y a lieu, par conséquent, en déclarant qu'il reste une part de discernement, à atténuer la responsabilité sans l'annuler.

5" — Rapport médico-légal sicr un cas de faiblesse d'esprit.

Nous soussigné Ambroise Tardieu, commis par ordonnance de M. Fraissynaud, juge d'instruction près le tribunal de [jremière instance du département de la Seine, en date du 6 mars 1832, à l'effet de visiter le nommé W. détenu à la prison de Mazas, l'examiner et constater son état mental, après avoir prêté serment entre les mains de M. le juge d'instruction ;

Nous sommes transporté à la dite maison d'arrêt où nous nous sommes fait rendre compte de la conduite et des habitudes du détenu W., ayant été ensuite introduit dans sa cellule nous l'avons interrogé et examiné longuement.

Des renseignements qui nous ont été transmis, il résulte que le nommé W. ne s'est fait remarquer par aucune agitation, par aucun trouble intellectuel, par lien, en un mot,

qui ait pu faire concevoir le moindre soupçon sur l'intégrité de ses facultés mentales.

L'aspect du détenu et la manière dont il répond aux nombreuses questions que nous lui adressons, sont tout à fait d'accord avec les détails que nous avons précédemment recueillis. Ce jeune homme dont les traits flétris semblent annoncer des habitudes de débauche, ne présente d'ailleurs ni dans sa physionomie, ni dans sa tenue, ni dans son langage aucun signe d'égarement. Il n'olîre non plus ni tremblement, ni paralysie, ni désordre particulier que l'on puisse attribuer à une lésion des centres nerveux. 11 n'y a aucun embari as de la parole et les réponses sont faites avec une grande précision.

Interrogé par nous sur les motifs de son arrestation, le détenu W. cherche d'abord à donner le change et à faire croire à quelque cause politique. Mais sur notre instance, il ne tarde pas à confesser qu'il est inculpé de faux et il donne à ce sujet des explications qui sans être vraies, n'ont du moins rien qui choque la raison. Il est impossible de découvrir la moindre trace d'aliénation d'esprit. La santé physique ne paraît d'ailleurs nullement altérée.

De l'examen qui précède, nous concluons que :

Si létat du nommé W. ne peut être rapporté à une aliénation mentale bien caractérisée, il n'en est pas moins certain qu'il présente un certain désordre intellectuel qui peut se traduire par des actes peu réfléchis dont il n'aurait pas la saine appréciation morale.

6" — Rapport médico-légal sur un cas de fai'jlesse d'esprit. — Inculpation de faux, etc. (MM. Lasègue et Tardieu.)

D. est depuis sa jeunesse incapable de travail. Il a été embarqué, a servi comme soldat, de retour dans son pays, escroqueries commises en abusant du nom de son père imprimeur; prétendu journal dont il est le gérant; publica-

lions (le livres qu'il place et qui n'existent pas, mais qu'il se lait payer d'avance ; une fois il s'affilie à une troupe de sallimbanques, a donné avec eux une représentation dans son pays. L'argent (|u'il escroque est dépensé d'une manière absurde, il le donne, en fait un emploi que rien ne juslilie. D'après les renseignements, il ne paraît avoir obéi à aucune passion : ni femmes, ni jeu, ni débauches.

Arrivé à Paris, il commet le double faux pour lequel il est arrêté. De ses Ictlrcs, l'une est écrite très habilement, il écrit au nom de son père qui aurait à se plaindre de son 111s et emprunterait de l'argent pour hâter le retour de ce fils au pays. La seconde lettre est une fausse déclaration de M. L. qui inviterait sa domestique à remettre au porteur une somme d'argent. D. déclare que la première lui a été suggérée et dictée, et que la seconde est de lui seul.

11 y a au dossier des notes sur un fait mal éclairci. D. aurait essayé d'emmener deux jeunes garçons en se faisant passer pour le maître d'un hôtel garni à Toulouse. Il aurait payé à déjeuner et aurait conduit à Saint-Germain de jeunes apprentis. 11 recevrait dans son logement des petits garçons et paraîtrait, d'après le récit incomplet de l'un d'eux, avoir des habitudes de pédérastie.

En prison D. écrit lettres sur lettres pour demander son changement, il adresse des réclamations sans fin, il rédige une correspondance de chaque jour, est taciturne, répond à peine, mais correspond par lettres même avec le surveillant.

A notre visite, il feint de ne rien se rappeler, il affecte un air hébété. La seconde fois il est plus explicite, se plaint de vertiges, de malaise, de gastralgie. Il est d'une extrême Toracité et mange double ration. Il avoue avoir des habitudes de masturbation portées à un haut degré et qui s'accordent avec les symptômes qu'il indique spontanément.

Il n'a pas de délire continu, mais des contradictions, il

prétend qu'il a dans sa malle d'3 quoi indemniser les plaignants, qu'il a de l'or. Un peu plus tard, il dit que sa malle ne contient que des effets d'habillements sans valeur.

Nous avons conclu qu'il y avait chez lui une portion de simulation évidente, et une portion de trouble réel de l'intelligence provoquée par l'excès de la masturbation. Que cet état avait pu être sinon provoqué du moins très aggravé par le séjour de la prison. Qu'il y avait présomption que l'état mental de D. était beaucoup moins compromis à l'époque où il a commis ce faux qu'au moment de l'examen.

70 — Rapport médico-légal sur l'élat mental d'im iiidividu excentrique, aliéné persécuteur. (MM. H. Bayard, Jacquemin et A. Tardieu.)

Nous soussignés, elc, avons été commis, par ordonnance en date du 4 juin 1845, de M. A. deSaint-Didier, juge d'instruction près le tribunal de l'^ instance du département de la Seine, à l'effet de procéder à l'examen et à la visite du sieur Buchoz-Hilton (Louis), inculpé d'offenses envers la personne du roi, actuellement détenu à la Force, pour rechercher s'il n'existe pas chez lui un dérangement des facultés mentales qui le rend incapable d'apprécier ses actes. Après avoir prêté serment, nous avons reçu de M. le juge d'instruction un dossier composé de nombreuses pièces saisies chez le sieur Buchoz-iiilton, de sa correspondance, des dépositions des témoins, ainsi que des renseignements fournis par Tenquète qui a été faite sur ses antécédents.

Alin de ne rien négliger de ce qui pouvait nous éclairer dans l'accomplissement de la mission qui nous a été confiée, nous avons examiné attcutivement cliacune des pièces du dossier. Nous avons été ensuite, à plusieurs reprises, visiter le sieur Buchoz dans sa prison et nous nous sommes entretenus avec lui pendant plusieurs heures. Enfin, durant l'espace de deux mois, l'un de nous a soumis à une observation particulière sa conduite et ses actes de chaque jour.

C'est d'après les données de ce triple examen que notre conviction s'est formée et que nous avons rédigé le présent rapport dans lequel nous exposerons: l°le résumé concis des faits recueillis par l'instruction sur la moralité et la conduite de Buchoz-Hilton depuis sa jeunesse jusqu'à ce jour, ainsi que ceux qui résultent de sa correspondance et de ses diiïérents écrits; 2° L'examen médical de la plivsionomie et de l'état mental de Buchoz-Hilton, ainsi que les explications verbales dans lesquelles il est entré devant nous au sujet de sa conduite passée et des lettres qu'il a écrites depuis le commencement de sa détention; 3° Enfin nous terminerons par l'appréciation raisonnée des faits précédemment exposés.

\° Résu77ié des faits réviélés par t instruction. — Le sieur Louis Buchoz-Hilton, âgé do cinquante-sept ans, est né à Metz, d'une assez bonne famille. Son père, qu'il n'a pas connu, est mort à une époque déjà très éloignée, sans qu'il puisse dire à quelle maladie il a succombé. Sa mère vivait encore il y a quelques mois et lui a laissé un modique héritage. Il a eu un frère, un peu plus jeune que lui, Buchoz (Marie-Joseph) qui, étant devenu fou en 1837, entra deux fois à Bicètre, oi^i il est mort le 27 janvier 1842.

Sans essayer de remonter jusqu'aux premières années de la vie de Buchoz, si nous interrogeons ses antécédents, nous voyonsque dès l'année 1816, il était l'objet de poursuites judiciaires, et qu'à plusieurs reprises il fut frappé de condamnations correctionnelles pour escroquerie, vagabondage, dénonciationscalomnieuses, etc. Il paraît même qu'il encourut en Belgique une peine plus grave. Dans tous les cas, sa vie a été tout entière passée dans le désordre. Il n'a jamais eu de profession, et bien qu'il se représente comme lié aux hommes les plus éminenls de son temps et appelé même à occuper des emplois les plus distingués, soit sous l'empire, soit au commencement de la restauration, il n'a

guère été, a celle époque, qu'agent subalterne de la police.

C'est dans cet état que le surprit la révolution de Juillet. Réduit dès longtemps aux expédients, il s'avisa de se mettre ' à la tète des volontaires de la Cliarte, se décora du titre de colonel, et le lendemain de la révolution le trouva investi d'une sorte d'autorité qu'il eut un instant l'espoir d'exploiter, et qui, àen juger par la manière dont il parle encore aujourd'hui, s'empara de son esprit et acheva de lui monter la tète. Aussi est-ce à partir de ce moment qu'il importe surtout de suivre Buchoz-Hilton à travers les nombreux accidents de sa vie agitée.

En effet, le rétablissement de l'ordre ayant détruit la position qu'il avait usurpée, il prétendit avoir droit à une indemnité qu'il fixa lui-même à 300,000 francs et se posa en créancier obstiné de l'État et du roi. il était dès lors retombé dans la misère et dans le désordre, y portant de plus le désir effréné d'occuper l'opinion, de faire parler de lui, de rester en scène et d'y conserver un rôle, quelque inférieur qu'il fùl à celui qu'il avait rêvé. C'est alors qu'il commença pour servir à la fois son besoin d'être remarqué et son ressentiment contre le gouvernement et surtout contre le chef de l'Etat, c'est alors qu'il commença à inonder le public des écrits les plus extiavagants, et à se donner lui-même en spectacle dans les rues de Paris, Au nombre de ses inventions plus absurdes les unes que les autres, il suffit de rappeler qu'exploitant une caricature grotesque à laquelle l'esprit i de parti avait réussi à donner une signification politique, Buchoz-Hilton avait fait construire une voiture qui figurait une poire, s'était affublé, lui et quelques acolytes, d'un bonnet de même forme, et parcourait les lieux publics en débitant un cirage que, dans une sorte de prospectus inqualifiable, il intitulait; « Cirage à la Poire Molle... fait « avec le sang et les os des satellites du Congo, Visigol et « Russes qui ont été tués en combattant contre les repu-

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« blicaiiis, etc., etc. » Après le cirage vinrent des cannes, des par.'ipliiics, de l'encre, des bonnets, toujours à la Poire Molle. Arrêté plus de \ingt fois, il avait obtenu, suivant son désir, une véritable réputation dans les prisons et devant les tribunaux. Et toujours il avait eu à répondre à des inculpations de la même nature. Envoyé en surveillance à Nîmes, il y continue la même existence désordonnée; mais nous le 1-aisserons bientôt raconter lui-même cette partie de sa vie. De retour à Paris^ il passa plusieurs années dans une vieille masure située au bas des buttes Saint- Cbaumont, et dépendant d'une petite maison qui appartenait à sa mère, et dont il avait fait un cabaret à l'usage des dernières classes du peuple. C'est là qu'il est resté jusqu'au mois de juillet 1844, et qu'il convient surtout d'étudier sa manière d'être. A[)rès un bien court séjour dans cette habitation, il s'était déjà signalé par ses excentricités et ses violences. Les dépositions de ceux de ses voisins qui ont été entendus dans l'instruction, nous le montrent se promenant autour de sa maison avec une baïonnette au bout d'un bâton ; se croyant entouré d'ennemis et habillant en soldats des mannequins qu'il place comme épouvantait à ses fenêtres. Il vit en commun avec des chèvres, et le bruit court que ses dérèglements dépassent toute imagination. Persuadé que les buttes voisines lui appartiennent, il veut en défendre le passage à tout le monde ; il court sur ceux qu'il y aperçoit, chasse les animaux qu'on y fait paître et va jusqu'à y ordonner des travaux de terrassement qu'il ne paye pas. Un autre jour il fait construire sur un terrain qui ne lui appartient pas, et il est bientôt forcé de jeter bas ses constructions. Il a l'idée d'ouvrir un bal dans son établissement, et comme on lui en refuse l'autorisation, il se pose en victime et entame une polémique des plus prolixes avec M. le préfet. Les tambours qui sont casernes aux environs viennent à l'école sur le boulevard ou sur les buttes près de sa maison ; il y

voit une nouvelle persécution dont il accuse M. le ministre de la guerre. Enfin, n'abandonnant pas son idée favorite^;! il imagine d'attacher à un arbre mort des bâtons en guise de branches, et d'y suspendre des feuilles de zinc qu'il peint ! en vert, et il dit à tout le monde que cet arbre rapportera | des poires. Il se croit toujours poursuivi par des gendarmes ' et s'écrie eu regardant des gens arrêtés près de lui que « si ses yeux étaient des pistolets, il les tuerait. » Il doit à tousses voisins et ne les paye qu'en injures; tout le monde le fuit, et on ne l'appelle que le fou, le Chodr uc-Duclos du quartier.

