‹ Étude médico-légale sur la Strangulation ManuelleChapitre 26 sur 40 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

Fracture du larynx, docteur Aubry, de St-Brieux.(Annales de inédecine légale, 24 fèvrier 1893).

Il s’agit d'un homme d’une cinquantaine d’années, élranglé par sa femme, qui s'était fait assister de trois de ses parents. Le corps était littéralement couvert d'ecchymoses et d'excoriations. Mais aucune ne présentait de caractère spécialement intéressant. Je décrirai sommairement les lésions principales et superficielles du cou. A gauche, dans la dépression située entre le muscle sterno-mastoïdien et le farynx, une plaque brun grisâtre et à peu près carrée, mesurant 2 cent. de côté; sous la peau, un léger épanchement sanguin. Du côté droit, en arrière du larynx, des excoriations faites manifestement avec les doigts; au-dessous, pas d’épanchements sanguins souscutanés. Sous la glande maxillaire gauche et la débordant d’un centimètre, on constate un épanchement. Du côté droit, au point symétrique, il déborde la glande de 4 centimètres. En disséquant plus profondément l’épanchement dé gauche sous l'excoriation unique, on voit qu'il ne gagne pas en profondeur.

LG.

Celui de droite, au contraire, devient de plus en plusabondant; c'est celui qui est situé sous l'empreinte des doigts ; de ce côté, je constate une fracture de la grande corne de l’os hyoïde, au

-point de son union avec le corps. Du côté gauche, au contraire, la grande corne ne s’esl pas coudée, car nous trouvons une articulation complète. C’est sur cette anomalie unilatérale et ses conséquences, qu'elle peut avoir dans la pratique, que le Dr Aubry altire l'attention.

OBSERVATION VHI

Due à l'obligeance (Inédite), de M. le professeur Lacassagne).

Sur la réquisition..... ce 30 décembre 1890, me suis transporté le même jour, rue de la Guillotière, à l'effet d'examiner le cadavre de la nommée S..., 73 ans, puis à la Morgue pour en faire l’autopsie, afin de dire les causes de la mort.

I. — Le corps repose tout habillé sur le lit devant lequel se trouvent un tabouret renversé, une descente de lit dérangée, un petit fichu blanc en laine Le cadavre est dans le décubitus dorsal. Le membre supérieur droit est allongé le long du corps, l'avant-bras gauche replié sur la poitrine. La rigidité est assez forte aux membres supérieurs, nulle aux inférieurs.

II. — La tète repose sur l’oreiller, qui est taché du côté gauthe et en haut par un piqueté de sang projeté par pulvérisation. Ce sang, expulsé par la bouche de la victime, indique que la mort n’a pas été immédiate et qu'elle est survenue dans Ja position qu'occupe actuellement la tête. Le revers du drap, à droite de la tête, présente de larges laches de sang, qui résultent évidemment d’une application sur la bouche. — Diverses ecchymoses se remarquent sur la face.

HT. — Autopsie. — 1 h. de l'après-midi : membres supérieurs toujours rigides. Les vêtements sont enlevés. Nous trouvons sur la robe, au niveau de laceinture, quelques cheveux. Sang sur les mains, surtout à droite. Sur un jupon, au-dessous de la poche gauche, qui contient un mouchoir, nous tro vons de la monnaie. Cerlaines parties du corps sont encore chaudes, no-

tamment le ventre el les fesses. Une boucle d'oreille à droite ; le lobule gauche est fendu depuis longtemps. .

IV. — Cheveux presque blancs. Paupières mi-closes ; globe de l'œil affaissé, cornée terne. — Sur le pourtour de l'orifice buccal, une série de petites blessures; dont une écorchure en tête d'épingle, incurvée en coup d’ongle vers le bas à droite.

