DROIT ROMAIN
A chacun de nous la société impose des devoirs et accorde des droits. Elle protège l'enfant qui vient de naître, assure son identité et, de plus, la libre disposition de sa personne et de ses biens, quandil est devenu homme, citoyen. Or, dans tous ses intérêts, dans toutes ses actions, dans les actes les plus importants de sa vie, voire même sa naissance et sa mort, la science intervient, appuyée sur la loi, pour légitimer ses droits et déterminer ses devoirs et sa responsabilité; la liberté physique est subordonnée à la liberté morale et celui qui, devant la loi, en détermine la mesure, sous sa responsabilité, c'est le médecin légiste.
La médecine légale a donc sa raison d’être et son but; elle devient l’auxiliaire du législateur, en soumettant son idéal aux nécessités de la vie matérielle.
PAS UE Combien grande est donc son importance, si de sa décision peuvent dépendre l'honneur, la liberté, la vie même des citoyens! L'opinion de l'expert, suivant la belle expression du Droit romain, est plutôt un jugement qu’un témoignage. Voilà la raison qui a fait confondre autrefois jusqu’à nos jours même, le rôle de l'expert et la fonction du juge. *
Véritablement, on ne peut qu'admirer l’établissement définitif dans nos mœurs actuelles de cette science si jeune et pourtant si féconde déjà en faits etutiles enseignements, en songeant aux temps demi barbares, où elle cédait le pas, malgré l'influence chrétienne de l'Église, aux usages les plus cruels et les plus absurdes. L'épreuve du feu, celle de l'eau, sorte de docimasie morale, unique en son genre, et le combat judiciaire, sous l'œil du grand justicier devant qui la simple raison courbait la tête encore. Plus tard même, sous la brillante et dorée civilisation du siècle de Louis XIV, une justice inflexible et souvent égarée par des préjugés cruels se souciait peu des patientes investigations de la science : à vrai dire ceux qui « torturaient » les prétendus sorciers, pour leur faire avouer leurs crimes imaginaires, n'étaient-ils pas dignes d’être dupés par eux, en‘associant à leurs actes une si basse superstition ?
Il à fallu les bouleversements sociaux, qui ont agité ce siècle, qui se meurt; il a fallu les profondes modifications de nos mœurs et de nos lois, pour voir à l’abri de notre civilisation actuelle la méde: cine légale prendre une place tardive, il est vrai.
es
mais devenue rapidernent imposante. Nous n'avons pas ici à faire son histoire, ce serait dévier de notre ligne de conduite. Ce côté de la grande science humaine nous à particulièrement attiré, car nous y avons vu la marque d’un important progrès dans l'histoire de notre humanité.
Cependant, il est arrivé pour lamédecine légale ce que l'on verrait se produire au lit des malades si, par un retour impossible vers les premiers âges de l'art de guérir, on réduisait la science des maladies à leurs symptômes communs, en négligeant les signes propres que l’on peut déduire de l’exploration méthodique desorganes. Déjà bien des auteurs ont compris l'importance de ne pas laisser subsister plus longtemps le vague et la confusion, quiont,jusqu'à ces derniers temps, obscurci l’histoire des morts violentes. C’estsur leurs traces, marquées par de grands noms et de beaux résultats, que nous osons nousaventurer aujourd'hui. Onn’est jamaistrop prolixe sur ce qui intéresse la science au premier chef: c'est donc avec confiance et, ajoutons-le, avec plaisir que nous allons entreprendre ici cette importante étude médico-légale.
Mais auparavant, nous tenons essentiellement à remplir un devoir, qui, hâtons-nous de le dire, ne manque pas de charmes pour nous. Tous ceux qui, de près ou de loin, nousont porté quelque intérêt ont droit à nos remerciements. Nous ne les leur ménagerons pas. M. le professeur Lacassagne nous à inspiré ce travail ; il voudra bien en accepter les prémices, comme un faible gage de notre reconnais-
LR ie
sance; nousgarderons un Constant souvenir de son enseignement à la fois si philosophique et si utilitaire,exempt destrop grands développements didactiques, qui rendent parfois si pénibles les études supérieures.
Merci également à nos maitres de la Faculté de médecine et de l'Ecole de Santé militaire et en particulier, à MM. les médecins-majors de fre classe, Brousse et Hassler et M. le médecin-major de 2 classe Ferrier qui nous ont en toutes occasions témoigné leur bienveillance.
A nos maitres de l'Ecole de médecine de Reims, quiont guidé nos premiers pas dans la carrière médicale, nous garderons plus qu’un souvenir avec l'hommage de nos regrets au docteur Moret si prématurément enlevé à l'affection de tous ceux qui l’approchérent.
Enfin, avant de clore ici cette entrée en matiére un peu longue, nous témoignons toute notre sympathie à nos camarades de l'Ecole de médecine de Reims, que nous avons quittée àregret et à notre promotion de l'Ecole de Santé militaire, où nous avons trouvé de bons amis, quinous ont aidé à supporter les quelques ennuis inévitables de nos trois années d'’internat militaire. PAN: