ACCIDENTS DE CHEMINS DE FER
suivant sou dii-e, d'une congestion des organes splanchniqnes, à gauche, et d'une commotion de la moelle épinière. Depuis le 7 juillet 1866 jusqu'au 31 août 1868, il a reçu les soins constants de divers médecins, il a été visité par les médecins de la compagnie du chemin de fer de l'Est et de l'administration des postes, et chaque jour encore il reçoit la visite de son médecin ordinaire. Des certificats délivrés parles médecins qui lui ont donné leurs soins, il résulte qu'il est encore atteint, à cette date, d'accidents nerveux semblables à ceui du début de la maladie; qu'il éprouve une très-grande faiblesse dans les jambes et dans les reins ; que l'estomac n'a pas repris ses fonctions normales et qu'il a des vomissements fréquents, qu'il lui reste beaucoup d'anémie, un grand épuisement des forces vitales, des douleurs aiguës fréquentes dans les reins et aussi dans le testicule gauche, qui est resté hypertrophié. Qu'au dire des médecins, son état d'épuisement persistera encore longtemps, que, pour ramener, si c'est' possible, la santé, une saison d'eaux lui sera nécessaire, mais qu'en raison de la lésion de la moelle épinière, son complet rétablissement est cependant très-problématique', et qu'il pourrait se' faire que; dans un temps donné, des accidents trèsi-graves se manifestassent. Qu'en admettant même qu'il se rétablisse complètement, il lui sera impossible de reprendre son servicîe dans les bureaux ambulants, qu'il perdra donc encore de ce côté les bénéfices attachés à ce service. Depuis le 26 décembre 1866, il avait pu reprendre à la poste un service très-doux, mais, dans les premiers- jours dé janvier 186T, il a été forcé de reprendre le lit; et les accidents déjà indiqués ont reparu.
Par jugement de la quati'ième chambre du tribunal en date du 31 août 1867, nous avons été chargés, MM. Roys de Loury, Baudouin et moi, « de constater et d'apprécier l'état actuel de santé du sietiT G .., et, d'ans le cas o(i nous le reconnaîtrions atteint de m'aladie; de définir en quoi elle consiste et de donner notre avis sur le point de savoir : lo si elle doit être attribuée aux conséquences de l'accident du 7 juillet 1866, et 2o si celles-ci doivent se prolonger pendïint un temps plus ou moins long ou même indéfini, de manière à affecter lest possibilités d'e son travail professionnel pour l'avenir. »
Nous avons vu et examiné à plusieurs reprises le sieur G..., et nong avons constaté chez lui l'un des effets les plus extraordinaires et les plus redoutables'de» accidents de chemin de fer. Au moment du déraillement, il avait ressenti une violente commotion et était resté évanoui. Cependant, après avoir reçu les premiers soins à
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l'asile d'aliénés de Slephansfeld, il avait pu le jour même être ramené à Paris. Lors de notre première visite, le 23 novembre 1867. les symptômes assez mal définis, mentionnés dans sa requête, nous avaient paru, au premier abord, sinon imaginaires, du moins fort exagérés. Il se plaignait, après plus de seize mois écoulés depuis l'accident, de ce que sa santé restait profondément atteinte et qu'il demeurait incapable du moindre travail. Il accusait un afifaiblissement général, affectant particulièrement les membres inférieurs et le bras gauche qu'il est obligé de soutenir par un ruban. Ses douleurs passent d'une région à l'autre, mais se font sentir plus vives le long de la colonne vertébrale et entre les épaules. Il éprouve encore de la fatigue de la vue, des troubles de la digestion, delà constipation, la diminution de la mémoire.
