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FOLIES PAR INTOXICATION OU SPÉCIFIQUES

Nous comprenons sous ce nom des folies qu'il est possible de rattacher jusqu'à un certain point à leur cause par l'ensemble symptomatologique. Elles offrent à

Tobservateur un état convalsif particulier , résultat d'une action graduée, continue. Les fourmillements, les tremblements, les crampes, les convulsions, les paralysies résument assez bien tout cet appareil spasmodique. On rencontre encore dans l'ordre physique des troubles considérables des systèmes digestif et circulatoire qui ne laissent pas d'avoir, au point de vue diagnostique, une importance majeure. Les substances susceptibles d'amener des altérations semblables sont les liqueurs alcooliques, le plomb, le mercure, le tabac, l'opium , le haschich , la belladone.

La folie alcoolique est de toutes la plus fréquente; elle se présente avec des degrés nombreux. Nous ne voulons pas parler ici de ce trouble passager connu sous le nom d'ivresse. Nous mentionnerons d'abord une sorte de délire tout particulier désigné sous le nom de délirium tremens et qui se manifeste surtout chez les individus qui par état ou par passion boivent trèsfréquemment, quoique par petites doses, du vin ou des liqueurs. On l'observe chez les personnes sobres exposées à l'influence d'émanations alcooliques.

Le plus ordinairement après quelques prodromes tels que des fourmillements , un commencement de tremblement nerveux, del'anorexie, un sommeil interrompu, de l'inquiétude , le délire éclate très-général et trèsintense. Le malade, circulant au hasard, s'irrite, injurie, accuse; d'autres fois, en proie à la terreur, il crie, fuit, secacheou luttecontre de vains fantômes dangereux pour les autres et pour lui-même. Une sorte de morosité défiante caractérise les périodes dépressives. Lapeau est

chaude et turgescente, le visage vultueux, la langue sèche, il existe une soif ardente, une sueur profuse. Mais ce qui imprime un cachet particulier à la physionomie générale de la maladie , c'est le tremblement qu on remarque principalement aux membres et qui les agite de petits mouvements répétés et irréguliers, augmentant pendant les mouvements volontaires. Ce tremblement rend la démarche vacillante , empêche le malade de porter à sa bouche un verre de liquide sans en répandre, et, s'il occupe les lèvres et la langue, produit un embarras plus ou moins prononcé de la parole. On ne saurait confondre l'agitation du delirium tremens avec l'incohérence ou l'agitation dû maniaque. L'obtusion s'offre comme le trait saillant, préexistant et permanent qui domine l'ensemble phénoménal. Les manifestations désordonnées ne sont qu'en ordre secondaire. Les scènes de l'alcoolisme dépendent des hallucinations et en subissent les vicissitudes. Comme le dit M. le docteur Delasiauve, l'ébrieux a peur, pour ainsi dire, mécaniquement; il agit en automate. Otez les fausses sensations, l'aliéné rentre, dans la limite de son obtusion , en possession de lui-même.

La folie alcoolique a été décrite par les auteurs dans l'histoire de l'alcoolisme; elle n'est pas caractérisée comme le delirium tremens par des symptômes passagers ou aigus, mais par des phénomènes permanents ou chroniques. Lés récidives fréquentes et presque inévi*tables, en raison des habitudes invétérées auxquelles les malades ne savent pas résister, conduisent à cet état pathologique qui s'aggrave peu à peu et qui ressemble

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beaucoup à la paralysie générale, si ce n'est pas la paralysie générale elle-même.

Les malades alcoolisés se plaignent de percevoir des fourmillements vers les extrémités inférieures et souvent, avant de s'endormir, se disent positivement sentir des fourmis ou d'autres animaux qui remontent des extrémités inférieures vers les bras et les mains et qui redescendent le long du tronc. Ce symptôme est à peu près invariable dans l'alcoolisme. Nous avons déjà parlé dans le delirum (remens du tremblement , il a ici quelque chose de saccadé et de forcé. — Il y a moins d'uniformité dans la période d'atonie où les mouvements irréguliers concordent avec l'action variable des parties et attestent de visibles efforts pour surmonter les obstacles qui s'opposent à l'équilibre de la station, au jeu des muscles , à l'articulation de la parole. Les crampes ne se font jamais sentir dans les membres supérieurs. Les convulsions indiquent un nouveau progrès du mal, leur apparition n'a pas de période fixe. Elles soùt souvent précédées de céphalalgie avec bourdonnement dans les oreilles et scintillement devant les yeux, quelquefois d'hallucinations.

Les hallucinations sont de nature terrifiante provenant d'attaques pu de dangers menaçant la liberté ou la vie; d'autres fois le délirant aperçoit autour de lui, sous ses pieds, dans sa chambre, près de son lit, dans ses vêtements, sous ses couvertures, etc., des animaux hideux, petits surtout : des rats, des souris, des araignées, des serpents, des couleuvres, des crapauds, etc..

Dans la paralysie, qui termine ce tableau patholo-

gique, le désordre mental n'est pas toujours manifeste et si les idées incohérentes de vanité et de gi'andeur s'y rencontrent beaucoup plus communément, elles s'ofifrent escortées par l'ensemble des symptômes propres à la démence des ivrognes que Magnus Huss a si bien décrit sous la dénomination à' alcoolisme cArom'yw^ ; la pensée est obscure, la mémoire embrouillée, chancelante; sur la figure est peinte une sorte d'hébétude tantôt exhilarante et niaise, tantôt concentrée et chagrine, suivant que la nullité est complète et que de sinistres appréhensions se font jour à travers les ténèbres de l'esprit.

