EXISTE-T-IL DES TRACES DE RÉSISTANCES OU DE LUTTE
La victime qui résiste cherche à parer les coups avec les mains et les bras. C'est là qu'il faut chercher des blessures nombreuses dont le siège est souvent caractéristique. Sur le bord externe de l'avant-bras, dans les plis de la paume des mains qui ont saisi la lame meurtrière, on trouve des plaies profondes. Les doigts sont parfois presque entièrement coupés. Dans bien des cas, le blessé tombe, se traîne à terre et se fait aux genoux, aux jambes, des excoriations et des contusions.
Mais la victime tente quelquefois de se défendre à l'aide des armes naturelles dont l'empreinte peut se retrouver sur la personne de l'accusé. 'L'expert, chargé de l'examiner, doit procéder à une visite complète. Il constatera, le plus souvent, des coups d'ongle au visage et sur les mains; des coups de pied dans le ventre, aux parties sexuelles ; des morsures aux doigts et fréquemment des taches de sang.
Lorsqu'il y a eu lutte, l'accusé peut soutenir qu'il n'a porté le coup qu'en se défendant, et que c'est le blessé qui s'est enferré lui-même.
La question est fréquente dans les duels, et le médecin légiste a à se demander si la blessure, en raison de son siège et de sa direction, a été faite dans la ligne, de combat ou en dehors de cette ligne. Dans une affaire de cette nature, d'une excessive gravité, Ollivier (d'Angers) avait conclu à l'enferrement, parce qu'il existait sur le cartilage de la côte une dépression et une rainure produite par le choc du corps de la victime, venant heurter de tout son poids contre le fer; et parce que les muscles sous-jacents avaient été lacérés par la vacillation du corps. Ce sont là des indices bien subtils et sur lesquels il serait souvent hasardeux de fonder une appréciation médico-légale.
Dans quelques cas, la profondeur de la blessure et le siège exceptionnel qu'elle occupe fournissent des preuves plus sérieuses. C'est ainsi que j'ai vu s'accomplir accidentellement un parricide dont j'ai pu démontrer le caractère involontaire. Une pauvre vieille mère se jette, les bras étendus, entre ses déux fils qui se battaient à coups de couteaux; et elle reçoit dans Tardiku, Blessures. 10
146 CIHCONSÏANCICS OÙ LIvS BLKSSURliS ONT ÉTI^; FAITES.
l'aisselle, et jusqu'au fond de la poitrine, le coup que l'un destinait à l'autre.
Article VI. — Les blessures doivent-elles être imputées à plusieurs individus ou à un seul?
On comprend de quelle importance il peut être, au commencement d'une aiï'aire criminelle, de reconnaître si un meurtre a exigé le concours de plusieurs, ou s'il est l'œuvre d'un seul. La direction des poursuites dépend du jugement porté par l'expert; et jamais question plus délicate n'a exigé une plus grande réserve. Nous ne pouvons qu'insister sur ce précepte général, sans l'appuyer sur des règles applicables à tous les cas. Nous nous contenterons de poser quelques principes propres à le guider.
Quelques données peuvent enQn être déduites du défaut de résistance de la victime. Si sa force lui eût permis de lutter contre un seul agresseur, et que, dans tel ou tel genre de mort donnée, on ne trouve aucune trace de lutte, il y a lieu de supposer que plusieurs agresseurs l'ont assaillie.
Le nombre même considérable des blessures n'a aucune signification. J'ai examiné le cadavre d'une femme qui portait près de cent blessures faites avec des ciseaux. L'identité des lésions indiquait un seul meurtrier.
La diversité des blessures, supposant l'emploi de plusieurs armes différentes, peut conduire à la pensée d'un crime commis par plus d'un assassin.
Mais l'erreur à cet égard est facile. Il faut prendre garde que des armes déforme particulière peuvent laisserdes traces irrégulières et assez difficiles à saisir.