Au mois de juillet 1844, soit qu'il redou te ses créanciers, soit qu'il pense réellement être poursuivi, il s'enfuit en Angleterre où il arrive au bout de trois semaines après un voyage dont nous reproduirons d'après lui le récit textuel. Là il faut trouver à vivre; et il n'a d'autre ressource que de se faire passer pour une victime politique et de s'adresser à la pitié ou à la passion. Cherchant toujours à se donner de l'importance, il renouvelle l'histoire des 300,000 francs que lui doit le roi; il publie sous le nom de caricature, un faclum plus absurde encore qu'odieux; il adresse à la reine une supplique et, lorsque S. M. Louis-Philippe est sur le point de se rendre en Angleterre, il va trouver le lord maire de Londres et lui demande sérieusement l'autorisation de faire appréhender au corps le roi des Français qu'il se vante aujourd'hui d'avoir empêché par ses menaces de mettre le pied dans la cité. Enfin à la date dû 19 avril de la présente année, il adresse de Londres à M. le ministre de l'intérieur un exemplaire de sa supplique à la reine après avoir écrit sur l'une des marges qu'il se dispose à apporter sa tète au roi Louis-Philippe pour le 1" mai. La suscription de cette étrange missive porte : « Monsieur le ministre de l'intérieur au service de Louis-Philippe le traite et le lâche. Paris. » Il arrive en effet et le lendemain de son

retour il ost arrêté coniuie inculpé d'oireiise cl de menaces contre la personne du roi.

Dans toutes les circonstances de sa vie dont nous venons de rapporter, bien incomplètement, quelques épisodes, Buchoz-Ililton ne cesse d'écrire. Brochures, pamphlets, lettres^ jiétilions, sup[diques, notes de toute espèce, toujours, partout, à tout propos, hors de propos surtout, il écrit. Le témoin Flamant qui habitait la môme maison que lui, dépose qu'il a noirci au moins 100 kilogrammes de papier. Depuis le roi, les princes, les fonctionnaires les plus éniinents jusqu'au dernier de ses voisins, personne n'a été cà l'abri de sa correspondance. Et c'est dans ses nombreux confidents de ses pensées les plus intimes que l'on peut le mieux surprendre la nature de ses idées et les dispositions de son esprit. On remarque, d'abord, que pas un coin des feuilles assez sales qu^il emploie n'est intact. Il écrit dans tous les sens sur ren\eloppe, en long, en large, en travers. Plusieurs feuillets sont ajoutés les uns aux autres, à l'aide de colle à bouche, de manière à former de longues pancartes d'un aspect singulier. L'écriture n'est pas élégante, mais lisible : outre d'assez nombreuses incorrections on rencontre souvent des omissions de lettres que l'on ne peut attribuer à des fautes d'orthographe, ainsi : venter pour rentrer, traite pour traître, tin pour tient, troube pour trouble, etc.

Quant au ton de ses lettres, il est singulièrement uniforme. Ce sont des injures et des grossièretés mêlées à des divagations continuelles dans lesquelles se reproduisent presque toujours les mêmes termes. Ainsi le préfet de police est le Midas de la Seine : le maire de Nîmes, le Midas du Gard. Il apostrophe le ministre des Finances pour ses impôts, le ministre de la Guerre sur l'école des tambours. Dans une lettre adressée à M. le duc de Nemours, le 21 juillet 1842, et où se retrouvent les mêmes caractères, il

annonce au prince « qu'il se propose de publier que son ,; frère était atteint d'aliénation mantalle et qu'il s'est tué ï dans un accès de folie. » Il parle souvent de ses mémoires ■ et s'en sert comme d'une arme à l'égard de ses ennemis : . c'est ainsi qu'il menace le sieur Lanonain « de signaler I son escroquerie et de lui faire jouer un rôle dans ses mé- '■ moires. » Eu attendant il fait rédiger une brochure imprimée où il se compare trait tous trait h Mirabeau. De Londres il a assailli de tant de lettres tous ses voisins qu'ils / avaient fini par les refuser. H écrit à M. Biachelet, avoués , une lettre remplie d'injures, qu'il faudrait pouvoir citer tout entière, et sur l'enveloppe de laquelle il ajoute ces mots : « Louis-Philippe avant de venir faire ses générosités en Angleterre doit premièrement payer ses dettes. Les Anglais sont curieux de voir comment il va se distinguer, cela sera-t-il par des actes de générosité ou par des bacesses, c'est ce que l'on vaira par la suitte. » Une autre fois, le 23 février 1841, après avoir simulé une correspondance avec un nommé ISollih, il adresse sous ce nom, qui n'est autre que l'anagramme du sien, un commandement par huissier au sieur Janicot; sans que rien puisse expliquer cette nouvelle bizarrerie. Enfin pour en finir avec ces indications que nous pourrions multiplier à l'infini, nous mentionnerons seulement un écrit tout entier de la main de Buchoz-Hilton, qu'aucune exaltation, aucune passion ne saurait motiver et qui ne peut être considéré que comme l'expression la plus dégoûtante d'une imagination pervertie. Le titre et les premières lignes suffiront pour en donner une idée : « Générosité et lâcheté du ci- <' toyen la Merde, le nouveau Don Quichotte, chevalier de « l'Ordre de la Jarretière et grand commandeur de l'Ordre « du Pot de Chambre. La fine Merde qui toute sa vie n'a « été qu'un traître et un lâche et qui se dit le trou du eu de « la Paix, etc., etc. »

INDIVIDU EXCENTRIQUE, ALIÉNÉ PERSÉCUTEUU ;jl9

PAR BREVET D'I.WEXTION DES DECROTTEURS.

A NisMEs, département du Gard, an 1838.

Fabrique du très haut, très puissant, très excellent, très généreu^ et très luisant Cirage à la poire molle; par le citoyen BUCHOZ-HIL- TON, dit la Pi.Ue molle. Ex-commandant en Chef les deuxréjiments des Volontaires de la Charte.

Prix courant, Savoir :

Pour les Prolétaires, 3 sous la boîte.

(Une grosse poire coûte davantage.)

La même boîte pour les particuliers, 1 fr.

La même boîte pour les Députés de cette Chambre improstitué, 10 fr. avec espoir de diminution si leur conduite future la leur fait mériter.

La même boîte pour les très nobles et puissants Seigneurs, les pairs de France, qui se sont vaillamment distingués dans le procèsmonstre, 10 francs :ily en a qui sont payés d'avantage à ne rien faire.

La même boîte pour les Ministres, 40 francs : cela n'est pas aussi cher qu'un Te Deum de 300,000 francs.

La môme boîte pour les Princes, très illustres vainqueurs de la citadelle d'Anvers, de Mascara et de Constantine, 100 francs.

La même boîte pour les Empereurs, les Rois, le Sultan et le Pape, son confrère, au grand rabais 500 francs.

II est expressément défendu aux entreposeurs de ces précieux produits de la Poire molle, d'en vendre aux assomeurs de la Bastille, aux piqueurs du pont d'Arcole, aux braves de la rue Transnonin et du faubourg de Vèse à Lyon, et particulièrement à ces sales, dégoûtants et indécrotables électeurs qui ont nommé ces Députés les jésuites du juste-milieu.

Ce cirage est fait avec le sang et les os des satellites du Congo, Visigot et Russes, qui ont été tués en combattant contre les républicains.

Vivre libre de cirer ses souliers, ses bottes et même ses escarpins avec du cirage à la Poire molle ou mourir !

Le général Cérard, invisible les 27 et 28 juillet, reparut le 29 juste à temps pour recevoir son bâton de maréchal. Oh! qu'il a admirablement manœuvré, ce sauveur de la patrie et combien sa courte administration au département de la guerre lui fait honneur. Ce grand génie et très illustre vainqueur de la citadelle d'Anvers, reçut uneépée d'honneur du juste-milieu Belge, et Buchoz-Hilton a l'honneur de lui fabriquer du Cirage pour qu'il soit toujours brillant comme un astre.

(irùce au gobe-mouche des Deux-Mondes avec sa meilleure des

républiques, Buchoz-Hilton est dans la mélasse jusqu'au cou, et crèverait de faim sans son Cir-age a la Poii;e molle.

Du temps de Charles X on se plaignait de l'infâme police du fameux Mangin d'exécrable mémoire mais elle n'aurait pas arrêté ma voiture à Cirage et Encre à la Poire molle.

Le 8 mars 1833 la police Gisquet a arrêté ma voiture à Cirage et Encre à la Poire molle et lui a rendu les honneurs de la faire escorter par deux fusilliers et deux sergents de ville, à la préfecture, d'où je croyais qu'elle serait transférée au Conservatoire des Arts ou au Muséum.

Ces honneurs sont dus au citoyen Chose qui a daigné jeter un regard favorable sur ma voiture à Cirage et Encre à la Poire molle.

Célèbre Gisquet, quand rendras-tu mon Cirage et les Poires molles saisies par ta police ?

Quant au dessin publié dans la caricature française, sous le titre des Martyrs de la liberté et de la poire molle, il est impossible d'y saisir la trace d'une idée, sous ces traits grossiers et informes à travers cet étrange assemblage aussi bien que dans la légende qui l'accompagne on clierclie en vain même une injure.

Nous aurons à revenir sur la correspondance de Buchoz dans sa prison.

2" Examen 7nédical de Buchoz-Hilton. — Buchoz est un homme d'une haute stature, d'une constitution robuste. Son visage horriblement couturé par la petite vérole, sa barbe inculte et grisonnante, ses yeux dépourvus de cils lui donnent un aspect hideux; son regard vif et pénétrant respire la défiance. Son extérieur est plus que négligé, bien qu'annonçant un reste d'aisance; sa tenue est bonne; sa parole est libre et facile, et n'offre aucun embarras dans la prononciation. Il s'exprime en général assez bien et en termes à peu près corrects; mais il y a toujours dans ses réponses, outre de nombreuses contradictions une intention visible de réticence, et une sorte d'affectation à cacher le fond de sa pensée. Nous remarquons qu'il termine assez habituellement ses phrases par

un ricanement bruyant et répété; il prodigue aussi volontiers les formules de serment et invoque à tout propos sa parole. 11 cause d'ailleurs avec calme, ses idées se suivent assez bien, il semble se plaire à insister sur les épisodes les pins bizarres de son existence.

