SUR LE SIMULATEUR. — CONCLUSIONS
ment impressionné de voir autant d'intelligence mise au service d'une aussi mauvaise cause. Je ne vous en veux pas, me dit- il, d'avoir paralysé mon avocat et d'être la cause de ma condamnation; f ai mérité mon affaire^ et si le médecin de Neufchâtel n avait pas déserté son certi-^ ficat^ f aurais continué mon rôle avec la certitude de mourir à la peine. Vous ne pouvez croire ce que foi souffert. Tai cru devenir réellement aliéné, et f avais plus de crainte encore de tomber fou que daller au bagne. J'ai passé plusieurs mois sans dormir. Il me semblait que la moitié de mon cerveau était vide et quune boule deau située dans la partie pleine venait frapper contre la partie vide. Je n'ai été délivré de cette sensation pénible que par la violente inflammation du genou qui m'a fait
mettre à l'infirmerie T avais lu que l'autopsie la plus
minutieuse ne pouvait donner la preuve de r aliénation pendant la vie^ que les caractères de cette affection étaient loin dêtre bien définis, etf ai pensé quune folie avec un caractère nouveau , pris au hasard^ serait de nature d dérouter les médecins. Je fne suis trompé ; ce qui est fait est fait.
« J'ai cherché à consoler ce malheureux en lui faisant entrevoir une commutation de peine pour prix de sa bonne conduite à Cayenne. Dérozier secoua mélancoliquement la tête en disant : Une fois quon est enferré dans le mal^ on a de la peine à s'en tirer. J'ai quarante-deux ans, cest trop tard. Je me retire du monde maintenant ; f entre au cloître et mon rôle est fini. »
Bien d'autres simulateurs ont fait une confession
analogue : le nommé M..., dont M. Campagne nous a donné Thistoire, a fourni des détails qui confirment cette influence pernicieuse de la simulation de la folie.
Les simulateurs qui ont prétendu qu'ils seraient devenus fous s'ils avaient continué à simuler la folie quelques jours de plus, avaient parfaitement raison. On connaît de véritables folies survenues à la suite de la simulation. Entre autres faits, l'histoire a consigné que deux marins français, prisonniers sur les pontons anglais, eurent la constance de simuler la folie pendant six mois de suite. Mais, au bout de ce temps, ils ne recouvrèrent leur liberté qu'au prix de leur raison véritablement perdue.
D'ailleurs il n'est pas que la folie dont la simulation laisse à sa suite l'affection réelle qui n'était que simulée. Il est d'autres névroses, telles que Tépilepsie, qui sont restées sur le terrain où l'imitation les avait insinuées. M. le docteur Prosper Lucas, qui a choisi pour sujet de sa dissertation inaugurale la propagation sympathique des névroses et des monomanies, a insisté d'une manière particulière sur les résultats de la simulation. Il nous écrivait, il y a quelque temps, qu'il a eu dernièrement l'occasion de voir à la Sûreté un exemple de ce genre bien frappant. C'était un repris de justice, jeune effronté qui avait très-longtemps joué Tépilepsie. Ses accès de commande avaient fini par devenir réels, et il demandait à notre savant confrère, sans détour ni vergogne, de le débarrasser de cette fin de la farce.
Ces faits expliquent parfaitement que certains cas de