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FOLIE ÉPILEPTIQUE

L'influence fatale exercée sur les facultés intellectuelles par l'épilepsie est un fait presque généralement admis. La conservation intégrale de l'intelligence et des sentiments avec des attaques fréquentes d'épilepsie est chose des plus rares. D'après les résultats statistiques, dans les quatre cinquièmes des cas, les individus épileptiques sont plus ou moins aliénés.

Comme nous l'avons dit précédemment, de même que les genres de folie mixte que nous avons décrits, la folie épileptique a un délire spécial, caractéristique. M. Morel a divisé en trois périodes la symptomatologie de cette forme phrénopathique. Nous en emprunterons la description aux travaux de ce médecin.

« Les premiers changements qu'on remarque dans le caractère des épileptiques menacés d'aliénation est une irritabilité très-grande qui se traduit au dehors, et à la moindre contradiction, sous les formes les plus diverses et parfois les plus compromettantes. Dans les premiers temps de leur affection, il est naturel de voiries préoccupations maladives des épileptiques avoir

(1) De la folie considérée sous le point de vue pathologique, philosophique, historique et judiàaire, etc.

un point d'appui dans les éléments qui constituent la grande diversité des tempéraments et des caractères. On remarque des craintes relatives à la santé, des récriminations injustes, des tendances vénériennes prononcées. Chez l'épileptique plus que chez les névrosés précédents, nervosique, hypochondriaque et hystérique, les phénomènes perturbateurs empruntent un caractère singulièrement dangereux. La nature des troubles physiologiques est plus saisissante. Les désor- H dres de la digestion et de la circulation se présentent avec une intensité plus grande, et il n'est pas rare de ^| voir apparaître dans cette période des hallucinations sensoriales très-intenses et surgir les tendances au suicide, à l'homicide et à l'incendie. »

(( C'est à la seconde période que les malades sont plus particulièrement confiés à nos soins dans les asiles. Rarement avons-nous l'occasion d'observer les épileptiques au début de leur affection, c'est-à-dire quand le délire est restreint et ne vient pas se fondre dans les phénomènes pathologiques d'un ordre multiple. »

« C'est alors qu'est constitué le caractère épileptique, remarquable par l'irritabilité et la colère. Un mot', un geste suffit pour irriter ces malades. Il en est qui ne peuvent soutenir votre regard ; si on les fixe, ils se troublent. Le système veineux s'engorge, la tête se congestionne, les yeux deviennent brillants et la colèi^e éclate. Le retour à des sentiments meilleurs se fait avec un revirement non moins extraordinaire. Un mot d'amitié, la flatterie surtout les apaise et les calme. Ils viennent à vous avec un air soumis. Ils approchent

leur figure de la vôtre, vous parlent comme s'ils avaient un grand secret à vous communiquer, une importante confidence à vous faire. On peut être sûr qu'ils vont exhaler une plainte, faire une récrimination dont on peut d'avance alors admettre la fausseté ou l'exagération... Ils sont craintifs, pusillanimes, et, à voir leur irascibilité, les transports de leur colère, on dirait à tout moment que des luttes vont s'engager ; cependant il n'en est rien. La crainte de la punition fait qu'ils se retirent à temps et qu'ils se contentent de faire leurs plaintes en se promenant avec colère et en gesticulant dans quelque allée solitaire. Cet air patelin n'empêche pas que le caractère épileptique soit à la fois irritable, perfide, menteur. Il se signale par les manifestations des meilleurs sentiments, par la religion poussée à l'excès, par les protestations les plus vives de zèle, de dévouement, et à côté de tout cela il combine avec une astuce infinie les actes les plus pervers. »

Ces tendances malfaisantes sont périodiques comme les troubles intellectuels. Elles se reproduisent les mêmes le plus souvent.

J'ai fait remarquer précisément, en fournissant des détails cliniques sur Celorum, malade épileptique qui a assassiné le docteur Geoffroy, alors mon chef de service, que, pendant les accès d'agitation, cet aliéné était repris des mêmes hallucinations qui l'ont déterminé h commettre un meurtre, de la même perversion des sentiments affectifs avec un délire en rapport avec ces troubles nerveux. Pendant les périodes de rémission, il regrettait l'assassinat qu'il avait commis, il se lais-

sait aller au repentir et s'accusait d'être un misérable (I ) .

