Causer célèbres, affaires Chassagneux et Montbailly
2. Roesch, Annales d'hygiène et de médecine légale. Tome XX, 1838, P» 65, '
3. Marc, Relation médico-légale du procès en condamnation, révision et leliabUiialwn. {Ann. d'hyg , 1832, tome VU, p. 569.)
p Médecine légale Ihéorique et pratique. 2" édifc. 1840, tome I",
CONSlioUENCKS DES BLESSURES.
<.i opérées, et la mort est survenue. Si P... n'eût pas été ivre, il v « a tout lieu de croire qu'il n'aurait pas succombé. Si P... ne s'était « pas battu, la mort ne serait pas arrivée. L'ivresse a été la cause « prédisposante de la mort, et la lutte en a été la cause détermi- K nante ou l'occasion. »
Le second exemple n'offre pas moins d'intérêt. Il nous parait utile de le rapporter ici d'une manière complète. A part un point théorique qui peut être discuté, il indique une application très-saine des vrais principes de la science à une des questions médico-légales les plus graves.
IP Obs. — Blessures reçues dans"^ l'état d'ivresse. Mort par congestion du cerveau et des 'poumons i. — « En 1810, un militaire adonné aux excès de la boisson fut cbargé de conduire trois jeunes conscrits à Saint-Germain eu Laye, et logea avec eux dans une chambre au deuxième étage. La rampe qui régnait le long de l'escalier était composée de barreaux très-écartés. Deux des jeunes gens, rentrés de bonne heure, s'étaient couchés ensemble, et dormaient, lorsque leur conducteur, ivre à l'excès et pouvant à peine se soutenir, vint les réveiller et voulut les forcer de lui céder le lit qu'ils occupaient. Impatientés de ce mauvais procédé, ils se levèrent et le poussèi^ent hors de la chambre, qu'ils refermèrent au dedans. L'ivrogne fit d'abord beaucoup de tapage sur le carré, puis tomba dans une espèce de stupeur et resta couché sur les carreaux. Le troisième conscrit, rentré le dernier, trouva cet homme sous ses pieds, frappa à la porte de ses camarades qui ne lui ouvrirent qu'à la condition qu'il ne laisserait pas entrer l'ivrogne avec lui. Ils l'entendirent pendant la nuit s'agiter plusieurs fois violemment; mais comme il leur inspirait plus d'horreur que de pitié, par les mauvais traitements dont il les accablait depuis qu'ils étaient confiés à sa garde, ils eurent l'imprudence de ne pas le secourir. Le lendemain matin, on trouva cet homme au premier étage, couvert de plaies, de contusions, et privé delà vie.
« Les jeunes gens, soupçonnés d'être les auteurs de la mort de ce militaire, furent incarcérés, et on fit procéder de suite par des chirurgiens à la visite du cadavre, lesquels, après un examen superficiel, et sans description exacte des parties lésées, attribuèrent la mort de cet homme aux blessures ajiparentes.
1. Percy et Laurent, Diclionn. des sciences médicales, tome XXVI, p. 255. ,
a M. le docteur Voisin, consulté pai- les magistrats, trouva le procès-verbal incomplet, et demanda qu'il fût procédé à un nouvel examen du cadavre enterré depuis plusieurs jours ; en conséquence l'exhumation fut ordonnée, et M. Voisin, en présence des magistrats et des chirurgiens qui avaient fait le premier procès-verbal, constata authentiquement :
« lo Que les blessures n'étaient pas essentiellement mortelles ; . que les veines de la dure-mère, et celles qui rampent dans le tissu de la pie-mère, étaient considérablement gorgées de sang ainsi que le plexus choroïde; que les ventricules du cerveau contenaient une assez grande quantité de sérosité; 2° que les lobes inférieurs du poumon étaient gorgés d'un sang dissous; que l'estomac, qui n'avait pas été ouvert à la première inspection, était très-distendu par des gaz, et contenait environ une livre d'une liqueur mêlée de flocons noirâtres, et répandant encore l'odeur de l'eau-de-vie. Les orifices cardiaque et pylorique étaient phlogosés, et la membrane muqueuse était parsemée de taches rougeâtres dans toute son étendue.
