‹ Étude médico-légale sur la Strangulation ManuelleChapitre 25 sur 40 · LÉSIONS PROFONDES DU COU · texte numérisé non relu

LÉSIONS PROFONDES DU COU

Les lésions que nous allons Ctudier successivement ici comprennent : les déchirures musculaires et ruptures des tuniques vasculaires d’une part, les fractures, luxations et déformations de l'os hyoïde, du larynx, de la trachée et du rachis d’autre part. L'expert ne doit jamais conclure sans avoir contrôlé les premières données par lexamen des organes internes, dont les lésions plus constantes permettent seules des conclusions assurées. L'état des parties profondesdu cou, chezlesétranglés, n’est nullement indiqué par celui de la peau, qui les

ONE recouvre. Des ecchymoses profondes peuvent exister exclusivement et se rencontrent plus spécialement dans la strangulation manuelle ; nous avons déjà suffisamment insisté sur ce sujet pour nous répéter ici.

Lésions musculaires el vasculaires. — Nous ne dirons quedeux motssur les déchirures musculaires -quise rencontrent dans plusieurs genres de mort violente. Une statistique nous révèle 11 cas sur 50, sans préciser le muscle atteint le plus généralement. L'ecchymose peut ne pas être enrapport avecl'étendue de la déchirure ; parfois même elle manquetout à fait, selon les circonstances. L'importance de ces lésions est surtout mise en évidence dans les questions d’'expertises, car elles indiquent le plus souvent que la victime vivait encore. Nous reviendrons là-dessus ultérieurement.

La rupture des membranes interne etmoyenne de la carotide est assez rare dans la Strangulation manuelle, la pression étant insuffisamment précise; elle peut exister cependant; une seule artère ou les deux se trouvant endommagées. Une pression exercée de côté, entre le larynx et la base de la langue,estsusceptible d'atteindre Ja carotide externe, le plus souvent au niveau de là bifurcation ; les membranes interne et moyenne peuvent être rompues simultanément, mais la première cède le plus souvent seule,

La déchirure sera complète ou incomplète, selon la longueur de circonférence atteinte. Dans le pre-

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mier Cas, la rupture a lieu et le recroquevillement se produit aussitôt. Le point le plus intéressant, c'est l'ecchymose qui en résulte et qui indique une lésion faite sur un individu vivant, en pleine circulation. Si la déchirure est complète, ily aura simple infiltration des tuniques par suite de la rupture des vasa vasorum. Amussat, le premier (1828), puis longtemps après (1878), Friedberg ont appelé Fattention sur ce fait, mêmeisolé, qui résulte souvent des efforts de l'étranglement. Parfois, c'est le seul signe qui permette de conclure en toute sûreté; cependant nous ferons de grandes réserves sur cette assuance, ne serait-ce qu'en songeant à Ja fragilité des artères plus ou moinsathéromateuses des vieillards. M. le professeur Lacassagne insiste d'ailleurs sur l'importance de la circonstance d’une lésion des nerfs accolés à la carotide, pour affirmer le diagnostic.

F'ractures, luxations et déformations. — La fréquence de ce genre de lésions a été le sujet de nombreuses controverses. Tardieu émet l'avis que le larynx et la trachée sont rarement le siège de désordres graves, la fracture des cartilages et de l'os hyoïdeétant tout à faitexceptionnelle.D'unautrecôté, Casper prétend que c’est exclusivement ou de préférence dans la strangulation manuelle que se produisent ces lésions. En 1886, Hoffmann entreprit une étude approffondie de la question, qui réfuta en grande partie la proposition du professeur de Berlin. Sur ses indications, Gurlt établit la statistique suivante : Sur 43 cas observé, 16 fois l'os hyoïde était

MR LU atteint et 4 foisseulement la trachée ; le larynx obtenait 28 citations. Ces fractures où luxations résultaient de pendaison 6 fois, de strangulation par liens 4 fois, de Strangulation manuelle 10 fois, de compression générale du cou 8 fois et de blessures 12 fois, sans compter les causes inconnues. De très nombreuses et trés intéressantes observations viennent confirmer les opinions de Hoffmann.

Les fractures de l’os hyoîïde sont non seulement possibles, mais encore assez fréquentes; elles auraient lieu surtout au niveau de la grande corne de l'os et passeraient facilement inaperçues, en raison de la mobilité relative de ses extrémités, si on ne disséquait avec soin les parties molles qui lentourent. Hoffmann dit avoir rencontré deux fois cette lésion. Tourdres cite le cas de M. Rousset, dans un cas d’étranglement par les mains. Celui-ci constata que les deux grandes cornes de l’os hyoïde avaient une mobilité remarquable, surtout la droite repliée à angle droit sur le corps del’os. MM. Ismard et Dieu ont observé la luxation de la grande corne à gauche, à son point d'union avec le corps de l'os et une ecchymose profonde en ce point. Tardieu, en un» cinquantaine de cas, n’a pas rencontré une seule lésion de ce genre. Nous n'insisterons pas davantage, ayant eu déja l’occasion de parler de ces faits.

Lesfractures du larynx et de la trachée sont plus fréquentes ; elles exigent aussi, pour se produire, une force plus puissante, qui ne se rencontré pas toujours. Elles sont si difficiles à exécuter sur lé cada-

Ac 64.24 vre, que leur découverte à l’autopsie indique, d'apres les expérimentateurs, que la vietime était encore en vie. Plusieurs observateurs, en effet, ont remarqué que les contusions, heurts, chutes, écrasements, produisent beaucoup moins facilement des lésions mécaniques des divers tissus sur le cadavre que sur le vivant. Il en serait ainsi notamment pour les fractures du larynx. C'est pourquoiCasper et Lisman déclarent que ces lésions ne peuvent se produire que pendant la vie, opinion certainement exagérée, bien que ce dernier ait pu faire passer sur un cou une voiture à deux chevaux, sans produire de lésions du larynx ; d’autres observateurs et en particulier Heiller, d'Edimbourg (1885), ont pu fracturer cet organe par une simple pression exercée avec les doigts. Ces fractures sont donc le résultat de action directe de la main sur ces organes. Le cartilage thyroïde est le plus fréquemment fracturé, puisle cricoïde etles premiersanneaux dela trachée. On a aussi noté, mais exceptionnellement, la lésion des cartilages arythénoïdes. Parfois, on ne constate que de simples fissures; d'autrefois une véritable brisure avec enfoncement et déplacement des fragments ; la mort rapide peut en résulter par pénétration du sang dans les voies repiratoires. Mais ce qu'il importe de signaler, c’est la déformation du larynx et son aplatissement latéral, même sans solution de continuité apparente. Cet aplatissement peut persister pendant des mois, en cas de survie. Inutile de dire que l'âge influe beaucoup sur la production de ces lésions; l'ossification du moins,

quand elle n'est pas trop avancée, en rendra l'exécution plus facile. Hoffmann cite le cas d’un meurtrier qui, ayant étranglé sa femme, avait déterminé chez celle-ci une fracture du larynx: il attribua cette lésion à un choc violent sur le rebord d’une table, et le jury l'acquitta. A cause de l'extrême rareté d’une fracture traumatique, isolée du larynx, et de sa fréquence par la strangulation manuelle, on opposera la plus grande circonspection à des assertions semblables; cependant, il est certains cas où les faits. viennent à l'encontre du raisonnement; nous en parlerons ultérieurement, en traitant des expertises médico-légales.

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