L'intoxication saturnine ne détermine pas des troubles psychiques moins considérables que l'intoxication alcoolique. On remarque pendant plusieurs années l'apparition de la colique dite des peintres^ sèche, rhumatismale , avec rétraction du ventre et constipation opiniâtre, accompagnée d'une pâleur cachectique sui generis et d'un liséré ardoisé des gencives. D'autres symptômes nerveux tels que des douleurs arthralgiques, des amau roses passagères, des hyperesthésies ou anesthésies locales , des paralysies partielles , en particulier des muscles extenseurs , de . l'ictère saturnin , etc. . . , se manifestent aussi.

Puis surviennent les altérations mentales que M. Tanquerel des Planches attribue à Tencéphalopathie saturnine. Il divise celle-ci en comateuse, épileptique et délirante. Loin de s'exclure, ces trois modes se confondent fréquemment ou se succèdent; et l'auteur, en les exposant séparément, a obéi au seul besoin de marquer avec plus de clarté les prédominances dont

ils sont susceptibles. Les aspects du désordre intellectuel sont variables. Le fond délirant se rapproche beaucoup de celui de la folie alcoolique. Les frayeurs , les visions terrifiantes abondent dans Tencéphalopathie saturnine. Le délire saturnin est surtout caractérisé par les rapides alternatives de rémission et de recrudescence. C'est surtout la nuit que sévit le délire furieux. L'aberration dans le jour est plus paisible. La somnolence, pour peu que le mal dure, tend à multiplier les interruptions du délire ,

Chez plus d'un tiers des malades, le visage est le siég^ de divers mouvements spasmodiques ; la prononciation s'embarrasse; il y a du tremblement et des contractions dans les membres, des soubresauts dans les tendons et comme des irrégularités choréiques. A la suite des symptômes que nous venons d'énumérer, si le malade ne meurt pas au milieu d'attaques sérielles d'épilepsie ou dans un état d'anéantissement complet , se montre un ensemble syûiptomatologique qui est à beaucoup d'égards comparable à celui qui est consécutif à l'abus des boissons fermentes. MM. JulesFalretet Delasiauve ont observé des paralysies générales saturnines. On y trouvait la marche chancelante, le frémissement facial, l'embarras de la prononciation , la mémoire incertaine, chez les uns peu d'incohérence , point d'idées ambitieuses, chez les autres des idées confuses et incohérentes, des dignités, des litres, des millions, etc.... mais en outre la teinte bistre de la peau , la cachexie spécifique et le liséré ardoisé des gencives. La figure revêt plus fréquemment une teinte mélancolique.

Le mercure conduit à des symptômes qui se rapprochent beaucoup de ceux observés précédemment et qui se résument en morosité irritable, perversion sensoriale, affaiblissement intellectuel, démence et troubles de la motilité , tremblement consistant dans une succession de petites saccades uniformes. Les accidents psychocérébraux, conséquences de l'intoxication mercurielle, peuvent affecter la forme de la paralysie générale. Pour distinguer cette variété, M. Morel en réfère aux antécédents et aux symptômes spécifiques; haleine fétide, salivation, tremblement, etc. . . Les toxicologistes qui insistentsur ces derniers phénomènes se bornent à indiquer incidemment la paralysie partielle et Taffaiblissement de la mémoire. Plus l'agent est divisé, plus l'effet serait certain. Pourtant dans le cas oîi ce métal pénètre en vapeur par les voies respiratoires, la salivation peut manquer, 'comme M. le docteur Delasiauve le signale dans un cas de médecine légale. Dans ces dernières conditions , le système cérébro-spinal est directement compromis.

Bien d'autres substances délétères peuvent, par un usage intempestif et fréquemment répété, produire des troubles psychiques considérables qui peuvent être classés dans la catégorie des folies compliquées, et qui sont caractérisées surtout par un affaiblissement intellectuel, une obtusion mentale et des troubles de la motilité presque permanent. L'opium, la belladone, le tabac, le haschich, l'ergot de seigle, donnent lieu à la longue à ces états pathologiques qui se différencient par quelques phénomènes plus appréciables, quand on les a vus, qu'il n'est facile de les décrire.

Il est pourtant une variété que nous devons encore rappeler plus particulièrement à cause de sa fréquence dans les provinces septentrionales de Tltalie. La paralysie générale pellagreuse, que M. Baillarger a cherché à différencier des autres formes analogues. Le délire ambitieux s'y distinguerait notamment par une tendance mélancolique et des idées de suicide qu'expliquent aisément les souffrances insupportables qu'endurent les malades.

FOLIES CACHECTIQUES

Les folies cachectiques se rapprochent beaucoup par leur mode d'action progressif des folies par intoxication. On pourrait les classer parmi les folies symptomatiques de lésions locales plus ou moins graves. Ce que nous disons de ces dernières, à propos de l'invasion lente et insidieuse, leur convient parfaitement; aussi n'insistons-nous pas sur la place que nous leur assignons ici.

Parmi les folies cachectiques qui niéritent d'être classées dans la catégorie que nous venons d'étudier, nous citerons surtout un fait très-important observé par MM. Âubanel et Sauze (i). Ces médecins avaient constaté un ensemble symptomatologique conforme à celui de la paralysie générale arrivée au troisième degré. A l'autopsie on trouva une tumeur cancéreuse dans le cervelet. 11 n'est guère que par les antécédents et par l'évolution de la maladie qu'il soit possible vé-

(i) Sauze, Études médicO'psychologique» sur la folie, p. 305.

ritablement de diagnostiquer un semblable état morbide.

FOLIES SYMPTOMATIQtES DE LÉSIONS LOCALES

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