« D'après l'examen de tous ces faits, M. le docteur Voisin, éclairé par le mémoire de Percy sur l'ivresse convulsive, donna les conclusions suivantes : L'homme que nous avons visité a été dans un état d'ivi^esse simple, qui est devenue convulsive, et il a pu se précipiter du second au premier étage, dans le moment où, en proie aux mouvements convulsifs, il se débattait et se roulait sur le carré ; les lésions externes peuvent être le résultat de la chute et la mort paraît plutôt due à l'effet de la douleur causée par l'inflammation de l'estomac et à l'état apoplectique du cerveau, qu'aux blessures qu'a présentées le cadavre.
« C'est ainsi que cet habile praticien a sauvé de l'échafaud des jeunes gens qui n'ont été qu'imprudents et trop peu charitables. »
La seule remarque que nous ayons à faire au sujet de cette observation est relative à cette forme convulsive de l'ivresse qui n'a nullement besoin d'être invoquée ici pour rendre compte du fait, et expliquer la chute de l'homme ivre. L'important, c'est que la mort ne doit pas être attribuée aux blessures, mais bien aux lésions caractéristiques de l'ivresse.
Nous devons maintenant choisir parmi les faits que nous avons recueillis, ceux qui sont le plus propres à établir le point de doctrine dont nous cherchons à préciser la valeur. Tardieu, BUisures. . 8
HA CONSÉOUICNCKS DKS HLKSSURKS.
Nous nous eflbrcerons ensuite de tirer de ces mêmes faits quelque lumière sur Ja nature des altérations que détermine l'ivresse alcoolique.
IIP Obs. — Contusions. — Mort rapide. — État d'ivresse. — Apoplexie méningée. — Le sieur D..., à Gharenton Saint-Maurice, étant de garde, le 25 mai 1848, rentra au poste dans un état d'ivresse presque furieux qui exigea qu'on lui fît passer la nuit au violon. Le lendemain il n'avait pas repris connaissance, et, transporté chez lui, il expira au bout de quelques heures. On avait X'emarqué sur le corps des traces de contusions d'ailleurs fort légères, et les proches n'avaient pas hésité à attribuer la mort aux suites des coups et des blessures qu'aurait reçus le sieur D...
L'autopsie ordonnée par la justice nous permit de constater que la mort n'était nullement le résultat de ces prétendues blessures, mais qu'elle avait été prx)duite par un épanchement considérable de sang coagulé dans la grande cavité de l'arachnoïde et dans les ventricules.
IVe Obs. — Blessures résiillant d''une chute. — Mort par apoplexie méningée, suite de l'ivresse et du froid. — Le nommé Goyer, âgé de 60 ans, est trouvé mort sur le boulevard, dans la nuit du 11 au 12 mars 1847, qui a été extrêmement froide,
Le cadavre apporté à la Morgue a présenté les lésions suivantes : A la tête, en ai'rière, plaie contuse à lambeau supérieur, large de 12 centimètres sur 8 de hauteur. Bords irréguliers, imprégnés de boue et de sable. — Pas d'enfoncement ni de fracture du crâne. — Excoriation avec ecchymose du dos du nez et de la lèvre supérieure: des deux coudes et des genoux avec infiltration sanguine assez étendue sous la peau. — Infiltration séreuse très-considérable du tissu sous-arachnoïdiea, sur toute la convexité du cerveau. — Médiocre quantité de sérosité dans les ventricules. — Pas d'épanchement dans l'épaisseur du cerveau; mais à la base, couche de sang coagulé enveloppant la moelle allongée et la protubérance de toute part. — L'encéphale exhale une odeur alcoolique trèsprononcée. — Poumons assez volumineux, médiocrement engoués. — Cœur de dimensions normales, complètement vide de sang. — Estomac distendu par une grande quantité de matières alimentaires non digérées et de vin.
V Obs. — Plaie de tête résultant d'une chute. — loresse. — Mort par congestion cérébrale et pulmonaire. — Le sieur B..., cordonnier, rue des Vinaigriers, no 13, âgé de 44 ans, ayant des
haLitudes d'ivrognerie poussées à l'excès, et ne vivant pour ainsi dire que d'alcool, était déjà ivre depuis le matin, lorsque, le 26 octobre 1847, il entra dans un cabaret où il s'endormit. Bientôt il tomba de son banc et se fit une plaie vers l'angle externe de l'œil droit. On le relève, il continue à ronfler; mais au bout d'une demiheure la respiration cesse et on le reporte chez lui mort.
