LÉSIONS DU TRONC ET DES VISCÈRES
L'examen du tronc dait être en général trésrapide, cependant, il ne faut pas oublier qu'en dehors des marques de violence spéciales, qu'on peut y rencontrer, dans le cas d’'homicide,il faut se souvenir que, dans les convulsions qui précèdent la mort par asphyxie, un point quelconque du corps peut porter sur un objet voisin plus ou moins résistant, d’où il en résulte une contusion, une meurtrissure plus ou moins accusée, susceptible d'être confondue avec un coup donné par une main étrangère. M. le professeur Lacassagne attache une assez grande importance aux lividités cadavériques, ecchymoses punctiformes et lenticulaires, qui ressemblent exactement aux taches de purpura.
Les membres supérieurs sont ou peuvent être le siège d’ecchymoses, de contusions, de blessures et autres marques particulières ;on y rencontre aussi les taches de purpura. Les extrémités sont cya:nosées ; les membres inférieurs doivent être examinés avec encore plus de soin ; chez les pendus, le sang reste très fluide, tend à se porter vers les parties déclives ; chez les étranglés,le décubitus étant la règle après la mort, au lieu de larges taches livides ou bien disséminées sur un fond violacé, l'on voit apparaitre des petits points hémorrhagiques, formant ce qu’on appelle le purpura hémostatique,
no eee qu'il faut bien se garder de confondre avec le scarlatinforme de la face, de la conjonctive et des paupières, comme l’a fait remarquer M. le professeur Lacassagne, dans une dé ses leçons. Il les regarde, d'ailleurs, comme un phénomène post-morlem, qui se rencontre chez les individus dont les parois artérielles, altérées par un processus pathologique quelconque, ont perdu leur résistance et cédent à la pression qu'entraine le décubitus.
Là se bornent nos considérations sur l'examen extérieur du tronc ; nous allons actuellement exposer succinctement ce qui a rapport aux lésions des organes internes. Nous ne dirons que peu de choses du cerveau. D'après Tardieu, il est, le plus souvent,exempt d'altération, à l'envers de ce que l'on constate chez les pendus, l'engouement est assez rare. Dans l’étranglement par les mains, la stase sanguine résultant d’une compression prolongée des jugulaires manque le plus souvent. L'anémie cérébrale serait plus fréquente dans la strangulation manuelle, ainsi que nous l'avons déjà dit. Toutefois, en cas de strangulation extrêmement violente, la congestion peut être assez intense pour déterminer des hémorrhagies cérébrales ou méningées. Tourdresa constaté l'existence d’une nappe sanguine à la surface d'un des hémisphères cérébraux chez un nouveau-né étranglé à l’aide des mains; desecchymosesépicrâniennesse rencontrent aussi fréquemment.
M. Petenks dit avoir constaté que, même dans les cas où le reste de l’encéphale est anémié, il existe
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dans le bulbe, au voisinage du calamus seriptorius, une hypérémie capillaire manifeste avec de petits foyers hémorrhagiques. Il ajoute que les cellules
“nerveuses de cette région sont troubles, souvent
ridées et que des granulations ont pris la place de leurs noyaux-
Organes lhoraciques. — Le cœur renferme un sang noir etliquide, pas de traces de caillots; parfois même, le trouve-t-on complétement vide. Les expériences sur les animaux confirment les résul-
tats des observations; c'est, d’ailleurs, le résultat le
plus évident de l’'asphyxie rapide. Cet état du cœur est d'ailleurs normal sur le cadavre. Qu'il soit arrêté en diastole ou en systole, il ne tarde pas, à moins de lésions particulières, à être envahi par la rigidité cadavérique, qui est très précoce. Le ventricule droit reste plein, vu la moins grande épaisseur de ses parois qui agissent moins énergiquement; exception faite pourtant pour le nouveau-né, dont les parois du ventricule droit sont relativement plus développées que chez l'adulte.
Les organes de la respiration présentent à étudier successivement : l’'écume dans les voies aériernes, la congestion du poumon, les ecchymoses sous pleurales, les noyaux apoplectiques etl'emphysème.
Tardieu à noté dans la plupart des cas la muqueuse aérienne congestionnée, rouge uniforme, parfois violacée ; l'écume très fine, et pénétrant parfois jusqu'aux bronches, manquait rarement; toutefois cette absence est possible, si la mort à étè particulière-
ment prompte. Ces signes sont plus prononcés dans le larynx, la trachée et les bronches -du nouveau-né où l’on trouve généralement une plus grande quantité d’'écume sanguinolente rosée, qui s'écoule dès que l’on incise les poumons; plus souvent que chez l'adulte, on rencontre, sous la membrane muqueuse laryngo-trachéale ou à sa surface, desinfiltrations et des exsudations de sang coagulé. De couleur blanchâtre, cette écume peut être confondue avec celle des noyés ; toutefois, elle en diffère par la teinte sanguinolente, qu’il n’est pas rare de rencontrer, teinte qui peut même faire place à une véritable exhalation sanguine, si la mort a été précédée de violences d'une durée appréciable.