L'exemple le plus frappant que j'en puisse citer est celui qu'a fourni le meurtre de la duchesse de Praslin. Sur le cadavre, on constatait trois espèces de blessures d'aspect distinct. Des contusions sur le front, des plaies nombreuses faites avec un instrument tranchant, et enfin, sur le sommet de la tête, d'autres plaies à lambeaux, en forme de V, qui simulaient l'emploi de trois instruments vulnérants, et, par
suite, l'intervention de deux personnes au moins. C'est à cette conclusion qu'inclinaient les esprits à l'heure des premières constatations. Mais nous ne tardâmes pas à montrer que rien n'était moins prouvé; et le fait vint confirmer l'opinion des experts qui admettaient la possibilité du crime accompli par un seul. Deux armes seulement avaient été emj)loyées, le pommeau d'un pistolet et un poignard corse dont on s'était servi tantôt par le tranchant, tantôt par le talon mousse et recourbé de la lame.
L'intérêt pratique qui s'attache à cette question nous fait un dcToir de reproduire les détails de cette affaire.
Obs. I. — I. Examen de la chambre et autopsie cadavérique de M^^ la duchesse de PrasUn l. — Lorsque nous avons été introduits dans la chambre à coucher de la duchesse de Praslin , son cadavre était étendu sur un matelas placé à terre au milieu de la chambre. La partie de ce matelas où reposait la tète était imprégnée d'une grande quantité de sang encore humide provenant manifestement du contact du crâne ensanglanté. Mais de plus, il existait un peu en dehors, sur le même côté du matelas, une large tache de sang desséché qui paraissait pénétrer à une assez grande profondeur.
Le lit était complètement défait, et nous avons remarqué, seulement sur le travex'sin, une tache de sang assez large, mais peu épaisse. Les rideaux de mousseline brodée qui entourent le lit sont également souillés de sang, non-seulement au niveau de la draperie qui tombe à droite de la tête du lit, mais surtout en aiTière du montant même du lit, dans la partie qui fait face à la petite porte d'entrée.
Cette dernière tache, large comme les deux mains, imprègne fortement la mousseline. L'oreiller, qui a été transporté du lit sur la causeuse près de la cheminée, est dans toute sa largeur couvert de taches de sang très-étendues et très-colorées. Si, en s'éloignant du lit, on fait le tour de la chambre, en commençant parle côté de la cheminée, on constate que le bord du marbre de la cheminée et celui du marbre blanc qui recouvre un petit meuble placé enti'e celle-ci et la petite porte d'entrée, offre d'une part une
1. Tardieu, Relation médico-légale de l'assassinai de M^^ la duchesse de Praslin et du suicide de l'accusé. {Ann. d'hyg., tomeXXXVIII, p. 367.)
148 CIUCUNSTANC12S OÙ Li:.S BLESSURES ONT ÉTÉ FAITES.
couche de sang étendu en nappe et semblant provenir du contact d'une main ensanglantée qui aurait saisi cet appui ; d'une autre part, une très-grande quantité de petites taches ponctuées ayant l'apparence du granit et produites par du sang qui a jailli. Ces dernières taches se remarquent principalement vers le côté gauche de la cheminée. Le chambranle droit est taché par le sang qui s'est écoulé le long des bords du marbre.
Sur la cheminée sont placés deux candélabres revêtus d'un étui en percaline et une pendule recouverte d'un globe de veri'e. Deux cordons de sonnette terminés par de gros glands en soie, pendent de chaque côté. Il est à noter que celui de droite ne tombe pas verticalement, mais a été tiré en dedans du candélabre. L'étoffe qui recouvre celui-ci est souillée à la base par du sang, et la forme des taches indique que cette partie a été saisie par une main ensanglantée. Il en est de même des deux cordons de sonnette dont les franges sont fortement détachées.
Le candélabre du côté gauche, le globe de la pendule du même côté, la glace, le montant de la porte du boudoir, cette porte ellemême, le panneau qui la sépare de la fenêtre et qui est situé à 2 mètres environ en arrière de la causeuse, tous ces objets offrent un plus ou moins grand nombre de taches ponctuées et disséminées formées par du sang qui a jailli en certains points jusqu'à une hauteur de 2 mètres et demi.
