ACCIDENTS DE CHEMINS DE FER
Il restait un dernier point fort important à établir, c'est, en présence d'une affection que l'on paraît croire et que l'on dit si grave, la complète inaction, l'absence de tout traitement, quand notoirement le médecin de la compagnie et M. X... l'expert avaient formellement conseillé une cure thermale, dont le pays même qu'habite le sieur N... offre soit à Balaruc, soit à Lamalou, les plus précieux et les plus sûrs agents. Il y a pour nous, dans cette abstention significative et que le sieur N... ne peut justifier, un fait de la plus haute gravité; car nous ne doutons pas que, sinon la paralysie qui n'a jamais existé, du moins les suites de la fracture du bassin n'eussent été promptement amendées par un traitement rationnel rigoureusement suivi , et surtout par l'usage des eaux minérales qui viennent d'être indiquées, et qui se trouvent par la plus heureuse rencontre à proximité de la résidence du sieur N.
Notre mission, telle que nous l'avons comprise, resterait incomplète, si, quelque délicate que soit la tâche, nous ne faisions connaître notre opinion sur le rapport et les conclusions du médecin qui s'est trouvé accidentellement chargé de l'expertise qu'avait jugée nécessaire le tribunal de la Seine.
Il est évident pour nous que M. le docteur X... frappé, comme tout médecin instruit devait l'être, des symptômes inconciliables entre eux et tout à fait insolites qu'accusait le sieur N..., et répugnant à admetti'e une complète simulation, s'est laissé entraîner, pour les expliquer, à des hypothèses qui, en ne le satisfaisant pas lui-même complètement, ont eu le grave inconvénient de l'éloigner de la réalité des faits. Il a admis une lésion de la substance nerveuse qui n'a jamais existé chez le sieur N et dont on ne saurait
retrouver chez lui, soit antérieurement, soit à l'heure présente, absolument aucun signe. Il n'a pas tenu compte autant qu'il l'eût fallu de la région primitivement atteinte, de la limitation de la paralysie supposée à un seul membre, de l'intégrité de la nutrition de celui-ci, fait capital; de la conservation des fonctions de la vessie, du rectum et des organes sexuels, excluant absolument toute lésion passée ou présente de la moelle et, par suite, toute paralysie incurable. Quant à la supposition qu'a faite- M. X... sur la nature de l'affection dont il avait cru le sieur N... atteint, en admettant une hémorrhagie capillaire qui aurait i\itéressé à la fois les branches antérieures et postérieures des nerfs lombaires, il a laissé l'imagination prendre ici la place des données anatomiques et physiologiques les plus élémentaires. Ajoutons qu'en déclarant incurable une maladie si mal définie et contre laquelle, de son propre
j234 CHOIX d'o^skryations de jjlessuhes tau imi'uujjexce.
.aveu, la sciejice met à notre disposition des moyens qui n'ont pas encore été seulement tentés, l'expert de' Montpellier s'est trop hâté .de désespérer de. l'avenir.