Autopsie praliqiiée le surlendemain. — A l'angle externe de l'oeil droit, petite plaie contuse, récente, avec ecchymose du tissu souscutané, sans lésion de l'os. — Aucune antre contusion ou blessure. — Ci'âne sans fracture. — Vaisseaux superficiels de la duremère et du cerveau distendus par le sang. Tissu cellulaire sousarachnoïdien et pie-mère infiltrés d'une grande quantité de sérosité trouble, sanguinolente en quelques points et formant quelques plaques d'un rouge lie de vin à la surface des circonvolutions et notamment à la base et en arrière. — Un peu de sérosité sanguinolente dans l'arachnoïde et de sérosité trouble dans les ventricules. — Substance cérébrale fortement injectée de sang pointillé rouge; il s'en exhale une odeur alcoolique très-prononcée. — Pas d'épanchement de sang ni de caillot dans la substance du cerveau. — Poumons gorgés de sang noir qui s'écoule abondamment à chaque incision. — Tissu très-friable. — En quelques points sang noir infiltré. — Cœur peu volumineux. — Ventricule gauche contracté, vide. — Poumon droit contenant un peu de sang liquide noir, sans caillots. — Estomac vide; quelques débris de fruits à l'eau-de-vie.
De cet examen on peut conclure que :
i° La mort est le résultat naturel d'une congestion cérébrale et pulmonair.e, probablement déterminée par l'ivresse.
2° 11 n'existe sur le corps aucune trace violence si ce n'est, à l'angle externe de l'œil droit, une petite plaie contuse qui paraît avoir été produite par une chute.
3° Cette chute a dû être l'effet plutôt que la cause de la double congestion à laquelle a succombé le sieur B...
Vl* Obs. — Chute du corps dans l'état d'ivresse. — Contusions.
— Mort subite. — Hémorrhagie méningée et apoplexie pulmonaire.
— Le sieur Henry, à Clichy-la-Garenne, après être sorti de plusieurs cabarets et avoir eu une altercation assez vive avec sa femme, est trouvé mort, le 20 juillet 1846, au pied d'une échelle par laquelle il avait coutume de monter à sa soupente. Une enquête judiciaire est commencée, et l'examen du cadavre amène les constatations suivante.s : .
H6 CONSIÎOUENCES DKS BLKSSUHKS.
Autopsie. — Pas de jilaies. — Pas de fracture du crâne. — Contusions produites par la chute sur l'occipital et dans le dos.
— Apoplexie méningée sur l'hémisphère droit. — Ramollissement commençant des parois du ventricule droit. — Congestion et apoplexie du poumon gauche. — Engouement du poumon droit.
— Cœur assez volumineux, — Ventricule gauche à parois épaisses et fortement contracté. — Ventricule droit affaissé. — Pas de caillots ni dans les oreillettes ni dans les ventricules. — Sang noir en petite quantité tout à fait liquide. — Estomac rempli d'aliments solides et de vin.
VIP Obs. — Contusions. — Empoisoivienient présumé. — Ivresse. — Apoplexie méningée. — La veuve D..., à Montmartre, dès longtemps adonnée à tous les excès et surtout à l'ivrognerie, souffrait habituellement de maux de tête et d'estomac. Ses malaises s'aggravèrent tout à coup, et elle tomba dans un état de stupeur avec hémiplégie. La mort arriva le troisième jour, 5 avx'il 1847, sans qu'elle eût i-epris connaissance.
Un premier examen ayant, on ne sait pourquoi, éveillé l'idée d'une lutte violente et d'un empoisonnement par l'opium, l'autopsie fut ordonnée et confiée à M. le docteur Bayard et à moi.
Autopsie. — État extérieur. — Face et lèvres très-pâles, presque décolorées, — Légère déviation des traits. — Pas de contusions ni de blessures à la tête. — A la màin et sur le poignet du côté gauche plusieurs ecchymoses dont l'une n'a pas m'oins de 6 centimètres sur 4; sur le dos de la main d'autres plus petites se rencontrent à la base du deuxième et du troisième doigt. — D'autres ecchymoses semblables existent au-devant des genoux et de la jambe gauche, et sont comme les précédentes le résultat de contusions.
Cavité crânienne, — Os du crâne et enveloppe du cerveau à l'état normal. Seulement un peu d'injection de la pie-mère et une certaine quantité de sérosité infiltrée dans le tissu sous-arachnoïdien. A la base du crâne, à la surface du cervelet cette infiltration est tout à fait sanguinolente. — Le ventricule droit est rempli et distendu par un énorme caillot de sang du volume d'un œuf de dinde, d'une consistance déjà solide. — Les parois des ventricules, désorganisées par l'infiltration du sang provenant de l'hémorrhagie, sont ramollies jusqu'à la surface des circonvolutions du lobe moyen. — La cloison ventriculaire est déchirée. — Le ventricule gauche contient environ deux ou trois cuillerées de sérosité sanguinolente.
