INVOLONTAIRES
Les nombreuses observations que j'ai rapportées ont déjà donné une idée de la nature et des formes particulières qu'affectent les faits de blessures par imprudence. Je vais m'efforcer d'en faire ressortir les caractères généraux et d'en retracer la marche et les signes principaux. Je suivrai dans cet exposé l'ordre tout à la fois le plus simple et le plus naturel, c'est-à-dire que, pour chaque espèce d'accident, je chercherai, dans les faits«que j'ai observés, quels ont été les effets de la cause vulnérante, par quelles lésions se sont révélées les blessures involontaires, et comment s'est produit l'homicide par imprudence. Je passerai de la sorte tour à tour en revue, en pénétrant dans les détails et en subdivisant les groupes que j'ai précédemment admis :
L° Les blessures et homicides survenus dans les manœuvres ou dans les convois des chemins de fer;
20 Les accidents causés par les voitures;
3" Les lésions produites par les éboulements de terrain ou de construction ;
4° Les blessures résultant d'une chute faite d'un lieu élevé, soit dans l'exercice d'une profession spéciale, soit dans toute autre circonstance;
5° Les blessures déterminées par le choc d'un corps lourd;
6" Les désordres produits par les machines industrielles, moteurs mécaniques, etc.;
Tardieu, Blessures. 24
7" Les brûlures résultant, soit d'une imprudence dans le travail de certaines fabriques, soit du contact accidentel d'une substance corrosive ;
8° Les blessures par coup de feu;
9° Les blessures par incendie, explosion de gaz, de vapeur ou de matières explosibles;
10<» Les coups produits par des projectiles imprudemment lancés ou des chocs accidentels divers ;
11° Enfin, les blessures que peuvent faire les animaux domestiques, chevaux, chiens, bétail mal gardé.
Je ne m'attacherai, bien entendu, dans l'examen des blessures produites par ces divers genres d'accidents, qu'à ce qu'elles offriront de particulier. Il est bien évident, en effet,, qu'en tant que lésions traumatiques, elles ne diffèrent pas de celles de même genre qui peuvent survenir dans toute autre circonstance. Je veux seulement mettre en lumière les cas les plus communs de blessures et d'homicides involontaires, et montrer en quoi ils se distinguent au jDoint de vue de la médecine légale.
Article 1er, — Blessures et homicides par imprudence dans les chemins de fer.
Avant d'exposer les faits particuliers de ma pratique qui ont trait aux blessures et homicides survenus dans les chemins de fer, je crois utile de consigner ici les résultats généraux pour la plupart inédits, de la statistique relative aux accidents de chemins de fer. L'enquête officielle sur les moyens d'assurer la régularité et la sûreté de l'exploitation sur les chemins de fer, publiée en 1858 par ordre du ministre des travaux publics, s'étendait du 7 septembre 1835 au 31 décembre 1855 ; elle a été continuée depuis cette époque, mais sur une moins vaste échelle et sans que l'administration ait cru devoir en faire l'objet d'une publication quelconque; j'ai pu néanmoins recueillir officieusement des chifl'res que j'ai tout lieu de croire très-rapprochés de la vérité et qui me permettront de conduire les relevés jusqu'à l'année 1870. Je les résumerai dans les deux tableaux complémentaires ci-
nOMICIDlîS PAR IMPRUDENCE DANS LES CHEMINS DE FER. 371
dessous, que je fais précéder des données fournies sur le nombre des accidents et des victimes par l'enquête officielle du 7 septembre 1835 au 1" janvier 185/i..