INTRODUCTION. XV
Si je crois devoir parler de ces choses, ce n'est pas que je veuille donner place ici à la défense de celte loi, bien que je la considère comme l'une des meilleures, des plus sages et des plus humaines qui honorent les codes de mon pays, mais parce que je tiens à établir que je connais à fond les mouvements de l'opinion publique sur cette question, et la source, ainsi que la véritable portée des accusations qu'elle a trop facilement accueillies.
L'une des premières préoccupations de la haute Commission, aux étufles de laquelle je m'honore d'avoir pris une part active, de concert avec mon savant et digne confrère, M. le D'" Calmeil, médecin en chef de la maison de Cliarenton, et avec l'un des inspecteurs distingués du service des aliénés, M. le D' Constant (je ne cite que mes collègues médecins), l'un des premiers soins, dis-je, de la Commission fut de se livrer à une enquête minutieuse et complète sur chacun des faits en particulier qui avaient été signalés comme exemples de séquestration arbitraire. Et je ne crains pas d'être démenti en affirmant que pas un seul de ces faits n'a résisté à un examen impartial. Bien plus, la Commission a voulu entendre les écrivains qui, dans la presse politique et littéraire, s'étaient montrés le plus ardents à la polémique; trois des principaux, MM. Jourdan, Sarcey et Hector Malot, ont été invités à venir exposer leurs vues et leurs raisons; tous trois, sous divers prétextes, ont éludé l'invitation, donnant ainsi la mesure de leur conviction et de leur confiance dans la cause dont ils s'étaient faits les champions.
L'administration avait elle-même pris les devants et
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un questionnaire étendu avait été adressé par elle à tous les directeurs et médecins des asiles d'aliénés, faisant appel aux remarques et observations pratiques des hommes les mieux placés pour juger des vices de la loi et pour en signaler les imperfections et les lacunes. L'opinion très généralement exprimée par ces hommes si compétents et qui ressort comme conclusion formelle de Tenquête, c'est que la loi actuelle est suffisante et bonne.
Notre habile confrère, le docteur Lhomme, de Bourges, formule avec autant d'autorité que de sagesse son avis éclairé en des termes qui méritent d'être cités et qui pourraient être donnés comme le résumé définitif de loute discussion à ce sujet : « La réforme projetée ne « doit donc avoir pour but que d'assurer l'application de « cette loi en en développant les principes. »
Et M. le docteur Beaumes, de Quimper, appuyant cette opinion, ajoute avec un grand sens pratique ces paroles saisissantes : « Qu'on entrave les admissions, u qu'on les diminue de moitié, le problème ne sera pas (( résolu : on ne supprimera [ as la folie, maison pourra '1 diminuer le nombre des guérisons, multiplier les ca- 0 tastrophes et amener le découragement de serviteurs '( honorables et dévoués. )>
Et je dis moi-même que ces dévoués serviteurs de l'humanité, que ces médecins qui, dans leurs honorables et pénibles fonctions, se consacrent au soulagement de la plus alfreuse infirmité, méritent d'être crus, lorsque tous, sans exception, témoignent qu'ils n'ont jamais, dans les plus longues carrières, rencontré de séquestration abusive ou faite à la légère. Que l'on vienne main-