Cavité thoraciqiie. — Poumons fortement engoués et congestionnés. Cœur très-flasque renfermant dans les oreillettes et
dans les deux ventricules quelques caillots peu nombreux et peu consistants mêlés à du sang noir liquide.
Cavité abdominale. — La face interne de l'estomac présente en plusieurs points des plaques d'arborisation d'un rouge vif avec ramollissement de la membrane muqueuse, mais sans ulcérations ni destruction des parois stomacales. — La matrice saine ne renferme aucun produit de conception.
Des faits de l'examen qui précèdent on peut conclure que :
lo La mort de la veuve D... est le résultat d'une apoplexie caractérisée par un épanchement de sang dans la substance cérébrale.
2° Cette apoplexie ainsi que les lésions qui existaient dans l'estomac peuvent être attribuées aux excès de tous genres auxquels il est constant que se livrait la veuve D...
3o Néanmoins les présomptions d'empoisonnement par un narcotique qui ont été élevées au sujet de la mort de la veuve D..., ne peuvent être complètement éclaircies que par l'examen et l'analyse des matières contenues dans le tube digestif.
4» Les contusions observées à la main et à la jambe gauche peuvent être le résultat de violences ou de coups accidentels.
VIII* Obs. — Plaie du col. — Ivresse. — Congestion cérébrale et pulmonaire. — Hémorrhagie méningée. — Mort. — Le 8 février 1847, le nommé Cholet, bomme très-robuste, âgé de 19 ans, à la suite d'une rixe où le sieur W... lui avait porté un coup de pelle en fer, mourut instantanément. Le cadavre porté à la Morgue fut soumis à notre examen.
Autopsie. — Élat extérieur. — Rigidité assez marquée. — Pas de putréfaction. — Excoriation et ecchymose à la partie antérieure de la jambe gauche. — A la région mastoïdienne du côté droit, à 2 centimètres en arrière de l'oreille, plaie transversale à bords réguliers de 2 centimètres et demi d'étendue, pénétrant profondément en arrière, à travers la masse charnue des muscles de la nuque, sans entrer dans le crâne ni dans le rachis, sans léser aucun tronc vasculaire important. — Le trajet est marqué par une infiltration de sang coagulé dans le tissu vasculaire.
Tête. — Pas de lésion du crâne. — La dure-mère intacte n'est déchirée nulle part et adhère à tous les points de la boîte osseuse sans qu'il y ait de sang entre les os et la membrane fibreuse. La surface des hémisphères, à la partie antérieure et à la base du
118 CONSl':OUENCI'].S DEB BLKSSUHliS.
cerveau et du cervelet, est couverte d'une couche de «ang dernicoagulé épanché entre les feuillets de Tarachuoide. Pas de caillots dans la substance cérébrale qui est ferme et consistante. — Dans les venti'icules, dont la cloison est détruite, épanchement de sang liquide mêlé de sérosité, environ 200 grammes, dans lequel nagent quelques caillots noirâtres. — Odeur alcoolique trés-forle exhalée par le cerveau et les autres viscères.
Cavités viscérales. — Cœur très-volumineux. — Ventricule gauche vide. — Cavité droite pleine de sang liquide. — Poumons, très-engoués et congestionnés. — Estomac contenant un demi-litre de vin en partie altéré.
Nous concluons de cet examen que :
1» La mort du nommé Cholet est le résultat d'une apoplexie avec épanchement de sang dans la cavité de l'arachnoïde et les venti'icules du cerveau.
2" Cette apoplexie, qui a pu pi^oduire la mort d'une manière instantanée, a suivi une congestion violente à la production de laquelle a dû puissamment contribuer l'état d'ivresse dans lequel était le sieur Cholet au moment de la mort.
3o La blessure qui existait à la région mastoïdienne du côté droit, et qui a été produite par un instrument à la fois tranchant et contondant, n'a pu par elle-même déterminer la mort.
4° Il est possible que le coup porté à la tête et la chute qui en a été la suite n'aient pas été sans influence sur la production de l'apoplexie, mais on n.e saurait rien préciser à cet égard.
5» L'odeur alcoolique qu'exhalaient tous les organes du cadavre, et notamment le cerveau, et la présence d'une assez grande quantité de vin dans l'estomac, ne peuvent laisser de doute sur l'état très-prononcé d'ivresse dans lequel devait être le sieur Cholet au moment de la mort.