Les visites répétées que nous lui avons faites pendanl son séjour à la Force et qui n'ont jamais duré moins d'une heure à une heure et demie, nous ont permis de l'entendre s'expliquer sur presque tous les faits que nous venons d'exposer. Nous l'avons pressé de questions qu'il savait éviter avec une grande subtilité. Nous rapporterons quelques-unes des principales réponses qu'il nous a faites.

Interrogé d'abord sur les motifs qui avaient pu le porter ù « se faire arrêter, Buchoz dit « qu'il a le plus violent désir, « qu'il a besoin de passer en jugement : il a eu déjà tant « de procès qu'il lui en faut encore un pour compléter les « autres. Du reste rien ne l'amuse autant que de paraître « en justice; il va là comme au spectacle. Il s'est l'ait éga- « lenient à la vie de la prison au point de s'y trouver aussi <( bien que chez lui. » Pour les lettres injurieuses et ordurières qu'il adresse à toutes les autorités, et au Roi luimême, il les regarde « comme des plaisanteries inoffensives qui lui servaient à jeter sa colère sur le papier, lorsqu'il était exaspéré par les injustices dont il a été victime^ et les vexations de la police. Il n'a d'ailleurs aucune haine particulière pour le Roi, ni pour personne. »

11 reprend son histoire depuis 1830 et raconte comment, pour ne pas le récompenser de ses services, M. Odilon Barrot, le maréchal Gérard, etc. l'ont accusé d'escroquerie, poursuivi et fait condamner. 11 parle d'ailleuis de ton tes 'ces circonstances sans amertume soit avec une sorte d'in^ouciance soit sur un ton d'ironie qu'il accompagne de son ricanement ordinaire. Il insiste sur les poursuites dont il a été l'objet de la part de la police qui n'a cessé de s'oc-

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cuper de lui et de ses moindres actions. Ainsi « lors de l'attentat Quénisset, il a été interrogé par M. le chancelier qui lui a montré qu'on était instruit de toutes ses démarches même les plus insignifiantes, comme d'une empiète faite chez un houcher, du costume qu'il portait tel ou tel jour. On l'a persécuté de toutes les façons, dans ses droits de propriétaire au sujet de la maison qu'il possède à la harrière du Combat. On lui a interdit de faire danser à la musette les chiffonniers et les Auvergnats auxquels il vendait à boire. Il ne s'est vengé que par ses lettres au préfet de police. Pendant son absence, des ouvriers ayant laissé des outils sur la voie publi(]ue, il a été condamné pour contravention à une amende de 1 fr. qui, avec les frais s'est^élevée à une vingtaine de francs et entraînait la contrainte par corps. C'est pour une somme si modique qu'il a été exproprié et que l'on vient de vendre judiciairement sa maison. Il en est enchanté : Cela manquait à son histoire; être exproprié pour vingt francs, cela n'arrive pas à tout le monde. Il n'y a que lui pour de pareilles aventures. »

Nous continuons à laisser parler Buchoz-llilton.

« Le jour même oi^i les journaux annonçaient le prochain départ du Roi pour l'Angleterre, il reçut une lettre qui l'invitait à passer à la Préfecture. Il ne douta pas qu'on en voulût à sa liberté et se garda bien de se rendre à cet avis. Il se contenta de répondre par écrit qu'il n'avait pas l'habitude d'aller à la Préfecture, de peur qu'on ne le crût attaché à la police : le lendemain, de grand matin, le commissaire était chez lui avec une voiture et des gardes, et voulut l'emmener sous prétexte de donner des renseignements sur le \ol de quelques brouettes enlevées dans le voisinage. Il refusa de suivre le commissaire qui se contenla de sa déclaration. Mais le soir son garçon de cave lui fit encore remarquer que des hommes rôdaient

dans les environs et couraient lus hauteurs des buttes €haumonl. Il les reconnut facilement pour des mouchards; et voyant sa maison cernée, il se décida à fuir en escaladant les murs des maisons voisines. Il resta pendant quelques jours à Paris et se mit ensuite en route pour l'Angleterre. 11 marchait loin des chemins frayés, s'orlentant comme il le pouvait, dormant le jour dans les bois, marchant la nuit, ne vivant que de laitage et évitant toutes les auberges, bien persuadé que son signalement était donné partout, qu'il était poursuivi et qu'une forte récompense était promise à qui l'arrêterait. Il en acquit la preuve : car, dans un petit village de Picardie, à une lieue en avant de la Fère, étant entré dans un cabaret, il entendit tout à coup battre la caisse, ce qu'il attribua d'abord à la présence d'une troupe de bateleurs qu'il venait de voir sur la place : mais il fut bientôt détrompé en entendant, à ce qu'il prétend, un crieur public annoncer que l'on eût à chercber et à arrêter partout où on le rencontrerait un nommé Bouchon, chef de parti, etc., dont suivait le signalement. Alors sur l'avertissement d'une servante et malgré la pluie qui tombait en abondance, il sortit et continua sa route. 11 alla jusqu'à Ostende où il voulait s'embarquer. Mais là il rencontra un ancien employé de la prison où il avait été détenu en 1833, qui lui apprit que sa présence en Belgique était déjà signalée et son extradition demandée. Il revint alors sur ses pas et c'est" à Boulogne, qu'après un voyage de ISO lieues, et qui avait duré plus de trois semaines, il put s'embarquer sur un bateau de contrebandiers anglais.

« En Angleterre il a continué à être surveillé par la police. Il avait à sa suite une queue de mouchards anglais et français longue comme celle d'une con.iète et qui ne le quittait jamais. Il a reconnu des agents qu'il avait vus autrefois. Il ne peut pas dire en ce moment pourquoi il est

revenu en France. Mais il veut un procès; il veut paraître en cour d'assises, il pensait bien (|u'on l'arrêterait à Calaiset a été très étonné d'arriver à Paris sans empêchement. Il se réserve du reste de dire ses motifs devant le tribunal. C'est là sa défense. »

Buclîoz interrogé par nous au sujet du commandement par huissier qu'il a fait faire sous le nom de INotlih (anagramme de Hilton), à l'un de ses débiteurs, il dit ne pouvoir répondre à ce sujet : « D'ailleurs, ajoute-t-il, Nollih n'est pas mon nom, je ne sais rien, je n'ai rien fait. ^)

11 nous donne encore ([uelques détails extrêmement curieux sur son séjour à Nîmes. « Arrivé, sans un sou dans Cette ville, qu'il avait choisie pour y passer son temps de surveillance, il y vécut d'abord soutenu seulement par la charité de quelques anciennes connaissances. Il trouva ensuite à faire des dessins pour des architectes. Un jour qu'il passait près d'une salle de bal, il eut l'idée d'entrer et apprit que les musiciens comi)osant l'orchestre recevaient dix francs par soirée. Se rappelant alors qu'il avait joué un peu de violon dans sa jeunesse il y retourna le lendemain avant l'ouverture et pendant ([ue le chef d'orchestre accordait son instrument, il se mit à lui jouer des contredanses datant de (luaranteans, mais (|ui parurent toutes nouvelles. 11 fut dès lors immédiatement engagé pour le café de la Jeune France. C'était la saison du carnaval et il gagna facilement de celte manière 50 ou 60 francs par semaine. L'été venu, il s'en allait dans les fêles de village faire danser les paysans. Dans une de ses excursions, il rencontie des ar|)enteurs occupés au cadastre. Cela lui donne l'idée d'ajouter une nouvelle industrie à son état de ménétrier. 11 avait été autrefois ingénieur civil à ce qu il prétend ; il achète alors quelquesinstruments et s'en va dans la campagne son violon dans un sac, son équerre sur l'épaule, et s'offre aux paysans qui ont des terres à partager. Le métier lui réussit; il s'élève en

grade et fait bientôt des plans pour les particuliers, puis des projets d'architecture : et c'est sur ces entrefaites que le préfet de JNîmes lui refuse l'autorisation de se pi ésenter au concours qui s'était ouvert pour le tracé d'un nouveau plan de la ville; refus qui l'exasjjéra et qui motiva les lettres nombreuses qu'il écrivit à ce sujet au préfet, au ministre, au roi lui-même. Sa position était alors assez bonne; il avait repris des habitudes de société; il était abonné au Ihétàlre. Des fièvres qu'il avait contractées dans la Camargue ]g rendirent assez malade ; il consulta la Faculté de Montpellier, et comme on lui avait conseillé l'usage exclusif du lait il s'en alla acheter au marché un troupeau de dix ou douze chèvres, qu'on le vit dès lors conduire chaque jour lui-même hors de la ville dans les pâturages, ce qui lui Talut le surnom de marchand de chèvres, gardeur de chè- Tres. 11 était ainsi bien connu dans Nîmes; et au théâtre où il passait ses soirées, son surnom, sa manie de se mettre en avant, les interpellalions qu'il adressait publiquement au directeur amenèrent plusieurs fois des désordres qui nécessitèrent encore l'intervention de la police. »

A notre première visite Buchoz-IIilton parut s'inquiéter beaucoup de savoir qui nous étions. Comme notre entrevue avait lieu à Tinfirmerie, il se doutait bien que nous étions médecins, et se hâta de protester qu'il n'élait ni malade, ni fou. 11 nous quitta en nous exprimant de nouveau son désir de paraître en justice et en nous déclarant qu'il ne dirait que devant un tribunal les choses qu'il avait cru de- •voir nous cacher.

C'est ce système qu'a toujours continué de soutenir Buchoz-llilton dans nos visites subséquentes. Il s'attache à nous persuader que ses innombrables lettres remplies d'injures et de saletés dégoûtantes ne sont que des plaisanteries. Quant à la vie excenlri(|ue qu'il n'a cessé de mener, il l'explique par le besoin d'attirer l'attention pour se créer

plus facilement les ressources qui lui manquaient. Et comme on lui démontre l'absurdité de semblables moyens qui ne le conduiraient qu'en prison, pour se dispenser de nous répondre, il se jette dans des divagations et des redites sans fin.

