‹ Étude médico-légale sur la Strangulation ManuelleChapitre 15 sur 40 · DES EFFETS DE LA MORT · texte numérisé non relu

DES EFFETS DE LA MORT

Strangulation complète. — L'étude des effets immédiats et consécutifs de la strangulation manuelle trouve naturellement sa place à la fin de ce chapitre, attendu que ceux-ci se rattachent directement aux théories physiologiques que nous avons exposées et complètent en quelque sorte ce que nous venons de dire. Cette étude délicate et difficile a été faite, d’une part, à l’aide d'expériences sur les animaux et aussi par des essais tentés par des expérimentateurs, sur eux-mêmes, dans le but d'analyser les premières sensations que détermine ce genre de mort,enfin au moyen d'observations recueillies dans les cas de

strangulation non suivie de mort. Nous nous bornerons, dans cet exposé, à l'analyse des faits et à la simple description des caractères, nous réservant -d'en discuter plus tard et d'en apprécier la valeur médico-légale, comme signes propres à faire reconnaître ce genre de violences et de mort et à donner la solution des questions qui s’y rattachent.

La strangulation manuelle n’amène la mort ni d'une manière constante, ni d’une manière identique dans tous les cas. Si parfois la résistance de la victime se prolonge, on est véritablement frappé de la facilité déplorable que présentent, en général, ces manœuvres meurtrières. [Il n’est besoin ni de beaucoup de forces, ni de beaucoup de temps pour que la constriction du cou à l’aide de la main soit poussée Jusqu'à la mort. Si, dans certains cas, Jorsqu'il s'agit d'un homme capable de résister, la strangulation ne peut être accomplie qu'à la suite d’une lutte prolongée et à la condition d’une rare vigueur de la part del’assassin ; dans d’autres circonste nces,on à pu voir des femmes succomber en quelques minutes sous une étreinte peu énergique et par une main peu robuste, qui ne cherchait qu'à arrêter dans la gorge des cris accusateurs. « Je suis convaincu, dit Tardieu, que la strangulation, qui, dans certaines conditions, est difficile et avorte en trompant des tentatives criminelles, dans les conditions contraires, c’est-à-dire lorsqu'elle s'opère à l’'improviste et sur un individu faible ou incapable de résister, reste l’un des genres de mort violente les plus prompts et les plus terribles. »

Dans ce genre de mort, on peut distinguer trois périodes : la première, de résistance et de suffocation incomplète, produite par des pressions insuffisantes encore et mal appliquées; la seconde, de perte de connaissance et de convulsions et la troisième d’asphyxie avec anesthésie complète. Une pression rapide,absolue, peut supprimer la première période et produire directement la perte de connaissance ou l’asphyxie sans convulsions. On à supposé qu'une syncope pouvait ralentir les effets de l’asphyxie; c'est, en tout cas, une hypothèse difficile à justifier. Il est bien rare qu’une syncope soit assez absolue pour que la compression des voies aériennes cesse de nuire.

Nous ne reviendrons pas sur les belles expériences de Tamassia et sur les recherches personnelles in proprio du jeune étudiant, dont nous avons déjà parlé au sujet des commotions nerveuses. Nous rappellerons seulement l’intéressante expérience de Faure, 1856. Un tube de caoutchouc étant fixé dans la trachée d’un chien, au moyen d’un embout métallique, on en diminue progressivement le calibre, de manière à amener une privation d'air graduelle. L'animal pouvait supporter un rétrécissement de la moitié du calibre, mais passé cette limite, il fut pris d’une angoisse extrême; un rétrécissement plus considérable de l'ouverture portait les convulsions au comble. Il mourut subitement, au milieu d’une

crise des plus terribles, bien que le cylindre ne fut pas tout à fait ferrné.

Ces belles expériences peignent avec une rare

he

exactitude cet ensemble de troubles, qui précèdent la mort, angoisse, agitation, convulsions, perte de la sensibilité et du mouvement, écume sanguinolente, évacuations involontaires, diminution rapide et bientôt définitive des battements du cœur. Mais si ce tableau est fidèle pour les animaux sacrifiés, il est certaines particularités essentielles pour l’homme étranglé par une main criminelle.

« En effet, la persistance et l’action rapidement progressive de la constriction exercée sur le cou par le meurtrier, qu’anime l’impatiente fureur du crime, abrège nécessairement la première période de cette scène de mort. Elle peut même arriver à ce point que l’on voit manquer complétement les phénomènes d'agitation convulsive,surtoutsila victime, femme, enfant ou vieillard, n'oppose qu'une faible résistance » (De Saulne). C'est ainsi que peut s'expliquer et se comprendre l’'apparente immobilité de certaines personnes victimes d’une attaque de strangulation manuelle.

Siranqulation 1ncomplète où ratée. — Songeons aux circonstances dans lesquelles se produit la strangulation criminelle et représentons-nous l'impulsion, en quelque sorte instinctive, qui pousse tout meurtrier à saisir à la gorge celui dont il a tant d'intérêt à étouffer les cris. Nous comprendrons ainsi que, dans un grand nombre de cas, des violences de toute espèce se compliquent de strangulation; celleel, arrêtée avant de devenir mortelle, reste souvent bornée à une simple tentative.

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