Obs. IX. — Plaies non pénétrantes par instrument piquant. — État d'ivresse. — Hémorrkagie méningée. — Apoplexie pulmonaire. — Mort.
Le 19 janvier 1846, à neuf heures et demie du soir, Dangueuger et Pileux, qui avaient bu ensemble depuis midi, se prirent de querelle, et après une première rixe sans importance, ils se rejoignirent dans la rue, et, dans leur nouvelle rencontre, Dangueuger porta à Pileux plusieurs coups d'un foret dont il s'était armé. Celui-ci, après qu'ils furent séparés, ren-tra chez lui à pied et se coucha. Sa femme rapporte qu'il s'endormit rapidement sans rieu dire et ne tarda pas à ronfler. Ce ronflement alla en augmentant.
mais n'inquiéta pas la femme qui n'y vit qu'une suite ])abituelle à l'ivresse de son mari. Cependant, à sept heures et demie du matin, il expirait sans avoir présenté aucun autre symptôme.
Autopsie faite le 20 janvier avec le docteur Pourret, de Boulogne, dix heures après la mort.
Reste de chaleur. — Rigidité commençante. — Pas de putréfaction. Quelques excoriations à la face. — Un peu d'écume rosée à la Louche. — A la partie postérieure du tronc, le long du bord postérieur de l'omoplate gauche, trois petites plaies arrondies, étroites, à bords enfoncés, entourées d'une aréole rouge, distantes l'une de l'autre de Om,0o à 0n»,06 ; deux plaies semblables existent, l'une plus haut et en dedans, près de la colonne vertébrale, l'autre vers le bord postérieur de l'aisselle gauche. Au niveau de ces plaies, et profondément entre les muscles postérieurs de la gouttièi'e vertébrale, une assez grande quantité de sang infiltré. Aucune de ces plaies n'est pénétrante. — Il n'y a pas d'épanChement dans les plèvres; mais au-dessous de la membrane séreuse, au point qui correspond aux plaies, on trouve une ecchymose de 0ra,06 à 0'",08.
— Les poumons qui n^ont pas été atteints présentent à la surface et vers la base des noyaux de sang infiltré dans la substance pulmonaire, disséminés en plusieurs points, dont le volume varie depuis celui d'un gros pois jusqu'à celui d'un œuf de pigeon, formant ainsi à la superficie des deux poumons des taches noirâtres, et à l'intérieur des épanchements apoplectiques. A la partie postérieure, engouement assez considérable. — Dans la trachée et les bronches, écume fine et rosée. — Cœur vide de sang, si ce n'est un peu de sang coagulé dans le ventricule droit. — Estomac vide.
— Digestion achevée.
A la tête, en avant de l'oreille gauche, plaie très-petite par un instrument piquant. Infiltration sanguine s'étendant prgfondément dans le muscle temporal et le tissu cellulaire voisin. Pas d'ecchymose extérieure. Os du crâne intacts, notamment dans la région temporale. — Pas d'épanchement entre les os et la duremère. — p]nveloppes du cerveau distendues au niveau de la portion temporale de l'hémisphère gauche. Dans ce point on trouve du sang exhalé dans l'arachnoïde; un caillot gros comme le poing remplit les deux ventricules dont la paroi latérale gauche est ramollie et déchirée jusqu'à la surface des cii-convolutions. — Caillot dans le troisième et le quatrième ventricules.
De cet examen nous avons tiré les conclusions suivantes :
1° Le corps du sieur Pileux présente à la partie postérieui'e du
120 CONSIÎQUENCES J)ES BLIÎSSUHKS.
tronc, dans la région scapulaire gauche et à la face, en avant de l'oreille gauche, plusieurs petites plaies faites par un instrument piquant analogue au foret qui nous est présenté.
2° Ces blessures n'ont pas pénétré dans la poitrine, n'ônt lésé aucun organe important et n'ont produit qu'une hémorrhagie intra-musculaire. Aucune d'elles n'est la cause directe de la mort.
3° La mort est le résultat d'une hémorrhagie cérébrale ou apoplexie.
4° Cette apoplexie, favorisée par une disposition particulière du sieur Pileux, et surtout par l'état d'ivresse dans lequel il se trouvait, a j)u être déterminée d'une manière occasionnelle par les coups dont a été atteint le sieur Pileux dans la rixe violente qui a précédé sa mort.