En résumé, de l'exposé des faits qui précèdent et de l'examen direct auquel nous nous sommes livré, nous n'hésitons pas k conclure que :
lo Le sieur N... a été atteint,. lorss de l'accident du 6 juillet 1865, d'une fracture de la partie .antérieure et inférieure du bassin produite par la contusion et la comiJression violente de cette région ;
2" Cette fracture, exempte de complication, est aujourd'hui et depuis longtemps guérie delà manière la plus complète etia pins satisfaisante , sans aucune déformation apparente et sans autre conséquence qu'un peu d'abaissement du bassin du côté droit, d'où peut résulter une légère claudication et un peu moins d'amplitude du mouvement d'écartement de la cuisse;
3o L'accident dont il a été 'victime .n'a pas et n'aura pas pour le sieur N... d'autres conséquences, que celles qui viennent dlêtre rappelées ;
4° Non-seulement la vie n'est pas mnnacée, mais la santé «st excellente à tous égards, en apparence et en realité;
o») La paralysie dont il se dit atteint au membre inférieur droart, n'est pas réelle: Si dans le principe, il a pu exister de ce côté quelque gêne des mouvements résultant de la fracture du bassin , il n'en existe plus trace aujourd'hui, et ;nous affirmons lie la manière la plus formelle que tout est simulé dans cette pretend-ae paralysie, et que l'habitude et la longue inaction viennent en aide à la simulation;
6» Le sieur N... ne doit donc eu aucune façon être considéré comme atteint d'une infirmité incurable;
7o Alors même que l'état dans lequel il se présente aujourd'hui serait réel, ce qui n'est certainement pas, cet état d'une part ne l'empêcherait pas le moins du monde d'exercer les fonctions d'instituteur, de faire une classe ou un cours quelconque, d'écrii-e ou de remplir tel autre devoir de sa profession ; d'une autre })art, il serait pai-faitement et promptemeat curable par des moyens appropriés, notamment par le traitement hydro-thermal, que le sieur N... n'a jamais employé ;
8o Rien ne justifie les prétentions exorbitantes du sieur N...
Obs. XX}C1. — Choc de deux trams, déraillement. Employé des postes blessé. Grande exagération dans l'indication des symptômes.
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Tentative de simulation d'une amaurose coiiséculive. — Par jugement (le la quatrième chambre du ti'ibunal civil de la Seine, le 1" août 1863, nous avons été commis, avec MM. Dev.ergie et Boys de Loury, à l'effet de visiter le sieur C..., employé de l'administration des postes, demeurant à Paris-la-Oiapelle.
Le sieur G... a été blessé lors d'un accident arrivé sur la ligne du chemin de fer du Nord, le 18 janvier 1863, à Louvres, et c'est à la suite de la demande d'indemnité formée contre la Compagnie du chemin de fer que l'expertise a été ordonnée.
Des renseignements qui nous ont été fournis et de nos propres constatations, il résulte que, le lendemain de l'accident, on ne trouvait, chez le blessé, que deux ou trois petites plaies au front. Ces plaies étaient insignifiantes et n'intéressaient pas même toute l'épaisseur du derme. Au moment de l'accident, le blessé n'avait pas perdu connaissance, et ses petites plaies frontales étaient guéries en quelques jours. Outre ces plaies du front, le sieur G... accusait une douleur dans la région tlioracique et au niveau de l'une des crêtes iliaques. En ce dernier point, il existait une petite plaie, comme une égratignure. 11 n'y avait ni épauchement sanguin, ni gonflement, ni douleur fixe ; aucun signe, en un mot, de fracturé ou de contusion violente. Du côté du thorax, le blessé accusait une douleur spontanée et exagérée par la pression : elle siégeait sur l'un des côtés du thorax. Mais il n'y avait aucune ecchymose, aucune trace de violence extérieure. A la palpation, on peut s'assurer que le sieur G... ne rapportait pas toujours la douleur au même point. Il n'y avait point de dyspnée, point de douleur à la tempe. Il avait pu y avoir ébranlement et trouble nerveux, mais on ne conslatait aucune trace de fracture de côte, aucune trace d'épanchement Ihoracique, et quelques jours de repos semblaient devoir suffire pour faire disparaître ces légers accidents Le sieur G.., était maigre, pâle et portait l'empreinte d'une santé délabrée.
Deux jours après, ses plaies du front étaient presque tout à fait cicatrisées, et, quelques jours après, elles 'étaient guéries. Il en était de même de la petite plaie sur la crête iliaque. 11 n'y avait aucune ecchymose, et la douleur, comme au premier jour, n'était jamais dans un point fixe.
De plus, pas de toux, pas de dyspnée, etc. G .. était au lit lorsque le médecin de la Compagnie vint le visiter. Mais celui-ci, que l'on avait fait attendre quelques minutes à la porte, fut surpris de trouver le blessé couché avec son pantalon. Il lui manifesta sa sur-
236 cuoix d'observations m hlkssures par imi'rudknci-.
prise (le le voir au lit, et lui représenta que rien, dans ses blessures légères, ne pouvait expliquer cette position.