La causeuse placée près de la cheminée et de la porte du boudoir et sur laquelle le cadavre a été trouvé, est en quelque sorte traversée par le sang. La housse en étoffe perse qui la recouvre n'offre plus qu'une seule nuance, celle du sang qui l'imprègne et dont on retrouve des parties coagulées à la surface. Des cheveux adhèrent à cette housse ensanglantée et se mêlent aux caillots desséchés.
Un petit guéridon en bois de rose, qui a été trouvé renversé au milieu de la chambre, est comme moucheté par une très-grande quantité de petites taches de sang analogues à celles que nous avons notées sur la porte" du boudoir et dans d'autres points.
La porte du salon, sur la face qui regarde la chambre à coucher, est souillée par des taches de sang nombreuses et dont la forme est tout à fait remarquable. On y reconnaît en effet, de la manière la plus évidente, l'empreinte de doigts ensanglantés qui auraient été successivement appliqués sur cette porte et principalement autour de la serrure et du verrou qui la fermaient.
Enfin, une tache plus petite et beaucoup mieux circonscrite
existait au niveau de la serrure intérieure de la petite porte d'entrée. Du côté de cette porte Bt près de la cheminée, le tapis était caché en plusieurs endroits ; et nous avons trouvé également à terre, notamment près de la porte du boudoir, des touffes de cheveux coupés ou arrachés,
La chemise et le bonnet de nuit que portait la du-
chesse de Praslin sont dans toute leur étendue colorés par le sang.
Autopsie cadavérique. — État extérieur. — La rigidité cadavérique existe, mais elle n'est pas très-prononcée, si ce n'est aux mains. L'embonpoint est extrêmement considérable.
A partir de la poitrine, les parties inférieures du corps, en avant, en arrière et jusqu'aux pieds, sont souillées par une couche de sang desséché, peu épaisse et provenant du contact d'un tissu ensanglanté.
Il existe dans les différentes régions du corps des traces de blessures nombreuses dont suit l'énumération .
A. A la tête. — Dans la région frontale : 1° au niveau de la ligne médiane, on voit une plaie longue de six centimètres, obliquement dirigée d'arrière en avant et de gauche à droite. Ses bords dans la moitié postérieure sont nets et réguliers et infiltrés de sang coagulé.
2° Un peu en arrière de la précédente, se trouve une plaie de quatre centimètres, à peu près semblable et qui se réunit avec elle par son angle antérieur, de telle sorte que ces deux plaies forment en avant une sorte d'M renversé.
Les branches médianes de l'M sont représentées par un lambeau dont l'angle et dont les bords sont contus à tel point que le cuir chevelu présente en cet endroit une épaisseur de moitié moindre que celles des parties voisines ; le tissu est comme désorganisé et noirci.
3o Une plaie longue de 6 centimètres, à bords réguliers, se trouve, plus e» arrière, parallèlement aux pi^écédentes.
Ces trois plaies du cuir chevelu correspondent à trois sections très-nettes du péricrâne, et la table externe de l'os frontal offre au niveau de ces solutions de continuité un enfoncement linéaire très-régulier pour la première, avec refoulement et écrasement des parties les plus superficielles de l'os.
4o Au niveau de la bosse frontale du côté droit se voit une plaie contuse de 4 centimètres d'étendue dont les bords sont comme mâchés. Il existe une dépression très-marquée des parties molles
150 CraCONSTANCES OÙ LES BLESSURES ONT ÉTÉ FAITES.
et une large ecchymose avec infiltration de sang coagulé autour dé cette plaie, dans une étendue de 2 centimètres de rayon dans tous les sens.
5° Au-dessus de la précédente, une plaie également contuse de 3 centimètres de largeur, avec attrition des bords et dépre.ssion des parties voisines. La 'peau et le tissu cellulaire, au niveau de cette plaie, sont réduits en un détritus qui s'enlève au moindre contact. Une portion même de la substance manque au centre de la solution de continuité.
