‹ Étude médico-légale sur la Strangulation ManuelleChapitre 8 sur 40 · A. — MORT PAR LE POUMON · texte numérisé non relu

A. — MORT PAR LE POUMON

Asphyxie. —- L'idée de mort par asphyxie est sans contredit la première qui s'offre naturellement à l'esprit, et cependant bien que les meurtriers comptent avant tout sur cet effet de leur violence, on peut déclarer qu’elle se rencontre moins souvent qu'il ne serait légitime de le supposer, surtout quand on compare la strangulation par les mains à celle qui résulte de l’application d’un lien ou bien encore à la pendaison. Et pourtant, et tel'est l'avis de Tourdes, une faible pression exercée sur le larynx suffit souvent à empêcher l'accès de Fair. D'ailleurs il n’est

SE LEE pas nécessaire que l'interruption de l'air soit complète pour que l’asphyxiese produise.Nousne croyons pas avec les auteurs classiques, que l’on puisse supporter au-delà de quelques minutes, quatre ou cinq au maximum, leseffets d’'unestrangulation complète, en mettant de côté les conditions individuelles qui peuvent faire varier ce degré de résistance ; la mort arrive par asphyxie, bien que la compression continue sur les vaisseaux et les nerfs. Les expériences de Fluchmann sont concluantes ; il a constaté que la pression ne peut être continuée que pendant un temps très court, et l’étranglement a lieu en expiration. Mais, si puissante que soit la pression développée par les mains, deux circonstances viennent se mettre un peu à l'encontre des précédentes conclusions; la strangulation,le plussouventcriminelle, suppose, à moins de surprise, une résistance de la

part de la victime et, de plus la surprise, l’effroi

déterminent chez elle une inspiration violente, qui fait varier les effets de la violence. | La plupart des auteurs modernes et contemporains ne regardent pas, il est vrai, l’occlusion des voies respiratoires et le manque d'oxygénation du sang, qui en résulte, comme la cause unique et immédiate de la mort par strangulation, mais tous y attachent une certaine importance et les expériences faites à ce sujet ont montré que cette conclusion joue un grand rôle dans certains cas. Toutefois, nous le répétons la cause de la mort ne dépend pas toujours, comme on le croit vulgairement, de la respiration interrompue primitivement, d’autres éléments entrent en cause,

JE 9e sur lesquels nous n'insisterons pas présentement. Quoiqu'il en soit, sans être absolu à cet-égard d’une manière ou de l’autre, on peut avancer facilement que l'interruption de l'entrée de l'air dans les organes respiratoires a certainementune bonne part dans les effets de l’étranglement.

Mais si ce rôle est admis généralement, on est loin d'être d'accord surilemmécanismerdencelsenre d’'asphyxie. Beaucoup prétendent que toutes les parties molles qui avoisinent la base de la langue, c’est à-dire qui constitueut le plancher buccal, refoulent celle-ci en arrière; l’épiglotte se pressant contre la paroi postérieure du pharynx, oblitère ainsi l'ouverture du larynx. Ceci, bien entendu, quandlecreux de lamain presse la partie supérieure de cet organe. Devergie se refuse à admettre ce mécanisme.et base sa réfutation sur une série d'expériences où il a constaté la saillie de la langue entre les arcades dentaires.

Ces divergences rendent difficile une conception bien nette de la facon dont se produit l’'asphyxie dans la strangulation manuelle ; mais ce qui estcer-tain, c'est que plus la fermeture du larynx sera complète, plus vite l’asphyxie se produira; toutes réserves faites, bien entendu, sur la constitution anatomique de la région, l'état des tissus adipeux et ganglionnaire et l'ossification de latrachée, qui peuvent contribuer à modifier l’action de la main meuririère.

Fractures de l'appareil vocal. — Nous devons distinguer d’abord les fractures de l’os hyoïde et du

Lille > HOMMES

SUR = conduit respiratoire proprement dit; nous ne parlerons ici que des conditions dans lesquelles la mort peut survenir, nous réservant de compléter ultérieurement ce qui intéresse cette question.

Les lésions de l'os hyoïde sont plus communes dans la strangulation manuelle que dans la pendaison et la constriction par des liens. Une expertise judiciaire quieut lieu en 1886, relate le fait suivant : « Une femme de 49, ans, trouvée sans connaissance, revint à elle quelque temps après et raconta qu'elle avait été étranglée ; des traces de pression cervicale, sous forme d'empreintes bleuâtres et excoriations situées des deux côtés, la faiblesse de la voix légitimaient cette accusation. On constata la fracture de l'os hyoïde ; la blessée ne guérit pas, des accidents graves entre autres l’aphonie, la gêne progressive de la déglutition, des convulsions dans les membres la firent siccomber quelque temps après dans le marasme. Etranglement par les mains, fracture de l'os hyoïde, déformation du larynx, mort par accidents consécutifs, telles'ont été les conclusions du rapport. »

Quant aux fractures du larynx qui exigent, aussi pour se produire une force puissante, elles sont le résultat le plus souvent de l’action directe de-la main sur le tube respiratoire ; fissures, fractures, brisures, enfoncements et déplacements des fragments, tels sont les divers degrés de ces lésions, qui aménent la déformation du larynx et son aplatissement latéral: l’âge a une certaine influence sur leur production; chez les sujets jeunes le larynx élasti-

ire

que cède et résiste mieux. Chez les vieillards l’ossification, bien que rendant sans doute la résistance plus grande, leur font perdre en revanche cette précieuse propriété. Ces lésions produisent une dyspnée rapide par réduction du calibre des voies aériennes et leur oblitération.

On comptera aussi parmi les causes de la mort le gonflement de la muqueuse ecchymosée et l’emphysème qui peut survenir à la région du cou. Le spasme de la glotte et ses conséquences peuvent aussi en résulter. La gêne de la phonation et de la déglutition, la dyspnée se prolongent chez ceux qui survivent à ces lésions, presque toujours mortelles d’ailleurs. Somme toute, c’est une forme spéciale de l’asphyxie, mais dont le mécanisme diffère suffisamment pour qu'il nous ait paru utile de l’étudier séparément.

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