‹ Etude médico-légale sur la simulation de la folieChapitre 30 sur 53 · FOLIE HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

FOLIE HYSTÉRIQUE

Comme le dit très-bien M. le docteur Delasiauve (1), « l'hystérie n'a point encore de définition consacrée. A-t-elle, ainsi que son nom l'indique, sa source primitive dans l'utérus? dépend-elle, comme le veulent dire MM. Girard de Cailleux et Briquet, d'une modifi-

(I) Journal de médecine mentale, t. II, p. 242.

cation directe du système nerveux cérébro-spinal et ganglionnaire ? L'incertitude à cet égard n'est pas la seule difficulté. Les attaques qui pour les uns caractérisent la maladie n'en sont, aux yeux des autres, qu'une des manifestations. Hysiéricisme, état hystérique, hystérie, ces désignations répondraient à une disposition morbide qui, indépendamment des convulsions, s'accuserait par des signes particuliers, entre autres la suffocation spasmodique, les palpitations, le météorisme abdominal, la pâleur des urines et certaines transformations sensitives et morales. »

L'hystérie est excessivement rare chez l'homme et au contraire très-fréquente chez la femme ; toutefois elle ne conduit qu'assez rarement à la folie. . L'hystérie entraîne avec elle presque toujours une certaine modification de la sensibilité, une émotivité très-grande et un état symptomatologique qui ressemble beaucoup à celui de la constitution nerveuse que nous avons donné d'après Griesinger.

(( Le tempérament hystérique (1), dit le docteur Co- « nolly, a présenté dans tous les temps un curieux (i sujet d'étude et d'observation. La moindre chose (( agite l'esprit des malades, la sensibilité est exagérée. « On dirait qu'une sorte d'influence erratique {some « erratic influence), se dirige vers toutes les parties du (( cerveau, vers les dernières ramifications nerveuses, « et y développe une grande énergie maladive. Com- « ment expliquer autrement ces innombrables capri-

(1) Morel. — Traité des maladies mentales,. 1860, p. C9i .

« ces de l'esprit et rinfinité des sensations pénibles « que ressent l'organisme dans cet état morbide ? Celui « qui veut étudier l'hystérie dans ses nombreuses ra- « mificalions avec une foule d'états pathologiques n'a « pas affaire à une seule maladie, mais à un cortège « tout entier de maladies. » L'intelligence est d'autant plus compromise que l'hystérie est plus larvée, c'està-dire que son cortège symptomatique ordinaire est moins apparent, que l'on observe moins ces états nerveux si divers : hyperesthésies, anesthésies, convulsions, paralysies, catalepsies, etc..

La folie hystérique succède à cette excitabilité si grande. Elle est caractérisée par l'inconstance et la variété des symptômes. La spontanéité avec laquelle les actes s'accomplissent est quelque chose de bien singulier, les impulsions maladives sont aussi nombreuses et instantanées que les sensations bizarres qu'éprouvent ces malades. Cet état morbide n'est qu'un enchaînement de péripéties extraordinaires, d'épisodes dramatiques, de simulations aussi variées qu'habiles. Les folles hystériques sont tour à tour calmes, furieuses, mélancoliques, loquaces, muettes, stupides, hallucinées, possédées du diable, érotomanes, faibles d'esprit, menteuses, libertines, voleuses. Elles ont à leur service l'énergie la plus rare, l'effronterie la plus inouïe et l'astuce la plus incompréhensible. Tous ces états qui peuvent avoir une durée variable changent avec une promptitude et une brusquerie étonnante. On ne saurait trop étudier la mobilité et la bizarrerie des actes hystériques. Les actes les plus ridicules sont sui-

vis d'un calme et d'une tranquillité surprenante (l).

Nous signalous (chap. VI) les. résultats diagnostiques que l'on peut obtenir avec l'éthérisation dans l'agitation maniaque hystérique qui est ramenée sous l'influence de l'anesthésiqueauxcaractèrespropresdel'hystériesimple.

C'est sous l'influence de mauvaises conditions physiques surtout et morales, que se produisent les névroses hystériques si complexes, connues sous le nom de névroses extraordinaires, hijstéro-épilepsies. L'addition de l'épilepsie à l'hystérie se fait par des symptômes d'abord insignifiants. Mais on ne tarde pas à reconnaître, au milieu des symptômes nombreux et divers qui constituent ces états si étranges, que l'épilepsie finit peu à peu par dominer la scène pathologique. Cette transformation se traduit par des caractères particuliers; entre autres principalement, par une perte de connaissance plus subite et par les secousses, phénomène morbide que Moreau, de" Tours (1) considère comme appartenant exclusivement à l'épilepsie. Les troubles psychiques coïncident ayec ces modifications nombreuses.

La fohe hystérique finit par arriver insensiblement au dernier degré de l'anéantissement et du marasme. A certains moments on observe des cris, des vociférations, des chants, des paroles obscènes. Dans les périodes de calme les malades restent accroupis et présentent tous les caractères de la démence apathique.

(1) Voir 1» les ouvrages de M. le docteur Morel ; - 2» Moreau, de Tours, De la folie hystérique. [Union médicale, 1865) , - 3" Bulard, Étude sur la Jolie hystérique (thèses de Moatpelher,^l858), - 40 Lachaux, - De la manie hystérique (thèses de Pans, 1«5/J.

La folie hystérique a régné plusieurs fois d'une manière épidémique. On peut lire dans le remarquable ouvrage de M. Calmeil (1) l'histoire de ces singulières épidémies. Dernièrement une épidémie de cette affection mentale a été observée à Morzine en Savoie, par M. le docteur Constant, inspecteur général des aliénés!

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