Ces deux dernières plaies présentent, tous réunis et au plus haut degré, les caractères des plaies qui résultent de Faction d'un instrument contondant.
6° Dans la région pariétale droite existe une longue plaie oblique qui n'a pas moins de 7 centimètres d'étendue, et qui iutéj-esse non-seulement les téguments et le périoste, mais la table externe du crâne. Le diploé est mis à nu.
7o Dans la région occipitale : en haut, on remarque une plaie longue de 8 centimètres, un peu oblique de bas en haut et de droite à gauche, qui pénètre jusqu'à .l'os dont elle a entamé la surface. L'infiltration de sang coagulé est bornée aux lèvres de la plaie.
8° A 4 centimètres au-dessous de la précédente, une autre plaie transversale de 8 centimètres de longueur, avec enfoncement de la table externe de l'occipital et écrasement de la substance osseuse superficielle dans une étendue de 6 centimètres. Elle est réduite en une sorte de poussière et des éclats assez considérables s'en détachent. ,
9° Au niveau de l'articulation de l'occipital avec la colonne vertébrale existe une plaie parallèle à la précédente et qui n'a pas moins de 9 centimètres ; elle atteint également la surface de l'os et présente vers son angle externe une ecchymose assez lai'ge et qui occupe toute l'épaisseur du cuir chevelu.
■10° Une plaie plus large encoi^e que la précédente, dont elle n'est séparée que par un lambeau de peau de 2 centimètres seulement, s'étend transversalement d'un des côtés de l'occipital jusqu'à Toreille gauche dont le lobule est profondément divisé. Cette plaie, longue de 11 centimètres, divise les muscles de la région occipitale jusqu'aux os.
llo A la nuque, on voit encore une plaie longue de 6 centimètres, un peu oblique et qui ne pénètre pas an delà de l'aponévrose.
LES BLESSURES DOTVENT-ELLES lÎTRE IMPUTÉES. 151
Les cinq larges plaies que nous venons de décrire et qui occupent la région occipitale, sont superposées presque parallèlement les unes aux autres ; elles sont toutes remarquables par leur profondeui', leur étendue, la régularité de leurs bords ; et les lésions de Ja table osseuse du crâne qui existent dans les quatre premières, indiquent qu'elles résultent de coups assénés avec une extrême violence et à l'aide d'un instrument très-tranchant. La direction des lambeaux de chacune de ces plaies montre qu'elles ont été faites de haut en bas, lorsque le corps était renversé et la face inclinée en avant. Les artères qui ont été divisées dans ces différentes plaies sont assez volumineuses pour que le sang en ait jailli à une grande hauteur; et si l'on rapproche ce fait de l'existence des taches ponctuées qui se trouvaient sur les objets les plus voisins de la causeuse, on est porté à admettre que c'est dans cet endroit et à cette place qu'ont été portés ces derniers coups.
12o A la face, nous remarquons sur le dos du nez, à sa partie supérieure, sur le côté droit et en dehors de l'aile droite, quatre excoriations superficielles linéaires, ayant la forme que donnerait l'impression des ongles.
13° Au-dessous de l'œil gauche existe une excoriation superficielle qui s'étend de la paupière inférieure jusqu'à la moitié de la joue.
14" A la face interne de la lèvre inférieure, la membrane muqueuse est éraillée comme par une forte pression exercée contre les dents ; il y a en même temps une ecchymose sous-muqueuse assez étendue.
15° Au milieu du menton une petite plaie transversale de 1 centimètre n'intéresse que l'épiderme.
16o Au côté gauche de la face, en dehors du menton et autour de la bouche, on compte sept ou huit excorations dont les unes sont ponctuées, les autres demi-circirlaires en forme de coups d'ongle.
Ces nombreuses excoriations qui existent à la face, et dont la forme représente si exactement l'empreinte des ongles, sont groupées autour de la bouche, et paraissent résulter d'une tentative d'occlu.sion forcée de cette partie ; ce que démontre encore la présence d'une ecchyfnose à la face interne de la lèvre.