Quant aux poumons, ils sont peu ou point congestionnés ; souvent même on les trouve à l'état normal ; les phénomènes d'hypostaseen modifient naturellement l’aspect d’une facon très sensible. Dans ce cas, Blanchard conseille l’insuffiation pulmonaire qui fait disparaitre la congestion passive due à la stase sanguine et met ainsi l'expert à l'abri d'erreurs faciles.
Ce qui se présente de plus intéressant dans cette étude des organes respiratoires, ce sont les ecchymoses sous pleurales sur lesquelles Tardieu, un des premiers, a appelé l'attention. Il les réservait exclusivement à la mort par suffocation; de multiples observations ne permettent plus cette restriction. Ces ecchymoses se rencontrent, en effet, dans toutes les asphyxies, quelles qu'elles soient ; elles dominent, il est juste d'ajouter dans le premier
— 13 — 4 genre de mort. Cependant les accidents les plus divers peuvent amener la production de ce genre decchymoses, qui se rencontrent, en outre, après
des processus pathologiques, diminuant la résis-
tance des parois vasculaires. Elles sont d'autant plus nombreuses et prononcées, que la mort a été précédée d'une résistance plus longue et d'efforts plus violents ; l’âge des sujets influe beaucoup sur leur production et la fragilité des capillaires y prédispose. Elles sont surtout fréquentes chez les enfants et ce qui contribue à en augmenter le nombre chez les nouveau-nés étranglés c'est que la suffocation vient se mêler à la strangulation proprement dite. Pétéchiales ponctuées, de formes et dimensions variables, elles sont disséminées sur toute la surface du poumon, quisemble ainsi aspergé de sang ; elles se rencontrent toutefois assez rarement sur les faces convexes, antérieures et aux sommets ; un peu d'attention est d'ailleurs nécessaire pour leur découverte. L'insufflation du poumon, en les distinguant des fausses ecchymoses ou des poussières, viendra en aide à l'expert embarrassé.
Les noyaux apoplectiques constituent une altcration de même nature; ce sont des extravasations de sang sous forme de petits foyers apoplectiques, dans le tissu pulmonaire et souvent peu distants de la surface. L'infiltration rougeâtre du tissu voisin les fait paraître plus étendus.
Signalons, pour terminer, lemphysème pulmonaire, étudié plus spécialement par M. Legroux. Il
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n'est pas éxclusivement sous-pleural, et les lobules pàlis sont souvent dilatés. Si l'arrêt du poumon se fait en inspiration.il se produit avec beaucoup plus d'intensité, la congestion,'par contre, résultant surtout d’un arrêt en expiration. Donders a donné une explication des différences qui existent, suivant ces cas, dans les degrés de congestion pulmonaire chez les asphyxiés. La dilatation du thorax, non suivie d'arrivée de l'air, détermine l'afflux du sang en raison du vide virtuel, qui tend à se produire. Si le moment de l’occlusion domine avec la fin d’une expiration, la dilatation du thorax sera à son maximum et, par suite, l'afflux du sang plus abondant. Le contraire arrive pour l'emphysème, cependant l’apparition précoce de celui-ci peut, déterminer l’absence d’ecchymoses sous-pleurales à l’autopsie, fait très important à connaitre. Il sera nécessaire égale- : ment de ne pas confondre cette lésion avec l'emphysème putride que des autopsies tardives exposent à faire rencontrer. La généralisation d2 ce dernier, la présen£e des gaz qu'il renferme suffisent pour faire éviter cette-erreur:
Organes abdominaux, — Nous ne nous étendrons pas longtemps sur ce chapitre; au surplus ne constaterons-nous, la plupart du temps, que des lésions qui semblent banales ; la congestion domine comme dans tous les cas d'asphyxie avec ses conséquences plus ou moins éloignées et notables. Cependant plusieurs expérimentateurs ont vu le resserrement des vaisseaux se faire d’une facon trèsmanifeste dès
NO les débuts de l’asphyxie, ron seulement sur les méninges, mais aussi sur les divers organes abdominaux. Indiquons seulement.à titre de remarque,le
piqueté scarlatin rencontré parfois sur la muqueuse
stomacale des étranglés. Taylor a insisté sur cet aspect, ainsi que M. le professeur Lacassagne, attendu que, dans certains cas, il pouvait faire croire à un véritable empoisonnement. Ce phénomène est surtout fréquent, quand le sujet a succombé, étant en pleine digestion; le piqueté et la rougeur sont particulièrement remarquables et étendus, bien que toutefois, il soit possible de les rencontrer sur les estomacs à l’état de vacuité. Ajoutons, fait qui est plus particulier et semble propre à l'infanticide, que Tardieu a trouvé dans l'estomac de nombreux nouveau-nés, morts étranglés, des mucosités teintes de sang.
