‹ Étude médico-légale sur les blessuresChapitre 22 sur 72 · DANS QUEL ORDRE LES BLESSURES ONT-ELLES ÉTÉ FAITES · texte numérisé non relu

DANS QUEL ORDRE LES BLESSURES ONT-ELLES ÉTÉ FAITES

dans laquelle l'individu a été frappé est celle où on le retrouve après sa mort, soit qu'il fût endormi ou étourdi du premier coup. Chez des pédérastes, chez des femmes tuées au moment d'un rapprochement sexuel, il n'est pas rare que la situation du cadavre révèle cette circontance si grave.

§ 5. — Taches.

Il est un dernier ordre de preuves que l'on pourrait trèsutilement tirer du siège, du nombre, delà forme et de la disposition des taches de sang ou autres qui 'peuvent se trouver sur la victime, sur le meurtrier supposé, sur des armes ou des objets saisis en sa possession, sur ses vêtements, sur le lieu où le crime a été commis.

L'expert est appelé à en déterminer la nature et, ce qui n'est pas moins important, à établir dans quelles conditions elles ont été faites. Il reconnaîtra ainsi à l'aide des caractères physiques, chimiques etmiscroscopiques, les taches de sang, de matière cérébrale, les débris de peau, de chair, de tissus quelconques, les taches déterre, de boue, de poussière et de plâtre.

D'un autre côté, les conditions dans lesquelles ces diverses taches auront été faites, fourniront un élément important pour préciser les circonstances du crime et notamment la position relative de la victime et de l'accusé, la lutte et la résistance, l'identité de l'accusé, l'emploi de telle ou telle arme, et la simulation de certaines blessures.

Mais les taches, au point de vue de la médecine légale, demandent une étude spéciale

Article III. — Dans quel ordre les blessures ont-elles

été faites?

L'ordre de succession dans lequel des blessures multiples ont été faites n'est pas toujours indifférent. Il servirait, s'il

1. Voy.Tai'dieu etCh. Robin, Mémoire sur l'examen microscopique des lâches formées -par le meconium de l'enduit fœtal, pour servir à Vhistoire médicolégale de l'infanticide. (Ann. d'hyg., 1857, 2" série, tome Vif, p. 350.)

142 CIUCONSÏANCES OÙ LES ULUSSUUES ONT KÏK FAITES.

était bien établi, àreconslituer la scène de violences, et aiderait à suivre le meurtrier à la trace dos coups qu'il aurait portés. Mais cet ordre, s'il n'est pas impossible, n'est pas toujours facile à déterminer. Des considérations générales sont ici peu applicables. Il faut faire appel, pour chaque cas particulier, à la sagacité de l'expert.

Il pourra cependant se guider d'après certaines données : En premier lieu, la gravité relative des blessures etlaconstatation de celle qui aura dû entraîner immédiatement la mort ou seulement la chute du corps ; la comparaison du siège des blessures avec la position occupée par le cadavre. Un homme est tué d'un coup de bâton sur lajtête, et présente, outre la plaie de l'oreille et de la tempe, de petites contusions sur la face et le nez. Celles-ci sont évidemment consécutives à la première blessure, et résultent de la chute produite par la commotion cérébrale.

Dans des cas nombreux, on trouve aux mains des victimes des plaies qui annoncent leur résistance et qui ont manifestement précédé les blessures plus graves dont la mort a été la conséquence.

Parfois, deux blessures sont très-rapprochées et toutes semblables; il y a lieu dépenser qu'elles ont été faites coup sur coup, et au point de vue de l'ordre de succession, il y a à les comparer non eiitre elles, mais avec les autres.

Dans le cas de blessures multiples, on peut en rencontrer qui offrent tous les caractères de blessures faites en pleine vie ; d'autres, au contraire, qui n'ont atteint qu'une vie presque éteinte, ou même qui sont postérieures à la mort, ce que permet de juger l'état du sang épanché ou infiltré dans la plaie, coagulé ou non. Je me souviens, à l'appui de cette considération, d'avoir fait l'autopsie d'une femme qui avait reçu plus de vingt blessures, presque toutes à la nuque, par lesquelles avait eu lieu une hémorrhagie énorme. Un dernier coup lui avait été porté en plein cœur, et la plaie de cet organe n'avait donné qu'une très-petite quantité de sang ; il était cependant tout à fait vide. On ne pouvait douter que le cœur n'eût été atteint qu'après les <iutres parties.