B. Au col. — 17o Immédiatement au-dessous du menton se trouve une plaie transversale de 5 centimètres qui intéresse seulement l'épaisseur de la peau.
18o A 4 centimètres environ au-dessous de la précédente existe une plaie transversale beaucoup plus étendue, qui n'a pas moins de 11 centimètres. Malgré sa longueur, cette plaie, faite d'une main mal assurée et sur des parties très-lâches, est peu profonde et peu régulière. La section de la peau esf incomplète dans certains points, dans d'autres le tissu sous- cutané graisseux est divisé. A quelques millimètres au-dessus de cette plaie, une ligne rouge superficielle indique une excoriation produite par le simple glissement de l'instrument vulnérant.
19° Au-dessous des plaies précédentes, un peu à gauche de la ligne moyenne, on trouve quatre plaies très-rapprochées les unes des autres, et dont l'étendue varie de 1 à 3 centimètres. Leur forme est la même ; leurs bords et leurs ;angles sont très-réguliers: leur direction est perpendiculaire directement de haut en bas. La plus large pénètre ainsi profondément jusqu'aux insertions du muscle sterno-mastoïdien qui est divisé, et s'arrête sur la clavicule. Du sang coagulé est infiltré dans les tissus qui avoisinent le trajet de cette plaie. Les trois plaies qui existent près de celle-ci sont moins profondes. Il résulte, du reste, évidemment de leurs caractères communs, et notamment de leur forme et de leur direction, qu'elles ont été faites à l'aide d'un instrument à la fois piquant et tranchant.
20o A droite de la ligne médiane, sur le même plan que la précédente, se trouve une autre plaie de 6 centimètres qui divise seulement la peau et le tissu graisseux sous-cutané sans aller au delà. Les bords sont très-écartés et les angles réguliers.
21o Du même côté une large plaie béante de 6 centimètres s'étend transversalement en dehors à partir de l'angle de la mâchoire. Elle pénètre sous le muscle peaucier en ari^ière du muscle cléido-mastoïdien, et ne s'arrête que sur les apophyses transverses des vertèbres cervicales que l'on sent à nu au fond de la plaie. L'artère carotide et la veine jugulaire interne n'ont pas été atteintes. Un épanchement de sang ass>ez abondant existe dans les tissus que traverse cette plaie qui, comme les précédentes, résulte de l'action d'un instrument tranchant manié avec une grande force.
22o A la partie la plus externe du col, au-dessus de l'épaule gauche, existe encore un autre coup de pointe dirigé perpendiculairement de haut en bas, mais n'ayant pénéti'é qu'à une petite profondeur.
G. Aux membres. — 23o Au bras droit, on voit cinq ecchymoses disséminées, avec épanchement de sang coagulé dans le tissu graisseux, résultant de contusions.
240 Au bras gauche, en avant du poignet et en arrière, neuf ecchymoses profondes analogues aux précédentes.
25o A la main droite. La dernière phalange du pouce, l'articulation de la deuxième phalange de l'index et du médius, la deuxième et la troisième phalange de l'annulaire présentent à la face palmaire des plaies transversales profondes, toutes semblables par leur étendue et leur direction. A la face dorsale il existe trois petites plaies superficielles, longues de 1 centimètre.
26o A la main gauche. Le pouce est presque complètement détaché dans l'articulation métacarpo-phalangienne, par une plaie profonde qui part du milieu de la face palmaire du pouce, taille en biseau à sa base la portion osseuse de la première phalange ; la tête du métacarpien correspondant s'étend ensuite jusque sur la face dorsale en formant un lambeau rectangulaire de 6 centimètres de hauteur, dont la base est traversée au niveau du bord radial par une plaie de 15 millimètres. De plus, il existe à la face palmaire du doigt médius trois plaies transversales; de l'annulaire deux, et de l'auriculaire une. En avant du poignet une plaie peu profonde large de 3 centimètres, et sur le bord radial de l'avant-bras, deux de i centimètre chacune.