Trois mois plus tard. G... se présentait comme incurable et comme atteint d'une amaurose consécutive à ses plaies contuses du front. Sa santé avait tellement souffert, qu'il était douteux qu'il pût se rétablir. A ce moment, vers le milieu de mars, les plaies du front étaient représentées par de petites traînées cicatricielles ; de sa poitrine, il n'en est plus question. Du côté des yeux, les pupilles étaient d'une contractilité remarquable. Un examen approfondi à la lumière directe et à la lampe, à l'éclairage direct et à l'éclairage oblique, à l'ophthalmoscope, démontre de la manière la plus positive que la rétine est saine, qu'il n'y a ni amaurose, ni amblyopie, ni altération quelconque de la vision, qu'il n'existe aucun trouble dans les centres nerveux et qu'il n'y a pas lieu de s'arrêter à cette affirmation.
L'état général de la santé s'expliquait par une maladie grave -dont le sieur G... était à peine guéri au moment de l'accident.
Obs. XXXII. — Déraillement sur la ligne de Lyon-Méditerranée. Mécanicien jeté sur la machine; brûlures graves; infirmité incurable. Contestation fondée sur le défaut de traitement. — Le sieur P... était •employé à la Gompagnie du chemin de fer de Lyon à la Méditerranée en qualité de mécanicien. Le 8 octobre 1855, il conduisait le train dire'ct venant de Valence à Lyon, lorsqu'arrivant, à huit heures -du soir, entre Tain et Serves, il s'aperçut, au milieu d'un violent orage, à la lueur d'un éclair, que la voie était obstruée.
La locomotive arrivait sur le ballast qui encombrait la voie. Elle -déraille avec le train. P... fut jeté par la secousse contre la porte du foyer de la locomotive et blessé tant à la poitrine qu'au ventre, au côté et au bras.
L'état du blessé était constaté, à la date du 23 avril 1856, par le médecin de la Gompagnie à Lyon, dans les termes suivants : « Le mécanicien P..., auquel j'ai donné des soins depuis le 11 septembre 1855, a été atteint de brûlures profondes et étendues siégeant : 1° sur la paroi abdominale dans une étendue de 22 à 23 centimètres de droite à gauche et de 15 à 18 de haut en bas (troisième -et quatrième degré) ; 2" à la partie supérieure de la face interne du bras droit et sur le bord postérieur de l'aisselle du même côté .(troisième degré); 3» sur le dos, à l'avant-bras et à la main (premier et deuxième degré). La cicatrisation complète avait été obtenue depuis une di/aine de jours, lorsque, le 17 décembre 1855, je crus pouvoir permettre au mécanicien P,.., en vue des besoins
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du service, de reprendre son travail. Il ne put conduire sa machine que pendant trois jours, la cicatrice s'étant décliirée au bord postérieur de l'aisselle. La roideur de jointure et la difficulté des mouvements, surtout de celui d'élévation, subsistant après la cicatrisation complète, j'ai combattu ces accidents par les moyens ordinairement mis en usage en pareil cas et, en définitive, j'ai eu i-ecours à l'électrisation, qui a été employée sous la direction de mon honorable confrère le docteur P..., l'un des médecins les plus répandus de Lyon. Je puis résumer ainsi l'état actuel du mécanicien P... : 1° La cicatrice du ventre, bien que très-apparente, n'occasionne pas la moindre gêne. Les brûlures du dos et de l'avantbras n'ont pas laissé de traces. 2° Il existe une difficulté considérable des mouvements de l'épaule droite, surtout de celui d'élévation, qui ne dépasse pas l'angle droit, et cet état doit être attribué : à une paralysie incomplète de certains muscles de l'épaule, à une lésion de nature rhumatismale de la jointure; à l'action du tissu cicatriciel. La gêne produite par les cicatrices ne peut pas constituer un obstacle à la guérison; les cicatrices ne sont pas adhérentes, et d'ailleurs la peau du voisinage doit se prêter à leur rétraction. La roideur de la jointure doit être combattue avec succès lorsque, ainsi qu'il y a tout lieu de l'espérer, l'électrisation aura amélioré l'état des muscles de l'épaule. Quatre séances de faradisation localisée ont été faites par M. le docteur Philipeaux, qui comptait arriver, à l'aide de ce moyen, à une amélioration notable; mais, depuis le 14 avril. M, P... ne s'est pas présenté au cabinet du médecin et ne nous a pas fait connaître les motifs de sa détermination. Sans pouvoir affirmer que l'articulation malade doive acquérir bientôt la parfaite intégrité de ses fonctions, j'espère que si le malade est soumis à l'électrisation, on pourra obtenir une amélioration telle qu'il sera à même de reprendre ses fonctions de mécanicien. En tout cas, rien ne peut s'opposer à ce que M. P... soit employé à un travail exigeant moins de force et des mouvements moins étendus que celui qui consiste à conduire une locomotive. »
Le tribunal de la Seine a alloué une provision à P...; mais, avant de statuer définitivement sur toute l'indemnité, il a désiré notre avis sur la position du blessé et sur ses chances plus ou moins grandes de guérison.