Des explications ayant paru nécessaires sur la part que les blessures avaient eues en réalité dans la mort du sieur Pileux, nous avons reçu mission, mon collègue le docteur Bayard et moi, de prendre connaissance des diverses dispositions et d'exprimer notre avis sur les causes de la mort et sur les conséquences probables des blessures faites à l'aide du foret, dans le cas où elles n'auraient pas été suivies d'apoplexie.
Discussion médico-légale. — Afin d'arriver à une appréciation exacte des éléments de la question qui nous est soumise, nous avons recherché :
A, Quels étaient les antécédents du sieur Pileux, sa constitution et ses habitudes de santé; B, dans quelles conditions il se trouvait au moment même de la rixe qui a eu lieu entre lui et le sieur Dugueuger, et quelles ont été les circonstances qui ont accompagné et suivi cette rixe; C, enfin quelle relation on doit établir entre les lésions constatées par l'autopsie et les accidents qui ont précédé la mort.
A. Le nommé Pileux, dit MuUer, âgé de vingt-sept ans, homme violent et irascible, était d'une constitution peu forte et eu apparence atfaiblie par les excès.
Cependant il ne semble pas. que sa santé fût habituellement mauvaise. Les témoins sont très-explicites à cet égard.
Malar, oncle de Pileux, s'exprime ainsi: t Jamais, à ma connaissance, mon neveu n'a été malade. »
Tobet : « Il y a longtemps que je connais Pileux. Je ne l'ai jamais vu malade. »
Les époux Coquet : « Pileux a toujours été d'une bonne santé, et je ne pense pas qu'il aitjamais eu besoin de consulter un médecin. »
La fille B..., concubine de Pileux : «J'ai toujours connu Pileux d'une bonne santé, jamais il n'a eu besoin de s'adresser à un médecin. »
Mais s'il est constant que Pileux n'a pas fait, récemment du moins, de maladies graves, il est également prouvé qu'il s'enivrait très -fréquemment. Et bien que les dépositions de Legros, de Malar, de Coquet et de sa femme semblent indiquer que « l'ivresse ne produisait pas chez lui plus d'effet que chez un autre, » nous voyons, d'après le témoignage très-important de la fille B..., que « quand il était ivre Pileux ronflait très-fort et que son sommeil était lourd et prolongé. » Ces derniers mots prouvent de la manière la plus positive que, chez le nommé Pileux, Fivresse s'accompagnait, à un degré assez notable, de congestions cérébrale et pulmonaire.
Et si l'on considère que cet état était pour lui presque habituel, on comprendra qu'il a dû en résulter chez Pileux une prédisposition particulière que sembleraient exclure son âge et sa constitution.
B. Le 19 janvier 1846, Pileux était resté à boire dans le cabaret du sieur Lebeau, depuis midi jusqu'à neuf heures, et tout le monde s'accorde à reconnaître qu'il était ivre. Cependant son oncle déclare qu'il n'y avait rien de trop, et Legros ajoute que, quoique en état d'ivi'esse, il n'allait pas de travers.
C'est d'ans ces conditions que Pileux est sorti et s'est volontairement détourné de son chemin pour aller attendre le nommé Dangueuger, avec lequel il a pour la. seconde fois engagé une rixe.
Celle-ci a été violente, mais pas très-prolongée. Du reste il est bien établi que Pileux n'a pas été renversé et n'a pas reçu de violentes contusions sur la tête. Suivant la remarque du sieur Coquet, c'est en tenant Pileux par les cheveux que Dangueuger le frappait.
On sait de. plus que sa main était armée d'un foret.
Après qu'on eut séparé les, combattants. Pileux fut ramené chez lui par son oncle et le sieur Coquet.
Déjà un changement notable est signalé dans son allure. On dit qu'il était complètement ivre. Malar et Coquet s'accordent à dire qu'il marchait très-dilRcilement et qu'on avait de la peine à le soutenir. Il ne prononçait que quelques mots sans suite, « comme un homme qui n'a plus sa tête, » ce que les témoins attribuent tant à un peu de boisson qu'aux coups qu'il avait reçus.
Quoi qu'il en soit, il est évident qu'un changement appréciable se manifestait déjà dans l'état de Piieux.