Depuis qu'il est détenu, Buchoz n'a pis laissé passer un seul jour sans écrire à M. le juge d'instruction, à M. le Procureur général^ à M. le Procureur du Roi, à M. le Président de la Cour de Cassation, à M. le duc Pasquier, président de la chambre des Pairs, à MM. les membres de la chambre du Conseil, à M^ Nogent Saint-Laurent, avocat, à MM. les rédacteurs du journal le Xational^ à l'un de nous, médecin en chef de la Force et eufin au Roi luimême « A sa généreuse et très gracieuse Majesté Louis- Philippe, le roi citoyen, chevalier de l'ordre de la Jarretière. » Ces lettres dont le nombre dépasse cinquante et dont le ton tour à tour menaçant et facétieux n'est pas un seul instant mesuré ni raisonnable, ne sont autre chose qu'une longue et fastidieuse répétition des mêmes faits, des mêmes phrases, des mêmes mots; elles semblent toutes copiées les unes sur les autres, et tournent coustamment autour de la même idée. Buchoz ne demande qu'une chose, c'est d'être envoyé en cour d'assises. « Si vous me mettiez en « liberté par une ordonnance de non-lieu, écril-ilàMM. de « la chambre du Conseil, cela prouverait que la justice est « dans un accès de rage et qu'elle ne fait de moi que son « payasse. » Dans une lettre à M. le Procureur du roi et dans vingt autres il s'exprime ainsi :

« Je perd de plus en plus l'espoir d'aller en coure d'ascf sise, j'en ai grandement besoin, vu que j'ai un catare (c sur la poitrine et que ce catare ne pourra disparaître « qu'en parlant beaucoup en présence d'un jurri. Je ne c( suis pas Député, je ne peu pas parlé à la tribune, il n'y a « donc que dans les tribunaux que je peux me faire en-

« tendre, ce qui paraît ne pas convenir à Louis-Phi- « lippe. »

Comme nous ne lui avons pas caché que ses actes, ses écrits nous paraissent de véritables extravagances, il s'est persuadé que nous étions les agents d'un complot organisé pour le faire considérer comme fou ; et que le Roi que son nom seul remplit de terreur, était le chef du complot : Il éciit dans ce sens à Sa Majesté : « M. de Saint-Didier m'a « envoyé trois gentilshommes sans doute de votre connai- « sance pour me persuader que je suis un fou; d'après cela « jeprésumequ'ilyaun complot, complotquitentà me faire « passer pour être fou afin d'éviter que je passe en juge- « ment. Comme votre généreuse Majesté ne dore tranquil- « lement que quand je suis en prison, elle dormiia mieux « quand elle aura ma tête... Je suis venu pour vous apporter « ma tête et liends à vous en faire cadot, vous avez eu mon « argent, il vous faut ma tête. »

A M. le juge d'instruction il écrit encore ces mots caractéristiques :

« Je suis venu de l'Angleterre pour tendre un piège à (( Louis-Philippe qui est d'avoir le plaisir de passer en cour « d'assises, n'importe quel en puisse être le résultat. Vous « avez aveuglement donné dans ce piège, puisque vous « m'avez fait emprisonner. Aujourd'hui vous ne savez quoi « faire de moi... J'ai un conseil à vous donner, c'est le « plus simple. Failes-moi administrer une dose de poison, c( vous trouverez assez d'hommes pour vous rendre ce ser- « vice. Car si, ^ar une ordonnance de non-lieu, vous (( m'obligez à être mis en liberté, je suis obligé, pour « vivre de recommencer à vendre du cirage à la Poire « Molle, puisque je suis ruiné. » A M. le président de la Chambre des Pairs, il a répété :

« Le moyen le plus simple est de me faire empoi- « sonner; cela mettra Louis-Philippe à même de dormir

« paisiblement. Ainsi donc qu'il fasse rechercher, dans le « vieux musée, la coupe de Socrate pour me faire faire cont< naissance avec elle sous l'assistance de M. Philippe, l'es- « camonteur du boulevard Bonne-Nouvelle. » Une fois eelte idée de poison mise en avant, il ne parle |)lus d'autre chose dans toutes ses lettres. Interrogé par nous à ce sujet, il finit par nous dire que l'on a déjà tenté de l'empoisonner. IlaPfecIe du reste, dans ses réponses, de n'atlaeher à ses lettres qu'une très légère importance; il les représente comme un simple délassement, comme un amusement qui lui est habituel et nécessaire. Quant à ce désir de passer en jugement, de comparaître en cour d'assises, désir que nous lui déclarons ne i)as comprendre, il sobstine à garder le silence et prétend réserver ce qu'il pourrait nous dire pour sa défense, qu'il se promet bien d'ailleurs de ne pas confier à un avocat.

Si nous soumettons Bijchoz à un examen physique, nous trouvons que sa santé a toujours été excellente, et depuis qu'il est à la Force, il n'a pas présenté la plus légère indisposition. Il n'est sujet ni aux maux de tète ni à aucun malaise particulier. Ses nuits sont bonnes, ses digestions faciles. Nous ne pouvons pas affirmer qu'il ait éprouvé de véritables hallucinations; cependant il est inliniment probable que, dans ce voyage de Paris en Angleterre, pendant lequel il croyait toute la police et les populations ellesmêmes à ses trousses, il s'est ligui é entendre son nom [>rononcé par un crieur puljlic et a vu des ennemis dans les personnes les plus inoff'ensives qu'il a pu rencontrer.

3° Appréciation des faits précédemment exposés. — Les nombreux détails dans lesquels nous sommes entrés en exposant les principales circonstances de la vie de Buchoz- Hilton et les résuKats de l'examen physique et moral auquel nous l'avons soumis, pourraient nous dispenser d'une [dus longue discussion. Les faits eux-mêmes parlent assez haut

pour qu'il ne soit pas besoin d'y rien ajouter. Nous nous bornerons à en faire ressortir le véritable caractère et à les apprécier le plus justement qu'il nous sera possible.

Une première circonstance qu'il n'est pas permis de négliger, c'est la maladie dont a été atteint le propre frère de Buchoz-Hillon, mort à Bicètre, dans un état d'aliénation mentale. Sans vouloir donner trop d'importance à un fait qui pourrait être purement fortuit, il est cependant probable qu'il y a là une coïncidence dans laquelle on peut voir la preuve d'une prédisposition native à la folie dont le germe s'est développé chez les deux frères sous l'influence de causes diverses.

La vie tout entière de Buchoz n'a été qu'un long désordre auquel paraît l'avoir poussé son caractère plus encore que les événementi. Jusqu'en 1830, néanmoins, il est difficile de trouver dans sa conduite autre chose qu^me complète absence de principes moraux. Mais à cette époque, la révolution à laquelle il s'est trouvé mêlé, en exaltant outre mesure son esprit déjà si déréglé, porta à sa raison un coup dont le retentissement s'est prolongé jusqu'à ce jour et se fera sentir pendant toute sa vie.

En effet, depuis ce moment, on le voit de plus en plus possédé du besoin de jouer un rôle. Forcé de renoncer à celui qu'il avait usurpé, il en invente d'autres, et les plus extravagants, les plus absurdes, sont ceux qu'il préfère. Ce n'est pas, quoiqu'il en dise aujourd'hui, l'intérêt qui le guide, ce n'est pas même la haine ou la A^ngeance, c'est le désir du scandale et du bruit. Tout en se plaignant d'être persécuté, il recherche les poursuites, et, suivant ses habitudes d'exagérations, s'applique à grandir les délits dont il peut être coupable jusqu'aux proportions d'une aflaire capitale. C'est sa tête qu'il offre à tout propos, sachant très bien qu'on n'a que faire de la prendre. A force de se poser en victime, il arrive à ne plus voir autour de lui que des

330 RAPPORTS ET C0XSULTAT10:>S.

ennemis; il se croit l'anique préoccupation de la police, de la justice, du roi lui-même. Pour échapper à ses ennemis, il s'enfuit, et ce voyage, qu'il entreprend à travers la France et la Belgique avant de se réfugier en Angleterre, est véritablement caractéristique. Ses traces effacées par celles des gendarmes, son signalement publié au son du tambour, son extradition demandée aux puissances étrangères, sa tète mise à prix, ne sont-ce pas les mensonges ou les rêves d'une imagination en délire. « Il n'est pas « parti une seule voiture de Paris, écrit-il au sieur Jani- « cot, qu'il n'y eût un employé de la police porteur d'un « mandat d'anêt. J'ai été poursuivi par des liabilants « de la campagne pendant une nuit entière, etc. » A Londres, il est de même en butte à la surveillance la plus active, ce qui ne l'empêche pas de faire cette folle démarche de demander au lord-maire et à la reine l'autorisation d'arrêter le roi dès qu'il mettra le pied en Angleterre. Enfin ce besoin de faire parler de lui, de se montrer, de trouver une tribune, est si fort que, sans motif, sans raison, il quitte Londres pour venir apporter sa tête à Louis-Philij)pe, et qu'il implore comme une grâce d'être envoyé devant la cour d'assises.

Dans sa vie privée, c'est encore le même désordre, la même inconséquence, la même ignorance de ses véritables intérêts. A Paris, il vit dans une cabane, il ne sait où s'arrête son bien et s'empare des buttes Saint-Cliaumont ; il habille des mannequins et plante dans son jardin, comme une enseigne digue de lui, un arbre mort avec des feuilles de métal. Ses excentricités, ses violences eu font la terreur et la risée du voisinage, et la rumeur publique ne tarde pas de lui donner le nom qui lui convient : C'est le fou. 11 doit de l'argent à tout le monde, et quant au patrimoine modique quil possède, il le gère à sa manière et, portant l'extravagance jusque dans des actes légaux, il change son

nom dans un exploit qu'il fait signifier par huissier, et cela sans qu'il soit possible d'y trouver le moindre prétexte. A Nîmes, on le voit se transformer en berger et vivre au milieu d'un troupeau de chèvres; il attache à lui le ridicule et le scandale et mérite le nouveau surnom de gardeur de chèvres.

Mais quelque déraisonnables que soient ses actes, ce n'est rien encore auprès de ses écrits. Sa volumineuse correspondance et les pièces de vers que l'on a saisies chez lui sont incontestablement les meilleurs éléments que nous puissions trouver pour juger sûrement du caractère et de l'état mental de Biichoz-lliton. Le nombre considérable de ses lettres est déjà une circonstance qu'il importe de faire remarquer. En effet, ce besoin immodéré d'écrire sous le plus léger prétexte et le plus souvent même sans motifs, cette habitude d'adresser ses lettres aux personnes qui leur sont le plus étrangères et particulièrement aux personnages les plus haut placés, celle manie enfin, de confier au papier tout ce qui passe dans leur esprit, est un trait presque caractéristique, et que l'on observe très fréquemment chez les aliénés. La forme matérielle des lettres, et la disposition graphique que nous avons indiquée est aussi un cachet particulier bien facile à reconnaître, et qui distingue ces sortes d'écrits. Les suscriptions elles-mêmes attirent tout d'abord les regards et trahissent au premier conp-d'œil le désordre d'esprit de l'écrivain. 11 est impossible de ne pas être frappé de ce caractère, en parcourant la correspondance de Buchoz. Nous avons noté aussi un trait qui, joint aux autres, n'est peut-être pas sans importance; c'est l'omission fréquente d'une ou plusieurs lettres dans les mois. Nous ne voulons pas accorder trop de valeur à ce fait qui n'est peut-être qu'un simple oubli, un lapsus, mais comme il constitue l'un des signes les plus constants d'une des formes les plus fréquentes de l'aliénation, la

paralysie générale au début, nous avons cru devoir le signaler, surtout en considérant qu'il s'ajoute à beaucoup d'autres caractères plus essentiels et plus graves.

Nous ne reviendrons pas sur le contenu des lettres dont nous avons cité de nombreux fragments, il nous suffira de rappeler qu'elles ne sont qu'un tissu d'incohérence et de divagations. Une familiarité plus que déplacée à l'égard des fonctionnaires les jdus éminents, a Mon cher procureur général, très cher marquis, etc. » ; les injures les plus grossières et enfin des saletés pins dégoûtantes encore, telle est la substance qui compose invariabjement chacune de ses lettres. Les outrages à la rigueur peuvent être attribués au ressentiment et à la haine, bien qu'il soit facile de démontrer quelle dispro|>orlion évidente il y a le plus souvent eiitre le prétexte de l'injure et sa violence. Dans les demandes qu'adresse Buchoz à M. le Préfet de Police en 1843, dans ses lettres au ministre des finances, au sujet de l'impôt, et à M. le ministre de la guerre, relativement à l'Ecole des tambours, dans ses réclamations au maire et aux membres du conseil munici[»al de Nîmes, dans sa correspondance avec tous ses voisins, avec ses créanciers comme avec ses débiteurs, c'est toujours le même torrent d'injures grossières et ignobles, sans aucun motif; évidemment il n'y a là qu'un effet de ce besoin d'écrivailler et d'injurier à tout ])ropos dont Buchoz est possédé. Mais quand bien même on verrait là le sentiment réfléchi de la haine et de la vengeance, que n'exclut d'ailleurs nullement la folie, que dira-t-on de ces dégoûtantes slu|iidités, où les mots les plus saK'S s'entassent et n'arrivent pas à exprimer une idée. Si la connaissance des habitudes particulières aux aliénés ne montrait pasdans cette série des écrits de Buchoz une nouvelle analopie, le simple bon sens ne saurait les considérer que comme une aberration de jugement, comme l'œuvre d'un fou. Enfin il suffit de voir le dessin de la

caricalure publiée à Londres pour le trouver aussi dépourvu (le sens que la légende qui y est jointe. C'est un véritable type de ces tableaux incohérents que font un grand nombre d'aliénés.

