‹ Etude médico-légale sur la simulation de la folie: considérations cliniques et pratiques à lChapitre 55 sur 68 · CHAPITRE XI ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI ET DERNIER

Influesee 4Le la slmulatloii de la folle «ur le slmiilateiir.

Ooneluslojiw.

La simalation d'ane situation mentale quelconque peut donner l'idée des efforts nécessaires au «imolatenr. ^ Les étéments de cette contrainte va^ raie et physique ne partent pas chez le simulateur criminel des mêmes éléments émotifs que chez lliomme vertueux. — Il faut que Timagination du simulateur construise de toutes pièces des phénomènes intérieurs st extérieurs en Tahscnce de sensations et de sentiments réels. — Ce travail psychique non pins que les efforts corporels ne peuvent être continus. ^ Effet d'une action exagérée. — Les simulateur» préfèrent en général un type où l'activité physique et intellectuelle se trouve être mise moins en jeu. — les formes stupides, mélancoliques, ont d'autres phénomènes qtâ témoignent d'une altération dans la nutrition. ~ L'essai de productiou des manifestations psychiques désordonnées ne se trouve avoir été fait que par des personnes qui ont cherché à simuler la folie. — Aveu des simulateurs relativement aux efforts qu'ils sont obligés de faire. — Propres paroles de Dérozier. — Simulateurs devenus réellement fous. -* Conclusions.

Après le cercle que nons Tenons de parcourir ei q\â nous parait embrasser tous les points de vue sous les^ quels il est possible d'étudier la simulation <]e la folie; il nous reste encore un point à faire ressortir : c'est Tinfluence de cette môme simulation de la folie sur l'individu qui a persisté à feindre cette maladie.

Il faut essayer soi*mème de contrefaire une situation mentale quelconque pour se faire une idée de la con-trainte et du travail pénible que doit nécessiter la feinte de la folie. Il est vrai que le simulateur criminel pro* gressivement arrivé à une certaine indifférence morale ne possède pas les éléments émotifs au même d^réque l'homme vertueux et qui a toujours été honnête. €e n'est par conséquent pas parce qu'il trompe, parce

de cuivre de sa maison, jouait toujours avec de la monnaie neuve.

Son mari dépose qu'elle s'est plainte souvent à lui qu'elle voyait chez ses amis des choses brillantes dont elle avait tellement envie qu'elle se sentait prise d'un désir violent de s'en emparer, et qu'elle le priait de ne plus la mener chez ces personnes. De nombreux témoignages prouvèrent ce désir curieux de posséder des objets brillants. Nous citerons, par exemple, ce qui lui arriva chez un de ses parents : elle prit un couteau en nacre et des marques de whist en présence de joueuses. On n'attribuait pas cela à des plaisanteries, mais on se disait seulement qu'elle avait pour le moment la tête à l'envers.

Le médecin de la famille la déclara non responsable, mais mon prédécesseur devant la Cour ne fut pas de cet avis, et n'accepta pas même une responsabilité diminuée. A cause de cette contradiction on eut recours à un super-arbitre du collège médical de la province, et je fus chargé de faire un rapport sur cette afiaire.

Mon opinion se basait sur les principes que j'ai dé^ veloppés plus haut dans le texte, au sujet de l'idée fixe et des caprices des femmes grosses. Je niai positivement que l'accusée eût été atteinte d'un caprice de femme grosse qui avait altéré ses fonctions mentales, et je discutai la valeur qu'il fallait attribuer au changement qui

s'était opéré dans ses goûts, sa manière d'être, dans ses dispositions mentales ; je disais qu'il était très-naturel qu'elle eût conscience de ce caprice, comme on le voit par la déposition de son mari qu'elle prie de ne pas la

mener chez ses amies qui possédaient des choses bril* lantes. C'est ce qui arrive à quiconque est atteint d'une idée fixe ou d'une envie dont il ne peut s'affranchir, mais qu'il maîtrise encore avec sa raison puisqu'il en a conscience ; mais il est très-étonnant que cette femme n'ait pas évité, plutôt que les appartements de ses amis, les magasins pleins d'objets brillants, qu'au lieu de charger les domestiques de l'achat qu'elle avait à faire, elle soit allée, sans nécessité même, en état de grossesse avancée, dans des magasins dont elle connaissait tout le danger pour elle. Nous examinâmes ensuite sa conduite vis-à-vis des orfèvres volés.

Nous remarquâmes cette circonstance importante que chez un orfèvre, au lieu de prendre des objets brillants, elle répondit qu'elle n'avait plus besoin de rien et se fit rendre de l'argent. Elle avait gardé un profond secret de ses vols même pour son mari : elle avait dit être sortie pour rendre les objets volés, ce qu'elle n'avait pas fait; de plus, ce qui ne se rapportait pas du tout à son envie maladive, elle bnsa« afin de les rendre méconnaissables, les objets volés; elle a toujours changé d'orfèvres. Considérant, de plus, les nombreux mensonges contradictoires qu'elle avait faits dans les interrogatoires, nous conclûmes : l'envie maladive de madame de X. ... n'a pas été irrésistible, ne l'a pas entraînée malgré elle à ses trois vois, qui sont au contraire des actions criminelles dont elle est responsable.