122 CONSKOIÎKNCKS JjES BLESSURES.
Ramené chez lui, et pendant qu'on le déshabillait à grand'peine. il demanda à aller à la garde-robe, et la fille B... affirme qu'il eut une selle liquide. La douleur assez vive qu'il témoigna au moment où l'on touchait ses blessures, montre qu'il conservait encore quelque sensibilité. Mais à peine fut-il placé sur son lit qu'il tomba dans un lourd sommeil. Nous laissons la fille B... raconter, dans des termes d'une vérité saisissante, la manière dont s'est achevée la nuit : « Son sommeil était loin d'être calme; il se tournait et se retournait sans cesse en bougonnant sans rien articuler. A une heure du matin, il a semblé pâlir; l'agitation avait augmenté; il n'était point un seul instant en place. A voir le mouvement de ses bras , on aurait pu croire qu'il avait une attaque de nerfs.
« Le grognement qu'il faisait entendre n'avait encore rien d'extraordinaire pour moi. C'était comme cela qu'il ronflait quand il était en état d'ivresse. Il en a été tout autrement à la seconde visite que je suis venue lui faire, vers quatre ou cinq heures du matin. Sa respiration paraissait très-embarrassée et il suffoquait. Ses mouvements de bras étaient bien plus forts. Sa tête au contraire était moins agitée; sa figure était très-pâle.
« La suffocation a toujours été croissant jusqu'à sept heures et demie, heure à laquelle il a rendu le dernier soupir. » Il est impossible de méconnaître dans cette description les symptômes d'une violente congestion-, d'une véi'itable apoplexie.
G. Rapprochés des faits que nous venons de rapporter, les détails de l'autopsie cadavérique en reçoivent une vive lumière.
On trouve en effet, d'une part, à la partie postérieure du tronc, dans la région scapulaire gauche, et à la face en avant de l'oreille gauche, cinq petites plaies faites avec un instrument piquant qui n'ont lésé absolument aucun organe important et n'ont produit qu'un épanchement de sang assez considérable dans l'épaisseur des muscles; d'une autre part une congestion pulmonaire qui va jusqu'à l'apoplexie, et enfin une énorme hémorrhagie cérébrale. De ces deux ordres de lésions prises isolément, les dernièresseules pouvaient déterminer la mort. Il est évident en effet que de simples piqûres, même compliquées d'hémorrhagie intra-musculaire, n'auraient entraîné aucun accident sérieux, et que la résorption du sang épanché se serait terminée en quelques jours. Il n'est donc pas douteux que les suites immédiates de la rixe, les coups considérés en eux-mêmes, n'ont eu aucune influence directe sur la fin du sieur Pileux.
Quant à la double apoplexie qui a été notée et qui existait à la fois dans les poumons et dans le cerveau, elle était de nature, lors même qu'elle eût été bornée à l'un de ces organes, à amener inévitablement la mort. Il s'agit de rechercher quelles en ont pu être les causes déterminantes. Nous avons vu déjà que l'état d'ivresse était caractérisé habituellement chez le sieur Pileux par une grande tendance aux congestions du poumon et du cerveau. Et l'on peut dire que la fréquence de cet état chez cet homme constituait une véritable prédisposition; c'est-à-dire qu'une cause occasionnelle quelconque s'ajoutant aux conditions que nous avons déjà signalées, suffisait pour amener, non-seulement une congestion, mais niême une hémorrhagie de l'un ou de l'autre des organes affectés, et par suite la mort. On voit que toutes ces circonstances sont propres à l'individu et totalement étrangères à la rixe. La rixe elle-même est survenue alors que Pileux était sous l'influence d'un séjour prolongé au cabaret. 11 y a dans le fait particulier des blessures qu'il a reçues, dans leur siège, dans leur nature, rien qui ait pu contribuer à attirer le sang avec violence vers le cerveau et vers le poumon.
Cependant il est juste de reconnaître que c'est presque immédiatement après la rixe qu'a commencé le mouvement apoplectique qui s'est terminé le lendemain matin et dont on a pu suivrjB tontes les phases, presque à chaque heure de la nuit. Mais il y a eu dans cette rixe autre chose que les coups et les blessures, il y a eu l'émotion, le saisissement, la colèi'e, et chacune de ces secousses violentes peut, à vrai dire, déterminer à elle seule, et dans certaines conditions, une attaque d'apoplexie.
L'état d'ivresse auquel elles sont venues s'ajouter n'a pu que les rendre encore plus actives.
Conclusion. — Aussi, en résumant les faits et observations qui viennent d'être développés, nous concluons que :
lo Aucune des blessures reçues par le sieur Pileux n'a pu causer la mort et ne l'aurait directement déterminée par ses suites; il est extrêmement probable qu'elles eussent été complètement guéries au bout de 15 ou 18 jours.