Si nous cliei'chohs maintenant à apprécier les réponses (|uc Buchoz-llilton nous a faites et à le juger par ce qu'il nous a montré de lui-même, nous devons faire observer tout d'abord que sa conversation, sa tenue, ses paroles, sont beaucoup moins déréglés que ses actes et ses écrits. Il ne manque dans ses réponses ni d'à-propos, ni d'une certaine finesse ;il parle avec vivacité, mais sans emportement. A part les contradictions, les mensonges, les sophismes, par lesquels il cherche à échapper aux questions qui le pressent, au langage de la raison qui l'accable, on pourrait prendre Buchoz tout simplement pour un esprit faux. Mais il est évident pour nous que dans nos diverses entrevues, il s'est toujours tenu en défiance, et n'a pas voulu se livrer. Ce genre de précaution réfléchie, cette subtilité d'argumentation ne manque pas chez celte classe nombreuse d'aliénés raisonneurs, desquels il est impossible d'obtenir ni une concession, ni une vérité. Toutes les fois qu'une question l'embarrasse, Buchoz l'étudié^ et dans ses réticences nombreuses, il est facile de voir la preuve qu'il garde au fond de sa pensée quelque idée fixe, dominante, qui influe peut être plus qu'on ne peut s'en assurer sur ses déterminations et sur ses actes; du reste ce qui ressort le plus "nettement des entretiens que nous avous eus avec Buchoz, c'est son insatiable besoin de jouer un rôle, c'est l'importance qu'il prétend se donner, c'est enfin cette conviction qu'il est le point de mire de la police,, et l'objet de lahaine personnelle du roi et des agents du gouvernement. Le soupçon qu'il a conçu d'un complot qui tend à le faire passer pour fou, et les protestations qu'il élève d'avance contre celte inculpation de folie pourraient, peut

être, jeter quelques doutes daus l'esprit des persoaues qui ne connaissent pas par expérience la manière d'être des aliénés. Mais il est bon que l'on sache qu'il n'est pas un malade atteint de délire partiel, pas un monomaniaque qui ne se révolte hautement à l'idée qu'on le regarde comme un fou, et ne soutienne qu'il est parfaitement sain desprit. Il est à remarquer en outre que^ chez Buchoz- Hilton, le fc.it même de notre examen, et l'interprétation qu'il lui a donnée, ont servi de confirmation aux idées de persécution et de complot dont il se croit dès longtemps victime.

Enfin une dernière observation sur laquelle il convient d'insister, c'est cette invention de Buchoz implorant le poison, revenant sans cesse sur cette idée et finissant par nous affirmer que Ton a déjà tenté de l'empoisonner. C'est là un nouveau fait bien propre à montrer jusqu'à quel point l'imagination de cet homme est faussée par le sentiment de son importance et de la crainte qu'il inspire au pouvoir.

Quant à l'état physique de Buchoz-Ililton, il ne présente rien de particulier à noter.

En résumé, prédisposition native probablement héréditaire; conduite déréglée dès le principe, existence entièrement livrée au désordre depuis plus de trente ans ; élévation d'un moment, qui rend plus violente la secousse de la chute, désir persistant de se signaler, fut-ce par le scandale et le ridicule ; excentricités et violences de tous les instants; erreur constante touchant ses intérêts ; complots et" poursuites chimériques, écrits plein d'extravagances, de saletés etd'injures amoncelées ; instinct de défiance et de dissimulation; réticences volontaires marquant les idées les plus fausses, tels sont les principaux traits que nous ont offerts la vie, les actes, le caractère et l'intelligence de Buchoz- Ililton.

Conclusions. — En présence des faits que nous venons

d'exposer et dont nous avons discuté et apprécié la valeur, nous n'hésitons pas à poser les conclusions suivantes :

1° Le sieur Buchoz-llilton présente dans l'ensemble de sa vie, notamment dans la conduite qu'il a menée durant ces quinze dernières années, les signes les plus évidents d'une perversion morale et d'un dérangement des facultés mentales, qui se sont manifestés dans tous ses actes et dans ses nombreux écrits.

2° Les progrès toujours croissants de ce trouble des fonctions intellectuelles exprimé en diverses circonstances par des manifestations publiques ; les extravagances, les menaces et les violences qui en ont été la suite, rendent indispensable le placement de Buchoz-Hillon dans un établissement destiné au traitement des affections mentales, afin qu'il puisse être soumis à la surveillance et au régime particulier que réclame son état.

VIII. — Rapport >nédico-légnl sur l'état mental de M. du P.. Aliénation mentale caractérisée par l'cxceiitricité ci la perversion des facultés morales et affectires. (MM. E. Blanche, Motet ei A. Tardieu).

L'affaire à l'occasion de laquelle a été rédigé le rapport que l'on va lire, est l'une de celles qui ont fait le plus de bruit dans la presse non scientifique et qui ont servi de prétexte aux récriminations les plus injustes et aux appréciations les moins fondées. Elle a été portée devant la justice par une demande de mise en liberté, quia motivé l'expertise médico-légale, ordonnée par le tribunal et à nous confiée. Il n'est pas sans intérêt de rappeler que la société médico-psychologique en avait été saisie par les honorables inspecteurs généraux du service des aliénés, MM. Rousselin et Lunier; elle y a été jugée exactement de la même manière que par nous, tant en ce qui regarde l'état du malade que concernant les mesures que cet état oigeait.

Commis par jugement du Tribunal de la Seine rendu eu la chambre du conseil de la première chambre dudit Tribunal, le 19 février 1870, à l'effet de visiter M. Faulte du Puyparlier en la maison impériale de Charenton où il est actuellement retenu comme aliéné, de dire s'il peut être rendu au libre exercice de ses droits sans danger pour lui-même et pour l'ordre public; nous soussignés, docteurs en médecine de la Faculté de Paris, avons délibéré et rédigé le rapport suivant, après avoir fait trois visites à M. du Puyiiarlier, et avoir pris connaissance de toutes les pièces contenues dans les dossiers judiciaire et administratif qui le concernent :

M. Faulte du Puyparlier (Auguste-Piorre-Jacques), né à Saint-Just (Ilaute-Vienne), le 5 août 1811, marié, ancien sous-intendant militaire, officier de la Légion d'honneur, a été placé comme aliéné, le 24 janvier 1870, à la maison impériale de Charenton, par sa femme, ma lame Faulte du Puyparlier, née Waresquiel, en vertu d'un certificat délivré par MM. les docteurs Rousselin et Lunier, inspecteurs généraux du service des aliénés.

L'opinion de ces deux honorables confrères ne s'était pas formée sur une seule visite fait.' à M. du Puyparlier. Dans le courant de rannée 1869, ils avaient été appelés à l'examiner, et ils s'étaient rendus à Beauvais où ils avaient passé une journée presque tout entière avec lui. A leur retour de Beauvais, ils avaient rédigé un long rapport dont voici les passages les plus saillants ainsi que les conclusions :

« Pour parvenir jusqu'à M. du Puyparlier, nous avons dû nous hisser à grand peine an troisième étage à l'aide d'escaliers formés de plans fortement inclinés où les marches sont remplacées par des tasseaux cloués transversalement. C'est là que nous avons trouvé 3L du Puyparlier, dans une pièce qui lui sert à la fois de chambre à coucher.

-de cuisine, et de salle à manger, et où sont accumulés pêle-mêle, un lit malpropre et misérable, deux ou trois fauteuils dépiécés, un poêle en tôle, puis un peu partout, par terre, sur les meubles, ou accrochés aux murailles, des lambeaux d'élofîos ou dé vêtements, des livres, journaux et brochures déchiquetés, des exploits d'huissier, des pipes, des fragments d'ustensiles de ménage et de slatiiettes en plâtre, des cadres et des tableaux dégradés; et ce n'est pas là une installation provisoire, mais bien le logement définitif que M. du Puyparlier s'est réservé dans son hôtel. Quant aux chambres qu'il compte louer, ce sont des pièces taillées au hasard, sans autre ouverture que la porte, séparées par de simples cloisons en planches mal jointes, et qu'il se fait fort de rendre parfaitement habitables en moins de huit jours.

«M. du Puyparlier n'a pas de chemise; une vieille houpipelande râpée, sur laquelle est attachée la rosette d'officier de la Légion d'honneur, un pantalon jauni par l'usure et la saleté, un gilet de flanelle en loques, forment tout son vêtement; et c'est dans cet accoutrement qu'il nous accompagne dans les principaux quartiers delà ville. M. du Puyparlier nous raconte lui-même son existence. Depuis longtemps séparé de sa femme, sans enfants, il vit seul, servi par une femme de ménage et un domestique, ancien forçat, paraît-il, ne dépensant guère qu'une centaine de francs par mois pour sa nourriture et pour les petites filles qui, nous dit-il, ne coûtent pas cher à Beauvais, et dont il ne se prive pas; quant au reste de ses revenus, il ne sait trop ce qu'il devient ; il soupçonne son domestique de le voler, mais il ne s'en préoccupe pas autrement, et nous dit simplement que c'est un farceur.

«L'hôtel de M. du Puyparlier est une ancienne église qu'il a louée récemment, en vue d'en faire un café-restaurant et un hôtel meublé. C'est lui-même qui a dessiné les plans

Taudœl'. — Folie. 2 2

et qui dirige les travaux qu'il a confiés à deux ouvriers des plus mal famés. Or, il suffît de voir comment il a distribué les étages, placé les cloisons, pour comprendre qu'il est matériellement impossible d'en faite des pièces habitables. Cependant, M. du Piiyparlier est enchanté de son œnvre, il ne doute pas que, dans quelques semaines, il pourra louer une quinzaine de chambres, et qu'il en tirera au moins 4 ou 300 francs par mois.

« il ne se rend compte ni de ce qui est fait ni de ce qu'il faudrait faire, ni du but à atteindre, ni de la stérilité de ses efforts. M. du Puyparlier attend du reste que son hôtel soit terminé pour aller à Paris rejoindre madame du Puyparlier, et s'y installer avec elle définitivement. Il a ses entrées dans tous les théâtres, et il mènera dans la capitale une existence brillante et des plus agréables.

« Dans notre conversation avec M. du Puyparlier, nous avons constaté chez lui un affaiblissement notable des facultés^ et particulièrement tlu jugement et du sens moral, coïncidant,ainsi qu'il arrive souvent, avec une suractivité intellectuelle maladive qui le porte à faire des spéculations extravagantes, étrangères à ses occupations d'autrefois, à son éducation, et qui l'entraîne aux excès vénériens les plus crapuleux.

« Tel a été le résultat de notre examen direct. Voici maintenant les renseignements que nous avons recueillis de la bouche de ]>ersonnes honorables et dignes de foi :

« M. du Puyparlier, depuis six ans environ qu'il est à la retraite, réside habituellement à Beauvais qu'il ne quitte guère que pour faire quelques voyages dans la Corrèze où il a des propriétés. Il y a déjà [)lusieurs années qu'il est devenu excentrique et cynique, suivant les uns, et que, suiyant les autres, il commet des actes de folie. Ainsi, il est rentré un jour en ville, monté sur une vache qu'il ramenait d'une excursion; il se promène dans les rues sans

antre \ctemcnt qu'un habit sans manches et une moitié de pantalon; il danse sur les places publiques avec les gamins pour lesquels il est journellement un sujet de risée.