\CTES ACCOMPLIS VXW lA VICTIMI-: Al'RÈS LES BLESSURES. 143

Enlin nous appellerons l'attention de l'expert sur l'état de l'arme qui a servi à faire les blessures, et que l'on trouve souvent tordue, épointée, brisée. iEn rapprochant l'arme des blessures, on reconnaîtra qu'elle s'est ainsi faussée, sur une surface osseuse, dans un coup postérieur à ceux qui avaient été dirigés sur des parties moins résistantes. Un individu assassiné porte quatre blessures faites par un instrument piquant et tranchant : trois dans la poitrine, où nous constatons notamment une perforation très-nette du péricarde et du cœur ; la quatrième, à la joue et au fond de cette plaie; dans l'épaisseur de l'os malaire, est enfoncée la pointe brisée de l'arme, Nous n'hésitons pas à regarder ce coup comme le dernier, malgré la gravité mortelle de la plaie du cœur.

On le voit, les données à l'aide desquelles peut être résolue la question de l'ordre de succession des blessures sont variables à l'infmi, et ne peuvent ressortir que des particularités du fait même qu'il s'agit déjuger.

Article IV. — Certains actes ont-ils pu être accomplis par la victime après les blessures reçues?

Dans les mille incidents dontse compose un drame criminel, il en est qui, sans importance apparente, peuvent acquérir,' dans la procédure ou dans les débats judiciaij:'es, une gravité que le vulgaire ne saurait soupçonner, mais que la pratique de la médecine légale apprend à prévoir. De ce nombre sont les actes que peuvent permettre à un blessé les coups qu'il a reçus. A-t-il pu crier, parler, marcher, courir, survivre pendant un temps plus ou moins long? Le médecin seul, on le comprend, peut répondre à ces questions ; l'expérience lui fournit des solutions qui déconcertent au premier abord les principes scientifiques en apparence les mieux établis. La nature de l'organe lésé est ici le point essentiel. Tantôt la blessure de l'organe abolit complètement la fonction, telle est la section du larynx qui détruit la faculté d'émettre des sons ; mais qui n'empêche pas l'articulation des mots à voix basse et l'émission même de quelques sons,

lorsque les lèvres de la plaie sont rapprochées. Tantôt les organes intéressés sont de ceux que l'on considère comme indispensables à la vie, le cerveau, la moelle, le cœur dont il semble que la lésion profonde ne puisse se concilier avec la conservation même momentanée des fonctions.

Il faut bien savoir, au contraire, que des blessures, même étendues et nécessairement mortelles de ces organes, sont compatibles avec l'accomplissement de certains actes. La commotion et la perte de connaissance ne sont pas la conséquence nécessaire de toute plaie de tête, même avec fracture du crâne. M""^ Peytel, frappée à mort de deux coups de feu à la tête, a pu courir et crier. Brierre de Boismont cite le cas d'un suicidé qui, après s'être brisé la tempe d'un coup de pistolet, a pu ouvrir une croisée, ; monter sur le bord et s'élancer dans l'espace. Des plaies du cœur n'ont pas empêché les blessés de parcourir une certaine distance; j'en ai vu un, avecBayard, qui avait fait au moins cent pas. Une blessure d'un gros tronc artériel, la carotide, permet à un jeune homme de descendre un étage, et de faire quelques pas dans la rue.

Les mutilations énormes d'autres organes ne s'opposent pas non plus d'une manière absolue à l'accomplissement de certains actes. Nous avons rapporté des exemples d'arrachement de la presque totalité des intestins et de la matrice, qui ont permis de parler et de vivre près d'une heure. La rupture du diaphragme accompagnée de broiement de la rate, de déchirure des intestins, suite d'écrasement par une voiture lourdement chargée, a laissé à un pauvre charretier, dont Delmas (de Montpellier) rapporte l'observation, le pouvoir de faire deux lieues tantôt à pied, tantôt sur sa voiture. Et ces exemples ne sont pas absolument rares dans les annales de la science.

Article V. — Existe-t-il des traces de résistance ou de lutte?

Les traces de résistance ou de lutte doivent être recherchées sur la victime et sur l'accusé.

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