Nous avions cru pouvoir conclure dans un premier rapport, que:
10 le sieur G... a éprouvé au moment de l'accident du 7 juillet 1766 une commotion générale sans lésion locale bien déterminée; 2" il en est résulté divers troubles nerveux qui ont principalement porté sur l'état des forces et sur les fonctions digestives, mais il n'existe actuellement chez lui ni paralysie, ni maladie caractérisée; 3° les symptômes qu'il accuse ne sont en rapport ni avec une altération grave et persistante des centres nerveux, ni avec toute autre désordre que l'on puisse z'apporter à l'accident dont il a été victime; 4° sans être en état de reprendre un service aussi pénible que celui auquel il était attaché, if peut cependant prochainement rentrer dans l'administration et reprendre des fonctions actives.
Cependant, ayant été appelé quelques mois plus tard à revoir le sieur G..., je reconnus que les troubles dont il s'était plaint n'étaient que trop réels. Bien plus, ils allaient s'aggravant, les phénomènes de paralysie progressive avec perte graduelle des forces physiques et affaiblissement des facultés morales s'accusèrent de plus en plus, de façon à constituer pour le blessé une affection incurable et l'impossibilité absolue de songer jamais à reprendre sa profession.
Obs. XXXIV. — Rencontre de deux trains; choc violent. Employé des postes f nippé de commotion ; accidents consécutifs très graves. — M, B..., courrier de la malle de l'Inde, était dans un train-poste de la Compagnie du Nord, qui, presque à la sortie de Paris , fut pris en travers par un autre train et éprouva un choc effroyable. M. B... eu reçut le contre-coup et fut frappé d'une commotion dont
11 se remit en apparence assez promptement. Il voulut continuer sa route jusqu'au lieu d'embarquement de ses dépêches, et ce n'est
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qu'à sou retour à Paiis qu'il prit le lit, en proie à des accidents nerveux qui allèrent en s' aggravant.
Je le vis dans les premiers jours de l'année 1869, dix mois environ après l'accident. 11 était couché sur le dos , se plaignant de douleurs générales et sourdes dans tous les membres, et plus particulièrement dans la tête et dans les reins. Ses mouvements étaient difficiles et lents, sa mémoire très-affaiblie, sa voix cassée et sa parole manifestement embarrassée. Toutes les fonctions languissaient, l'appétit était nul, la langue chargée , l'haleine fétide, la peau terreuse et froide, le pouls très-petit et faible, l,a vessie paresseuse, la digestion pénible. 11 était presque toujours dans un état, de somnolence et ne répondait d'ailleurs avec justesse que quand il j était vivement sollicité. Les sens étaient obtus. De temps en temps, les douleurs présentaient un caractère marqué d'exacerbation.
Depuis cette époque, je revis à plusieurs reprises M. B... Rien dans ses antécédents de santé ne pouvait expliquer les troubles profonds que j'avais constatés chez lui et qui, pour moi, étaient évidemment la conséquence de la commotion et très-probablement de la contusion du cerveau éprouvées lors de l'accident de l'année précédente. Je reconnaissais les signes d'une encéphalite subaigué à marche progressive. Le temps ne fit que confirmer cette impression.
Par un progrès lent mais continu, les phénomènes de la paralysie s'accusèrent de plus en plus. Les facultés se troublèrent et les forces allèrent en déclinant. Au bout de deux ans, M. B... était sous le coup d'un ramollissement chronique du cerveau dont la terminaison ne pouvait être éloignée.
Obs. XJiXV, — Rencontre de deux trains. Voyageur atteint de blessures graves; témoignages médicaux contradictoires ; discussion médico-légale; jugement. —Par suite de la rencontre de deux trains, un choc terrible eut lieu, le 18 septembre 1853, à 3 kilomètres de Poitiers, sur le chemin de fer de Bordeaux à Paris. Six employés de la Compagnie furent tués et trente voyageurs plus ou moins grièvement blessés.
Des condamnations graves ont été prononcées en police correctionnelle contre les auteurs de l'accident.
La Compagnie eut de plus à répondre à une demande de iuO,000 francs en dommages-intérêts dirigée contre elle par une des victimes, don Manuel Sanjurjo, membre des Cortès espagnoles, ûgé de quarante et un ans.
Tardilu-, Dlrssures.