La dame fut condamnée, séparée de son mari, et, après plusieurs années, tandis qu'elle n'était pas enceinte, elle vola de nouveau des étoffes dans un magasin I

Dans un travail inédit datant de 1856, travail où, partant de quelques faits que j'avais observés dans Tasile départemental de Yaucluse, je m'appliquais à étudier la physiologie pathologique de la folie chez les femmes enceintes et les nouvelles accouchées, j'étais arrivé aux conclusions suivantes que je reproduis :

« Que l'anémie, conséquence de l'insuffisance de la puissance vitale et des éléments de la nutrition, était le fait principal que frappait le clinicien et qu'il semblait qu'avec un régime tonique parfaitement gradué on pût rétablir l'équilibre détruit par le manque de matériaux nutritifs ; que c'était en eifet une indication majeure du traitement de la folie des femmes enceintes et des nouvelles accouchées; mais que, par une comparaison de ces conditions pathogéniques avec les différents états anémiques que Ton rencontre dans la pratique médicale, il était facile de reconnaître que cet appauvrissement organique ne saurait suffire pour amener la folie ou les perversion s de l'intelligence. Il fallait donc, à notre avis, ou une prédisposition héréditaire ou une cause morale ou physique puissante et réellement active.

« En outre, j'avais cru devoir reconnaître que les actes déterminés par l'aberration mentale au moment de la grossesse ne partaient pas tous d'une anémie plus ou moins caractérisée, queles mouvements congestifs étaient aussi bien souvent la cause de ces désordres mentaux. La prescription de la saignée recommandée dans quelques cas de grossesse se retrouvait ainsi indiquée dans des circonstances toutes particulières.

« Enfin que cette influence de la congestion ex-

pliquait même eerlains cas graves où Tanémie avait pour ainsi dire préparé le terrain morbide en diminuant la force de résistance susceptible d'être* opposée au molimen congestif ou inflammatoire. »

Ces résultats, que nous constations au< <)ébut de nos études psychiatriques^ nous semblent encore conformes à l'observation clinique. En dehors des causesque nous venons d'énumérer, il faut noter encore les perversions et les exagérations de l'activité nerveuse qui nous con«duisent aux faits se rattachant au ner?osisme, à Thypochondrie, à l'épilepsie, à Thystérie,

Les considérations que nous avons émises relativement aux types des maladies mentales trouvent leur application ici non moins que dans lès autres cas qni peuvent se présenter au médecin expert.

En résumé la grossesse détermine de nombreux phénomènes du côté du système nerveux, surtout une mobilité et une impressionnabilité excessives. L'excitation des facultés intellectuelles se rencontre plus rarement qu'une tendance inaccoutumée au découragement et à la mélancolie. Cette situation part d'un équilibre mental qui est loin d'être parfait, mais qui est pourtant distinct de la folie, attendu que la conscience des actes n'est jamais complètement anéantie.

Ainsi nous ne saurions admettre que Tétat de grossesse seul puisse déterminer la folie et les impulsions irrésistibles qui anéantissent le libre arbitre. Il en ré^ suite que ce prétexte de grossesse que choisirait une femme prévenue d'un vol ou de tout autre méfait de- -mande un examen approfondi. 11 en résulte aussi que

par l'altération des instruments qui traduisent les fonctionnements intellectuels.

L'essai de production des manifestations désordonnées ne se trouve avoir été fait que par des individus qui ont cherché à simuler la folie. Il n'entrera jamais dans l'esprit d'un homme raisonnable d'expérimenter de pareilles transformations de sa raison par pure curiosité et dans le simple but d'obtenir ces mêmes transformations qui le priveraient peut-être de ce noble privilège derhumanité.

En ajoutant les mauvaises conditions physiques que détermine la simulation de la folie au trouble mental artificiel qui vient compliquer la gêne des fonctions encéphaliques, il n'y a pas lieu de s'étonner que la folie puisse rester ancrée après une contrainte physique et morale prolongée.

Mais de plus ces diverses situations s'accompagnent d'une souffrance dont le simulateur seul a conscience. Rien ne prouve mieux cette position douloureuse, l'anxiété et les états forcés de toutes sortes que l'aveu même des simulateurs.

M. Morel a complété le compte rendu de l'aflfaire Dérozier par les propres paroles de ce prévenu après la découverte de sa fraude. Nous les reproduisons telles que les a transmises notre ancien chef de service.

« Dérozier ayant témoigné le désir de me voir, je me suis rendu avec empressement à la prison. Si, dans mon entrevue avec cet homme, j'ai éprouvé un grand soulagement de ce que ses aveux avaient fini par dissiper les incertitudes qui régnaient dans l'esprit de plusieurs jurés à la sortie de l'audience, j'ai été triste-

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