« M. du Puypariier que sa naissance, son éducation, et les fonctions honorables qu'il a remplies autrefois à Beauvais même, appelaient à \ivre dans la meilleure société, mène aujourd'hui une existence crapuleuse; il n'est plus entouré que de gens grossiers et mal famés qui l'exploitent et le volent de la façon la plus éhontée ; il a acheté à des prix extravagants, sans besoin et au hasard, chez les fripiers et marchands de bric-à-brac, des objets sans valeur; il dépense sans compter et sans jamais payer; aussi, malgré son revenu plus que suffisant, et la vie misérable qu'il mène, contracte- t-il tous les jours de nouvelles dettes; il a déjà été saisi deux fois en quelques mois; il prend ses repas dans un restaurant de bas étage dont les convives sont devenus ses compagnons de débauche; il ramasse dans les tas d'ordures des débris de légumes dont il fait sa nourriture; il poursuit toutes les petites filles qu'il rencontre ; il satisfait ses besoins partout où il se trouve, et enfin il a été condamné récemment pour outrage public à la pudeur.

« De tout ce qui précède, nous nous croyons en droit de conclure :

« l°QueM .duPuyparlier est atteint d'une aliénation mentale (démence commençante) caractérisée notamment par un affaiblissement des facultés intellectuelles, et une dépravation du sens moral;

« 2° Que M. du Puyparlier ne se rend plus compte que très imparfaitement de la portée de ses paroles et de ses actes et qu'il n'est plus en état de résister à des suggestions étrangères ;

ce 3° Que l'affaiblissement du sens moral et l'absence de toute retenue qui en est la conséquence, peuvent entraîner

M. du Puypailier à coin mettre les actes d'indécence et d'immoralité les plus regretlables;

« 4" Qu'enfin la vie crapuleuse que mène M. du Piiyparlier ne peut qu'être préjudiciable à sa santé, et compromettre son existence, et nous n'hésitons pas à déclarer :

« 1° Que dans l'intéièt de sa santé, et aussi de la morale et de la sécurité publiques, M. du Puyparlier devrait être interné et maintenu dans une maison de santé, pour y recevoir les soins que nécessite son état;

« 2" Que, dans tous les cas, il est indispensable que M. du Puyparlier soit le plus tôt possible privé de la direction de sa personne, et de la gestion de ses biens et revenus (1). >)

Nous allons maintenant faire connaître tous les renseignements i)uisés par nous dans les documents officiels qui nous ont été conimuni(iués :

« Au mois de janvier 1869, le commissaire de police de Beauvais, informé que M. Fan 1 te du Puyparlier, liabitant l'ancienne église Saint-Bartbéleiny, rue Saint-Pierre, commet des outrages publics à la pudeur en s'exposant en état de nudité aux regards des passants, ouvre une enquête de laquelle il résulte que M. du Puyparlier a été vu, à plusieurs reprises, circulant dans la rue en chemise très courte, n'ayant ni caleçon, ni pantalon, ni bas; qu'il se tient sur son balcon, qui donne sur la rue, dans des positions indécentes, en robe de cliambre ouverte, avec une chemise assez courte, et sans pantalon; qu'il a été vu plusieurs fois urinant de son balcon, faisant face à la rue, et, une autre fois essayant d'uriner dans une cuvette d'égout, de manière que l'on apercevait ses parties; qu'il a été vu se promenant tout nu dans sa chambre et fumant. »

(1) La plupart des faits consignés dans ce rapport se retrouvent dans une I lettre écrite par M. le procureur impérial de l'Oise à M. le procureur impcrial de la Seine, en date du 4 février 1870.

Traduit pour ces fails devant le Iribiinal correctionnel, M. (lu Puyparlier en nie la plupart, et il cherche à atténuer la portée de ceux qu'il avoue, mais en présence des dépositions très nettes et très affirmatives des témoins, aucun doute n'est possible sur la réalité des actes incriminés. Cependant les juges, frappés de ce qu'il y a d'insolite, dans la tenue et dans la conduite du prévenu, décident qu'il y a lieu défaire examiner son état mental, et renvoient l'affaire à un mois.

Les trois médecins commis ne peuvent tomber d'accord. Un des experts constate chez M. du Puyparlier l'existence d'un état de manie suffisant pour lui enlever la responsabilité de ses actes. Des deux autres, l'un considère M. du Puyparlier comme un nouveau Diogèiie, qui conserve la responsabilité entière de ses actes, et le troisième enfin, tout en le déclarant suffisamment sain d'esprit pour apprécier la valeur morale de ses actes et en demeurer responsable, ajoute que les chagrins, la solitude dans laquelle il s'est renfermé, la haine qu'il nourrit contre la société, l'abandon dans lequel il se comi)laît, ont exagéré sa tendance à l'excentricité, ont affaibli ses facultés et créé sous ses pas une sorte de pente qu'il ne se sent pas la force de remonter. En somme, les experts sont d'avis, à la majorité, que M. du Puyparlier est sain d'esprit, qu il ne perd jamais, en tout ni en partie, la conscience de ses actes, et, par conséquent qu'il en est responsable.

A l'audience du 25 janvier 1869, M. du Puyparlier, en conséquence de ce rapport est condamné à 100 fr, d'amende par un jugement dont les termes des principaux considérants sont la preuve que le Tribunal ne croyait pas autant que les médecins à la responsabilité entière du prévenu.

Voici en effet ces considérants :

« Attendu que s'il résulte des conclusions du rapport que Faulte du Puyparlier. doit être considéré comme responsable de ses actes, il ressort néanmoins de la teneur du même rapport qu'il existe entre les experts une divergence sérieuse d'opinion sur le degré d'affaiblissement de ses facultés mentales ;

« Attendu que la gravité de cet affaiblissement devient surtout évidente lorsque l'on considère que les faits d'impudicité commis par l'inculpé ne lui profitaient de rien, et, qu'oublieux de sa dignité personnelle, sans respect pour ses distinctions honorifiques, juste récompense de son mérite et de sa bravoure, il n'a pas craint de s'exposer à la risée publique et aux sévérités de la loi, sans motif, intérêt, ni même sans avoir été entraîné par les emportements des passions ou par les dérèglements du vice ;

« Attendu que si ces considérations sont insuffisantes pour faire disparaître la responsabilité de l'inculpé, elles l'atténuent du moins dans une certaine mesure et permettent de mitiger la peine édictée dans l'art. 330 du Code pénal;

« Condamne Faulte du Puyparlier à 100 fr. d'amende >>.

Si M. du Puyparlier avait été un homme tant soit peu raisonnable et maître de lui^ il aurait, à la suite de cette condamnation, aggravée encore poùr lui par un décret de TEmpereur lui interdisant de porter pendant deux ans les insignes de la Légion d'honneur, il aurait, disons-nous, renoncé, tout au moins pour un certain temps, à la tenue et à la conduite qui la lui avaient attirée, mais il est entraîné irrésistiblement aux mêmes acles^ sans comprendre qu'on puisse les remarquer et s'en pl-aindre, et sans en redouter pour lui les conséquences.

Aussi, deux mois à peine s'écoulent et le commissaire de police, (( informé que M. du Puyparlier continue à commettre des outrages publics à la pudeur, en se tenant sur son balcon de manière à exposer ses parties sexuelles aux regards des passants, ouvre une seconde enquête d'où il résulte que M. du Puyparlier a été vu sur son balcon, sans caleçon ni pantalon, vêtu d'une robe de chambre ouverte depuis la ceinture, les cuisses et les parties sexuelles à découvert; qu'il ne tient aucun compte des observations qu'on lui adresse sur son indécence, qu'il se contente de

répondre qu'il n'a pas froid et reste dans la même attitude ; qu'il se montre ainsi chaque jour, et qu'il lui arrive souvent d'uriner de son balcon dans la rue. »

Traduit de nouveau devant le Tribunal, 31. duPuyparlier est condamné d'abord par défaut à huit jours de prison^ mais il fait opposition à ce jugement, et il se présente la semaine suivante; il se borne à nier les faits qui lui sont imputésj et la peine de la prison est convertie en 200 fr. d'amende, les juges obéissant certainement encore aux mômes motifs d'indulgence qui les avaient déjà dirigés trois mois auparavant.

Bientôt après celte seconde condamnation, M. du Puyparliera quitté Beauvais où il n'a plus fait qu'une courte apparition au mois de janvier dernier.

En quittant Beauvais, M. du Puyparlier vient à Paris oi^i il loue un logement rue Truffault, 100, mais il paii bientôt pour Chamboulives, dans la Corrèze, où il est pro|)riétaire, et voici ce que nous apprend de sa tenue et de sa manière de vivre dans ce pays une lettre de M. le juge de paix du canton de Seilhac à M. le procureur impérial de la Seine.

« Retiré du service, i\I. du Puyparlier a acheté à Chamboulives une petite propriété sur laquelle il a établi à grands frais une habitation, démolissant, rebâtissant successivement, faisant beaucoup de projets, parlant tantôt d'une vacherie, tantôt d'une brasserie, et employant de mauvais ouvriers à des prix excessifs.

« M. du Puyparlier est très excentrique, sa vie animale est un peu sauvage; cela se remarque dans ses habitudes, même dans son coucher. Sa tenue laisse à désirer. Parfois il monte à cheval et faille commandement sur la place publique, sa conversation dans son état normal est quelquefois brillante et annonce de l'instruction, mais en d'autres circonstances, elle est mauvaise, et va jusqu'au cynisme.

« Il est plus que prodigue, dépensant tout sans raison, sans utilité. 11 esl réellement inca[)able de gérer sa fortune encore moins celle de sa femme. Il est vrai qu'en cela il ne porte préjudice qu'à lui-même. Placé dans une maison de santé de première classe il serait plus heureux. Néanmoins, l'état mental de M. de Puyparlier ne présente aucun danger pour la société, pour la sécurité publique, et rien n'autoriserait sa séquestration dans l'établissement de Charenton. »

Ce que M. le juge de paix dit de la vie animale wi peu sauvage de M. du Puyparlier, se trouve confirmé par les faits exposés dans la requête en interdiction présentée au Tribunal de la Seine, et que par cette raison même nous croyons devoir citer, quoiqu'ils n'aient pas encore subi l'épreuve d'une enquête judiciaire.

« L'habitalton de M. du Puyparlier à Cliamboulives est simplement une espèce de tanière construite dans un trou avec des arbres, dont quelques-uns sont plantés par la tête, des pierres sèches, sans couverture dans une partie, recouverte dans l'autre de quelques planches pourries, rattachées pardesfiic lies. Là, pas de meubles, pas de lit, un grabat infect, où pullule la vermine; pas de linge, pas de vêtements, pas de vaisselle, une vieille marmite dans laquelle il jette tout ce qu'il trouve; un banc en bois, une chèvre et quelques litres de vin. C'est là qu'il prétend avoir une brasserie avec laquelle il va faire une grande fortune. Il est criblé de dettes; les fournisseurs refusent de lui faire crédit; alors il achète un vieux cheval, l'attache à. un piquet, le laisse mourir de faim, et va chaque jour en couper des lambeaux qu'il jette dans sa marmite pour enfaire ses repas, et lorsque la viande décomposée devient mauvaise et infecte, il dit qu'il va la saler. »

Au mois de janvier de cette année, M. du Puyparlier rentre à Paris dans ton logement de la rue Trulïault,.