P... s'étant rendu tout de suite à Paris, je procédai à la visite dont j'étais chargé le 2 août 1858, prés de trois ans après l'accident. Je constatai, outre les cicatrices étendues et profondes des brû-
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lures au flanc droit et sous le bras, au niveau du plexus, un« paralysie presque complète du muscle deltoïde du côté droit et l'impossibilité pour le blessé non-seulement de conduire une machine et de reprendre son ancien état, mais encore de se livrer à aucun travail manuel.
Je reçus du chef du contentieux de la Compagnie les observations écrites que je vais citer : « Je n'ai pas insisté suffisamment, lors de l'expertise à laquelle vous avez procédé aujourd'hui entre la Compagnie et M. P..., sur un point qui me paraît essentiel. M. P... n'est pas encore, après près de trois ans, guéri des suites de son accident; mais, depuis plus de deux ans, depuis le il avril 1856, il s'est soustrait à tout traitement et a renoncé aux soins <jui' lui étaient donnés, ainsi que le constate le rapport ci-joint du médecin de la Compagnie à Lyon, qui remonte à cette époque. Je ne veux pas dire que M. P... ait agi ainsi dans le but de faire une spéculation du procès qu'il intentait à la Compagnie à la même époque: mais il est certain que, s'il avait continué le traitement si rationnel auquel il était soumis, il serait depuis longtemps guéri; en tout cas, sa position ne se serait-elle pas aggravée, comme il a dû résulter de cette abstention de soins? C'est à vous, monsieur, de prononcer sur ce point ; mais je ne pense pas que la Compagnie puisse être responsable des suites de ce mauvais vouloir, »
Quelque équitable qu'il me parût de tenir compte de ces observa tions et de les admettre dans une certaine mesure» je n'ai pas cru possible, en présence de la gravité des brûlures et des suites ordinairement irrémédiables qu'elles produisent, d'attribuer une part principale au défaut de soins dans le développement de l'infirmité ■incurable dont devait rester atteint le sieur P...
Obs. XXXlll. — Déraillement sur la ligne de l'Est. Em]}loyé des postes blessé grièvement; commotion de la moelle; accidents consécutifs à marché progressive. — Le 7 juillet 1866 , à onze heures du matin, à Hepenfeld, près Brumath, le train dans lequel M. G..., employé de l'administration des postes, se trouvait pour son service, dérailla sur un remblai d'environ six à huit pieds de profondeur. Ce •déraillement, ainsi que cela a été constaté par les procès-verbaux dressés à cet effet, fut causé par le bris des essieux des fourgons destinés aux bagages. En raison de la rapidité de la marche et de la violence du choc, quatre wagons de voyageurs et le wagon de poste furent précipités en bas du remblai et brisés dans leur ciiute. Par suite de cet accident, M. C... fut grièvi^raent blessé. lia été atteint.