27o A la hanche gauche et à la fesse du côté droit, on trouve de larges ecchymoses probablement produites par la chute du corps. Il en existe une plus légère au niveau du mollet gauche.
Cavité crânienne. — Les os du crâne présentent une épaisseur et une dureté tout à fait extraordinaires 1. Ils n'ont pas moins de 7 à 8 millimètres dans cei-tains points. Ils sont d'ailleurs tout à fait intacts à leur face interne, tant à la voûte qu'à la base du crâne. 11 n'y a pas trace de fractures. Le cerveau et les méninges sont parfaitement sains.
Cavité thoracique. — Les poumons, qui ne sont le siège d'aucune lésion, sont très-pâles et presque complètement privés de sang. Le cœur fortement revenu sur lui-même est tout à fait vide, et ne con^ tient pas de sang liquide ou coagulé.
Cavité abdominale. — Les viscères abdominaux sont à l'état normal. L'estomac ne contient pas de matières alimentaires. Il renferme seulement une petite quantité de sang mêlé de salive et d'air.
La matrice est très-volumineuse. Elle paraît être le siège d'un
1. Le travail d'ossification dont on sait que les os du crâne sont le siège pendant la grossesse, peut rendre compte de ce fait chez une femme qui avait eu dix ou onze enfants. A. T.
eng-orgement chronique avec catari-he. Elle ne renferme pas de produit de conception 1.
Conclusions. — Des faits et de l'examen qui précèdent nous concluons que :
1° Le cadavre de M^^ la duchesse de Praslin présente à la tête, au col, aux deux mains, plus de trente plaies larges et profondes, dont les unes ont le caractèi'e des plaies contuses, et les autres celui des plaies par instrument piquant et tranchant. Il •existe en outre sur les membres des contusions et ecchymoses nombreuses ; et à la face l'empreinte des ongles fortement imprimée autour de la bouche.
2o La mort est le résultat de l'hémorrhagie qui a suIat. les plaies •que l'on a constatées au col et sur le crâne.
3o Le nombre des blessures, leur siège notamment à la partie interne des mains, et les excoriations qui existent autour de la bouche attestent que la mort a été précédée d'une lutte violente. L'état de la chambre où le crime a été commis ne peut laisser de doute à cet égard.
40 La présence dans l'estomac d'une certaine quantité d'écume sanglante démontre que la victime a crié à plusieurs reprises, et a vécu assez longtemps pour avaler une assez grande quantité de salive mêlée de sang.
5o Quant à l'ordre dans lequel ont eu lieu les principales blessures, il est très-probable que les plaies de l'occiput, en raison de leur gravité, ont été les dernières i car la commotion qui a dû les suivre n'aurait pas laissé à la victime les moyens de lutter avec autant d'énergie ; et elles paraissent en effet avoir été faites dajis l'endroit même de la chambre où a été trouvé le cadavre. Les plaies de la partie antérieure du col, notamment celle qui s'étend transversalement au-dessous de la mâchoire, auraient atteint la victime encore au lit, tandis que la main et les ongles du meurti'ier étaient fortement appliqués sur la bouche pour étouffer les cris.
6° La nature des plaies pourrait faire admettre que diverses espèces d'instruments (contondant, piquant et tranchant) auraient été employés dans l'exécution du crime. Mais il importe de faire remarquer que certaines armes (le yatagan par exemple) dont ou
1. Tout ce qui a été dit relativement à des constatations d'une autre nature, qui auraient été faites sur les organes sexuels, est absolument faux et n'a pas même de prétexte. A. T.
LES BLESSURES DOIVENT-ELLES ÊTRE IMPUTÉES. ^OO ferait agir alternativement la lame et la poignée, pourraient produire ce triple effet 1.
Paris, 18 août 1847.
Signé Baron Pasquieu, A. Tardieu, Boys de Loury, Ganuet et Simon 2.