Les états phrénopathiques reviennent par accès, tantôt en rapport direct avec les attaques convulsives et les vertiges, tantôt dansl'intervalledes grandes et des petites attaques, tantôt remplaçant les phénomènes convulsifs.

Dans cette seconde période, toutes les formes de folie peuvent se présenter ; chez l'un ce sera la manie, chez l'autre la mélancolie, chez un troisième la stupidité, etc.. La durée de ces manifestations morbides est très-courte, l'invasion et la cessation très-rapides; et on ne remarque, à vrai dire, de ces formes, que les symptômes principaux, l'excitation, la dépression ou l'obscuration, etc.... Elles ne décrivent pas toutes les périodes des types de folie simple que nous avons décrits plus haut.

Un symptôme qui se présente bien plus souvent chez les épileptiques des contrées méridionales que chez ceux des contrées du nord de la France, c'est la fureur, que M. le docteur Cavalier a étudiée avec beaucoup de soin dans sa dissertation inaugurale (2).

Ces malades ont des intervalles presque lucides où ils sont susceptibles de liaison avec d'autres aliénés, et même de vaquer assez bien à quelques occupations. L'irrégularité a également lieu dans leur conduite. A certains moments, laborieux, attentifs, dociles ; à d'autres, ils sont paresseux, oublieux, méchants, voleurs, etc.. ; l'intermittence est le trait dominant du caractère des épileptiques.

(1) Archives cliniques des maladies mentales, t. 1, p. 228.

(2) De la fureur épileptique (thèses de Montpellier, ISoO).

On doit rattacher à la folie épileptique certains accès subits qu'on a désignés sous le nom de folie transitoire, temporaire, instantanée (1). Il est très-important de constater que les accès de folie épileptique peuvent se produire chez des individus dont l'épilepsie est méconnue ou n'existe réellement pas au moment où l'on observe ces malades. Il faut noter aussi la transformalion de l'épilepsie en délire chez des malades dont la folie se déclare plus ou moins longtemps après la disparition de l'épilepsie.

L'épilepsie est une des maladies qui sont le plus souvent simulées. M. le docteur Legrand du Saulle, qui a écrit un chapitre très-important sur l'épilepsie (2) dans ses rapports avec la criminalité et la médecine légale, signale un certain nombre de faits de simulation de cette affection. Il a eu soin aussi de faire un tableau diagnostique de l'hystérie et de l'épilepsie. M. le docteur Jules Falret (3) indique trois sources différentes auxquelles devra avoir recours le médecin-expert qui veut discerner l'état mental des épileptiques :

r Les caractères et la marche des accès de délire ;

2° Les caractères physiques et moraux des accès ;

3° Les caractères des actes eux-mêmes.

« Dans la troisième période, on voit l'épilepsie perdre de plus en plus son caractère délirant pour

(1) Morel. — D'une forme de délire etc., ou épilepsie larvée {Gazette hebdomadaire, 1860).

(2) La Folie devant les tribunaux, p. 357.

{'i) De l'état mental des épileptiques {Archives générales de Médecine, 18G0).

venir se fondre clans l'universalité des symptômes qui signalent la démence et la paralysie générale. Il en est qui sortent de l'état d'abrutissement pour être en proje à l'excitation passagère que les convulsions impriment h leur système nerveux. D'autres s'agitent sous l'influence d'hallucinations pour retomber bientôt après dans l'anéantissement général et l'automatisme, qui signalent leur situation. Quelques épileptiques, arrivés à cette période extrême de leur affection , sont tellement infirmes, qu'ils ne peuvent plus se soutenir ni opérer aucun mouvement volontaire. D'autres sont affectés d'un tremblement général et de mouvements choréiques. Leur langage même devient incompréhensible. Ils sont hémiplégiques ou présentent tous les symptômes de la paralysie générale. Quand ils en sont arrivés à ce triste état, la terminaison fatale ne se fait pas longtemps attendre. Les accès les plus formidables se répèlent coup sur coup. Il n'y a même plus d'intermittence dans lôs attaques ; et l'existence s'éteint dans les convulsions, absolument comme chez les paralysés généraux. »

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