2o L'apoplexie à laquelle a succombé le sieur Pileux est l'effet immédiat des circonstances diverses qui ont coïncidé avec la rixe survenue la veille de la mort, et parmi lesquelles il faut principalement noter l'état d'ivresse, l'émotion et la colère.
3o II existait en outre chez le sieur Pileux une prédisposition acquise aux congestions cérébrale et pulmonaire, déterminée.
lâi- CONSÉOUIÎNCES DES IJLESSURES.
malgré son âge et sa constitution, par son caractère emporté et ses habitudes d'ivi'ognerie.
C'est cette disposition individuelle et particulière dont les effets ont pu être activés par la rixe après laquelle a succombé le sieur Pileux.
Ce dernier fait, et la discussion étendue à laquelle il a donné lieu, résument de la manière la plus complète tous les cas analogues et nous n'avons pas besoin d'en multiplier les exemples pour montrer quels rapports constants ils offrent entre eux, non-seulement pour les circonstances principales, pour les questions médico-légales qu'ils soulèvent, mais encore pour la nature des lésions qui déterminent la mort.
Que les blessures ou les traces diverses de violences extérieures soient le résultat d'une rixe, d'une chute ou de toute autre cause, c'est à elles que, dès le premier moment, l'on attribue la mort ; et les recherches prescrites par la justice ont toujours pour objet de déterminer précisément la relation qui peut exister entre une mort rapide ou subite, et les lésions traumatiques que l'on rencontre à la surface du corps, et l'influence directe ou indirecte que celles-ci ont pu exercer sur une terminaison si promj)tement funeste.
Les cas que nous avons recueillis, soit dans les auteurs, soit dans notre pratique, montrent que cette détermination ne peut pas toujours être faite d'une manière absolue. Car, si l'ivresse est la cause déterminante des lésions cérébrales et pulmonaires qui entraînent la mort, il est quelquefois difficile de ne pas faire la part de la lutte violente, de la rixe, de l'émotion, de la colère et surtout de la température trèsfroide qui, jusqu'à un certain point, peuvent ne pas rester étrangères à la production de l'apoplexie.
Il n'est pas moins vrai que la question médico-légale, à part les circonstances spéciales du fait, doit être résolue d'après la doctrine que nous avons exposée et que nous rappelons ici, à savoir que « tout ce qui ne dépend pas proprement de la nature de la blessure ne saurait être imputé à son auteur. »
Ce sont là du reste, comme on l'a vu, les principes qui
LA MORT EST-KLLH LA CONSÉQUENCI': DE LA HLESSUUE. 1:25
nous ont guidé et qui ont été également adoptés par les habiles médecins légistes que nous avons cités.
Quant aux lésions caractéristiques de la mort produite par l'ivresse, il nous reste quelques mots à ajouter.
Pour peu qu'on ait bien voulu parcourir les observations précédentes, on aura été frappé de la constance des observations précédentes, et on aura été frappé de la constance des altérations anatomiques.
Morgagni i avait depuis longtemps signalé l'existence d'un épanchement dans le cerveau, dans le cas de mort subite, suite de l'ivresse [apoplexia temulenta de Sauvages).
M. Devergie ^ assigne à la mort par ivresse les caractères suivants : « Le cerveau, les poumons et le cœur, sans offrir d'altération locale, limitée, circonscrite, présentent au contraire un état de plénitude générale du système vasculaire, tant des vaisseaux, des membranes du cerveau, des principaux troncs vasculaires veineux qui se rendent au cœur, ainsi qu'une coloration rouge, ou rouge brique plus ou moins foncée du tissu pulmonaire. »
Je reconnais l'exactitude et la justesse de ces caractères ; mais il me paraît possible d'aller au delà en restant fidèle à l'observation.
En effet, nous avons vu, dans tous les cas précédemment rapportés, la congestion cérébrale être suivie d'une hémorrhagie offrant cette particularité que l'épanchement du sang se faisait dans la cavité séreuse de l'arachnoïde ou des ventricules. Ce n'est pas à dire que l'ivresse ne puisse produire une hémorrhagie dans la substance même du cerveau ou une simple congestion ; mais il est remarquable de voir se produire si fréquemment sous cette influence une apoplexie méningée. Il est regrettable que les tra-vaux spéciaux les plus importants relatifs à cette maladie^ n'en fassent pas mention, que l'on ne la trouve pas non plus indiquée dans les trois cas de