Sur la lèvre droite on voit une douzaine d’érosions plus ou moins grandes, plusieurs du volume d’une lentille, rouge vif, faites pendant la vie. La ièvre est injectée, surtout à gauche, où se trouvent un plus grand nombre de plaies hémorrhagiques. La

La commissure droite est fissurée en trois endroits. La muqueuse de la lèvre inférieure présente à droile trois ecchymoses : et quatre à gauche de la grosseur d’une lentille. Les dents manquent complètement à droite et, près du frein de la lèvre supérieure, nouvelle plaie très manifeste en coup d'ongle... Vers l’angle de la machoire ecchymose profonde de la largeur d'une pièce de 0 fr. 50 centimes. Sur la partie antérieure du cou, légères rougeurs di%uses. Infiltrations sanguines à la partie postérieure du bras droit. Les taches de sang pur sur la main montrent que ia victime a dû passer la main sur sa bouche pour essuyer le sang qui s’en échappait, À remarquer, que les téguments des membres inférieurs sont complèt ment blancs et exsangues.

V. — On voit une première morsure sur le bout de la langue et une seconde sur son bord gauche. — A la disséction du cou on note de nombreuses infiltrations sanguines. La région parotidienne droite est ecchymosée Des deux eôlés du larynx les muscles sterno-hyoïdien el thyroïdien, ainsi que leurs interstices, présentent des ecchymoses {rès prononcées. Elles s'étendent même à la face postérieure du larynx et empiètent sur l’œsophage. Les muscles prévertéhraux et la colonne cervicale n'offrent rien à signaler. La glande thyroïdienne est légèrement infiltirée à gauche. — À unepremière inspection on constate que le cartilage thyroïde présente trois fractures, deux à droite, l’une à la partie inférieure du corps, l'autre à la base de La grande corne, la dernière à la base de la petite corne.

en

VII. — En pratiquant des disseelions profondes, en diverses parties du corps, nous trouvons de nombreuses ecchymoses par pression de la main à gauche, un peu en arrière de l'acromion, infiltration sanguine lrès marquée. Ecrasement des

-muscles du côté droit avec de nouvelles taches à la pointe du deltoïde et à l'extrémité interne de la clavicule. Toutes ces lésions ont été produites par des pressions énergiques.

VII. — A l'ouverture de la poitrine, on constate que les poumons sont volumineux. Ils sont {très adhèrents à droite où l'on remarque surtout de la congestion, tandis qu’à gauche il y a surtout de l'emphysème, une consistance spongieuse et beaucoup de liquide spumeux, que fail sourdre la pression, Caractères de la suffocalion. Le cœur présente une plaque laiteuse sur la face antérieure. Les cavités contiennent du sang liquide. Les orifices paraissent normaux.

VIII. — Dans l'abdomen, hémorrhagie diffuse au dessous du foie à la partie supérieure du mèsentère; le sang, en petite. quantité du reste, s'est répandu entre les divers organes.

Foie congestionné ainsi que les reins, qui sont petits. Rate normale. Rien dans la vessie.

Cerveau congeslionné : léger piqueté hémorrhagique superficiel.

X.— La victime a succombé aux suites de manœuvres ayant produit la strangulation et la suffocation. En effet, les traces d'ongles, du côté du cou, les lésions de cette région, telles que : Les sulfusions sanguines dans les muscles et les fractures du cartilage thyroïde, ne peuvent laisser de doute sur la strangulation.

Celle-ci n'a pas été immédiatement mortelle et l'assassin, pour étouffer les cris de sa victime ou amener la mort plus rapidement a eu recours à la suffocation.

Il est probable que cette femme a été étranglée, étant debout ou assise, el que l'assassin l'a transportée ainsi sur son lit où l'étouffement a eu heu à l’aide des draps el de l’oreiller. I] est certain qu’il y a eu lutte entre la victime et lagresseur, ce que montrent les ecchymoses profondes du thorax et des bras. En rälant elle a pulvérisé du sang sur les objels du voisinage. Il est impossible d'établir s'il y avait un ou plusieurs assassins.

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