Dans les archives russes de Médecine légale, M. Sabinski rend compte d'expériences intéressantes sur les modifications que subit la rate, chez les animaux asphyxiés par strangulation. Dans tous les cas, cet organe se trouvait exsangue, ridé à la surface et considérablement diminué de volume, au point que les diamètres perdaient un tiers de leur longueur.Ces phénomènes cessent,quand l'asphyxie est interrompue et la rate revient à son aspect normal. D’après l’auteur ces phénomènes seraient dûs uniquement aux propriétés du sang asphyxique. Il les a fait apparaître, en effet, en injectant dans/l’artère splénique lesang d'un animal asphyxié ; ce sang produit les mêmes effets, si avant de
ARE y lemployer, on lui donne de l'oxygène. D'autre part le sang saturé d'acide carbonique n'a pas la même action. M. Sabinski en conclut que le sang des asphyxiés à subi une modification inconnue dans sa nature ne se révélant que par les effets qu’elle produit. Si intéressante que soit cette expérience, il n'est pas certain que la rate, qui présente chez l'hoinme une très grande différence à tousles points de vue subisse, la même influence, ou si une autre cause n'est pas à invoquer.
Nous n’aurions que peu de choses à dire sur l’état du foie, dans la mort par strangulation manuelle, si des recherches physiologiques toutes récentes n’en rendaient l'examen plus intéressant. Dans un travail qui date de peu de mois, M. Colomb reprenant d'ailleurs les idées de M. Colrat, a traité : « De la recherche du sucre dans le foie au point de vue mé lico-légal. » Voici quelles ont été ses conclusions, qui, d’ailleurs, ne sont pas absolues, vu les variations de la fonction glycogénique du foie.
1° La présence d'une quantité moyenne de sucre (addition faite du glucose et du glycogène) variant entre 2 et 4 grammes, implique une mort rapide ou une agonie courte.
20 L'absence de sucre indique une mort lente ou une affection fébrile organique grave, ayant fortement retenti sur l’état général.
9° La présence d’une faible quantité de sucre pourra laisser penser à la rnort lente par le froid.
En résumé, ‘la recherche du sucre dans le foie pourra être utile, au point de vue qui nous occupe
car si la présence du glucose n'indique que la rapidité de la mort, son absence fera rejeter l’idée d'assassinat ou suicide, pratiqués comme d'habitude, à l’aide de manœuvres amenant rapidement la mort. M. Lacassagne a d'ailleurs relevé une observation de ce genre au sujet d’une.femme de 64 ans, sur laquelle on avait constaté des traces de strangulation manuelle.
La congestion des organes génitaux et l’éjaculation spermatique aecompagnent très habituellement la mort par suspension ; en est-il de même pour la strangulation manuelle? Non seulement il est permis d'en douter, mais de prime abord on peut répondre par la négative; chez le pendu ou l’'étranglé par un lien, il est encore possible d'admettre une congestion des organes génitaux participant à la congestion générale des viscères, consécutive aux convulsions finales, mais la mort par strangulation manuelle est le plus souvent trop rapide et les lésions viscérales trop peu accusées pour permettre cette hypothèse, pour le cas qui nous occupe. D'ailleurs Tardieu, Taylor et les principaux auteurs la contestent absolument n'ayant rencontré aucune observation de ce genre. Cependant, tout en considérant le fait comme tout à fait exceptionnel, nous ne le nierons point dune façon absolue, nous contentant de faire une distinction, un peu subtile peut-être, entre l’éjaculation proprement dite et la présence du sperme dans le canal, ce qui se rencontre encore fréquemment.
Nous voici arrivés à la fin de l'étude siimportante,
LRO De des lésions constatées, soit à l'extérieur, soit sur les organes internes chez les victimes d’une strangulation manuelle ; de ces signes nombreux et divers, les uns, il faut l'avouer, sont communs à plusieurs cenres de mort, violente ou foudroyante ; mais hàtons-nous d'ajouter que ce sont les moins fréquents. Au contraire la plupart de ceux qui nous ont arrêté longuement sont particulièrement caractéristiques de ce genre de mort, qui fait le sujet de ce travail. Une nouvelle étude nous reste encore à entreprendre, celle des expertises médico-légales ; c'est, à vrai dire la conclusion des chapitres précédents, mais son importance est tellement capitale que nous y consacrerons tous nos soins, nous efforçant d'être aussi conçis que complets.