EXCENTRICITÉ ET PERVERSION DES FACULTÉS MORALES, ETC. 3i5

n' 100, et voici les renseignements que nous trouvons dan s deux rapports de police, en date du 14 etdu2i février 1870 sur sa tenue et sa manière de vivre.

« M* du Puyparliur était d'une incurie et d'une imprudence notoires. 11 est très vrai que son voisinage avait une crainte continuelle de l'incendie; il fuuiait dans son lit et y vidait les cendres de sa pipe; il laissaiUlos copeaux épars dans toutes les pièces de son logement, et même à proximité d'un poêle en faïence placé dans la salle à manger. Des allumettes chimi{iues étaient répandues sur ses meubles. Il a été constaté qu'une planche-élagèrede son bufîel était brûlée sur une surface d'environ vingt centimètres carrés.

« Dès son arrivée, on s'est aperçu que M. du Puyparlier ne jouissait pas de la plénitude de ses facultés mentales. En effet, il sortait pieds nus, le pantalon déboutonné, laissait tomber parfois son pantalon en marchant dans la rue, se montrait en chemise devant sa femme de ménage, vivait dans la saleté et dans la vermine. »

C'est dans ces circonstances que madame du Puyparlier s'adresse de nouveau à MM. les docteurs Rousselin et Lunier, et les prie de yisiter son mari et de lui indiquer les mesures qu^exigerait sa situation.

MM. les docteurs Rousselin et Lunier se présentent chez M. du Puyparlier, qui les accueille sans leur demander qui ils sont, et qui, sous un prétexte qu'il agrée sans difficulté, les laisse examiner tout à leur aise son intérieur. Ces messieurs se retirent en promettant de revenir le lendemain. A la suite de cette visite, nos deux honorables confrères délivrent le certificat suivant pour servir à l'admission de M. du Puyparlier dans un asile d'aliénés :

« Nous soussignés, appelés de nouveau par madame du Puyparlier à donner notre avis sur l'état mental de M. du Puyparlier, son mari, et à dire s'il convient de le placer

3i6 RAPPORTS ET CONSULTATIONS-

dans un établissement destiné spécialement au traitement des maladies mentales.

« Après avoir interrogé et examiné M. du Puyparlier dans le logement qu'il occupe à Paris, rue Truffault, 100. (Batignolles), déclarons ce qui suit :

« La lenue de l'appartement de M. du Puyparlier dénote de sa part les habitudes les plus étrangères à un homme de sa classe ; il vit au milieu de la malpropreté la plus révoltante; il est impossible de décrire le désordre dont nous avons été témoins en pénétrant chez lui. Nous devons ajouter que là ne se bornent pas les actes déraisonnables constatés par nous, mais que nous avons pu acquérir la conviction que ses habitudes et ses actes de tous les instants sont de nature à compromettre la sécurité publique; que par suite de son incurie il s'expose notamment à chaque instant à incendier la maison qu'il habite, et que, sous ce rapport, il est devenu pour ses voisins un sujet de craintes perpétuelles.

« Du reste, bien que M. du Puyparlier ait encore conservé une certaine suite dans les idées, que sa conversation soit loin d'être aussi caractéristique que ses actes, il est cependant facile de s'apercevoir qu'il est sanscesse occupé de projets irréalisables, de spéculations et qu'il y a chez lui une absence complète de jugement, et qu'enfin sa manière de vivre indique qu'il est totalement privé de sens moral.

« En conséquence, nous estimons que M. du Puyparlier est atteint d'aliénation mentale, et que, dans l'intérêt de sa santé, de la morale et de la sécurité publiques, il est nécessaire de le placer et de le maintenir jusqu'à nouvel ordre dans un asile d'aliénés, où il pourra recevoir les soins dus à son état. »

Décidée à suivre le conseil des médecins qu'elle avait consultés, madame du Puyparlier cherche le moyen de faire conduire son mari dans l'asile, par surprise, et de

manière à éviter l'emploi do la force. M. du Piiyparlier tombe dans un piège des plus grossiers avec une facilité qui montre encore l'état de sa raison.

Deux individus qu'il ne connaît pas viennent chez lui à la place des deux personnes qu'il attendait, et lui offrent de traiter l'affaire en déjeunant. Il se laisse emmener; on déjeune bien; M. du Puypailier boit avec excès; en sortant de table, on prétexte un oubli d'argent, on propose d'aller chercher la somme chez un parent, on parle aussi de terminer cette petite fête chez une jolie femme; M. du Puyparlier accepte, il remonte en voiture, s'y endort, et se réveille à Charenton.

A son arrivée, on constate que M. du Puyparlier a des vêlements d'une saleté excessive, que sa tête est couverte décrasse et de vermine, que ses bras portent des taches de prurigo dû à une malpropreté extrême, que sa figure est fatiguée et paraît plus vieille que son âge ne le comporte.

jM. le docteur Calmeil, médecin en chef, après l'avoir examiné, faille certificat suivant : «M. Faulte du Puyparlier est atteint de folie raisonnante; il s'exprime sur un ton très animé, passant rapidement d'un sujet à un autre; ses propos sont exubérants: ses raisonnements sont presque tous entachés de fausseté; l'état de sa personne et de ses vêtements dénote des habitudes de malpropi^eté repoussante ; il est exalté, et incapable d'apprécier la portée et les conséquences de ses actions. »

Dès le lendemain de son entrée à Charenton, M. du Puyparlier proteste contre la privation de sa liberté,, mais tout en protestant, il ne paraît ni triste ni afîecté. « 11 parle avec complaisance de ses avantages physiques, vante la perfection de sa main, fait admirer son mollet dont il veut que Fon constate la dureté, et il donne sans aucun embarras, devant plusieurs personnes, les détails les plus

3i8 RAPPORTS ET CONSULTATIONS.

élogieux sur la forme, le volume et la \igucur de ses organes génitaux; il expose ses plans d'avenir, et tous les projets qu'il a en tète et qu'il mettra à exécution aussitôt qu'il aura hérité de la fortune de sa belle-mère, ce qui ne peut beaucoup tarder, au moins il l'espère. Tout en persistant dans son idée principale qui est de recouvrer sa libert'% il cause volontiers de toutes choses; ses propos sont diffus; chaque nom, chaque date, est l'occasion de longues digressions, de phrases incidentes qui abondent en détails sans ordre et sans fin. » (Extiait du registre des observations médicales de rAsilc)

Cependant, il s'adresse au Tribunal pour réclamer sa liberté. Voici les conclusions du rapport lies trois experts, MM. les docteurs Legrand du Saulle, Lobligeois et Bouchereau, chargés d'examiner M. du Puyparlier :

« 1° M. Faulte du Puyparlier présente des symptômes très accusés d'affaiblissement intellectuel et de perversion morale;

{{ 2° Upeut être rendu à la liberté;

« 3° Toutefois, comme il ne saurait être réputé responsable de la plupart de ses actes, et comme il est incapable de bien gérer sa fortune, il y aurait lieu, à notre avis, de l'entourer d'une surveillance affectueuse et continue, et de le pourvoir d'un conseil judiciaire. »

Contrairement à ces conclusions, le Tribunal n'ordonna pas la mise en liberté de M. du Puyparlier, et, après l'avoir entendu en chambre du conseil, décida qu'il serait procédé à une nouvelle expertise.

C'est dans ces conditions, parfaitement connues de M. du Puyparlier, que nous nous sommes présentés à lui, et que nous lui avons fait trois visites. M. du Puyparlier savait donc que notre opinion aurait beaucoup d'influence sur la décision du Tribunal ; il avait, en outre, déjà reçu de fréquentes visites de ses amis, de ses conseils qui l'en-

EXCENTRICITÉ ET PERVEUSIOiN DES FACULTÉS MORALES, ETC. ;3i9

gageaient à veiller sur ses paroles et qui cherchaient par leuisavis à régler sa tenue et ses discours. D'un autre côté, M. du l*uyparlier avait dû retirer déjà quelque profit de la vie régulière et du régime auxquels il avait été soumis depuis plus d'un mois et dont les heureux effets étaient manifestes dans sa mise décente ainsi que dans son air de bonne sanlé. Nous pouvions donc nous attendre à ce que M. du Puyparlier, tout en reconnaissant la vérité des faits sur lesquels nous l'interrogerions, chercherait ou à les expliquer par l'excitation que lui causait le chagrin de ses démêlés de famille, ou à les atténuer par des motifs plus ou moins plausibles, ainsi qu'on l'observe fréquemment chez quehjues monomaniaques qui ont conservé un certain empire sur eux-mêmes; mais, malgré toutes les raisons qu'il avait de s'observer altentivenienl, M. du Puyparlier n'en fut pas capable; il se contint cependant pendant la plus grande partie de notre première conversation, qui ne roula d'ailleurs que sur sa jeunesse et sur ses campagnes, et dans laquelle il n'y avait pas occasion à délirer; mais, vers la fin de cette première entrevue, il se montra déjà moins sûr de lui, et il nous fit des réponses dans lesquelles apparut le trouble de sa raison. Le résultat de la seconde et de la troisième visite fut tout à fait décisif, ainsi qu'on pourra en juger par le récit suivant :

M. du Puyparlier nous accueille avec empressement, ayant hâte, nous dit-il, de nous prouver qu'il jouissait de toute son intelligence. Il nous raconte d'un ton très calme sa carrière depuis sa sortie de l'Ecole polytechnique jusqu'à ses campagnes d'Afrique; puis, toutes les péripéties de son mariage, qui n'eut lieu qu'après des sommations respectueuses faites par sa fiancée à son père, qui refusait son consentement, mais ce furent là à peu près les seules réponses sensées que nous pûmes obtenir. Ainsi, à propos de l'église qu'il avait louée à Beauvais, « il nous avoua qu'il

voulait y établir un restaurant, qu'il avait eu la pensée de remplacer les escaliers ordinaires par des plans inclinés sur lesquels on pourrait monter en vélocipède; il ajoute, toutefois, qu'il n'attache pas à cela une grande importance, mais il affirme qu'il aurait retiré au moins 20 pour cent de revenu de sa spéculalion sur l'appropriation de l'église en restaurant et en hôtel meublé. »

A propos de la défense qui lui a été faite de porter la croix d'honneur pendant deux ans, il se plaint de cette aggravation de peine qui lui a été infligée injustement par l'Empereur, il oublie que cette décision est la conséquence de sa condamnation par le Tribunal correctionnel; il compte faire casser le décret parle Conseil d'Etat, et, d'ailleurs, il se croit le droit de porter la rosette, et il la porle, en effet, depuis l'amnistie du 15 août dernier, ce qui est une appréciation complètement erronée.

11 nous raconte assez exactement les circonstances dans lesquelles il a été amené à Cbarenlon; mais il prétend qu'on lui a dit qu'en arrivant il était escorté par huit hommes armés de bâtons, A notre observation que ces huit hommes armés de bàlonssont invraisemblables, il répond qu'il ne tient pas absolument aux bâtons, et que s'il les a ajoutés, c'était pour orner la pliiase. Il interrompt souvent ses récits pour nous faire remarquer qu'il n'est pas fou et qu'il a toute son intelligence, et à l'appui il nous récite des vers qu'il a composés sur les incidents de son arrivée à Charenton.

« A propos de son séjour dans l'asile et des soins qu'il y reçoit, M. du Puyparlier tantôt se loue extrêmement des médecins et du directeur, tantôt il les traite de fous, de libertins et de voluptueux.

