‹ Etude médico-légale sur la simulation de la folieChapitre 17 sur 53 · EXCITATION MANIAQUE · texte numérisé non relu

EXCITATION MANIAQUE

M. le docteur Delasiauve (1) a comparé avec beaucoup de raison l'excitation maniaque aux premiers phénomènes de l'ivresse. L'enchaînement des idées est possible. Les souvenirs sont vivaces et variés ; l'imagination offre quelques saillies. L'esprit se laisse aller au gré des pensées qui accourent à la suite des paroles nombreuses que l'individu éprouve le besoin d'épancher. C'est une simple suractivité de toutes les facultés mentales sans incohérence, sans idées délirantes. Des individus, habituellement réservés, doux et bienveillants, deviennent hardis, causeurs, entreprenants. Ils ne reculent devant aucune difficulté. Toutes leurs actions sont marquées au cachet de l'exagération. Ils changent à chaque instant de résolution. Le médecin que nous venons de nommer définirait volontiers oubli des convenances la disposition turbulente, impertinente et querelleuse que l'on rencontre souvent dans cette forme. On rencontre en outre des tendances aux déplacements, aux voyages, au vagabondage, à l'ingestion

(1) Journal de médecine mentale, t. I, p. 46.

des boissons alcooliques et même une notable surexcitation génitale. Il est fréquent de voir ces malades, par suite de leur irritabilité, souffler la discorde dans les familles et mettre le désordre dans les asiles.

Cet état a une certaine durée et ne doit pas être confondu avec l'excitation passagère et motivée que l'on rencontre dans la monomanie.

C'est dans cette catégorie que doit se classer l'état mental que Pinel a désigné sous le nom de manie raisonnante^ tandis qu'Esquirol l'a désigné sous le nom de monomanie affective. Cette variété d'excitation maniaque montre une tendance continuelle à engager des luttes d'esprit. Les controverses de ces malades sont ou nepeutpluslspirituelles, on ne peutplus logiques. On l'a appelée encore manie sans délire et Guislain la distingue ainsi de ce qu'il nomme manie raisonnante.

« Dans la manie sans délire, il y a bien une certaine acuité dans les expressions, une netteté dans les idées, une tendance à la critique; mais il y a plus de passion, plus d'irascibilité, plus de propension à la lutte que dans la manie raisonnante. 11 n'y a pas cette controverse, cette logiq-ue, cette exaltation spéciale des idées qu'on remarque dans cette dernière. Danslamanie sansdélire, l'exaltation des idées est un reflet de la maladie. Dans la manie raisonnante, l'exaltation intellectuelle est plus directe; c'est la passion du raisonnement, passion absolument maladive. »

Mais la maladie consiste aussi plus ou moins dans les désordres qui caractérisent les actes. C'est même

l'absence du délire des paroles qui l'a fait nommer manie sans délire.

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