I. DE LA PHYSIONOMIE
Dans un travail ex-professo, j'ai insisté sur l'importance de la physionomie, sur le caractère spécial que le faciès offre au médecin aliéniste, et j'ai développé avec soin ce que j'avais reconnu comme expression propre à l'aliéné en dehors des types particuliers : Une désharmonie entre les manifestations fournies par le centrç d'action oculaire et par le centre d'action buccal.
J'ai étudié séparément chaque partie de la face et les modifications qu'elle présente dans la folie. La physionomie est le miroir de l'âme. On doit y trouver des éléments nombreux de diagnostic. Je ne répéterai pas tous les détails que j'ai exposés dans ce mémoire que j'ai présenté à la Société médico-psychologique et qui a été inséré dans ^e^, Annales (1863). Je me bornerai à dire que le masque de l'ahéné fournit à examiner la conformation de la tête, la couleur et l'état du système pileux, la coloration et l'état de la peau, les rides et les différents traits, la forme, les mouvements et l'expression de l'organe de la vision, les sourcils, la coloration, l'état de gonflement ou de maigreur de,la partie charnue du nez, la dilatation plus ou moins facile des na-
rines, l'état des lèvres, leur situation respective pendant le repos, leur volume, leur couleur, leur sécheresse ou leur humidité, leurs mouvements, de même pour les joues et tout le système locomoteur de la face ; on doit apporter la même attention pour les régions parotidienne et auriculaire. Enfin, il n'est pas sans importance de faire entrer dans cet examen de la physionomie le port de la tête que l'on remarque si variable suivant que l'individu a de sa personnalité line opinion plus ou moins favorable, qu'il est plus ou moins déprimé et suivant d'autres causes nombreuses.
A propos de la physionomie chez le simulateur, j'appuierai sur les particularités qui paraissent lui appartenir spécialement.
Le vice n'a pas moins que la vertu une expression extérieure qui en est inséparable et qui sert quelquefois à le fairereconnaître presque immédiatement quand onatant soi peu l'habitude d'observer les.physionomies. Ce n'est pas qu'on puisse dire qu'il existe chez les simulateurs un type particulier pouvant être représenté et décrit assez nettement pour servir de point de comparaison. Mais il y a évidemment chez eux des tendances morales et des dispositions intellectuelles qui leur sont communes. A la ruse et au mensonge viennent s'ajouter des manifestations |vicieuses telles que la paresse, le vagabondage, la prodigalité, la gourmandise, l'ivrognerie, la luxure, etc., et l'on doit retrouver sur la figure les expressions qui correspondent à une perversité plus ou moins avancée et aux impulsions crimi-
EXAMEN DIRECT. 8i
nelles plus ou moins dépendantes de l'état de l'organisation, de l'arrêt de développement des facultés mentales, des vices de l'éducation, des excès de toutes sortes, etc.
La ruse est un instinct constituant un des éléments principaux du caractère des simulateurs. On reconnaît précisément dans les antécédents de ces individus d'autres faits de simulation pour des actes moins importants, ce qui explique jusqu'à un certain point que la ruse fasse partie intégrante de la constitution morale de l'individu. A la ruse appartient un caractère physionomique assez tranché, je ne pourrais mieux le comparer qu'à celui du tigre ou du renard. Le regard a surtout quelque chose de particulier qui ne saurait échapper au premier abord. Il est furtif, mobile, sournois; il présente des reflets sinistres et chatoyants; son expression est miroitante et fascinatrice. Lorsque le simulateur veut exprimer un sentiment de bienveillance ou de franche bonté, sentiment qui ne concorde nullement avec son nalurel, les lèvres trahissent un imperceptible frémissement, le sourire est repoussant ou moqueur. La figure signale un état forcé qui apparaît par un désaccord choquant et significatif. Le criminel simulateur ne saurait donner à son regard l'expression égarée et excitée qui appartient au maniaque. On n'y reconnaît que de l'effronterie et non de l'aberration d'esprit. Il ne produira pas davantage l'expression véritablement indifférente, affaissée du dément, du paralytique; fixe du stupide; fière et orgueilleuse du monomaniaque; scintillante ou souffreteuse de l'épileplique, etc.
Il ne saurait dissimuler l'attention qu'il porte à toutes les parobs et à tous les mouvements de celui qu'il sait chargé de scruter ses discours et ses gestes. Bien souvent il baisse les yeux, les dirige en bas vers la terre (sur ses souliers ou autres objets) , se méfiant de l'expression que peut trahir son regard.