« Nous lui demandons ce qui a pu faire dire qu'il avait une perversion du sens moral. A celte question, nous remarquons que la physionomie de M. du Puyparlier se

EXCEiNTRICITÉ ET PERVERSION DES FACULTÉS MORALES, ETC. 3ol

transforme et devient souriante et animée lorsqu'il nous raconte que c'est sur une confidence qu'il a eu la sottise de l'aire à un jeune interne de la maison qu'on s'est appuyé |)Our renouveler ce reproche qu'on lui a déjà bien injustement adressé au sujet de son mariage, puisqu'au contraire il a donné alors de grandes preuves de sens moral, en empêchant sa femme d'envoyer une sommation respectueuse à son père le jour même de la fête de celui-ci; plus tard, en se précipitant sur un rideau enflammé qui menaçait de brûler madame du Puyparlier et en la sauvant ainsi d'un grave danger; puis, revenant à sa conversation avec l'interne, il nous raconte qu'il lui a parlé d'une maison publique à Paris, dans laquelle il y a des femmes charmantes et belles comme il n'en a jamais vues ailleurs qu'à Smyrne ; s'excitant de plus en plus, j\J. du Puyparlier nous engage à aller visiter cette maison : si, dit-il, vous craignez d'être reconnus, mettez-vous un faux nez, quelques pains à cacheter sur la figure, des plumes dans les oreilles; vous donnez 5fr., si vous voulez seulement regarder; mais pour 20 fr. vous pouvez choisir une de ces filles et passer une agréable soirée.

« Nous entamons le sujet de ses nombreux procès, M. du Puyparlier nous parle alors de M. Jules Favre, et tout à coup, il s'écrie : « Mais je n'ai pas besoin d'avocat, je saurai bien plaider moi-même, j'ai huit, puis se reprenant, j'ai quatre inscriptions de droit; je serais un excellent avocat; mais j'ai bien d'autres projets.

« D'abord, je vais me faire élire député, et avant tout, messieurs, je suis un inventeur; je vais fabriquer des allumettes inusables. Avant peu, tout Paris parlera de moi. Mes allumettes sont en paille, parce que la paille ne coûte rien ; je prends des brins de vingt centimètres de longueur environ. Comme je suis très bon chimiste, je fais une préparation de chlorate de potasse ; j'en enduis les deux bouts du

brin de paille. Quand on l'a allumé par un bout, on l'éteint et on a encore l'autre bout; quand on a usé les deux bouts, on le remet dans la boîte, et je reprends les allumettes pour ks enduire de nouveau et les revendre; elles sont comme neuves, c'est une combinaison très simple, et je gagnerai beaucoup d'argent. Je vais annoncer ma découverte, j'ai fait faire dans le temps mon portrait, un très beau portrait au daguerréotype; je vais l'exposer sur le boulevard des Italiens, au café du Ilelder, où j'ai l'iiabitude d'aller, et au dessous il y aura une grande affiche portant mon nom : «Puyiarlier, fabricant d'allumettes; allumettes Puyparlier, ncuville invention.»

«J'ai encore bien d'auties lessources; je pourrais tout comme un autre gngner mes o fr. tous les matins dans un manège, à donner des leçons. J'ai monté à cheval toute ma vie; j'ai même fait autrefois une cbute grave, à la suite de laquelle j'ai été longtemps malade et privé de mémoire, et, à cette occasion,, je me suis cbansonné moi-même. (Et M. du Puyi)arlier nous récite une pièce devers relative à cet accident.)

« J'ai une grande facilité à faire les vers, j'écris très bien, je vais fonder un petit joui nal qui s'appellera Le mépris^ j'y donnerai les photogra[)hies des médecins et des magistrats qui m'ont interrogé. Ces magistrats, ils prétendent aussi que je manque de sens moral ; l'un deux m'a dit: Vous êtes lubrique, monsieur ; ]Q me suis retenu ; j'avais bien envie de lui répondre : Monsieur, vous vous voyez dans un miroir. J'es[)ère ([ue j'ai encore fait preuve de sens moral en ne disant pas ce que je pensais.

« Je ne doute pas maintenant, messieurs, que vous ne soyez bien convaincus que j'ai toute mon intelligence, et que vous ne me tiriez bientôt d'ici,

« Après tout, je ne m'y ennuie pas, j'y fais des observations très curieuses, je n'y aurai pas perdu mon temps, il

y ,1 ici une foule de malheureux qui ne devraient pas y être; \i\ Val-de-Cràce jette ici, pour s'en débarrasser^ de vieux militaires qui ne sont pas fous du tout. Il y a un nommé M... qui a pour tuteur son frère, lequel mange toute sa fortune. Ce pauvre D... qui fait ces dessins, tenez, regardez comme c'est joli (en nous en montrant un); lui, il s'est fait mettre ici avec un certificat de complaisance; il a supplié uu de ses amis, médecin, de le déclarer fou.

« Sa femme vient le voir souvent et pleurer avec lui; maintenant il travaille pour moi, il peut me faire deux dessins par jour comme cela ; je lui donne dix fiancs que je doublerai, triplerai; cela vaut de l'argent, c^est très joli, je revendrai très facilement trente francs ce que j'aurai payé dix francs.

a J'ai encore d'autres compagnons ici qui ne sont pas fous, qui souffrent et qui ne disent rien ; mais je m'occuperai d'eux quand je serai sorti. J'ai l'intention de fonder une maison d'aliénés ; je veux forcer ces malheureux à changer de régime, d'air, de coefficient.

« Je les ferai soigner par des femmes, j'estime beaucoup les médecins, mais les femmes comme madame une telle et madame une telle, voilà ce qu'il faut auprès des malades.

« J'ai bien d'autres projets en tète. Je me suis occupé de teinture, et tenez, voici un bonnetpersan quej'ai teint moimême avec de l'aniline; quand je l'ai sur la tête, tout le monde me salue. Avez-vous vu les petites machines à broder qui marchent toutes seules? Le travail se fait à l'aide de l'acide phéniquc. Je veux appliquer cela au vélocipède; je ferai marcher le vélocipède à gaz ; j'éviterai ainsi les frottements qui sont très excitants, surtout pour les femmes quionjt les muqueuses très sensibles.

(c J'ai aussi inventé une pompe, et c'est bien simple ; vous avez un soufflet de forgeron, de boucher ; vous le faites

Tardieu. — Folie. 2 3

fonctionner; naturellement vous faites le vide; supposez que \ous y ajoutiez un tube qui plonge dans l'eau, vous aspirez, vous avez une pompe.

« Je veux faire une bière nouvelle avec de l'essence d'orge convertie en malt et aromatisée avec du houblon. Je vendrai 10 fr. ce qui m'en coûtera 2; je gagnerai beaucoup d'argent et je livrerai de la bière à 10 centimes le litre.

« Je tirerai parti des matières fécales de Charenton qu'on laisse perdre et qui vont infecter la Marne; je les convertirai en excellent engrais; je m'entendrai, pour cela, avec la Compagnie chaufournière de l'Ouest, je ne laisse rien perdre, moi. Je ramasse le crottin de cheval sur les routes avec mes mains, je mets cola dans mou mouchoir, et je le ra[>porle dans ma poche. J'en suis quitte pour changer de mouchoir en rentrant chez moi. Je donne ainsi le bon exemple à mon domestiiiue, et s'il le fait de lui-même je le récompense.

« Je m'occupe toujours; je suis extrêmement robuste, voyez comme je suis développé; j'ai beaucoup d'air dans la poitrine ; làtez-moi le mollet ; je suis encore vert, j'ai vu ces jours-ci une jeune religieuse à qui je le prouverais bien, mais je veux être sage, j'ai l'intention d'entrer dans Tadmiuistralion; je veux être nommé sous-préfet à Mostaganem, je suis sûr que dans peu de temps je serai nommé préfet à Oran, je connais très bien le pays.

« J'ai une cousine qui est venue me voir, je vais lui faire une proposition, c'est de venir vivre avec moi, elle s'habillera enliommeou moi en femme, ça m'est égal, nous vivrons comme mari et femme, non, comme frère et sœur, mieux que cela, deux liybi'ides, pas de sexe.

« Je cbaugerai de religion, je suis catholique, je veux me l'aire protestant; je serai bien vite pasteur, et député donc, pourquoi ne le serais-jc pas aussi bien que messieurs

EKCEXTIUCITE ET PEdVEKSION DES FACULTES MOK.VLES, ETC. 3:)5

tel ou tel (el il nous récite des vers qu'il a composés sur un député de Paris).

u Avouez qu'ils soûl bien tournés; | aime beaucoup Fabius, mon domestique, il est bacbelier es lettres, je l'appelle monsieur, c'est un personnage, il me coûte o fr. par jour pour les courses qu'il me fait. Messieurs, j'espère que vous êtes contents de moi, et que vous me trouvez intelligent. »

Nous nous relirpns, et M. du Puyparlier nous accompagne en marchant d'un air triomphant, la tête renversée en arrière, le tronc tendu en avant, et avec une expression de contentement indicible de lui-même.

Nous avons reproduit aussi exactement que possible les discours de M. du Puyparlier, mais ce que nous ne pouvons pas rendre, ce sont ses jeux de physionomie, ce sont ses intonations, ses exclamations, c'est celte exubérance de gestes, cette foule de digressions, de parenthèses, de citations que nous ne pouvons qu'indiquer sans pouvoir eu faire le tableau.

La conversation elle-même de M. du Puyparlier, tout incohérente qu'elle apparaisse encore dans la reproduction que nous en donnons, est cependant rectifiée, régularisée, parce que l'on ne peut pas se soustraire à ce travail involontaire de l'esprit qui rétablit un peu d'ordre et de suite dans I les discours les plus désordonnés et les plus incohérents des 1 aliénés. Néanmoins, il nous paraît impossible que du tableau que nous venons de retracer de nos entrevues avec jxM. du Puyparlier, comme aussi du long exposé que nous avons donné des faits qui ont précédé son placement dans la maison de Charenton, il ne ressorte pas la démonstration évidente d'un trouble profond et déjà ancien qui existe dans les facultés intellectuelles de M. du Puyparlier.

En effet, nous ne saurions attribuer à une excentricité et |à une originalité, même poussées à leurs dernières limites,

3o(î RAPPORTS ET CONSULTATIONS.

mais compatibles avec la raison, le défaut absolu dejuprement^ Tabsence de toute appréciatiou juste de sa situation personnelle, la violation inconsciente des règles les plus ordinaires de la vie, l'incurie sordide, l'abandon de soimême^ rimprévovance des besoins matériels aussi bien que l'insouciance de sa sécurité et de sa dignité, le mépris incessant des obligations les plus élémentaires de la décence et de la morale publiques.

11 y a là pour nous les caractères d'une véritable aliénalion mentale, et sans ranger M. du Puyparlier parmi les aliénés réputés dangereux, parce que sons l'influence d'une hallucination ou d'une impulsion irrésistible ils peuvent commettre des actes de violence, nous n'hésitons pas à déclarer qu'il appartient à cette classe d'aliénés dont le séjour dans la société est une source permanente de troubles, de désordres, de malheurs et de crimes, et à l'égard desquels, par conséquent, c'est un devoir et un droit de prendre des mesures protectrices, autant pour eux-mêmes que pour autrui. En résumé, nous concluons que :

1" M. Auguste-Pierre-Jacques Faulte du Puyparlier est aliéné ;

2° Son placement dans la maison de Cbarenton est à la fois légitime et nécessaire;

3" M. Faulte du Puyparlier est incapable de gouvernei convenablement sa personne, et, n'étant pas maître de lui, il peut commettre des actes compromettants pour luimême et pour les autres ;

4" M. Faulte du Puyparlier est également incapabl' d'administrer ses affaires et de gérer sa fortune;

5** Au triple point de vue des soins que son état exige, de ses intérêts personnels et de l'ordre et de la sécurltt' publics, M. Faulte du Puyparlier doit donc être maintenu, quant à présent, dans un établissement spécialement consacré au traitement des aliénés;

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